Archives pour la catégorie agit-prop

[Publication] “Subversions” n°4, revue anarchiste de critique sociale

Le n°4 de “Subversions” vient de sortir (octobre 2014). Cette revue anarchiste de critique sociale fait 52 pages, et tourne du côté des distros au prix de 2 euros l’exemplaire, 7 euros les 5 exemplaires et 12 euros les 10 exemplaires.

On peut écrire à la distro de la Bibliothèque libertad pour se la procurer, ou à subversions((A))riseup.net. Pour avoir une petite idée de son contenu, voilà l’édito et le sommaire. Les n°1 (septembre 2012), n°2 (avril 2013) et n°3 (septembre 2013) sont toujours disponibles.

subversions4couv

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Sommaire :

Pot-pourri
• Pour le bouleversement du monde
• Balade souterraine : flux et reflux
• Les murs de la ville
• Sur la deuxième ligne
• Par la fenêtre
• L’âge des fossoyeurs
• Je vous souhaite à tous de beaux cancers
• C’est la guerre…
• Otvet
• Pour une désobéissance incivile
• Nous vivons des temps de guerre…

Focus
• Soyons ingouvernables
• Dix coups de poignards à la politique
• A bas la politique !
• De l’autre côté du miroir
• Nous sommes le 1 %
• Pour en finir avec le sacré
• Le palier du « voisin »

Commentaires déplacés
• Consternations
• Bonnot et les évangélistes

Fil de l’histoire
• La vengeance de Sacco et Vanzetti
• Face à face avec l’ennemi
• Mourir innocents est plus rageant
• Aux révolutionnaires… chrétiens

[Tract] Aliam vitam, alio mores* : du 13 au 26 octobre, grande opération policière contre les sans-papiers

arton3926-7e23bPour les deux semaines du 13 au 26 octobre, l’Union Européenne a lancé une opération policière de grande envergure appelée « Mos maiorum« ** visant à lutter contre l’immigration clandestine, mobilisant 18 000 policiers et se traduisant par des contrôles d’identité accrus dirigés vers les personnes sans papiers. Le but est de réaliser une collecte massive d’informations pour mieux connaître la façon dont les sans-papiers sont arrivés là afin de mieux leur barrer la route à l’avenir en ciblant mieux les points de passages à surveiller et en démantelant les réseaux de passeurs. Pour amasser ces informations, la consigne est d’arrêter le plus possible de sans-papiers et de les interroger (âge, sexe, nationalité, date et lieu d’entrée dans l’UE, trajet et moyen de transport, prix payé, destination, éventuels faux papiers, démarches de droit d’asile…).

Tout cela n’est pas une nouveauté, car même si elles risquent d’être plus nombreuses durant cette période, les rafles et les expulsions font rage dans toute l’Europe contre ceux dont les puissants ne veulent pas ou plus. En parallèle à l’effacement relatif des frontières entre les pays de l’UE, les frontières extérieures de l’Europe se ferment de plus en plus violemment à tous ceux qui espèrent trouver ici une vie plus facile et moins dangereuse qu’ailleurs, rejoindre des proches ou fuir une situation jugée invivable.

Mais dans tous les pays (« développés » ou non ), c’est le même système de domination qui pourrit les rapports et les conditions de vie : le capitalisme et l’exploitation économique assignent chacun à un niveau de l’échelle sociale, et plus tu es pauvre, plus ils veillent à ce que tu restes à ta place, à trimer et te laisser humilier, par le patron, le contrôleur, le client, le flic, le juge, le prof…

Les politiques migratoires, en en laissant entrer certains et pas d’autres selon des critères de rentabilité économique, tentent de maîtriser les flux migratoires mais surtout de faire peur à tous par les contrôles, les expulsions ou les séjours en Centres de Rétention pour que la part de sans-papiers tolérés en Europe se tiennent à carreaux, et acculés dans la clandestinité acceptent n’importe quel travail sous-payé sans pouvoir se plaindre de quoi que ce soit. Les frontières et les absurdes identités préfabriquées qui vont avec, les nationalités, sont pour les puissants un outil pour se partager le bétail humain à gouverner, trier les indésirables, diviser les exploités et leur faire accepter des conditions de misère.

Avec cette nouvelle opération, qui a visiblement un but médiatique (faire voir aux bons citoyens que la police travaille et que les États protègent la civilisation des barbares…), la politique européenne anti-immigration va peut-être se renforcer encore, mais pas changer de fond.

Qu’est ce qui peut faire changer la donne ? Nous, les exploités, avec ou sans papiers. Parce que la chasse aux immigrés clandestins est une partie de la guerre que le pouvoir mène tous les jours contre tous les pauvres, les indésirables. Une guerre à laquelle trop souvent on ne riposte pas.

Mais on pourrait s’opposer aux rafles de sans-papiers dans la rue, ou décider de s’en prendre aux institutions, aux entreprises, aux personnes qui rendent possibles l’enfermement et les expulsions. La liste est longue : balances (RATP, banques, bureaux publics), transports utilisés pour les expulsions (SNCF, Air France), constructeurs de centres de rétention (Bouygues, Vinci, Eiffage), associations qui y travaillent et donc les cautionnent (Croix Rouge, Ordre de Malte, Cimade, France Terre d’Asile)…

Pourquoi ne pas partir à l’attaque de tous ceux qui, politiciens, patrons, flics, exploiteurs de toute sorte, font de nos vies un perpétuel esclavage, qu’on ait ou pas leurs papiers ?

À bas toutes les frontières et les nations ! Contre les politiciens, flics et collabos qui les font exister, passons à l’attaque !

* Aliam vitam, alio mores : « Autre vie, autres mœurs »
** Mos maiorum : « Mœurs de nos anciens »

[Tract trouvé dans les rues de Paris, octobre 2014.]

2-30Publié sur non-fides, 16 octobre 2014

[Balkans] Derrière les murs du nationalisme et de la guerre

Communiqué des participant-e-s des 8èmes Rencontres Anarchistes des Balkans (Balkan Anarchist Bookfair, Mostar, 5-6 septembre 2014).

bosnia

Il est clair que le nationalisme est un outil utilisé contre les classes exploitées. Dans les Balkans, et particulièrement en ex-Yougoslavie, la montée de l’idéologie nationaliste dans les années 1990 a rendu possible l’attaque brutale du capitalisme contre la Société. Elle a, en outre, divisé la population et détruit les réseaux de coopération et de solidarité existants.

La nécessité de se confronter à l’idéologie nationaliste dans une perspective radicale et anti-autoritaire nous a rassemblés à Mostar (Bosnie-Herzégovine) les 5 et 6 septembre 2014 lors des 8èmes Rencontres Anarchistes des Balkans. Nous sommes venu-e-s de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de Serbie, de Slovénie, d’Albanie, de Roumanie, de Grèce et d’autres pays, hors de la région des Balkans.

