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[Saint-Louis, USA] Collecte de récits à propos des manifs sauvages suite à un énième meurtre de la police

Acte 2 : St-Louis se soulève après un autre meurtre de la police

Juste après la tombée de la nuit mercredi à Saint-Louis, un flic a tué Vonderitt « Drew » Myers, âgé de 18 ans. C’est le troisième incident de flics tuant des hommes noirs en deux mois - ce n’est malheureusement pas supérieure à la moyenne. Ce qui est supérieur à la moyenne cependant, c’est la réaction des gens à ça. Comme Mike Brown, il y a eu un débat à propos du fait s’il avait résisté, s’il était armé, s’il avait volé des cigares ou tiré sur la police, tout cela devrait être des motifs pour lesquels tu te fais buter. Pour nous, cela n’a pas d’importance. Nous sommes contre la police et tout ce qu’elle fait.

Ce qui s’est passé ces deux dernières nuits est une continuité de Ferguson à bien des égards, mais aussi quelque chose de plus. Ici, à Saint-Louis, la réponse à la police tuant des gens est maintenant de descendre dans la rue en représailles. Bien qu’il y ait chevauchement entre ceux qui ont été dans les rues de Ferguson et sud de Saint-Louis, il y a d’autres éléments en jeu. Les coups de feu se sont passés dans le quartier Shaw, près de Tower Grove Park. Le quartier s’appelle lui-même « revenu mixte«  et « diversité » comme un droit de se vanter, mais les tensions de classe et  raciales sont très répandues.

L’agent qui a tué Myers n’était pas en service mais travaillait pour une société de sécurité privée, GCI security, embauchée par les résidents de la classe moyenne et supérieure. Les marches ont été très axées sur la race et la police, mais aussi sur la classe, ciblant explicitement la classe supérieure comme la source de leur oppression. Comparé à l’atmosphère bruyante à Ferguson, ce groupe (tout aussi sauvage) était bien plus mélangé. Ce qui suit est un assemblage de compte-rendus des deux dernières nuits.

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Mercredi 8 octobre

A 22 heures, il y avait environ une centaine de personnes au croisement de Klemm et Shaw. Peu de temps après que la police ait démarqué la scène de crime, l’énergie de la foule a changé vu que ça grossissait dans les rues. Immédiatement après être descendu du trottoir et pris la rue, la foule s’est précipitée et a entouré la police se tenant au carrefour autour de leurs voitures.

La foule a commencé à roder autour des flics, à les encercler, leur criant dessus, en ne les laissant pas se déplacer. Les flics ont été clairement terrifiés. Des chants de « A qui sont les rues ?! A nous! » ont été changées en « A qui sont les rues ?! A Drew! » et ont été en fait utilisés pour chasser la police de la rue. Des petits groupes de 3-5 flics debout près ou autour de leurs voitures ont été encerclés et raillés avec des cris de « flics dégage«  et « Va te faire foutre, porc. » Les flics ont reculé nerveusement, puis ont accéléré le pas car ils ont été bousculés et poussé hors de la zone.

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Les gens ont commencé à encercler des voitures de police et à ne pas les laisser partir, donnant des coups de pied aux véhicules, et à un moment poussant physiquement un flic loin de son 4X4 et ne le laissant pas le regagner. Le même 4X4 a eu ses feux arrière et son essuie-glace arrière arrachés. Des morceaux d’un feu-arrière ont été pris comme souvenirs. Au moment de quitter les lieux, la voiture d’un policier a eu sa vitre arrière brisée.

À l’autre extrémité de la rue, des personnes couraient après un autre petit groupe de policiers qui avaient été laissés à l’arrière. Des mots d’intimidation leur ont été criés: « Vous avez la trouille maintenant?! Vous savez ce que c’est que d’être effrayé maintenant ?! Allez vous faire foutre« . Un flic nerveux dans le groupe a commencé à être frénétiquement à la recherche d’un flic manquant: « Où est Joe? Où est Joe? Il n’est pas là !« , alors qu’il montait dans une voiture. Avec un esprit malin, des gens ont répondu en riant: «Joe est parti, mec! Nous ne pouvons pas le trouver. Il est probablement mort! » Les flics se sont précipités sur le siège arrière d’une voiture et ont accéléré à toute vitesse. Après que la police soit partie, les gens ont commencé à descendre le quartier Shaw, vers l’est en direction de la Grande Avenue.

Pour le reste de la nuit, la police est restée à distance. Même lorsque la police a appelé à l’aide lorsque leurs véhicules ont été attaqués ou pour des renforts sans rapport avec la marche, les agents ont répondu avec des appels à « toutes les voitures hors de la zone« . Un hélicoptère a suivi la foule pour le reste de la soirée, bien après que des coups de feu aient été tirés (peut-être à ça), c’est resté obscur*.

Après plusieurs faux départs, la marche s’est finalement rendue au croisement de Shaw et de  Grand et l’a bloqué. A ce moment, il y avait probablement 200-300 personnes bloquant la circulation et causant la fermeture de l’autoroute par la police. Durant environ 40-60 minutes, le groupe ne pouvait pas décider où aller et il y avait plus de faux départs au nord et sud. A un moment, le chef de la police, Sam Dotson, est apparu pour essayer de calmer les gens, mais un groupe d’adolescents l’a arrêté, l’un est monté sur la voiture et a commencé à le bousculer et à se moquer de lui. Dotson lui a ordonné de descendre, et le gamin lui a rendu la pareille, contraignant Dotson à partir frustré.

Finalement, le groupe s’est rendu au sud sur Grand de la zone de bars, cafés et entreprises, mais au moment où nous sommes arrivés les gens étaient épuisés et n’ont pas dit grand chose, juste marcher. A ce moment certaines personnes ont quitté la marche - d‘épuisement ou frustré par sa direction, mais d’autres avaient rejoint. Nous nous sommes finalement rendus à Gravios (environ trois miles de là où nous avions commencé). Nous avons bloqué le carrefour et arrêté la circulation clairsemée à cette heure tardive. La marche n’aurait probablement pas pu rester plus de quelques minutes, mais un automobiliste nous a ordonné de se déplacer. A ce stade, les gens se sont revitalisés et ont commencé à hurler sur le conducteur. Finalement, la police est venue avec deux véhicules pour protéger le conducteur ou l’aider à se déplacer et à entourer les gens. Réalisant que c’était une erreur, les policiers ont fait demi-tour pour repartir. Quand ils l’ont fait, deux personnes ont jeté des pierres en même temps et ont éclaté leur fenêtre arrière alors qu’ils se retiraient brusquement. Les flics, sachant qu’ils étaient moins nombreux, n’ont même pas arrêté leur trajet.

À ce stade, le groupe essayait de se décider où aller. Nous savions que nous devions continuer à avancer, mais il n’y avait pas de bonnes options autres que de redescendre en direction de Grand vers la police qui venait juste d’être attaquée, et c’est ce que nous avons fait. Et la police a gardé leur distance. Cela en dit long sur le climat social à Saint-Louis en ce moment: qu’après avoir attaqué une voiture de police, la même marche a pu se diriger en leur direction sans représailles de la police.

