[Brésil] Nouvelles de la guerre sociale depuis les rues de Sao Paulo et de Porto Alegre

Vendredi 30 août, des manifestations ont de nouveau ébranlé les rues de Sao paulo. Selon la presse, l’avenue Paulista a été bloquée une grande partie de l’après-midi (de 15h à 18h). Aux alentours de 20h, la route Marginal Pinheiros a été bloquée près d’une heure. Puis environ 200 manifestant.e.s cagoulé.e.s, armé.e.s de bâtons et de pierres, ont pris l’avenue Luis Carlos Berrini. De la merde et du fumier ont été balancés sur les locaux de la chaîne TV Globo. Les larbins du pouvoir ont vu leurs spots de lumières défoncés. Des tags ont été inscrits sur les murs et des barricades ont été incendiées au milieu de la route, comme le montre cette vidéo.

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Selon la police, le groupe s’est dispersé vers 22h. Personne n’a été arrêté.

Fin juillet, des dizaines de banques avaient été saccagées lors d’une manifestation à Sao Paulo

Sabotage incendiaire contre le réseau national d’électricité

Par ailleurs, ce mercredi 28 août, un sabotage incendiaire a fait de gros dégâts sur le réseau national d’électricité: l’incendie s’est déclaré vers 15h au nord du pays, dans une zone rurale de l’Etat de Piaui. Une des deux lignes touchées est exploitée par une filiale locale de la société espagnole Isolux.

Leur presse (riotimes) a rajouté que près de 50 millions de personnes et plusieurs régions du nord-est (régions de Bahia et Minas Gerais notamment) avaient été privées de téléphones, d’internet…

Le courant a été rétabli plus de deux heures après.

Ci-dessous une traduction des Brèves du désordre d’un récit tiré du journal anarchiste Agitacao (à partir de la version espagnole publiée sur Cumplicidade (5 août 2013):

Chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre

Bien que la récente vague de manifestations qui se sont emparées des rues dans de nombreuses villes du territoire contrôlé par l’Etat brésilien puisse être interprété comme quelque chose de supposément inattendu et surprenant, elles sont le résultat d’une accumulation de parcours de luttes qui ont lieu de manière diffuse et progressive depuis ce début de XXIe siècle. Tomber dans le discours que nous vendent les médias, à savoir que la diffusion de la révolte serait un fait historique isolé, revient à passer sous silence et à annuler une mémoire qui doit être au contraire renforcée, afin de servir de combustible aux prochaines batailles et servir d’autocritique pour évaluer les erreurs et tenter de ne pas les répéter.

La lutte contre l’augmentation du tarif des transports publics n’est pas apparue soudainement ces dernières semaines, elle s’est construite au cours des dix dernières années dans différentes localités, et a mis pour la première fois de nombreux jeunes cœurs pleins de révolte en contact avec des formes d’auto-organisation en dehors des leaderships et des partis. Les transports publics ne sont rien de plus que la mobilité des veines et des artères de cette énorme prison que l’on nomme ville, le mouvement d’une structure dont la logique est fondée sur le pouvoir, la domination et le contrôle. Toute demande de réformer cette structure revient finalement à mendier misérablement plus de chaînes et de menottes pour continuer à alimenter celles et ceux qui, gras et arrogants, continuent à se prélasser dans leur fauteuil. Le grand mérite de ce processus de lutte qui a culminé dans la récente tempête sociale, consiste à avoir ouvert la possibilité de mettre de nombreuses personnes mécontentes en contact avec une conflictualité réelle dans les rues. La possibilité que des jeunes provenant d’une réalité politique où régnaient l’apathie et le silence sur la mémoire d’une région chargée de furieux exemples de résistance, de lutte et de défense de la vie et de la liberté, puissent continuer à construire cette histoire.

Il faut souligner que lorsque les gens prennent la rue, les revendications réformistes se font vite déborder par la rage accumulée de celles et ceux qui cohabitent au quotidien avec l’humiliation et l’exploitation caractéristiques de tout individu vivant loin du privilège de ceux que cette société satisfait. Ce qui est apparu au cours de ces semaines, c’est un bordel allant bien au-delà de 20 centavos, et qui a violemment secoué cette chère paix sociale, qui en pratique n’existe que dans les fantasmes des esprits ordonnés. Les médias, machines à lobotomiser et à former l’opinion, mettent en avant les plaintes de l’Etat et des propriétaires face à la quantité de destructions qui ont balayé les rues comme un ouragan. Ils ont opté pour une stratégie qui démontre la capacité de la démocratie à intégrer et à passer sous silence l’authentique révolte qui a attaqué la matérialisation du pouvoir.