La vraie nature du nationalisme est, plus que nulle part ailleurs, évidente à Mostar, ville divisée où les brutalités de la guerre sont toujours visibles dans les rues.

Il est essentiel de prendre conscience que cette division de la ville n’est pas la cause mais la conséquence de guerres et d’idéologies nationalistes créées par la classe dominante.

Cela était clair pour les manifestant-e-s de Tuzla qui ont tagué « Mort au nationalisme », ainsi que pour celles et ceux de Mostar qui ont brûlé les sièges des deux partis nationalistes en février 2014.

Cependant, dans d’autres parties du monde, de nouveaux nationalismes et de nouveaux conflits sont créés sur des lignes similaires et avec des conséquences prévisibles.

De nos jours, beaucoup en Ukraine pensent qu’ils se doivent de répondre à un faux choix imposé par les États et les entreprises (et parmi eux, il y a même certains anarchistes et « anarchistes »[1]). Cependant, nous maintenons que le nationalisme est toujours une idéologie qui reproduit le système de l’État, un système de répression et d’exploitation opposant les exploité-e-s et les oppressé-e-s les un-e-s contre les autres. Aujourd’hui, nous voyons en Ukraine les mêmes mécanismes que ceux utilisés pendant les guerres en ex-Yougoslavie : le nationalisme est l’outil utilisé par celles/ceux au pouvoir afin de pousser le peuple à la guerre pour l’intérêt du capital. En tant qu’anarchistes, nous nous sommes opposé-e-s à tous les efforts de guerre en ex-Yougoslavie dans une solidarité qui continue encore de nos jours. Loin du pacifisme libéral et des obsessions gauches-nationalistes de guérillas armées, notre lutte ne se rangera jamais du côté des politiques militaristes et de la destruction, sur lesquels reposent tous les états.

Contre le nationalisme, le militarisme et la guerre !
Contre tous les gouvernements et tous les États !
Pour la solidarité et l’autonomie !

[1] Du groupe anti-colonial nationaliste d’influence anarchiste Mlada Bosna/« Jeune Bosnie » de Sarajevo (1914), aux groupes soi-disant « anarcho »-nationalistes tels que « Slobodari » de Sarajevo (2014), toutes ces tentatives de combinaison de l’anarchisme avec le nationalisme ont montré un seul et simple résultat : le nationalisme. « Slobodari » est un petit groupe de Sarajevo qui se revendique de l’anarchisme mais entretient des contacts avec des groupes nazis ukrainiens (comme par exemple le groupe de nationalistes autonomes Avtonomnyj Opi). Ce groupe a créé une grande confusion via ses nombreux sites internet, dont le site « Balkan anarchist black cross ».

Publié sur Contrainfo, 14 octobre 2014

Le texte publié ci-dessous a été publié en anglais sur sabotage media et partiellement traduit ici-même :

Note sur les soi-disant «libertaires» et «anti-autoritaires» de Bosnie

Récemment, un groupe d’autoproclamés « anarchistes » (« libertaires », « anti-autoritaires »), de Bosnie-Herzégovine qui travaille sous le nom de « Slobodari » (« libertaires », hXXp://slobodari.wordpress.com), en raison des événements en Bosnie, attire l’attention de vastes cercles anarchistes (internationaux).

Cependant, ce groupe a fait des liens d’amitié, en défendant publiquement (aussi en tant qu’«anarchistes»), et publiant des infos du groupe nationaliste « autonome » d’Ukraine appelé « Avtonomni OPIR » (« résistance autonome« ), de même que leurs alliés, « Narodni Nabat » et quelques autres personnes/groupes en provenance d’Ukraine/ex-Union soviétique qui provenaient du milieu anarchiste (ou gauche-communiste), mais qui soutiennent ou coopèrent directement ou indirectement avec ces nationalistes « autonomes » et  répandent leur haine et menaces envers les anarchistes qui ont critiqué les éléments nationalistes et fascistes dans les événements en Ukraine! Ils ont tous approché les nationalistes «autonomes» en raison de leur « prétendu changement » et de « l’urgence révolutionnaire ». Et en effet, ils peuvent avoir changés - mais par une mutation vicieuse plus dangereuse qui a déjà réussi à propager son poison chez certains de ceux qui s’étiquettent comme « anarchistes ».

Même avant les événements en Ukraine, par des traductions (Google) bâclées et imprécises de contre-information provenant de différentes sources anarchistes fiables (qui a fait l’essentiel de leur contenu du site), ce groupe (« Slobodari ») a, de temps en temps, répandu des nouvelles et textes proches des sites d’extrême-droite ou du contenu provenant d’autres sites « généralistes », mais qui portaient une « critique » ou une « analyse » de positions libérales et patriotiques. Ils ont également adopté « la rhétorique et l’imagerie militante« , ont essayé d’imiter une critique du « gauchisme » et du « citoyennisme » dans les milieux anarchistes, mais ont continué dans la pratique à publier différents contenus ou nouvelles autoritaires  de leurs amis nationalistes d’Ukraine ainsi que des nouvelles sur les actions anarchistes et prisonniers anarchistes.

Ils ont également tenté de construire leur propre image en se connectant à différents projets et groupes anarchistes de contre-information. Le même groupe de personnes ou d’individus parmi/proches d’eux ont fait fonctionner quelques autres projets de site web avec un contenu plus ou moins similaire. A savoir:

  • « Anarchist Black Cross des Balkans » (hXXp://abcbalkan.wordpress.com),
  • « libertaires » (hXXp://slobodarieng.wordpress.com)
  • Anarho-Čaršija,(hXXp://anarhocarsija.noblogs.org)
  • CC Brigada (hXXp://ccbrigada.tumblr.com)
  • Lutte russe (hXXp://ruskaborba.noblogs.org)
  • Antifa Sarajevo (hXXp://antifasarajevo.wordpress.com),
  • la page FB de Slobodari (hXXps://www.facebook.com/SlobodarKe)

et peut-être quelques autres.

Nous recommandons vivement à tous les projets, individus et groupes anarchistes de contre-information de faire attention à ce groupe, se démarquer et si possible de demander la suppression de toutes les références (liens, etc, c’est à dire hXXp://slobodari.wordpress.com/pratimo/) vers leurs projets/groupes sur le site web « Slobodari ». Nous demandons également à tous les camarades anarchistes de les dénoncer publiquement, se démarquer et se battre contre des tendances similaires dans le milieu anarchiste s’il en existe dans leurs réalités locales. Nous vous demandons également de diffuser l‘information sur ce groupe et ses pratiques aux groupes et projets avec lesquels vous êtes en contact.