La marche est finalement retournée à Shaw et Grand, et les personnes (environ 300-400) ont bloqué le carrefour. Il était 2h du matin. Les gens se sont allongés en disant qu’ils occupaient le carrefour pour la nuit et ne partiraient pas. Contrairement à d’autres nuits les assaults de la police ont restreint notre capacité à parler librement en tant que groupe, nous avons pu passer un peu de temps à parler et à plaisanter. Des débats amicaux ont été lancés au sein des groupes de la foule. A quatre heures, la plupart des gens étaient partis pour la nuit.

Jeudi 9 octobre

Les gens se sont rassemblés de nouveau à l’intersection de Shaw et Klemm pour une veillée autour de 18h30. Après environ 40-60 minutes un groupe de personnes a pris des mégaphones et lancé quelques chants qui ont agacé les gens. Le groupe a plus ou moins contrôlé la marche durant l’heure suivante. Il y avait un groupe de personnes qui tentaient de diriger les choses, mais pour la plupart, l’ambiance était turbulente et les gens faisaient eux-mêmes preuve d’imagination. À ce stade, et tout au long de la soirée, des jeunes filles ont porté le mégaphone, conduit les chants, et avaient une voix forte* dans la façon dont les événements se sont déroulés.

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La marche a fait de nouveau son chemin de Shaw à Grand et bloqué la circulation pendant un moment - c’était autour de 19h30 et davantage de trafic a été bloqué par rapport à la nuit précédente. Une voix forte nous a suggéré de se déplacer vers le nord jusqu’à Grand, vers l’interchange I-44. Lorsque le groupe est arrivé au croisement, il s’est étendu à tous les angles de l’espace énorme, bloquant les véhicules d’entrer ou de sortir de l’autoroute ou circulant vers le nord et le sud sur Grand.

Avec des chants de « Qui ferme cette merde ?! Nous fermons cette merde! » La marche a bloqué une artère importante de la ville, empêchant le flux standard du trafic qui compose la réalité quotidienne banale de la vie urbaine. Étant donné que c’était un jeudi soir, le commerce de la ville n’a pas beaucoup été perturbé par le blocus, mais des centaines de voitures ont été contraintes de faire demi-tour et de trouver d’autre routes (et, désormais pratiquée, cette tactique pourrait être employée à l’avenir d’une manière plus stratégique). Des confrontations, des débats et conversations avec des automobilistes se sont succédés durant une demi-heure, avec des manifestants expliquant aux conducteurs qu’ils allaient fermer la ville jusqu’à ce que les flics arrêtent de tuer (sic). Encore une fois, les femmes* étaient parmi les manifestants les plus présents, à la fois par la voix et la confrontation au sein du groupe, prenant l’initiative dans le blocage de la circulation et pour faire face aux voitures.

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Après environ une demi-heure, il semblait évident que la police nous laissait faire tout ce que nous voulions et avait ordre de rester en recul. Une fois de plus, la police a apparemment reçu l’ordre de rester en retrait.

Quelqu’un commençant à dire au groupe que l’une des rues les plus riches du quartier - principalement responsable de la sécurité qui a embauché le flic qui a tué Myers - est à seulement quelques pâtés de maisonset nous devons aller les réveiller et les tenir pour responsables.

Ainsi, le groupe est parti à Flora Place. La rue est fermée à une extrémité, a un grand espace d’herbe qui passe au milieu, une voie de circulation à sens unique sur chaque côté et des maisons chics. Quelqu’un s’est mis à souffler dans une corne de brume et a fait le tour pour que d’autres l’utilisent. La foule a commencé à applaudir de plus en plus fort. Les gens allaient sur ​​les deux côtés de la rue, […] chantaient des choses comme « pas de justice, pas de sommeil! », ôtant des ornements de hottes, en arrachant les drapeaux des porches des gens au moins une fenêtre d’une maison bourgeoise a été brisée. Certains ont prétendu que c’était la maison d’un flic de la ville, mais d’autres ont dit que c’était de la haine de classe aléatoire (sic).

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Après quelques mètres, des personnes se sont arrêtées au milieu de l’intersection pour brûler tous les drapeaux qui avaient été collectés. Il n’y avait qu’une personne visiblement contrariée de ce qui se passait, mais tout le monde hurlait et acclamait. Des personnes ont répondu à cette personne en disant nonchalamment qu’ils n’en ont rien à foutre du drapeau ou en criant passionnément que le drapeau ne représente pas les gens de couleur – ou que ça représente seulement le génocide et l’esclavage commis à leur encontre. Comme les drapeaux étaient en feu, quelqu’un s’est saisi du mégaphone et a rappelé pour commencer que le drapeau n’a jamais été le nôtre, et que nous sommes dans ce quartier en conflit avec les riches qui sont les plus gros soutiens de cette entreprise de sécurité qui est là pour faire respecter l’ordre et les divisions raciales.

Une autre chose impressionnante de cette soirée de jeudi a été la solidarité et la complicité au sein du cortège. Il s’est très vite répandu parmi les manifestants que les flics recherchaient quelqu’un avec un sweat-shirt rouge, et la réponse des personnes a été d’annoncer ça discrètement et de dire à la personne portant le pull en question de l’enlever et de mettre autre chose. Cela a été fait d’une manière amicale et dans l’intérêt de poursuivre l’ambiance festive et agitée sans que personne ne soit en danger. Les gens ont pu changer rapidement de vêtements, discuter et continuer.

A travers à l’ensemble de la marche, la présence policière était presque inexistante. Il y avait un hélicoptère qui suivait, mais les voitures de police étaient toutes restées à quelques pâtés de maisons. Après l’incendie des drapeaux, les gens se sont déplacés en direction de Grand-et Arsenal.

Il était clair que les flics étaient près de l’intersection de Grand Arsenal vu que la manif approchait, mais pour un court laps de temps, ils sont restés en retrait lorsque le groupe a bloqué l’intersection. Il y avait trois flics, debout le long d’un bâtiment et beaucoup de gens ont commencé à les entourer, à leur crier dessus et à les insulter. Ils étaient entourés et contre un mur tandis que la foule hurlait et les poussait. Ils étaient terrifiés. C’était très beau. En une minute, des dizaines de policiers ont commencé à partir dans toutes les directions et à travers la foule avec leurs matraques en l’air. Les flics acculés se sont finalement frayés un chemin hors de la foule et les gens sont retournés dans la rue. Ailleurs, une pierre a été jetée à travers une vitre d’un magasin.

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Les flics ont séparé la foule, poussant certains vers Arsenal et d’autres vers Grand. Les gens poussaient contre les flics, leur disant de foutre le camp et hurlant sur ​​leurs visages. En quelques minutes, une foule a été poussé à la fois à l’est et à l’ouest par la police... Les gens ont commencé à se disperser sur les côtés. Dans le tumulte, plusieurs personnes qui étaient entre les mains des flics ont été extirpées puis bien cachées au sein du cortège, et ensuite des groupes de la foule ont bloqué le travail des flics qui tentaient d’interpeller d’autres personnes. Les gens sont restés dans les rues, marchant et chantant, pendant encore deux heures de plus.