La tactique antérieure qui consistait à ne pas mentionner (ou à le faire rarement) toute forme de manifestation critique envers l’actuel état de choses, a été remplacée par le fait de mettre l’accent sur la manifestation ordonnée, sur la protestation pacifique, sur la stimulation exaltée du citoyennisme, créant ainsi le terrain propice pour cibler comme criminelles les innombrables actions d’attaques contre des biens matériels et les représentants de l’ordre imposé. L’illusoire participation citoyenne qui a fini par être alimentée par l’Etat, les moyens de communication et les propriétaires, a illustré une stratégie de recherche de pacification, tentant vainement de cacher le soleil avec une passoire. La véritable pression qu’ont sentie les puissantEs lors des protestations est venue de l’action obstinée de celles et ceux qui cherchaient à attaquer l’oppression sous toutes ses formes.

Le problème a cessé d’être la manifestation en soi, pour devenir celui de la présence de « vandales » « infiltrant » des « manifestations légitimes ». En réalité, ce qui s’est passé a été ce dont beaucoup rêvaient, ce que beaucoup craignaient, et que beaucoup d’autres disaient désirer, mais que la réalité des faits a éloigné et effrayé, et qui ont renoncé à des positions solidaires et conflictuelles : la favela sous l’asphalte. Les actes stigmatisés comme violents sont la conséquence et la responsabilité directe d’un système politico-économique basé sur la marchandisation de la vie, sur le contrôle absolu, sur la violence policière quotidienne, sur l’existence de la prison comme mécanisme de punition pour tous les improductifs. La dichotomie criminels/innocents est un jeu, une farce destinée à justifier le véritable terrorisme étatique qui a surgi en réaction à la révolte. Il ne s’agit pas d’une criminalisation qui naîtrait à cette occasion, mais d’une logique qui criminalise tout ce qui entrave le chemin du développement ou les projets du capital, en tentant de définir les actes de rébellion comme vides de sens, et en en profitant pour mettre en place une nouvelle loi anti-terroriste. Cette loi temporaire d’urgence pour répondre aux besoins des grands événements sportifs, basée sur la terrible Loi de Sécurité Nationale, prévoit notamment des peines de 15 à 30 ans de prison pour des actes jusqu’alors qualifiés de simple « vandalisme », et rend passible de condamnation pénale le fait de bloquer des services publics considérés comme essentiels pour le déroulement de ces événements. Ils ciblent comme violence la destruction de la propriété privée, pour mieux cacher celle de la destruction croissante de la Terre, celle de l’avancée d’un progrès assassin qui fait du profit sur le sang qu’il tire de la nature, de communautés écrasées et expulsées, des personnes qui voient leur dignité anéantie au quotidien dans les prisons, les écoles, les usines, les hôpitaux, les asiles psychiatriques…

Les prises de position de la Présidente et de toutes les ordures politiques en faveur de la prise en compte des revendications sur les transports publics et le “combat contre la corruption”, vite rejointes par les autres “voix de la rue”, expriment leur peur et leur tentative de contenir d’une manière ou d’une autre tout ce qui est en train de se passer. Voilà qu’ils agissent soudain, comme si des revendications auxquelles ils n’avaient jusqu’alors jamais prêté la moindre attention leur importaient désormais, à l’image du fameux passe-étudiant, auparavant considéré comme une revendication dérisoire, lointaine et hors de question par la plupart des gouvernants et qui, comme par magie, est approuvée aujourd’hui et se voit traitée comme une priorité. Pourtant, leurs véritables priorités continuent à être mises en place comme si rien ne s’était passé : les projets de génération d’énergie [nucléaire et barrages] hérités de la dictature militaire continuent sur leur lancée, la militarisation des zones indispensables au développement de ces projets, les expulsions et les déplacements forcés aussi. Il se passe la même chose dans les grandes villes où, que se soit pour les méga-événements comme le Mondial de football ou suite à la prise d’espaces par les classes privilégiées, des communautés entières sont déplacées et/ou “pacifiées”.