Mort au patriotisme et au nationalisme
Mort à l’État et au capitalisme

Pour l’anarchie,

Quelques anarchistes près des Balkans

[Hambourg, Allemagne] Contre la ville d’autorité ! Contre la domestication de nos vies !

Solidarité avec les squatteur-euse-s de la Breite Strasse ! Solidarité avec les cinq accusés ! Liberté pour Jakob ! Liberté pour tous !

Qu’on ne s’y trompe pas, la ville n’est pas un espace neutre qui appartient à tous. La ville est un modèle miniature de ce monde dans lequel l’oppression et l’exploitation déterminent les rapports ainsi que nos vies quotidiennes. Elle est un espace de la domination et nous ne voulons ni le posséder ni améliorer sa fonction avec une autre politique et des réformes. Si nous voulons combattre pour une vie autodéterminée en liberté, nous devons détruire la ville qui nous détient en cage, afin de créer l’espace pour d’autres choses.

Le 27 août 2014, cinq personnes ont été arrêtées, accusées d’avoir participé à un squat de la Breite Strasse à Hambourg – et d’avoir jeté des objets sur ​​les flics qui avançaient. Un des cinq est toujours en détention avec l’accusation de tentative d’homicide. Solidarité avec les accusés et l’occupation, car c’est un signe de résistance contre la ville de l’autorité et de leurs chiens de garde en uniforme contre les loyers inabordables et la politique.

Une attaque contre un système qui contraint les gens à vendre leurs vies au travail, juste pour avoir un toit sur la tête ! Rebellons-nous !

BreiteStrTraduit de l’allemand de linksunten indymedia, 7 octobre 2014

Sur la nécessité du sabotage contre le nucléaire et son monde

On voit plus clair dans le noir

Fermer les centrales nucléaires, délester le capitalisme et l’Etat

Deux choses importantes

antinukDeux choses auront au moins été tirées au clair par l’acte de sabotage d’une turbine électrique à la centrale nucléaire de Doel en août 2014*. Deux choses importantes, et qu’on n’a pourtant lu nulle part.

Primo. Que si le nucléaire représente une contamination durable et difficilement résoluble, il est quand-même déjà possible de mettre à l’arrêt la production énergétique de ces centrales de mort. La lutte contre le nucléaire n’est pas seulement une lutte contre le fait qu’il soit à l’origine de catastrophes et d’irradiations permanentes, de l’empoisonnement durable de l’environnement, mais aussi contre le fait que l’existence même du nucléaire hypothèque toute perspective de liberté et d’auto-organisation, parce que son entretien et sa gestion impliquent forcément une structure autoritaire et verticale, une structure militarisée.

Secundo. Que le système économique et étatique en vigueur est totalement dépendant d’un flux constant d’électricité, sous peine de paralysie. Usines, commissariats, ministères, transports, administrations : toutes les structures fondamentales de l’oppression étatique et de l’exploitation capitaliste ont en commun leur dépendance à l’énergie. Et quand les choses sont à l’arrêt, quelque chose d’autre peut enfin commencer à bouger.

Contre le nucléaire

desastrLes gestionnaires de l’existant jouent avec la peur des conséquences imprévisibles d’une catastrophe nucléaire depuis la construction des toutes premières centrales. Ceux qui habitent autour de ces centrales (et en Europe, c’est en réalité tout le monde) sont dépendants de ses constructeurs pour se protéger contre le déchaînement d’une telle catastrophe technologique. En effet, face à elle, face aux radiations, face aux « fuites », ce sont encore ces mêmes nucléocrates qui ont rendu la catastrophe possible qui déboulent pour « gérer » la situation : plans d’évacuations, soi-disant décontamination, traitement de la centrale à l’arrêt,… Ces spécialistes et leur structure de commandement fort hiérarchisée deviennent alors incontournables. De plus, toute centrale nucléaire produit également des tonnes de déchets radioactifs que ces spécialistes enfouissent tranquillement sous terre en espérant que tout ira bien. Leur radioactivité est désormais partout (à cause des déchets, des radiations, des « petites » sources comme les laboratoires, les hôpitaux, les usines, les bombes à uranium appauvri…), produisant leucémies et cancers, modifiant les structures génétiques des plantes et des êtres vivants, contaminant la planète de façon irréversible.

Se demander pourquoi le nucléaire existe, c’est comprendre les raisons pour s’y opposer fermement. Les centrales nucléaires produisent l’énergie nécessaire aux technologies du capitalisme. Les centrales produisent l’énergie qui détermine les stratégies géopolitiques (comme le font aussi le pétrole et le gaz), modelant ainsi la concurrence et la collaboration entre Etats. Elles produisent la dépendance des gens envers leurs oppresseurs. Elles produisent la soumission aux hiérarchies qui gèrent et maintiennent ce monde. Elles produisent la paix sociale.

Le nucléaire doit donc être arrêté, dans les centrales comme dans la recherche, dans ses applications militaires comme dans ses applications civiles, c’est un pas nécessaire sur le chemin vers la liberté.

Peur

Depuis le sabotage contre la centrale de Doel, les politiciens ont beaucoup évoqué la menace d’un black-out, d’une panne d’électricité généralisée. A entendre leurs paroles, on se croirait à l’aube d’une apocalypse cauchemardesque. Les appels à une « consommation responsable » fusent, mais aussi à préserver le calme et l’ordre. Afin de faire face à une potentielle pénurie, l’Etat a lancé un plan de délestage qui consiste à couper l’électricité aux gens plutôt qu’aux bureaux, usines, commissariats, ministères. L’économie et la sécurité avant tout, il n’y a pas de surprise là-dedans.

Si les politiciens parlent d’un black-out, ils cherchent sans doute à faire peur à la population afin d’obtenir sa soumission. Evoquer une pénurie électrique, c’est effectuer un travail de préparation mentale pour la construction de, par exemple, une nouvelle centrale nucléaire. Jamais n’est posée la question de pourquoi toute cette production d’énergie serait nécessaire. Pourtant, la voracité moderne du capital pourrait peut-être bien être mesurée à travers sa consommation énergétique. Pour ne donner qu’un simple exemple : amener les riches, les eurocrates et les managers en 1h20 avec un Thalys de Bruxelles jusqu’à Paris nécessite une énergie électrique équivalente à ce que cinq ménages bruxellois consomment en moyenne en une année !

Alors, vaincre la peur que le pouvoir cherche à distiller à propos d’un éventuel black-out ne signifie pas pour autant vouloir court-circuiter les hôpitaux et les maisons de repos comme voudrait nous le faire croire l’Etat. L’Etat désigne toute critique, toute action de sabotage contre la dépendance électrique, comme du « terrorisme », tandis que c’est lui qui sème la peur, qui brandit le spectre de la terreur que représentera une belle coupure dans la normalité, qui bombarde et pille des régions entières pour s’assurer l’accès au pétrole, au gaz, aux matières premières.