Comparées à d’autres manifestations des dernières années, la réponse à ces assassinats a une continuité, une mobilité, une présence dans la rue; une analyse de classe qui va au-delà de celle d’une certaine élite mondiale inaccessible (tels que les « 99% » mystique d’Occupy**) ; allant dans les maisons de ces bâtards (riches); prenant l’espace et le défendant; pillant/redistribuant les richesses; haïssant ouvertement la police au lieu de les y inviter, etc, etc, etc…

Les médias continuent leur ligne éditoriale par « une manifestation pacifique ont tourné à la violence«  au sujet de tout cela. Soyons clair qu’à partir du moment où le groupe a quitté la veillée, le jeudi, c’était sauvage et militant. Il n’y a eu aucun « tournant » à aucun moment pour ce groupe, ni de la part d’un petit groupe dont les actions se démarque de l’ensemble du groupeIl semble que Saint-Louis est en voie d’établir une tradition de représailles pour les meurtres de la police. La plupart des gens ont un flic dans leur tête, les contrôlant. Maintenant, les flics de Saint-Louis ont un émeutier dans leur tête, les faisant réfléchir à deux fois avant d’appuyer sur la gâchette.

Traduit de antistatestl, 10/10/2014

Notes des traducteurs:

* Cette précision faite avec insistance dans le texte est à mettre en lien avec les marches anti-police à Ferguson, dans lesquelles les récupérateurs réactionnaires de la cause noire (« Nation of Islam », New Black Panther Party »…) exigeaient que les femmes rentrent à la maison. Ce qui n’était pas passé sans résistance. Et ces initiatives de la part de jeunes filles montrent une fois de plus que ces larbins du pouvoir sont pratiquement inexistants et marginalisés par les opprimés noir-es.

On peut aussi préciser que ces culs-bénis occupent une large place dans les médias US, que ces derniers leur laissent aisément (parce que: organisation; ainsi que pour leurs rôles de socio-flics et de balances).

** Référence au mouvement ‘occupy’, que l’on a connu en France sous le nom des Indignés, et qui s’est illustré par des orientations pro-flics (par exemple en les acceptant en AG), citoyennistes, etc…, souhaitant améliorer ce système de dominations.

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Parallèlement, un appel anarchiste à converger sur Ferguson du 10 au 13 octobre a été lancé pour rejoindre le « week-end de résistance » afin d’aller exprimer en acte sa rage contre la police, ainsi que le monde raciste et capitaliste qu’elle défend.

[Genève, Suisse] Barricades et affrontements contre le défilé du bicentenaire de la police – 4 octobre 2014

Aujourd’hui, plus de 300 personnes ont participé à la parade festive contre le défilé des 200 ans de la police genevoise. Dans une ambiance festive et déterminée, le cortège a assiégé le défilé des forces de l’ordre qui ont entamé leur manifestation dans une ville blindée par leur confrères. La manif a traversé le quartier de la jonction entre slogans et discours qui ont fustigé le délire sécuritaire qui règne à Genève.

Plusieurs dizaines de personnes ont subi des contrôles d’identité, des fouilles préventives et des prises de photos de la part de policiers.

En dépit du dispositif policier intimidant, aujourd’hui, nous avons repris joyeusement la ville et démontré qu’à Genève il n’y a pas de place pour les parades militaires.

LES RUES SONT A CELLES ET CEUX QUI LES FONT VIVRE !

Des mises à jour suivront quant à des éventuelles arrestations…

See you soon on the barricades !

danceagainstpolice.noblogs.org

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Ce que les toutous de la police et du pouvoir en ont dit….

La parade anti-police bascule dans la violence

Plus de 300 personnes se sont réunies samedi après-midi pour protester contre le défilé historique célébrant le bicentenaire de la police et «l’état policier».

SUISSE GENEVE PROTEST POLICE

«Mais ce que t’es con! C’est pas le but!», hurle une très jeune femme à la rue Gourgas. Un homme masqué vient de briser la vitre d’une BMW pour y enfourner un fumigène. Il est 15h50 ce samedi et ce qui était annoncé comme une «parade festive» contre le défilé du bicentenaire de la police vient de basculer du côté obscur. Depuis 15h, une soixantaine d’individus sur les 300 que comptait la manifestation à son départ de la plaine de Plainpalais tentaient d’en découdre avec les forces de l’ordre. Ils y parviennent enfin, les participants s’éparpillent, les plus irréductibles construisent des ébauches de barricades dans la rue des Bains, la police tire à deux reprises des gaz lacrymogènes, c’en est finit du cortège.

«Arrêtons de glorifier la police»

En début d’après-midi sur la plaine, une quadragénaire explique que la parade, intitulée «dance against police», a pour but de «s’opposer à cet état policier. On veut la liberté de mouvement, d’expression. Arrêtons de glorifier la police.» Elle s’émeut des dizaines d’agents en tenue anti-émeute postés dans les rues adjacentes. Les forces de l’ordre tiennent à éviter tout contact entre les manifestants et le défilé officiel, qui doit arriver à la place Neuve à 16h. « Ce type de situation, c’est aberrant, risible, explique la militante. Vous voyez la disproportion des forces? C’est contre cette disproportion qu’on s’élève.»

Le cortège s’ébroue. Sound system, drapeau anarchiste, plusieurs visages masqués et slogans de rigueur. «Mort aux vaches, morts aux condés», «police partout, justice nulle part», etc. Un jeune punk explique que les photos, il n’en veut pas. «Non, on n’est pas là pour être vus! On est là pour manifester, donner notre sentiment.» La procession contourne la plaine. Dans les rues parallèles, les policiers la suivent.

Pétards, peinture, fumigènes, bouteilles

Premier face-à-face à l’angle de la rue du Stand et du boulevard Georges-Favon. Rien ne bouge. Un homme seul, charisme, épée, emphase et sarcasme, affronte verbalement la quarantaine d’agents en tenue de combat. Aucune réaction, aucun contact physique. Second face-à-face au boulevard Saint-Georges, à quelques mètres de la place du Cirque. Les manifestants accentuent la provocation. Pétards, jets de peinture, de fumigènes, de bouteilles. Les policiers ne bronchent pas.

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Restent quelque 200 personnes. Une quinquagénaire interpelle les quérulents, leur suggère de rentrer chez eux. «Pour info la rue elle est à nous, elle est pas à toi, lui rétorque un homme plus âgé que ses pairs, visage marqué et habitué de la contestation de trottoir. Nous, on dort dans la rue, toi tu dors chez toi.»

