[Brésil] Récits depuis les rues de plusieurs villes sur la révolte contre le mondial de foot et la répression qui en découle (12-23 juin 2014)

[Mise-à-jour 26/06/2014 à 15h22]

Plusieurs récits depuis les rues brésiliennes ont été publiés sur cumplicidade. Nous revenons sur les journées de révolte et la répression qui frappe depuis le début de cette coupe du monde.

  • Porto Alegre, 12 juin 2014:

1PA1206Une manifestation a rassemblé quelque 2000 personnes en se dirigeant à travers les rues du centre-ville: parmi eux, un groupe cagoulé a détruit plusieurs banques sur leur chemin (Banrisul, banque d’épargne fédérale, la banque Itau Brésil, etc…). Un resto Mac Donald a également été attaqué, perturbant ainsi le confort et la tranquillité des complices des meurtres quotidiens des êtres humains et non-humains. Les symboles de la Coupe (mobilier, signalétiques et publicités) ont été soit arrachés, soit détruits. Des poubelles ont également été brûlés et des graffitis ont fleuri un peu partout. En arrivant à Largo Zumbi de Palmares il y a eu des affrontements avec la BOE (Bataillon des opérations spéciales) protégeant l’office de tourisme. La foule s’est dirigée à Borges, prenant le chemin de la FIFA Fan Fest, mais a été dispersée avant qu’elle puisse y arriver. Un manifestant a perdu une dent dans la bataille. Mais les forces répressives ont rapidement dispersé le cortège. Après la dispersion, 15 personnes ont été arrêtées et six d’entre elles ont été emmenées à l’ACISP (Académie intégrée de la sécurité publique) au 555 de l’avenue Antonio de Carvalho. Cinq d’entre elles ont été libérées dans la même journée après le paiement d’une caution. Une personne est incarcérée en ce moment même à la prison centrale mais nous n’avons pas plus d’informations pour le moment.

  • Salvador, le 13 juin 2014:

Alors que le premier jour du mondial plusieurs rues ont été fermées et qu’un car officiel de la FIFA a été pris en chasse par des manifestant-es, cette deuxième mobilisation avait pour destination l’Arena Fonte Nova, où se tenait un événement FIFA, « la FIFA Fan Fest » (retransmission des matchs avec des concerts de « musique » avilissante. Bref, un temple de la consommation organisé par la fifa). Anarchistes et anti-autoritaires ont préféré se démarquer du rassemblement des partis et autres récupérateurs, plus préoccupés comme d’habitude à s’afficher avec leurs drapeaux… Le cortège anarchiste s’est décidé à se mettre en route, alors que les partis et syndicats continuaient à parler aux agents de la répression. A l’approche, les flics se sont fait plus pressants, et à quelques mètres des barrières, ont attaqué les quelques manifestant-es déterminé-es avec flashballs et gaz lacrymo. A ce moment, un concessionnaire Honda s’est fait péter ses vitres , et les bagnoles à l’intérieur ont été sauvagement endommagées. Les flics ont piégé les manifestant-es, les ont frappés à coups de matraques et coups de pieds puis arrêtés 23 personnes (14 adultes et 9 mineurs). Tou-te-s ont été trimballé-es dans la plus grande discrétion au 1er DP (comico) dans le quartier Barris, sauf les mineurs qui ont été ammenés à Brotas au DAI (Delegacia para Adolescente Infrator: pour les « jeunes délinquants »). Plusieurs compagnon-es de lutte étaient présent-es devant le DAI pour soutenir les mineurs arrêtés et les saluer à leurs sorties, tandis que des avocats populaires étaient là pour les conseiller. La dernière personne inculpée est sortie à 04h30 samedi matin.

L’Etat et les entreprises se donnent le maximum de moyens en matière de répression et d’intimidation afin de s’assurer que leur fête ne soit pas gâchée.

  • Belo Horizonte, 14 juin 2014:

Une manif s’est tenue contre la Coupe du Monde dans le centre-ville. La police a organisé une répression autour de la place, en contrôlant et recherchant toutes les personnes qui s’y approchaient. 15 personnes ont été arrêtées, dont Igor Aguiar Daniel Borges, qui est resté digne face à l’Etat et ses sbires (police, justice, médias). Il a eu une attitude digne et audacieuse dans laquelle nous nous sympathisons avec lui, parce que nous ne devons pas montrer notre peur contre les appareils répressifs. Maintenant, il est détenu en attendant la suite du cirque juridique démocratique.

  • Rio de Janeiro, le 15 juin 2014:

Rio1506Suite à la répression du 12 juin (ouverture de la coupe), une autre manif a eu lieu et a déambulé dans les rues de Tijuca, Vila Isabel, tout en attaquant les symboles du capital sur son passage. Malgré les attaques des forces de police, les gens continuent de descendre dans la rue, ne se laissant pas intimider par la démonstration de force étatique.