Il nous faut percer les mensonges de l’Etat. Il dit que nous sommes tous dans le même bateau et qu’il faut alors tous faire des efforts en prendre soin. Mais ce n’est pas comme cela. Nous nous trouvons sur son bateau contre notre gré, ou en tout cas, sans jamais l’avoir vraiment choisi. Enchaînés comme les esclaves des galères d’antan afin de faire fonctionner la machine. Aliénés de la vraie vie, car vu qu’on naît et qu’on meurt dans la coque du bateau, la coque du travail, de l’obéissance, de la consommation, nos yeux n’ont jamais pu scruter l’horizon ou le ciel. Alors, si le pouvoir dit qu’il est terroriste de vouloir faire couler le bateau, c’est parce qu’il veut justement conserver son pouvoir sur les esclaves enchaînés. Alors, c’est à toi de choisir entre rester enchaîné toute une vie ou te libérer en prenant aussi le risque de devoir nager par toi-même ; à toi de choisir entre la soumission et la révolte, entre l’obéissance et la dignité.

Sabotage et paralysie de l’économie

Qu’est-ce que le capitalisme ? La question est complexe et peut être abordée de mille façons différentes, dont nous distinguerons ici trois aspects fondamentaux.

D’abord, il y a le mode capitaliste de production, la production de marchandises. La production est réalisée à travers des structures (l’usine, l’atelier, les machines,…) et de la main d’œuvre (les ouvriers, employés, salariés,…). Le capitaliste génère du profit en investissant dans les structures et en exploitant la main d’œuvre (c’est-à-dire, en les payant moins que ce qu’ils produisent réellement en termes de valeur capitaliste). La chose importante ici, c’est que la production est donc dépendante de l’obéissance de la main d’œuvre, car si cette dernière ne veut pas travailler, la machine ne tourne pas ; et que cette production est aussi dépendante des structures, car une usine dynamitée ne peut rien produire non plus.

Ensuite, il y a le mode capitaliste d’échange, c’est-à-dire la consommation, le commerce, la circulation des marchandises. Pour cela, le capital doit générer des marchés pour écouler les produits, donc créer des besoins ; il doit faire circuler l’argent à travers les banques, les bourses, les investissements, car un euro investi ici ne génère pas le même rendement qu’un euro investi là-bas ; et surtout, ce qui nous intéresse ici plus particulièrement, il a besoin d’infrastructures pour réaliser cette circulation. Des chemins-de-fer et des ports pour acheminer les marchandises, des réseaux de communication pour organiser l’échange et la circulation, des réseaux électriques pour faire tourner tout cela. Le capitalisme est donc dépendant de flux constants, autant matériels (marchandises, main d’œuvre, matières premières, énergie) qu’immatériels (informations, données, résultats de recherche,…).

Enfin, il y a la reproduction du rapport social capitaliste, et c’est peut-être le cœur de toute la question. Les rapports sociaux déterminent la place et le comportement de chacun dans cette société : du riche comme du pauvre, du capitaliste comme du salarié, du policier comme du prisonnier. Mais ces rapports ne sont pas « idéologiques », ils se réalisent dans un espace concret. Le pauvre a sa place dans une cage à poules, le riche dans sa villa. La prison, avec ses cellules, ses murs et ses barbelés, enferme des individus et crée ainsi les rôles de prisonnier et de gardien. Cette reproduction du rapport social coïncide aujourd’hui presque entièrement avec la continuité de la normalité ; en d’autres mots, tant que le train-train quotidien continue chaque jour d’avancer à l’identique, le pouvoir n’a pas à craindre que nous remettions en en question les rôles qu’il nous impose. Et ce train-train quotidien peut être saboté. Il peut être court-circuité.

Si l’ensemble du contrôle, de l’exploitation, de l’oppression dépendent fortement de l’énergie, il est logique que toutes ces petites infrastructures réparties à travers le territoire sautent aux yeux des révoltés : boîtiers électriques, câbles souterrains, transformateurs, câbles de fibres optiques, relais de téléphones portables,… Ces structures sont si nombreuses et disséminées que le pouvoir ne pourra jamais toutes les protéger efficacement contre des gestes de révolte, contre des sabotages diffus et répétés.

Si la pratique du sabotage ne peut en soi pas transformer le rapport social capitaliste et autoritaire, il est par contre certain que tant que la machine continuera de tourner, on ne pourra espérer aucune remise en question de l’existant. L’omniprésence de la domination exige une première rupture dans le cours normal des choses, car c’est uniquement grâce à cette rupture-là qu’on peut espérer avoir un moment à nous, un moment pour réfléchir où nous en-sommes, et pour imaginer un autre monde. C’est étrange, mais quelque part, on a comme l’intuition qu’on y verra plus clair dans le noir…

NdCNE:

*Voir:

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Sabotages contre le nucléaire et son monde

sabotageSi la lutte contre le nucléaire et son monde n’a plus la même force que dans les années 60 et 70, on note pourtant dans plusieurs régions qu’il y a des luttes en cours contre des matérialisations du monde irradié. On pense notamment à la résistance aux transports de déchets nucléaires en Allemagne et en France, à la lutte contre la construction de nouvelles lignes à haute-tension en Normandie (France) et en Catalogne (Espagne). Si ces luttes vont souvent de pair avec des actions directes et des sabotages, le nucléaire n’est pas non plus toujours laissé en paix ailleurs. Nous en avons répertorié quelques exemples récents.

Catalogne (Espagne), juillet 2014. Dans une lettre, des opposants à la ligne à haute-tension MAT, qui reliera les centrales nucléaires françaises avec le marché énergétique d’Espagne et du Maghreb, rendent public de nombreuses actions diffuses et variées qui ont eu lieu pour saboter les travaux en cours. Destruction et sabotage de grues, de bulldozers, d’excavatrices et de véhicules tout-terrain des entreprises qui effectuent les travaux, blocage des routes menant aux chantiers, déboulonnage des pylônes en construction,…

Bessines-sur-Gartempe (France), avril 2014. Le musée de la Mine, propriété d’AREVA, multinationale française du secteur nucléaire, est touché par un incendie nocturne. Ce musée a précisément été installé là où l’AREVA a exploité pendant des décennies une mine d’uranium. L’action intervient aussi après une énième découverte d’irradiation dans la région. Déjà un an auparavant, le 12 juillet 2013, jour de l’ouverture au public du musée de la Mine, un train habituellement utilisé pour le transport de conteneurs d’uranium appauvri destinés à être stockés à Bessines avait déraillé à Fromental, une commune située à proximité. Une éclisse, pièce métallique reliant deux rails, avait été délibérément enlevée, et le sabotage revendiqué par des antinucléaires.