Mercedes détériorée, BMW brûlée

Dernier face-à-face à la rue Gourgas. La frange dure obtient ce qu’elle était venue chercher. Une dizaine d’activistes se porte au contact du cordon policier, banderole en main. Charge sur dix mètres. Un jeune homme saigne du visage. Des individus masqués déplacent une Mercedes bernoise pour en faire une barricade, puis éclatent sa vitre. Lourde ambiance, désaccord entre manifestants. «Arrêtez, arrêtez, c’est de la merde!, crie une jeune fille. Soit on charge la police, soit on se casse.» Quelques minutes passent, la BMW s’embrase. «C’est super, ça fout tout en l’air, s’énerve un jeune. Foutre le feu à une bagnole, ça fait peur à tout le monde, le résultat est efficace!»

rue Gourgas

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Barricades et tirs de lacrymogènes

La manifestation est morte, demeurent les excités, quelques dizaines. Ils sont dans la rue des Bains. Les barrières de chantier du Musée d’ethnographie sont dressées sur la chaussée. La rue des Maraîchers est obturée. Premiers tirs de lacrymogènes. Le boulevard Carl-Vogt est barré, puis la rue des Bains. Seconds tirs de lacrymogènes. Les derniers «manifestants» filent sur le quai Ernest-Ansermet. […]

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Une fusée blesse un passant

Outre la BMW incendiée, la police dénombre cinq autres véhicules endommagés à la rue Gourgas, et deux bus visés par des engins pyrotechniques. A la plaine de Plainpalais, un passant a été blessé à la jambe par une fusée tirée par les manifestants. Une centaine de contrôles d’identité préventifs ont été réalisés avant le départ du cortège. Eric Grandjean, le porte-parole des forces de l’ordre, parle de deux agents blessés par des jets de pierres, à la main et à l’omoplate. Il n’a été procédé à aucune interpellation directement en rapport avec les faits. « On sait qui sont les auteurs, mais on évite d’intervenir directement, car cela risque de mettre le feu aux poudres », dit l’officier.

20minutes.ch (Jérôme Faas), 04/10/2014 à 19h38

Retour au calme à Plainpalais après trois heures d’échauffourées avec les forces de l’ordre

La « parade festive » organisée ce samedi contre le défilé du bicentenaire de la police s’est achevée sans avoir atteint son but : pénétrer dans le périmètre du cortège et empêcher son bon déroulement. Les manifestants ont été refoulés loin de la place Neuve, traqués par les forces de l’ordre qui avaient reçu pour consigne de bloquer tous les accès menant jusqu’aux Bastions.

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Le quartier de Plainpalais, en revanche, a vécu trois longues heures d’échauffourées. A plusieurs reprises, des groupuscules sont allés au contact avec les policiers, sans parvenir à leur fin. A chaque fois, ils ont dû reculer. Le face-à-face a commencé sur la place du Cirque. Verbal d’abord, suivi de jets de bouteilles et de pierres arrachées aux chantiers du quartier.

Place du Cirque

Place du Cirque

A la rue Gourgas, vers 15h30, l’affrontement est monté d’un cran. Les vitres de trois voitures ont volé en éclat. Un engin pyrotechnique, allumé volontairement sur le siège passager, a provoqué un début d’incendie. Un extincteur salvateur a permis de stopper sa propagation, avant que les pompiers n’engagent leur tonne-pompe pour procéder à l’extinction.

Avant qu'un citoyen vienne éteindre le début d'incendie

Avant qu’un citoyen vienne éteindre le début d’incendie

A deux reprises, les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Notamment aux abords du nouveau Musée d’ethnographie où les fauteurs de trouble tentaient d’ériger des barrières au milieu de la chaussée. A ce moment, le gros de la manifestation s’était déjà disloqué. Ils étaient une bonne centaine en début d’après-midi, puis près de 300 au plus fort du rassemblement. Ils n’étaient plus qu’une petite cinquantaine après 17h, à converger vers la place des Volontaires pour y improviser un ultime rassemblement.

On ignore encore si la police a procédé à des arrestations. A 18h, un important dispositif était toujours en place dans le quartier de Plainpalais. Les participants au cortège officiel ont, quant à eux, quitté le parc des Bastions. Un verre de vin à la main, sans avoir goûté au gaz lacrymogène.

Tribunal de genève, 04/10/2014

[Ferguson, USA] Coups de feu sur deux flics samedi soir (27/09/2014) après un début de semaine émeutier

Dimanche 28 septembre 2014 :

Les flics se sont lancés dans une chasse à l’homme afin de retrouver les deux tireurs de la nuit passée. En vain pour le moment. Dans la soirée, 150 personnes se sont rassemblées devant le siège central de la police de Ferguson pour exiger une condamnation du flic qui a tué Mike Brown (Ce qui pour nous correspond à demander à l’ennemi de rendre justice, quand l’Etat enferme, élimine et massacre quotidiennement celles et ceux qui sont nuisibles à son équilibre économique et s’attaquent à l’ordre social, NdCNE). Les flics ont rapidement réprimé la foule, qui ne s’est pas laissée faire en ripostant par des jets de bouteilles. 7 manifestants ont été arrêtés.

samedi 27 septembre 2014 :

On apprend par la presse américaine que deux flics (un en service et l’autre en civil) ont été atteints par des tirs d’armes à feu à Ferguson et St-Louis. Tout ceci est une réponse à l’oppression de la police: entre harcèlements, tabassages et tirs souvent mortels, incarcérations au quotidien… et récemment l’assassinat du jeune Mike Brown début août à Ferguson.

Le porte-parole de la police du comté de Saint-Louis, Brian Schellman, dont dépend Ferguson, a confirmé que le premier agent avait été touché par balle, à un bras, samedi lors d’une patrouille. Voyant un homme fuir alors qu’il lui demandait ce qu’il faisait là, le policier s’est lancé à sa poursuite et «l’homme a tiré des coups de feu» sur lui, a expliqué le porte-parole. Le policier a tiré à son tour et on ignore si le suspect, qui demeurait introuvable, a été atteint.

Plus tard dans la nuit, un autre policier a été la cible de tirs provenant d’un nombre inconnu d’assaillants à Saint Louis alors qu’il conduisait sur une autoroute et n’était pas de service. L’agent a été légèrement blessé par des éclats de verre de son véhicule touché par balle, mais n’a pas répliqué, selon la police. «On ne sait pas pour l’instant si l’agent était personnellement visé ou s’il a été la cible d’un acte aveugle de violence», a dit Brian Schellman.

Par ailleurs, la population de cette ville pauvre continue de descendre dans les rues contre la police, à crier leur rage devant les commissariats et postes de police ou encore à bloquer sporadiquement les axes routiers de la périphérie de St-Louis.

Des manifestant-es devant un poste de police de Ferguson dans la soirée de vendredi 26 septembre 2014

Des manifestant-es devant un poste de police de Ferguson dans la soirée de vendredi 26 septembre 2014

Une manifestante arrêtée (parmi les 12 arrestations pour "refus de dispersion") lors d'un blocage d'autoroute à l'Interstate 70 en périphérie de St-Louis (Mo) mercredi 10 septembre 2014.

Une manifestante arrêtée (parmi les 12 arrestations pour « refus de dispersion ») lors d’un blocage d’autoroute à l’Interstate 70 en périphérie de St-Louis (Mo) mercredi 10 septembre 2014.

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Etats-Unis : regain de tension à Ferguson, des coups de feu tirés

Un rassemblement spontané a été réprimé par la police à Saint Louis (Etats-Unis), dans la nuit de mardi à mercredi, après l’incendie d’un mémorial dressé en mémoire de Michael Brown, un jeune Noir dont l’homicide par un policier le 9 août a généré plusieurs semaines de tensions.