Le Mondial représente un tremblement de terre dans la vie de nombreuses personnes sur l’ensemble de ce territoire. Penser que l’argent qui y est investi devrait être destiné à la santé et à l’éducation revient à continuer à faire aveuglément confiance à l’Etat. C’est un peu comme croire au Père Noël. Nous vivons l’apogée du rapport Etat-entrepreneur/chefs d’entreprises, la consolidation d’un régime où le marché et ceux qui en bénéficient, les riches, gouvernent ensemble. Le régime démocratique a toujours fonctionné de cette manière, une carotte et un bâton dans l’autre main, une dualité qui a produit une apathie généralisée qui, petit à petit, est heureusement en train de se déconstruire et d’être subvertie par une récente culture de luttes portant à nouveau l’action directe comme moteur de la transformation sociale.

A Porto Alegre depuis l’année dernière, on a vu le conflit s’exprimer davantage dans la rue. Il couvait pour les mêmes raisons qu’à travers tout le territoire, et s’est mis à bouillir jusqu’à prendre progressivement les proportions qu’il occupe aujourd’hui dans la ville, sans demander la permission à personne, et sans organisation centralisée. En même temps, la répression affine aussi ses griffes, poursuivant des groupes et des individus anarchistes, en les rendant responsables de la vague sauvage de destruction. L “intelligence policière” démontre une fois de plus l’incompatibilité de ces deux termes. Elle crée le terrain pour monter un cirque médiatique supplémentaire et lance des déclarations maladroites, comme celle du gouverneur de l’Etat comparant les anarchistes avec les ordures d’extrême-droite. Reposant sur une logique verticale, et donc opposée aux principes anarchistes, ils ciblent les anti-autoritaires en tant que leaders et idéologues d’actes d’attaque contre la propriété privée, ce qui démontre surtout une certaine impuissance des forces de sécurité, mais ouvre aussi en même temps un espace à la vengeance d’Etat contre celles et ceux qui se sont historiquement déclarés ennemis de l’ordre existant.

Ces moments de tempête, y compris face à l’intensification du contexte répressif et d’une terreur psychologique toujours plus intense, doivent être un moteur pour notre capacité de transformation et de création, en affûtant les poignards de la solidarité et de l’agitation, en exerçant l’anarchie comme une tension constante dans ce monde de misère, et en montrant une fois encore qu’il n’y a pas de dialogue possible avec les puissants, ni d’explications à leur donner. Les actes de rébellion, souvent accomplis spontanément par la furieuse explosion de haine que provoquent l’autorité et la répression, sans reposer nécessairement sur des modèles idéologiques et théoriques, parlent souvent d’eux-mêmes.

Petite chronologie de la guerre sociale vécue dans les rues de Porto Alegre ces derniers temps (chronologie provisoire, ouverte et non exhaustive) :

4 Mars 2012 : Lors de la manifestation contre l’augmentation des tarifs des transports, un petit affrontement se produit entre des manifestants et la Brigade Militaire, les robots en uniforme sont attaqués à coup de manches de drapeau. Un container de poubelle est incendié.

4 Octobre 2012 : Lors d’une manifestation pour les espaces publics, des jeunes se moquent de la poupée gonflable de Coca-Cola/Fifa en dansant autour. La police attaque pour la “défendre” et reçoit une réponse. Une voiture de patrouille de la Brigade Militaire a son pare-brise détruit. Une banque est endommagée. 6 personnes sont arrêtées, 4 sont libérées la nuit même, les deux autres quelques jours plus tard, 20 personnes sont blessées. Un flic souffre d’un traumatisme grave après s’être pris des pierres. Après une longue polémique médiatique, la poupée Coca-Cola/Fifa est retirée de la rue.

27 Mars 2013 : Au cours d’une nouvelle manifestation contre l’augmentation du prix des transports, des manifestants essaient d’entrer dans la mairie en affrontant la Garde Municipale, une manifestante est arrếtée. Le bâtiment est couvert de tags et la plupart de ses vitres sont brisées. Deux motos et une voiture de la Garde Municipale sont attaqués. Un journaliste aux ordres du pouvoir se fait agresser.

1º Avril 2013 : 6000 personnes sont dans la rue, la mairie ferme plus tôt. La manifestation s’étend au centre-ville, la circulation est complètement interrompue à partir de 18h. Les murs se couvrent de slogans de différentes couleurs.