Contentin-Maine (France), décembre 2013. Des sabotages de pylônes en construction sont revendiqués : «  Electricité de France (EDF) érige une nouvelle ligne THT (Cotentin-Maine) en vue d’écouler l’énergie du futur réacteur « EPR » de Flammanville. Ceci marque la poursuite du programme nucléaire français. Nous nous y opposons, agissons et le sabotons en son point faible, son réseau de distribution. Il y a quelques jours, plusieurs pylônes de la ligne ont été déboulonnés. Tant que le nucléaire s’étendra, nous saboterons. »

Saint-Mihiel (France), octobre 2012. Trois portes d’un barrage de régulation de la Meuse ont été sabotées. 40.000 m3 d’eau se sont vidés, laissant deux bateaux de plaisance sur le flanc et faisant une vague de deux mètres de haut. Le ou les saboteurs ont dévissé les flexibles d’huile des énormes vérins hydrauliques qui commandent deux des trois portes du barrage. Après réparation, le niveau d’eau est revenu à la normale. La Meuse est particulièrement surveillée parce que ses eaux en aval servent notamment au refroidissement de la centrale nucléaire de Chooz, dans les Ardennes, qui doit être stoppée dès que le débit n’est plus assez important.

Publiés dans Hors-Service n°46 (septembre 2014)

Le numéro au format PDF

[Affiche] Contrer la totalité de la domination

Depuis des dizaines d‘années le progrès technologique s‘accélère fortement, amenant de nouvelles nuisances telles le nucléaire, les nanotechnologies et les organismes génétiquement modifiés, menaçant à présent la vie sur terre de diverses manières ; par l‘exploitation effrénée des « matières premières », les contaminations irréversibles par les éléments radioactifs, la pollution génétique et les conséquences des nanotechnologies. Surtout, toutes les technologies partagent le potentiel d‘expansion du contrôle sur le vivant, jusqu‘à la domination totale de la civilisation et de ses innombrables structures de pouvoir qui aliènent déjà quotidiennement nos relations.

La révolution industrielle amena à un accroissement de la spécialisation et de la centralisation. La technologie génétique représente un nouveau saut qualitatif dans le développement du contrôle sur l‘agriculture. Les brevets sur les semences de quelques grandes multinationales poussent l‘agriculture dans une dépendance absolue. Avec la destruction de la biodiversité, tout approvisionnement autonome est rendu impossible. Ce qui empêche fondamentalement une perspective vers des communautés libres et décentralisées. Ce ne sont pas uniquement les multinationales et les états qui en portent la responsabilité mais également tous ceux et celles qui croient à leurs mensonges et ainsi soutiennent leur développement.

Un rôle central dans cette tendance destructrice est à attribuer aux scientifiques paré_es de leurs blouses blanches de la «neutralité». Caché_es derrière la notion de « recherche fondamentale » illes travaillent à la légitimation de la technologie génétique. Les détails de cette recherche ne nous intéressent pas, tant l‘intention des chercheur_euses nous paraît claire : afin de s‘assurer de l‘approbation de l‘opinion publique, on cache des intérêts économiques ainsi que l‘expansion du contrôle sur le vivant, sous le couvert de la sacro-sainte science.

La résistance contre ces nuisances n‘a pourtant pas pu être brisée par ces mensonges, c‘est donc la répression qui a pris la relève. Le nouveau Protected Site à Reckenholz (Zurich), où ont et auront lieu des essais en plein champ de cultures génétiquement modifiées, est surveillé 24h sur 24 par une entreprise de sécurité avec chien de garde, surveillance vidéo permanente et deux grillages massifs équipés de capteurs de mouvement, ce qui équivaut à une forteresse.

Controns l‘avancée vers la domination totale

Faisons sentir aux responsables qu‘ils_elles se trouvent en travers du chemin vers la libération de toute domination

quelques paysan_nes anarchistes

  • Institut de biologie végétale, université de Zurich

Le prof. Beat Keller de l‘institut de biologie végétale de l‘université de Zurich est l‘initiateur et le meneur des essais en plein champ de blés OGM. Les frais des recherches actuelles sont pris en charge par l‘université.

  • Agroscope

Agroscope est, en tant que gérant du Protected Site, responsable pour l‘aspect technique, sous la direction de Michael Winzeler. Les essais ont lieu sur leur terrain à Reckenholz (Affoltern, Zurich).

  • Bouygues Energies & services

L‘entreprise Bouygues surveille 24h sur 24 le Protected Site avec un garde et un chien. Le groupe Bouygues propose des services allant du nettoyage aux télécommunications en passant par la sécurité et est présent mondialement. En Suisse ils ont plus de 30 filiales.

  • Office fédéral de l‘environnement – OFEV

L‘OFEV est responsable de l‘autorisation des essais en plein champ et co-responsable de l‘ensemencement des plantes génétiquement modifiées.

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Publié sur contrainfo, 27 septembre 2014

L’affiche traduite et mise en page en allemand et en italien.

[Berne, Suisse] Attaque d’une agence UBS – 24 septembre 2014

destroikaLe mercredi 24 septembre 2014, une agence UBS a été brisée à Bâle. Cela doit être vu comme une contribution à la résistance à la Troïka, à la gestion de la crise et la mise en œuvre des intérêts des dirigeants. La troïka de la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne règlementent et gèrent non seulement des pays entiers, les ménages particuliers, les gouvernements, mais déterminent également les conditions de vie des populations, en les réduisant à des ressources humaines. Le sentiment du noyau de l’Europe auto-proclamée est de prendre par surprise et de gouverner chaque jour de manière significative dans de nombreuses régions du monde.

En outre, la « place financière suisse » joue un rôle central dans la gestion de la crise et de l’application des intérêts des riches et des dominants. L’action est censé être une contribution symbolique à la résistance à ça et en même temps un appel à soutenir la Destroika, un mouvement de résistance fantastique. Au début de l’année prochaine*, le nouveau bâtiment de la Banque centrale européenne (BCE) est inauguré à Francfort. Le but de la Destroika est de fusionner plusieurs combats avec les protestations locales, afin d’accroître notre efficacité.

Venez tous à Francfort !

Pour un monde sans capitalisme, ni prisons ni frontières !

Ce qui est, est - ce qui n’est pas, est possible !

Traduit de l’allemand de ch.indymedia.org/de, 09/26/2014, 18h19

Note:

** Inauguration prévue dans un premier temps à l’automne 2014, l‘ouverture de la Banque centrale européenne à Francfort n’aura pas lieu avant le début 2015 et pourrait être retardée davantage. Cela nous laisse à tous plus de temps pour nous organiser et se préparer !