Tôt dans la soirée, mardi, la vitrine d’un magasin de beauté a été détruite et environ 100.000 dollars (78.000 euros) de marchandise volés, selon la télévision locale Kmov. Non loin de là, 200 manifestants se sont réunis et au moins trois personnes ont été arrêtées, rapporte le «St. Louis Post Dispatch». Sur Twitter, plusieurs témoignages font état de jets de bouteilles et de pierres sur les policiers. Dans la soirée, un incendie s’est déclaré dans un autre magasin.

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Mardi matin, un mémorial érigé en la mémoire de Michael Brown avait pris feu. La rumeur a alors rapidement couru que l’incendie avait été déclenché, la police se bornant pour sa part à dire que la cause du sinistre était inconnu. Rejetant l’hypothèse qu’une bougie ait pu provoquer le feu, des dizaines d’habitants de Ferguson ont exprimé leur colère dans la rue tout au long de la journée.

En proie à des violences depuis le 9 août, le quartier de Saint Louis connaissait une accalmie depuis plusieurs jours.

Leur presse – leparisien (G.L), 24/09/2014 à 10h53

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Selon la presse américaine, plusieurs commerces ont été pillés et un détruit par le feu. Outre des caillassages, les flics ont été une nouvelle fois visés par des coups de feu, malheureusement sans en atteindre (par contre, 4 policiers ont été touchés par des pierres). Un citoyen français résident à St-Louis a rapporté avoir entendu une partie de la foule, stationnée en face du magasin de beauté « Beauty Town » sur l’avenue West florissant, crier « Brûlons-le ». Et le patron du commerce en question de pleurnicher dans la presse qu’il s’agit de la troisième attaque depuis les émeutes début août et qu’il venait de remplacer les fenêtres il y a tout juste une semaine (l’histoire médiatique ne s’est évidemment pas étalée sur ses attaques répétées: à savoir si c’est une poukave du quartier… ou bien tout simplement une saloperie de patron à traiter telle quelle).

Il y a eu 5 arrestations à l’issue de cette nuit de révolte. 

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[Brésil] Nouvelles de la guerre sociale des rues de Sao Paulo (16 – 19 septembre 2014)

São Paulo (Brésil) : Affrontements suite à une expulsion dans le centre-ville.

OcupaSJ3.Le 16 septembre dernier, le centre de São Paulo, plus grande ville du Brésil, a été le théâtre d’affrontements entre squatters et policiers, suite à une opération d’expulsion. Dans la matinée, la Police Militaire est intervenue pour expulser 200 familles qui occupaient depuis 6 mois un immeuble de 20 étages, située sur la célèbre avenue São João.

Tandis qu’ils tentaient de pénétrer dans le bâtiment, les policiers ont été la cible de pierres, noix de coco, meubles et électroménager jetés depuis le haut de l’immeuble. Les occupants ont également monté et incendié des barricades pour empêcher la progression de la police. La Police Militaire est finalement parvenue à pénétrer dans l’immeuble et à en expulser les occupants. Un véhicule blindé de la Troupe de Choc a été utilisé pour forcer la porte d’entrée. S’en sont suivi des affrontements dans les environs de l’immeuble expulsé. Un bus et une cabine de contrôleurs ont été brûlés, plusieurs magasins – dont deux appartenant à des entreprises téléphoniques – ont été endommagés ou pillés, des barricades ont été montées au travers des avenues environnantes. Le climat d’émeute a duré jusque dans la nuit. Plusieurs squatters et policiers ont été blessés. Une femme enceinte, qui occupait le bâtiment, a dû être emmenée en urgence à l’hôpital.

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Cette opération d’expulsion prend place dans un contexte général d’intensification de la répression policière envers les lieux squattés et la population pauvre de façon générale. Le 18 septembre, des affrontements ont eu lieu dans le centre ville lors d’une opération policière visant à réprimer l’économie “informelle”. Tandis que des vendeurs ambulants tentaient d’empêcher l’arrestation de l’un d’entre eux par la police, Carlos Augusto Muniz Braga*, 30 ans, vendeur à la sauvette, a été tué d’une balle dans la tête par un policier. La scène de l’assassinat a été filmée par une caméra et a été amplement diffusée dans les journaux du pays. S’en sont suivi des affrontements entre policiers et vendeurs ambulants. Des poubelles ont été utilisées comme barricades tandis que les policiers étaient la cible de jets de pierre auxquels ils ont répondu par des gaz lacrymos et des tirs de flashball.

Le lendemain, le 19 septembre, une opération similaire menée par la police à Rio de Janeiro s’est également terminée par des affrontements. À cette occasion, deux vendeurs ambulants ont été blessés par balle par la Garde Municipale. Un bus et une camionnette de la Garde Municipale ont été caillassés, et plusieurs Gardes municipaux blessés.

Ce même jour, le 19 septembre, en réponse à l’expulsion de l’immeuble de l’avenue São João et aux récentes opérations d’expulsion, un immeuble a été occupé par le mouvement Terra Livre dans le centre de São Paulo. Le soir-même, 200 personnes ont à leur tour occupé un vaste terrain à M’boi Mirim, dans la banlieue sud de la ville. L’occupation a été baptisée « Terra Prometida » (« Terre Promise »).

Traduit et reformulé des médias dominants par squat.net

Note du CNE:

*Carlos Augusto Muniz était un vendeur ambulant dans les rues de São Paulo et a été assassiné par la Police Militaire le 18 septembre 2014 après s’être révolté lors de son arrestation (en essayant entre autre de choper la lacrymo des mains de l’un des flics) alors qu’ils faisaient leur «nettoyage social» routinier pour dégager des rues les travailleurs clandestins

Nous n’avons aucune information autre que les médias de masse (une vidéo de l’assassinat ici: http:// noticias.r7.com/jornal-da-record/exclusivo-video-mostra-momento-em-que-pm-mata-camelo-com-tiro-na-cabeca-em-sp-19092014). Cependant, il semble nécessaire d’informer et sympathisons avec la révolte qui a émergé des rues de São Paulo.

Aucun décès aux mains de flics ne doit être oublié

De Cumplicidade

[Le Cap, Afrique du sud] Qui détruit nos baraques récolte des pavés

140822marikana-jpgDepuis de nombreuses années, des habitant-es occupent un terrain situé à l’est de Philippi, dans la ville du Cap*, que les médias et autorités appellent « quartier informel de Marikana ». La justice a récemment ordonné l’expulsion des habitant-es et la démolition de leurs logements pour occupation illégale de terrain privé. Le vendredi 22 août au petit matin, les flics et les employés municipaux ont envahi la zone et ont du faire face à la rage de celles et ceux qui n’ont rien et qui voient leurs logements se faire raser sous leurs yeux. Des centaines de personnes se sont levées contre la police, en ripostant avec les moyens du bord (bouteilles en verre et pierres en grande partie): un porc casqué a été évacué la gueule en sang après avoir été frappé à coups de pierres par un enragé. Les affrontements ont été intenses et ont duré une grosse partie de la journée (une vidéo ici). Certainement grâce à une solidarité active qui a pu amplifier l’émeute (à en croire un protagoniste de l’expulsion, un dénommé JP Smith, qui a affirmé aux médias que 2000 personnes sont venues de partout afin de renforcer la lutte). Plusieurs routes du secteur ont été fermées par les flics pour faciliter leur sale travail. Aux alentours, des entreprises locales ont été pillées, saccagées puis incendiées. 