4 Avril 2013 : 5000 personnes se rassemblent dans le centre sous la pluie contre l’augmentation des prix de l’omnibus, et commencent à marcher en une protestation animée. Quelques omnibus sont tagués et rayés, un perd sa vitre à coups de pierres. Des bombes de peinture sont lancées dans le Bâtiment Edel Trade Center, où se trouvent des banques, l’ambassade du Pérou etc. Une vitrine de la Volkswagen Panambra tombe sous les huées des moutons. Devant le bâtiment de la EPTC (Entreprise de transports publics et de circulation, complice de l’augmentation), un groupe caillasse une vitrine, tout autour des pétards sont tirés en direction de la police et des médias. Une contrôleuse de l’entreprise publique d’omnibus Carris, qui défend qu’il faut soutenir les protestations sur internet plutôt que dans la rue, est virée.

11 Avril 2013 : Un nouveau rassemblement a lieu à l’auditorium Araújo Viana, pour partir cette fois par l’avenue Protásio Alves, vers la ATP (Association de Transporteurs de Passagers). Les façades reçoivent de nouveaux tags, des vitres sont brisées, une unité mobile est aussi vandalisée. 1000 personnes restent jusqu’à 23h environ. Le lendemain, le siège de l’association n’a pas réouvert.

23 Avril 2013 : 500 personnes se rassemblent devant la préfecture, taguant leur revendication d’une réduction supplémentaire des tarifs d’omnibus.

29 Mai 2013 : Vers 4 h du matin, au milieu d’une forte tempête, 200 policiers de la Brigade Militaire, du Bataillon d’Opérations Spéciales, et le Groupe d’Actions Tactiques Spéciales, attaquent ensemble le campement qui durait depuis 43 jours pour défendre des arbres centenaires, campement empêchant de fait l’élargissement d’une avenue exigée par la Fifa pour permettre l’accès au stade Veira Río. 27 personnes sont conduites au commissariat et mises en examen pour outrage et autres délits. Au matin des dizaines d’arbres sont déjà abattus. Il est important de contextualiser…. Les protestations contre l’augmentation des tickets de l’omnibus se sont généralisés du sud au nord du territoire contrôlé par l’Etat brésilien. Dans des centaines de villes, des millions de personnes ont manifesté. Les choses sont devenues sérieuses. La tour d’ivoire des politiques a commencé à trembler. En plus de la question des tarifs des transports, dès le jour d’ouverture de la Coupe de football des Confédérations, où Dilma (présidente du Brésil) et Blatter (président de la Fifa) se sont faits huer dans le stade, et jusqu’à la finale, chaque partie a été une guerre hors des lumières du stade, contre la Fifa, l’Etat, le Capital, contre ce système de misère. Même les commentateurs sportifs traitaient du thème des manifestations. Ce n’est peut-être qu’un avant-goût de la Coupe du Monde… Souhaitons qu’il en soit ainsi…

13 Juin 2013 : “C’est fini l’amour, ici ça va devenir la Turquie”. Près de 2000 personnes participent à une nouvelle manifestation en solidarité avec celles qui se déroulent sur le territoire brésilien. Le trajet est parsemé de tags, et tout ce qui symbolise le pouvoir est attaqué en chemin. 6 banques voient leurs vitrines brisées, un bâtiment de la compagnie de téléphone portable Oi est caillassé et tagué. Des pierres et de bruyants ovni volent en direction du tribunal. La patrouille de la EPTC et d’autres véhicules sont attaqués. Les parcmètres sont rendus inutilisables. Une voiture du groupe RBS (medias) est encerclée et attaquée alors qu’elle transporte des fonctionnaires à l’aéroport. Une vitre est brisée, elle est sécouée et rayée. Le lendemain, son journal papier ZeroHora, le plus diffusé dans la région, publie en Une la photo d’une barricade en feu avec en légende : “ils ont dépassé les bornes”.
40 containers de poubelles sont utilisés comme barricades au cours d’affrontements contre la Brigade Militaire, qui détourne le conflit en intervenant dans le quartier Cidade Baixa, en coupant et en dispersant la manifestation. 23 personnes sont arrêtées puis libérées, un policier est blessé.

Les jours suivants les journaux affirment : « Oui à la protestation, non à la violence. » Experts et charlatans s’empressent d’analyser la violence de cette nuit de fête antisystème, dans le but évident de rassembler l’opinion du troupeau, et d’éviter que la situation empire. Mais leurs efforts ne sont pas à la hauteur de leurs intentions, la colère contre ce système n’est ni contenue ni balayée, et les froides et pluvieuses nuits de manifestations sont de plus en plus ardentes…