Nous allons poster de nouveaux renseignements sur les dates et les événements ici sur notre blog dès que nous les connaîtrons:

destroika.noblogs.org

[USA] Bulletin anticarcéral du Missouri sur la révolte à Ferguson / Septembre-Octobre 2014)

Le bulletin d’info de la prison du Missouri est distribué à près de 150 de personnes dans les prisons à travers les États-Unis, mais en se concentrant sur ​​ceux qui sont incarcérés dans le Missouri et l’Illinois. Ce numéro se concentre spécifiquement sur les récents soulèvements de Ferguson, (Missouri) et contient des comptes-rendus personnels originaux des émeutes, d’analyse et un calendrier des soulèvements comme ils se sont déroulés.

Les cinq numéros précédents sont disponibles ici.

Ci-dessous deux textes traduits de l’anglais du numéro 6 de septembre-octobre 2014:

Hello

Comme la chaleur de l’été s’intensifie ici à Saint-Louis, nous nous réadaptons lentement à la vie après la houle de nuits incontrôlables passées dans les rues de Ferguson à exprimer notre rage et notre mécontentement avec d’innombrables autres personnes. Beaucoup d’entre vous ont probablement entendu parler à la radio ou à la TV ou lu dans un journal que le 9 août, un jeune de dix-huit ans du nom de Mike Brown a été abattu par la police à Ferguson dans le Missouri.

Nous sommes habitué-e-s des tirs de la police, mais dans ce cas, des personnes ont mobilisé leur rage dans les rues et pendant dix nuits consécutives, les gens se sont battus et ont tenu l’espace que la police n’a pas pu contenir.

Ils ne nous l’ont pas donné. Nous l’avons pris. Minute après minute, nous avons réalisé notre pouvoir et les possibilités semblaient infinies. C’était comme si le temps cessait d’exister et que rien d’autre ne comptait car cette perturbation du commerce et du contrôle de la police a brisé la normalité de la vie quotidienne.

Nous avons passé des jours et des nuits à Ferguson, et nous voulons vous raconter nos histoires de ce que nous avons vécu.

Comme c’est souvent le cas, les médias rapportent les voix et points-de-vue des politiciens et de la police. Nous espérons vous donner un aperçu de ce que c’était vraiment à travers les rues dans l’espace autonome que nous avons tous créés ensemble. La plupart d’entre nous n’ont jamais expérimenté quelque chose comme les deux semaines passées. Ces nuits de révolte ont créé des possibilités que nous avons espéré mais nous avons à peine pensé être tangible. Nos esprits filent sur ​​ce qui est possible. Les rues semblent s’être apparemment calmées pour le moment, mais le refus de la violence et du contrôle de police continueront. Un soulèvement contre la police à travers le monde est palpable et s’est réalisé ici dans notre ville. Nous pouvons encore le goûter dans nos bouches et le sentir dans nos os.

Quand vous sortez et passez devant des visages familiers et à la fois inconnus, il n’est pas rare d’entendre quelqu’un vous dire, « Mains en l’air«  et instantanément vous répondez: « Ne tirez pas ». Un lien social s’est fait, une compréhension immédiate d’une volonté commune pour un monde complètement différent. Bien que ces événements peuvent sembler lointain, d’autres à travers le monde, qui ont ressenti la même chose, ont répondu par la solidarité (des marches, des actions et des attaques) sur vos propres sols sont un moyen d’exprimer du soutien à ceux qui résistent à d’autres endroits et de répandre la résistance au-delà des limites de lieu. La police ne ruine pas seulement nos vies à Ferguson et à Saint-Louis, mais partout.

La race a été un facteur majeur dans les événements des dernières semaines à Ferguson. Une ville à majorité noire avec des forces de police à majorité blanche, un autre jeune homme noir assassiné par un policier blanc, des générations de suprématie blanche et de violence raciale venant d’une tête.

Les rues de Ferguson hurlaient de tensions raciales, et ceux d’entre nous qui sont blancs ont souvent eu à justifier notre haine de la police aux rebelles noirs qui n’avaient jamais entendu parler d’une telle chose sortant d’une bouche blanche. Heureusement, face à une ligne de flics anti-émeute et au coude à coude avec les personnes noires et brunes et refusant de reculer, nos actions ont remplacé le besoin des mots. « Nous saignons tous le même sang » est une tentative de répondre à certaines de ces tensions raciales et un appel à l’unité raciale contre la police et les prisons.

Il y a eu plusieurs mois depuis le dernier numéro de ce bulletin. Nous avons apprécié correspondre avec vous et faire sortir du matériel de lecture. Que ces histoires inspirent  connexion et collaboration entre vous contre l’ennemi et pas l’un contre l’autre.

togetherFergus

Nous saignons tous le même sang

« Il n’est pas question de noir et blanc, il s’agit du peuple contre le gouvernement. Si je te coupe, ça ressemble au même que moi. Nous saignons tous le même sang « .

Un rebelle anonyme de W.Florissant à Ferguson (Missouri)

En 1968, quand Martin Luther King a été assassiné, une vague de protestations et de révoltes, connues sous le nom du « soulèvement de la Sainte Semaine« , a balayé le pays. De grandes émeutes ont éclaté à Washington DC, Baltimore, et plus localement à Kansas City, Louisville et Chicago. Cette effusion de rage a finalement été maîtrisée par la police locale, la promesse de réformes législatives et surtout, la mobilisation de la garde nationale et de l’armée. Le déploiement de l’armée américaine et des marines sur le sol américain a été particulièrement significatif dans la capitale nationale où des émeutes ont progressé à deux blocs de la Maison Blanche.

Les centres urbains n’ont pas été les seuls lieux de cette puissante révolte. À Saint-Louis, des détenus de la prison de la ville ont riposté contre un système raciste meurtrier et de pauvreté brutale en essayant de détruire la prison dans laquelle ils ont été encagés et y ont mis le feu.

En 1971, le prisonnier rebelle George Jackson a été abattu alors qu’il tentait de s’échapper de la prison de San Quentin en Californie. En réponse, 1000 prisonniers de l’autre côté du pays à Attica de New York ont pris le contrôle de la prison et ont retenu en otage 42 gardiens afin d’obtenir l’amnistie et les réformes nécessaires au système carcéral. Agissant en solidarité, des rebelles à l’extérieur ont organisé des manifestations en faveur de la rébellion à Attica afin de mettre la pression sur les autorités et empêcher le massacre des prisonniers révoltés. Malheureusement cet effort n’était pas suffisant pour empêcher les autorités d’écraser les prisonniers par la force brute.