Une vidéo ici

  • Rio de Janeiro, le 20 juin 2014:

Trois rassemblements de résistance se sont tenus dans le centre-ville: le premier, le festival de juin « Fifa go home » organisé par le FIP (Front Populaire Indépendant. Le deuxième, une manif des enseignants en grève à Lapa et le troisème sous le slogan “Dictature Carioca”, pour se rappeler du soulèvement du 20 juin 2013, date à laquelle plus d’un million de personnes  ont pris les rues et ont fait face à une féroce répression policière. Sinon, un autre rassemblement s’est tenu également à Candelaria, en face de la municipalité, sous le slogan « 20j: le retour du géant » pour demander une amélioration des transports, de l’éducation et de la santé. Les trois manifs se sont tenues à proximité des Arches de Lapa autour de 19h, secteur du quartier Lapa qui est aujourd’hui un bastion des bobos et des touristes étrangers. Les flics étaient de sortie avec camions à eau, centaines de keufs des bataillons de choc et hélico (à ce sujet, l’Etat brésilien a créé durant l’année une brigade de keufs – appelée « Lapa presente »spécialement pour protéger la population aisée de Lapa). Immédiatement les flics ont tenté d’arrêter des manifestant-es, en bloquant une des rues du secteur (la rue Mem de Sá). Les gaz balancés ont pu encrasser les poumons des touristes qui buvaient en terrasse. Ces derniers ont hurlé sur les manifestant-e en anglais, ne comprenant rien à la situation, en atteste les mots qu’ils ont pu dire: « Quel est le problème?? » (sic!). Un manifestant-e lui a répondu que le problème, c’était la Coupe du Monde. Il a réagi par la peur: « Alors le problème, c’est moi? » pui au maniferstant-e de répondre: « Le problème ce n’est pas seulement vous, ce sont tous les gens et tout ce qui collabore avec la Coupe du Monde de la pauvreté, de la violence et de l’exploitation« . Bien que 7 personnes ont été arrêtées (rapporté par les médias bourgeois) pour port de cagoules, la manif a continué sous escorte policière pendant quelques heures. Au festival du FIP, le slogan « FIFA go Home » était visible depuis les murs blancs et tous propres du secteur (les services municipaux se sont activés pour rendre le quartier agréable pour les riches avant le début de cette coupe… tout ça faisait partie des règles fixées par la FIFA quant à l’organisation de cette fête de la domination). Ce festival a pu se tenir une bonne partie de la soirée avec le vol incessant des hélicos au-dessus de leurs têtes… (à noter que plusieurs festivals populaire contre la coupe du monde ont été interdits dans plusieurs villes, notamment à Salvador.

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Récits depuis plusieurs articles de leur presse:

  • Lundi 23 juin 2014:

A Sao Paulo, depuis les émeutes du 19 juin dernier, le centre-ville a été placé sous occupation policière et militaire, histoire une fois de plus de faire régner la peur sur quiconque essaierait de manifester. Malgré cela, près de 300 manifestant-es ont quand même tenté de se rassembler et défiler à proximité d’une station de métro. La police, présente en masse, a rapidement chargé et des affrontements ont éclaté. Des flics ont tiré des coups de feu en l’air… un manifestant, Rafael Marques (déjà arrêté le 12 juin dernier) a été violemment interpellé par les flics en civil, puis embarqué jusqu’au siège de la police judiciaire d’Etat à Bélem dans la zone est. Un autre manifestant, Fabio Hideki Arano, a été transféré au centre de détention provisoire (CDP) à Pinheiros dans l’ouest de la ville: les deux manifestants sont accusés de faire partie des black blocs et inculpés pour « violence, conspiration et possession d’engins explosifs ».

Un concessionnaire de voitures de luxe désert dans une grande avenue de Sao Paulo lundi 23 juin 2014

La peur chez les riches en illustration (Sao Paulo lundi 23 juin 2014)

Le même jour, cette fois-ci à Rio, plusieurs centaines d’habitant-es des favelas (notamment de Chapeu Mangueira, située près de Copa Cabana), sont sorties dans les rues pour gueuler leur rage contre cette coupe de mort et de misère. Ils ont scandé des slogans contre les multiples meurtres de la police (et donc contre les flics de l’UPP, milice spéciale pour les habitant-es des favelas). On y voit les sales porcs de flics à l’oeuvre dans cette vidéo. Les médias rapportent une arrestation.

bus2506Mercredi 25 juin vers 9h30 du matin, la Police Militaire mène des opérations dans les favelas du secteur de Chapadão à la périphérie de Rio de Janeiro: les flics de l’UPA (Unité d’Urgence) investissent le quartier Costa Barros, ce qui se fait par une résistance armée d’une partie des habitant-es. Un enfant de 3 ans est tué par une balle policière alors qu’il se trouvait dans son lit. Deux autres habitant-es ont été sérieusement blessé-es par les tirs de ces assassins assermentés: l’un a été atteint à l’abdomen, l’autre à la cuisse. En réponse à tout ça, six autobus ont été crâmés, des routes et voies de métro ont été coupés par des barricades. Un peu plus tard, plus de 300 personnes se sont rassemblés, ont marché sur la route de Botafogo bloquant le trafic et tentant d’incendier un bus, ce qui a échoué par la rapide intervention de la PM.

D’autres informations sur ce qu’il s’est passé ailleurs au Brésil sur squat.net

Malgré la terreur que l’Etat fait régner dans les rues (plaçant les villes sous occupation des uniformes de l’armée et de la police, les arrestations de masse et la brutalité permanent des forces répressives), les révoltes n’ont vraiment pas l’air de s’essoufler…

De partout, de nombreuses formes de solidarité avec toutes ces agitations sont possibles. En atteste les multiples initiatives de ces derniers temps en Allemagne (entre autre à Hambourg et à Berlin -voir ici et , à Oakland, Besançon ou encore en Suisse allemande)

A nous d’exprimer notre solidarité avec les révolté-es,

Sinon, pour rappel: il existe un moyen de soutenir les révolté-es inculpé-es en coment auprès de la croix noire anarchiste de Rio de Janeiro.

Le site: cnario.noblogs.org

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