17 Juin 2013 : Des millions de personnes descendent dans les rues des principales villes du Brésil, déterminées à l’affrontement. A Porto Alegre, la manifestation se déchaîne avec 15 000 personnes. Les rues centrales sont bloquées par la marche qui se dirige vers le bâtiment de RBS Zero Hora. Les flics empêchent qu’elle passe par le monument de verre de massification sociale, de mensonge et d’escroqueries. Aux alentours du siège de la Police Fédérale qui est caillassé, un concessionnaire Honda a 31 vitrines brisées, des motos sont endommagées, des brebis pacifistes tentent d’empêcher les pillages, mais plusieurs établissements n’y échappent pas. Une dizaine d’agences bancaires sont attaquées et sévèrement endommagées. L’Institut d’Identification/Institut Général d’Expertises (Police Civile) où sont confectionnés les documents d’identité se fait défoncer. Le concessionnaire Volkswagen Panambra est caillassé et des bagnoles endommagées. Dans la rue, les murs blancs auparavant, hurlent la rage. 60 containers de poubelle sont incendiés. Une patrouille de la Brigade Militaire est encerclée et attaquée à coups de bâtons par des manifestants. Dans l’avenue João Pessoa, de nombreuses barricades sont érigées. Sur le trajet, 5 omnibus sont caillassés, devant le parc de la Redenção un omnibus est incendié. Au cours de cette nuit, 371 omnibus de la compagnie publique Carris sont retirés de la circulation pour raisons de sécurité. Vers 23h, un groupe attaque et brise les vitres du Palais de Justice, il est dispersé avec des grenades à fragmentation aux environs du Palacio Piratini (gouvernement d’Etat) et de l’Assemblée Législative. Deux personnes sont arrêtées à cet endroit, et aux total il y aura 38 arrestations au cours des affrontements de cette nuit-là, quatre personnes sont sérieusement blessées. Toutes les manifestations sont filmées par hélicoptère du groupe RBS/Globo, et retransmises sur la chaîne régionale TVCOM. Le lendemain, le gouverneur se réunit avec son service de sécurité et les trois principaux journaux de la province ornent leur Une de photos d’omnibus en flammes.

20 Juin 2013 : L’après-midi, la Police Civile envahit la bibliothèque anarchiste A Batalha da Várzea dans le quartier Cidade Baixa, et s’empare de bouteilles en plastique remplies d’huile de cuisine usagée pour les envoyer à l’expertise, ainsi que de livres. A partir de ce jour, des anarchistes reçoivent la visite indésirable de la police à leur domicile. Dans plus de 100 villes du Brésil, des manifestations secouent la routine du capital, interrompent la normalité, attaquent et offensent le pouvoir et ses institutions. Sous la pluie et alors qu’il fait 14 degrés dehors, près de 20 000 personnes bougent dans les rues de Porto Alegre et s’affrontent durement avec la Brigade Militaire. Toute la manifestation est accompagnée par des hélicoptères et retransmise en direct. Aux alentours du bâtiment de RBS/Zero Hora les affrontements reprennent : fusées, pierres, engins artisanaux, cocktails molotov contre balles en caoutchouc et grenades à fragmentation. Le siège de la Police Fédérale est intensément attaqué à coup de pierres pour la deuxième fois, tandis que se monte une barricade enflammée. Malgré les flics postés devant les vitrines et appelant au calme, le local de Honda est détruit pour la deuxième fois, idem pour l’Institut d’Identification qui restera fermé pendant des semaines. De l’autre côté de la rue, le Centre Commercial João Pessoa n’est pas en reste, et est sévèrement endommagé. Une dizaine d’agences bancaires sont défoncées avec quelques tentatives d’incendies contenues par les pompiers. On entend la détonation d’une bombe artisanale au siège du Jornal do Comércio. Les locaux du PT et du PMDB au pouvoir actuellement sont attaqués. Pour éviter la multiplication des barricades au cours des émeutes, le matin même le DMLU (Département Municipal de Propreté Urbaine) enlève 80 containers à poubelle. De nombreux commerces sont pillés, les dégâts enregistrés s’élevant à 600 000 reales. La préfecture déplore des dégâts de 825 000 reales. 830 policiers sont présents pour mener la répression, l’effectif le plus élevé de la Brigade Militaire en 5 ans. Deux policiers sont blessés, et 20 personnes arrêtées sont amenées au Pénitencier Central. Jusque vers minuit, des actions de groupes cagoulés se multiplient au centre-ville, affrontant la police avec des pétards et des engins artisanaux, taguant, détruisant, tentant d’incendier, pillant. Un habitant du centre tente d’empêcher un incendie qui avait déjà pris dans une agence bancaire Itaú en menaçant les cagoulés avec un revolver, tous parviennent à s’échapper. Apeuré, le préfet José Fortunati suit la protestation à travers les caméras de surveillance dans le Centre Intégré de Commandement de la Ville de Porto Alegre (CEIC). Le lendemain, la présidente Dilma Roussef convoque une réunion d’urgence avec les ministres, puis annule son voyage au Japon. La présidente de la Banque Centrale fait de même avec une rencontre prévue à Londres avec “des investisseurs”. Le Département d’Etat nord-américain annonce qu’il suit de près le mouvement de protestation au brésil. Les services brésiliens de l’ Agence Brésilienne d’Intelligence (ABIN) publient tous les jours leur analyse de la situation sur internet, mettant en place un système de surveillance online contenant 700 termes préétablis à rechercher. Dans ce contexte, Brad Pit renonce à venir au Brésil pour le lancement du film “Guerra Mundial Z”, où il interprète le Gouverneur de Rio Grande do Sul. Tarso Genro, lance une campagne de diffamation contre les anarchistes, taxés de ”tendance fasciste », mentors de la violence de rue qui ”détestent tout sauf eux ”.