Quelles sont les leçons que nous pouvons tirer de cette histoire?
Quelles sont les limites des émeutes dans les rues et lutter au sein des murs de prison? Comment pouvons-nous répandre des révoltes à travers ces murs tout en étant capables de vivre et de combattre un autre jour? Quelles sont les différences en agissant dans les rues et à l’intérieur de la prison et comment ces différences affectent sur ce que nous pouvons faire?

Cette société des extrêmes (pauvreté et richesse, accès et exclusion, la concentration du pouvoir dans les mains d’une élite) est maintenue en permanence par la force. La police, le système pénitentiaire, les tribunaux et le racisme qui est une partie importante d’entre eux, servent à maintenir le déséquilibre entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien. En opposant les pauvres les uns aux autres, blancs contre noirs, latinos, asiatiques et autochtones, le racisme sert à nous maintenir divisés, à se battre entre nous au lieu de chercher une cause commune contre la classe dirigeante, les politiciens et leurs serviteurs.

Cette distinction entre les races privilégiées et ciblées se réalise par les différences en matière de maintien de l’ordre dans les quartiers pauvres vus qui sont principalement noirs et latinos et le maintien de l’ordre dans les quartiers riches vus qui sont à prédominance blanche. Elle peut également être perçue dans les différences des peines de prison pour des crimes semblables donnés à des gens qui tombent de chaque côté de la blancheur. Dans les rues, le racisme répressif est effectué par le profilage racial, le harcèlement de la police et l’utilisation de la force létale. Dans les prisons, le racisme se présente sous la forme de blancs ruraux étant embauchés pour garder une population carcérale majoritairement urbaine, principalement minoritaire. On peut également voir cela à travers le gang et les divisions raciales entre prisonniers, qui sont favorisées et encouragées par les administrations pénitentiaires afin de garder les prisonniers divisés.

En 1992, les gangs de Los Angeles avaient négocié une trêve dans les semaines avant que le verdict Rodney King eut été annoncé. Ce gang et l’unité raciale a aidé à contribuer à la plus grande révolte aux États-Unis depuis 1971. Et en dépit de quelques cas regrettables et largement rapportés de violence de noir sur blanc, la  rébellion Rodney King contenait une quantité remarquable d’unité et de coopération inter-raciale. Certains coréens ont été la cible de pillages, précisément parce qu’ils géraient en tant qu’individus des entreprises d’exploitation et de parasites dans les quartiers pauvres noirs. D’autres coréens ont choisi de se tenir debout avec les rebelles contre la violence de la police. Lorsque nous nous rebellons contre le système de la police a imposé la pauvreté et d’unir à travers les lignes raciales ou ethniques, nous luttons contre la stratégie répressive du racisme. Dans le même temps, l’unité à travers les divisions artificielles est une condition nécessaire pour une révolte qui ne puisse pas être facilement contenue. Lorsque nous nous rebellons, nous redessinons les lignes qui ont été écrites sur nos corps et dans nos vies. Nous décidons nous-mêmes de quel côté nous nous situons.

Dans les moments où se dressent les races privilégiées avec des races ciblées contre un ennemi commun, le sens et l’importance des différences raciales commencent à s’estomper. Cela peut être confirmé par des expériences dans les rues de Ferguson (Missouri) un nombre relativement faible de personnes blanches ont résisté avec les noirs contre la terreur de la violence policière et de l’occupation du quartier par la police militarisée. Ce que cela signifie d’être blanc et noir dans la vie de tous les jours (sécurité relative et risque relatif) commence à être moins significatif quand tout le monde est gazé de lacrymo et se fait shooter avec des balles en caoutchouc, lorsque les rebelles blancs viennent en aide aux rebelles noirs blessés, quand les gens partagent l’expérience et des tactiques, se faisant mutuellement confiance malgré une différence de couleur qui n’est que superficielle.

Ce processus de surmonter simultanément le racisme interne et institutionnelle est interrompu par ceux qui tentent d’utiliser les tensions raciales à leurs propres fins. De la police et des médias aux dirigeants autoproclamés de la «communauté» qui tentent de surfer sur cette vague de troubles à l’intérieur d’un bureau politique, ceux qui bénéficient du maintien des divisions raciales ont brossé un tableau de l’extérieur et des agitateurs qui sert seulement à nous diviser. Dans un retournement ironique du récit racial normale, les politiciens actuels et futurs ont choisi les rebelles blancs comme boucs émissaires, les accusant de violence, de pillage et de destruction qui leur est hors de contrôle et non favorable à leurs agendas politiques. Cette opération répressive fournit une cible facile pour la police depuis que les blancs dans les rues de Ferguson sont une minorité visible, tandis que dans le même temps, il supprime le pouvoir des mains de rebelles noirs qui, en réalité, ont initié chaque escalade dans la rébellion jusqu’à présent.

Dans le but de brouiller des lignes pour devenir plus complet, afin de réellement supprimer le racisme, d’abolir la pauvreté et disperser le pouvoir, nous avons besoin de créer une situation à partir de laquelle il n’y a pas de retour, une révolte qui est si répandue et approfondie qu’elle ne peut pas être contenue et pacifiée. Une façon d’aller en ce sens consiste à nous voir nous-mêmes et nos vies dans les luttes initiées par d’autres qui peuvent apparaître différentes à première vue. Quand certaines personnes là-bas commencent à bouger, d’autres ici peuvent se déplacer avec eux, distrayant et divisant l’attention des autorités et de tous ceux qui souhaitent conserver leurs positions de pouvoir et de privilège. D’un côté des murs à l’autre, ensemble, nous avons le pouvoir de tous les abattre.

newsletter-6-image1issus de antistatestl.noblogs.org, 5 septembre 2014

La routine du désastre

Le tract La Routine du désastre est sorti une semaine après l’annonce de « l’accident » de Fukushima, et a été distribué dans plusieurs villes en France et en Belgique.