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Le même scénario s’est déroulé quelques jours avant dans cette même ville: employés municipaux et policiers avaient été appelés en début de semaine pour expulser d’autres occupant-es qui s’étaient installé-es sur un terrain municipal vacant dans le secteur d’Enkanini à Khayelitsha (voir une vidéo de l’expulsion). Des centaines de cabanes ont été démolies et des milliers de personnes foutues à la rue. Il s’en est suivi plusieurs jours d’affrontements. Des barrages de pneus enflammés ont été montés à travers les routes et les flics ont eu une opposition déterminée. En plus des canons à eau, les policiers ont eu recours à des grenades assourdissantes et des lanceurs de balles en caoutchouc pour contrôler et réprimer la foule de centaines de manifestant-es. Plusieurs personnes ont été interpellées.

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Malgré la destruction de plus de 500 cabanes en bois, la plupart des résidents sont catégoriques et ont affirmé qu’ils reviendront sur le terrain vacant dès que les chiens de l’Etat seront repartis.

En juin dernier, c’est à Nomzano que l’Etat a expulsé des centaines de familles sur la demande de la SANRAL**, société sud-africaine d’autoroute.

Reformulé de la presse sud-africaine

Notes:

*Ville à l’extrémité sud-ouest de l’Afrique du sud

**South African National Road Agency Limited (Sanral)

[Missouri, USA] Solidarité avec les émeutiers de Ferguson – 11, 12 et 14 août 2014

fergus_mikeDans l’après-midi du samedi 9 août 2014, un adolescent noir de 18 ans, Mike Brown dit « Mike Mike », a été assassiné par un flic du service de police de la ville de Ferguson, située à 12 miles environ au nord-ouest de la ville de S-Louis (Missouri, centre des Etats-Unis). Il a été abattu de plusieurs balles (6 dans le dos et 2 dans la tête)*. Des centaines de résidents se sont immédiatement rassemblés autour du lieu de l’assassinat, débordant sur la rue principale, W. Florissant, et en la bloquant partiellement. Des gens et proches en pleurs se sont rendus sur le lieu du meurtre et ont été accueillies avec des fusils d’assaut et des chiens policiers, tandis que la police fermaient l’accès à la ville en bloquant la rue principale (Florissant). La nuit suivante, le dimanche 10 août, une autre veillée aux chandelles a été appelée par la famille de Mike et des multiples garants de la paix sociale (paroisses diverses et associations, dont la NAACP**). Cet événement, qui a réuni plus d’un millier de personnes, a pris rapidement et naturellement une toute autre tournure. Les larmes de tristesse se sont transformées en actes de rage. Un résumé de récits d’anarchistes ayant participé à cette nuit de révolte :

fergus12Les manifestant-es se sont rassemblé-es dimanche soir dans une atmosphère pacifique et de peur, où des personnes ont défilé dans les rues et devant la police avec les mains en l’air (en référence avec l’attitude que Mike Brown a eu face aux flics). Mais peu de gens étaient calmes, et très rapidement des centaines de personnes ont convergé massivement en allant en direction des lignes de flics aux cris « assassins », « nique la police » (le nombre de participant-es oscillant entre 600 et 1000)… Quelques objets pleuvent sur les flics, des véhicules de police passent à travers la foule tout doucement mais la quatrième voiture est bloquée par des manifestant-e-s, qui montent sur le capot, donnent des coups de pieds sur la carrosserie: des vitres sont pétées, et des manifestant-es ouvrent de force une portière mais la voiture part brusquement avant que les flics à l’intérieur puissent y être extraits. Beaucoup de monde renonce à avoir peur.

Suite à ce réveil de la foule, la police bloque aux manifestant-es les accès sud et nord de la ville de Ferguson. Il se trouve que depuis l’avenue Ferguson, axe pris par la manifestation, de nombreuses petites rues vers l’est mènent à des entreprises, des magasins… La police, trop craintive de ce qu’il pouvait se passer et en infériorité numérique pour investir une zone résidentielle bouillonnante de colère, n’étaient pas en mesure de bloquer ces rues. Les gens, entendant parler de ce qui se passait, sont sortis dans le quartier commerciale à pied, en voitures et en motos tout au long de la nuit. Pour une fois, la géographie de cette foutue banlieue était de notre côté. Apparemment, un nombre incalculable de gens en colère ont pu rejoindre les émeutes en entrant par la protection d’un quartier résidentiel uni contre la police (qui elle ne pouvait pas entrer). 

FergusCagouleJ’ai continué à essayer d’encourager les gens à se couvrir le visage. Je dirais que pour dix personnes auxquelles je me suis adressé, neuf m’ont dit qu’elles en avaient rien à cirer et étaient fiers, mais beaucoup de gens se sont masqués. Certains commentaires ont été faits sur le fait que nous ressemblions à un groupe de ninjas. […]

ferguson-kmovEn passant à côté d’une camionnette des médias garée à côté de la route, j’ai entendu un homme dire derrière moi « Mec, j’aime pas ces putains de médias ». Et ensuite lui et ses amis ont couru et ont commencé à faire basculer le van. Plus tard, un autre van de la presse mainstream avait eu sa fenêtre brisée pendant la nuit

À un certain moment, quelqu’un a tiré quelques coups de feu de célébration en l’air. Plus tard les gens ont tiré sur l’hélicoptère de la police circulant au-dessus de nos têtes. […]

Une grande enseigne qui affichait les prix du gaz a été déchiré et tagué. D’autres graffitis que j’ai vu dans la rue: «Vengeons Mike Mike », « Nique la Police » « Tuons les flics » « Le seul bon flic est un flic mort », « les balances ont des points de suture » « oeil pour oeil rendons nos maîtres aveugles, » et « Mike Brown, c’est pour toi. »

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L’énergie dans les rues était à la fois enragée et festive. Les gens partaient du centre commercial avec les bras chargés de cigarettes, de bières, de nourriture et transmettaient tout ça à leurs amis. Les gens ouvraient des bières et buvaient avec des amis dans une atmosphère chargée en cannabis, au milieu de la musique, des voitures qui crissaient leurs pneus….

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Des gens ont arraché un distributeur automatique de billets de la zone commerciale, l’ont fracassé avec un marteau et obtenu l’argent à l’intérieur et d’autres personnes sont repartis avec. Les billets de la loterie ont été jetés en l’air en chantant « Faites en pleuvoir! »

Le DAB en question....

Le DAB en question….

Le marchand de viande « Sam »et le magasin de vins et spiritueux sont les autres endroits, d’après ce que tout le monde dit, à avoir appelé la police contre « Mike Mike ». Des dizaines de gamins de douze ans ont commencé le pillage de ces commerces. Les gens ont couru et fait des va-et-vient à travers les portes défoncées et débloquées des commerces durant des heures. Les gens ont sorti des couches pour bébés, de la nourriture, et pleins d’autres trucs dont nous avons tou-te-s besoin pour survivre- pour ne pas mentionner l’alcool, les cigarillos et d’autres choses pour se faire plaisir et faire la fête. Une petite fille de dix ans qui passait par là et portant un grand sac plein de nourriture a dit: « on va bien manger à l’école demain ». L’enseigne de Sams a été tagué avec un « Nique les balances ».