24 Juin 2013 : En manœuvre défensive, l’après-midi, la police bloque les alentours de la Place de la Matriz, la municipalité fait enlever 80 containers à ordures, les magasins ferment leurs portes. 10 000 personnes manifestent à Porto Alegre, les flics dispersent en lancent des grenades lacrymogènes dans le centre-ville, en divisant et en pourchassant les petits groupes. Dans le centre et dans le quartier de Cidade Baixa, des groupes attaquent la propriété, détruisent, pillent, incendient, montent des barricades, une dizaine de banques en font les frais. Des bâtiments de l’Etat et de la Municipalité sont attaqués, Tudo Fácil (local de la ville), CEEE (compagnie publique d’énergie électrique), DMLU, le Secretariat Municipal à la Jeunesse se font défoncer, des pierres et des molotovs sont lancés contre le bâtiment du SMIC (procureurs municipaux). Une trentaine de containers à poubelle sont incendiés, des voitures sont attaquées, une grande quantité de magasins sont pillés dans le centre. Le syndicat de commerçants affirme avoir subi 2 millions de reales de dégâts, sans compter la perte de 60% de leur chiffre d’affaire ce jour-là. Les pompiers ont combattu plus de trente foyers d’incendie. A côté d’une agence bancaire, des personnes cagoulées menacent et font pression sur une équipe de journalistes de TV Pampa, jusqu’à ce qu’ils leur remettent les deux cartes mémoire de leurs caméras. 103 personnes sont arrêtées, et plusieurs sont amenées à la prison centrale.

27 Juin 2013 : Une manifestation ”culturelle” est appelée devant le siège du gouverneur d’Etat, le Palácio Piratini. Toute la zone est bouclée par la Brigade Militaire, qui demande même des renforts venus de l’intérieur du pays. Le groupe des ”organisateurs” de la manifestation rentre dans l’antre gouvernementale pour mendier d’illusoires réformes et demander l’aide du gouverneur. Pendant ce temps, des manifestants enragés abattent les barrières de sécurité et attaquent la Brigade Militaire à coups de pierres, un sergent est blessé à l’oeil dans les affrontements, puis les groupes s’égaillent dans les rues du centre et de Cidade Baixa, menant des attaques, tout en essayant d’échapper à l’énorme contingent de Brigade Militaire qui les poursuit en une véritable chasse à l’homme retransmise en direct par TVCOM. Le Gouverneur finit la nuit par un discours en applaudissant les troupes de choc devant son palais.

1er Juillet 2013 : A l’aube de la célébration de la victoire de la sélection brésilienne à la Coupe des Confédérations, trois voitures de patrouille de la Brigade Militaire sont incendiées. Deux à Porto Alegre sur le parking du Secrétariat de Sécurité Publique, local où se trouvent le bureau du secrétaire de sécurité, les activités de la Brigade Militaire, la Police Civile, le Susep (matons), le Detran (circulation), ainsi que le service téléphonique 190 de la police. Des anonymes sont entrés dans l’obscurité du parking et ont frappé avec audace, en incendiant deux véhicules. Aux alentours, une dizaine de containers ont été incendiés la même nuit. Dans la ville de Fontoura Xavier, en plus de la voiture de la Brigade Militaire totalement calcinée, deux autres véhicules garés à côté ont fait les frais de l’incendie.

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