Dans les quartiers populaires de Paris, il a été distribué à plusieurs milliers d’exemplaires lors de tables de presse où se trouvaient d’autres informations et textes sur le nucléaire.De nombreuses personnes se sont arrêtées pour en discuter. Avec ceux qui en venaient à remettre en question le nucléaire, c’était des pans entiers de la critique qu’on ouvrait ensemble: sur l’Etat, le capital, les spécialistes, la dépossession… La table était vidée à chaque fois. Tout au long du printemps, de nombreux tags sont aussi apparus sur les murs de la ville et dans le métro (« Irradiés de tous les pays, révoltons-nous », « le nucléaire nous prépare un avenir irradieux », « Va te faire irradier », « Si t’aimes tant le nucléaire, porte toi liquidateur volontaire », etc…). Le 6 avril à l’université Paris Dauphine, une conférence sur les conséquences de Fukushima donnée par un nabab de l’énergie est interrompue par une vingtaine d’individus, qui ont lancé des oeufs de peinture, insulté les participants, éclaté quelques boules puantes et laissé des tracts. Toujours à Paris, lors de deux très classiques manifestations appelées par le réseau Sortir du nucléaire, d’autres tracts ont à leur tour posé une critique radicale de la situation [cf La France n’est pas inquiète & Nucléaire et servitude]. Fait suffisamment rare pour être noté, un rassemblement hors de toute organisation et parti politique est organisé le 26 avril 2011, cette fois devant l’Autorité de sûreté nucléaire, même si on peut s’interroger sur le sens qu’il y a de se réunir devant cette institution (puisqu’il n’y a aucun dialogue à entretenir avec l’ASN qui légitimera toujours l’existence du nucléaire, un rassemblement est-il la meilleure façon de lui montrer notre opprobre?). De façon autonome également, de nombreuses discussions se sont déroulées autour du catastrophisme, des luttes antinucléaires passées, des simulations d’accidents de crise, des façons d’affronter aujourd’hui au nucléaire, etc…

Courant mai pourtant, on sentait bien que les oreilles commençaient à se refermer. Les tracts et les textes de la table à Belleville partaient moins vite, les gens n’avaient plus le même désir de parler de tous ces événements. Si la « catastrophe » est loin d’être finie, elle n’a peut-être ouvert ici qu’une brèche de très courte durée, laissant place à une sorte d’aveuglement volontaire encore plus difficile à questionner. Comme s’il s’agissait d’une épée de Damoclès avec laquelle on ne peut pas vivre, et qu’il faudrait vite recouvrir du poids de nos résignations quotidiennes.

LA ROUTINE DU DESASTRE

desastrLes nouvelles de la catastrophe de la centrale atomique de Fukushima au Japon tournent en boucle. Face à un désastre sans précédent, les médias commentent en direct les nouvelles du nucléaire qui a l’air de n’en faire qu’à sa tête. Les infos fusent, c’est un véritable bombardement, mais rien ne perce.

Non, aucun enseignement ne sera tiré. Une telle catastrophe ne pourrait pas arriver ici. Les journalistes, les experts et les politiciens discutent séisme et tsunami, s’accordant sur le caractère exceptionnel de la situation de cette île lointaine.

Ces raclures en profitent pour vendre la fameuse fiabilité des installations françaises qui seraient les plus sûres du monde. Sans jamais rappeler que n’importe quelle erreur humaine peut produire le même résultat partout. Sans jamais préciser que n’importe où en France, nous habitons toujours à moins de 100km d’une installation nucléaire.

Ils se garderont bien de préciser que derrière la catastrophe, c’est un quadrillage et une gestion militaires qui s’instaurent. En plus d’être contaminé, chacun sera en permanence contrôlé, testé, mesuré, surveillé, et déplacé dans des zones où toute liberté, initiative individuelle, et parcelle d’autonomie, auront disparu sous le règne kaki.

Leur propagande préfère faire croire que ces opérations désespérées d’acheminement d’eau, de sable, que leurs mesures martiales de confinement et leurs pauvres distributions de pastilles d’iode ont pour but notre santé. Pourtant si c’était vrai, un petit nombre de pays ne la mettraient pas en péril permanent en s’engageant dans la voie du nucléaire. Derrière cette monstruosité se cachent d’énormes intérêts économiques et stratégiques. Depuis le début, nucléaires civil et militaire sont complètement imbriqués, et l’histoire du développement de cette technologie est entièrement liée à un jeu mortifère entre puissants.

La routine du désastre est déjà présente, à travers la multiplication quotidienne de ce que ces autruches du nucléaire qualifient par euphémisme d’« incidents ». Ils nous promettent par exemple maintenant de vérifier l’état actuel des 58 réacteurs du territoire français, mais ne disent bien sûr rien des problèmes insolubles posés par les déchets radioactifs qui dorment sous nos pieds dans près de 1000 sites, ni des nombreux cancers et leucémies que subissent celles et ceux qui vivent aux abords des installations nucléaires. Sans compter toutes les barbouzeries au Niger et au Gabon, où Areva exploite la main d’œuvre locale en la condamnant à une mort lente en même temps que toutes celles et ceux qui habitent près des mines d’uranium.

Le pouvoir fait comme si tout cela était inéluctable, essayant tant bien que mal d’éviter le pire, mais surtout sans jamais interroger ce qui a été et qui reste encore un choix.

En vrai, on pourrait tout de suite se passer du nucléaire et du monde qui le produit. Les écologistes et autres ONG à la sauce verte ne parlent que d’une pseudo « sortie » du nucléaire d’ici 20 ou 30 ans, pour ne pas froisser leurs soutiens étatiques et leurs potentiels électeurs. En véritables sauveteurs du capitalisme, ils espérent occuper un rôle de contre-experts pour être associés à sa gestion actuelle.

Que d’images spectaculaires de la centrale en feu, que de mises en scène de «sauvetages » épiques, que d’angoissants nuages radioactifs doit-on gober sans réagir ! Que de débats stériles entre politiciens sur les différentes alternatives pour répondre aux appétits dévorants du développement industriel, que de prétendus discours raisonnables pour des mesurettes qui ne remettent rien en cause ! Autant de mascarades pour recouvrir d’un voile opaque l’aberration du nucléaire. Il est grand temps de briser la vitrine qu’il représente et de mettre fin à toute cette merde. Derrière l’horreur de cette catastrophe sans précédent dont on a pas fini de compter les morts, c’est l’acceptation à un niveau mondial du nucléaire qui se joue.

L’Etat tient le rôle du pompier pyromane. Il est celui qui a mis en place tout ce merdier et qui fait maintenant mine d’être le protecteur, le seul à pouvoir assurer la sécurité des populations.

Jamais le monde tel-qu’il-est-et-qu’il-ne-faut-surtout-pas-renverser n’avait trouvé de meilleur garant. Un possible figé qui, à part connaître l’empoisonnement et la militarisation de cette planète, verra à peu près toujours les mêmes en haut et les autres en bas, les mêmes qui « savent » et les autres qui suivent.

Ce qu’ils craignent réellement, ce n’est pas le désastre en cours et à venir, ce ne sont pas non plus les appels de leurs sbires citoyennistes à une « meilleure » gestion de l’existant, tous parlent encore la même langue du mal nécessaire.

Ce qu’ils ont par contre à redouter ce sont des luttes contre le nucléaire et le monde qui va avec.

Parce qu’ils nous voudraient tous cobayes résignés et désemparés. Parce que la liberté commence par le sabotage de ce monde qui nous détruit.

Ni cobayes ni moutons,

19 mars 2011

Tiré de Fukushima Paradise – Pour une critique radicale du nucléaire, éd. La Canaille & Mutines Séditions