APTOPIX Police Shooting Missouri

De nombreux policiers se pressaient sur le côté sud de la rue probablement pour essayer de garder les gens dans les chaînes de gros magasins (notamment dans le centre commercial Northland), mais en vain. En coupant à travers les quartiers résidentiels, les petits groupes de personnes ont cassé les fenêtres des magasins Walmart et Foot Locker, puis ont pris ce qu’ils voulaient. Marcher à travers les quartiers, les gens couraient dans la rue avec des piles de chaussures; des boîtes à chaussures vides jonchaient les rues.

Les gens n’arrêtaient pas les émeutes et les pillages pendant une longue période. Il a même étendu à des endroits pas directement dans la zone, y compris les magasins d’accessoires de beauté, magasins d’accessoires automobiles et au moins une banque. […] Tout ce que nous avions à faire était de prendre ce que nous voulions. […]

A QuikTrip convenience store burns during a night of rioting in Ferguson, Missouri

Après le pillage, l’incendie….

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Malgré l’intervention rapide des pompiers

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Les une après les autres, les bennes à ordures derrière les entreprises brisées ont été incendiées. A un moment, j’ai pu voir cinq de ces incendies et la fumée qui s’en échappaient de loin. Plus tard, le commerce QT a été incendié et totalement détruit, et une énorme fumée s’échappait dans l’air et il était difficile de respirer. Finalement, vu que la présence policière augmentait et que des porcs provenant d’autres municipalités arrivaient, les lignes de flics anti-émeutes ont commencé à déplacer lentement leurs lignes vers l’avant, malgré le fait d’être la cible de jets de pierres et de bouteilles, au milieu de cris de rage des gens dans les rues.

Tout au long de la soirée, la destruction qui a lieu dans le quartier commerçant est contrastée par un calme étonnant dans les zones résidentielles. Les gens se sont déplacées vers les zones commerciales… Les gens n’étaient pas dans leur putain de quartier, ils ont attaqué les entreprises qui pratiquent la délation à leur encontre, les emploient dans des tâches sans intérêts, s’accaparent les ressources dont ils ont besoin pour vivre et profiter de la vie.

De même, la destruction infligée à ces entreprises a été réalisée en l’absence totale de violence entre les manifestant-es. Les tensions entre les gens sont restés verbales, avec parfois des mots dures échangés, mais l’absence de violence entre les gens contredit les mythes de «manifestants violents»…. 

C’est là que notre histoire se termine, mais cela ne nous fait pas dire que c’est la fin. Les habitant-es de Ferguson ont été debout toute la nuit: en fêtant, se vengeant contre les flics et le monde dans lequel ils ont été exclus, obtenant la merde dont ils ont besoin pour survivre, détruisant la merde des gens riches pour le plaisir, se racontant des histoires …

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le gérant du magasin d’accessoires automobiles compte ses pertes (vitres pétées et marchandise expropriée)

resto rapide 'Taco Bell', avec vitres cassées et contenus pillés

la visite dans le resto rapide ‘Taco Bell’ a laissé des traces…

Il y aurait eu lors de cette soirée d’émeutes entre 30 et 40 interpellations. Il y aurait plus d’une vingtaine d’entreprises et commerces prises pour cibles (vitres pétées, pillages et incendies all inclusive), voitures dégradées et deux keufs blessés. 

Tôt lundi 11 août, un poste de police de Philadelphie a été tagué en solidarité avec les émeutiers de Ferguson et toutes les personnes qui ne se résignent pas face à la terreur capitaliste et étatique.

Rien que cet été, plusieurs personnes ont perdu la vie suite à une intervention policière. Comme ce jeune qui n’avait pas la thune pour se déplacer dans Seattle et qui a eu le malheur de croiser ces brutes en uniforme.

Dans la soirée de lundi 11 août au sud de Los Angeles, soit deux jours après l’assassinat de Mike Brown, un homme de 24 ans a été tué par les flics. Après que la police se soit rendue à l’intersection West 65th Street et South Broadway où a eu lieu un peu plus tôt une fusillade, elle a arrêté par balles la vie d’Ezell Ford. Il est mort de ses blessures à l’hôpital. La routine médiatique et raciste consiste à savoir « si ce jeune noir faisait partie d’un gang » tout en vomissant leurs ignominies (comme quoi il était « mentalement attardé »). Ce que l’on sait surtout, c’est que les porcs ont refusé de dire où avait été hospitalisé Ezell. D’après la mère, Ezell était couché au sol quand les agents de police lui ont tiré trois balles dans le corps.

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Lundi 11 août 2014, les manifs se sont poursuivies dans le secteur. Des centaines de personnes se sont rassemblées à proximité du magasin d’alimentation générale de la chaîne QuickTrip, pillé et incendié la veille. Les flics étaient davantage déployés dans les environs et ont tiré des des coups de flashball et de grenades lacrymo après avoir entendu des coups de feu émanant de la foule. Malgré les appels au calme de la famille de Mike Brown et à la condamnations des événements de la veille par des ennemis de classe du NAACP** et d’autres associations (qui font parler le mort afin d’imposer une paix criminelle, en affirmant que « Mike n’aurait jamais souhaité des émeutes et des pillages… »), une partie des contestataires ont attaqué les flics à coups de pierres et de bouteilles. Les affrontements ont débuté lorsque la police a lancé des appels à la dispersion au mégaphone. Selon les portes-parole de la police, 12 à 15 arrestations ont eu lieu. 

Alors que dans un premier temps la police de la ville avait déclaré faire la transparence en public en annonçant publiquement l’identité du flic, ce mardi après-midi (12/08/2014), elle vient de faire machine arrière en affirmant à travers les médias que l’agent en question était l’objet depuis quelques jours de menaces de mort sur les réseaux sociaux (comme si c’était une surprise), et donc que son nom ne sera pas publié. 

Mercredi 13 août 2014. Les manifestants-es ne se sont pas laissés terroriser par le déploiement incalculable de flics en tous genres, plaçant la ville de Ferguson en état de siège. Des robocops surarmés dans et devant leurs camions blindés sillonnaient la ville, pointant les protestataires avec leurs fusils, procédant à de nombreuses fouilles juste après le meurtre de Mike Brown. Le chef de police avait prié les organisateurs des manifs d’appeler à la dispersion avant la nuit tombée par crainte d’émeutes… Mais en vain. La rage a pris le dessus de tous ces divers appels au calme, qu’ils viennent de la part des religieux ou des travailleurs sociaux. Lors de cette nuit du 13 au 14/08, la cible principale était la police (contrairement à la première nuit où les attaques visaient principalement les commerces et grandes surfaces, banques, etc…): des pierres, bouteilles et cocktails molotov ont été balancés sur les lignes de police suite à la tentative des autorités de disperser les manifestant-es par des tirs de grenades lacrymo, bombes fumigènes et tirs de balles en caoutchouc. (une vidéo de la bataille urbaine est visible ici). D’après le chef de police du comté, Jon Belmar, il y aurait eu une vingtaine de véhicules de police vandalisés. Les médias ont rapporté une dizaine d’interpellations. Plus tard, des dizaines de manifestant-es se sont rassemblé-e-s devant le commissariat pour exiger la libération des personnes arrêtées. Une centaine de flics protégeait le bâtiment.

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Sources:

Notes

*Mike était avec une autre personne, Dorian Johnson, quand il a croisé la police; il en fait un rapide compte-rendu: le porc, qui était dans son véhicule, leur a sommé de marcher sur le trottoir et non pas sur la route… Les deux copains ont continué leur chemin et l’agent de l’ordre s’est excité, a failli les écraser avec son véhicule sérigraphié police. Mike s’est fait choper par le flic au niveau du coup qui tentait de le mettre dans la voiture. L’officier a alors sorti son arme et a dit: «Je vais te tirer dessus», ou «Je vais tirer», a dit Johnson. Lorsque l’agent a ouvert le feu, Mike Brown a été touché, a déclaré Johnson qui s’est caché derrière une voiture. Mike continua de courir, tout en étant pourchassé par l’officier qui lui a de nouveau tiré dessus. Lorsque Brown a senti le coup de feu, il s’est retourné, a mis ses mains en l’air et a commencé à s’aplatir sur le sol. L’agent tirait toujours, a témoigné Dorian Johnson.

Comme dit plus haut dans le texte, une autre version est aussi sorti: la direction du magasin de la chaîne QuickTrip a appelé la police pour arrêter Mike, le soupçonnant de vol. Lors de cette nuit de révolte, ce même restaurant a fait les frais de cette délation en étant pillé puis incendié par les émeutiers. 

** Le NAACP, « association nationale pour la promotion des gens de couleur » en français, a été créée au début du XXè sc. par des notables afro-américains. Cette association se place aux côtés des familles des victimes lors des procès afin de réclamer justice, avec cette illusion répandue au sein des manifs qu’il faudrait faire confiance à cette société esclavagiste qui tue et affame les pauvres et indésirables (noir-es qui plus est).

Aux Etats-Unis, les dernières grosses révoltes ont eu lieu l’été dernier en réaction à l’acquittement du vigile privée, G. Zimmerman, qui avait tué un an auparavant un jeune noir.

Voir aussi la rage qui s’est exprimée dans les rues (malgré la volonté affichée des organisateurs de jouer les pompiers de la révolte) suite à l’assassinat d’un jeune noir par la police à Brooklyn (NYC) en mars 2013

[Berlin] « La Longue Nuit de la Rigaerstrasse » (week-end des 14 et 15 juin 2014)

La nuit a été enflammée; éclairée avec nos désirs collectifs pour la liberté, contre la société carcérale et le monde d’autorité.

Rigaer94La Longue nuit de la Rigaerstrasse a été une célébration vibrante de notre force en tant qu’anti-autoritaires, individus auto-organisées, de collectifs et de projets ainsi que d’une démonstration de notre résistance à la logique de l’autorité.

Entre le 14 et le 15 juin, la longue nuit de la Rigaerstrasse a animé les rues de Friedrichshain à Berlin, dans les environs de la Rigaerstrasse. Pendant la journée, il y a eu divers ateliers et activités organisés par des projets anti-autoritaires locaux, incluant: Rigaer 94, Liebig 34, Fischladen, Rigaer 78, Schreiner et Convoy, et dans la soirée des concerts et spectacles D.I.Y (Do It Yourself) ont eu lieu. La Rigaerstrasse s’est remplie de gens qui parlaient, dansaient, et s’amusaient et il y avait un bonne ambiance dans la rue. Notre fête a atteint son apogée uniquement dans la soirée, puisque dans une autre partie de la ville (à Kreuzberg), un ancien foyer d’étudiants a été squatté par des réfugiés et d’autres personnes*, une autre raison de se réjouir.

Puis vers 22h30 un certain nombre de camions de flics se sont invités à notre fête. Alors que l’ambiance était bonne jusqu’à présent, et comme ils ont garé leurs camionnettes dans notre rue, ils étaient un spectacle affreux, investissant notre espace. Leur présence indésirable et répressive n’était pas acceptable pour nous. À peu près au même moment, des nouvelles nous sont parvenues que le bâtiment nouvellement squatté à Kreuzberg avait été expulsé, avec un réfugié frappé par les flics – une réalité quotidienne commune pour de nombreux migrants sans-papiers.

Les flics qui ont envahi notre quartier sont ainsi devenus des cibles d’ajustement pour le feu qui a alors rempli l’air, comme des barricades ont été érigées et incendiées entre Rigaer 94 et Liebig 34. D’une certaine manière les pavés se sont levés de leur lieu de repos habituel de nos rues, et se sont retrouvés à dégringoler sur les têtes de ces fonctionnaires répressifs de l’Etat**. Pendant ces moments d’attaques joyeuses, les flics n’ont pas réussi à rétablir immédiatement le contrôle de la situation et plus tard, en vengeance contre cette transgression, ont violemment attaqué les gens.

Ils ont frappé violemment les personnes (y compris à l’aide de tactiques de point de pression), ont arrêté 3 personnes*** et érigé des phares de détresse en masse dans la rue. Tout au long de la nuit des petits affrontements avec les flics ont continué le long de la Rigaerstrasse devant quelques-uns des projets. La nuit a été longue, et avec le feu dans nos ventres et la rébellion dans nos cœurs, nous avons combattu la police avec la même joie que lorsque nous avons dansé.

Pour un monde libre et en solidarité avec tous ceux qui résistent à l’étreinte mortelle de l’autorité.

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Traduit de l’anglais de linksunten

Notes de traduction:

* Il s’agit d’un autre squat que celui de la rue Ohlauer, cette ancienne école à Kreuzberg occupée depuis plusieurs années par des réfugiés en lutte et des solidaires. Voir toutes les infos sur les dernières semaines de lutte ici et

** La presse allemande fait état de 26 flics blessés pour le week-end.

*** Dans un autre compte-rendu, des anarcha-féministes du Liebig 34 parlent de 14 compagnon-nes arrêté-es, en incluant les affrontements sporadiques de la soirée de dimanche 15 juin. Le texte en allemand ici

[Brésil] Agitation aux abords du stade Maracana et mise-à-jour sur les perquisitions et arrestations de la veille – 13 juillet 2014

Ce samedi 12 juillet au matin à Rio, les flics ont arrêté 19 personnes* soupçonnées d’avoir participé à l’agitation dans les rues avant et pendant la coupe du monde. 60 mandats de perquisitions entre autre pour regroupement armé en vue de commettre un délit ont été émis par l’Etat deux jours auparavant. Les personnes arrêtées ont été transférées immédiatement à la « Cité de la Police » (Cidade da Policia, un gros complexe de commissariats) et seront détenues pendant 5 jours. Dans un premier temps, les personnes arrêtées devaient être transférées à la prison « Bangu 8« . Mais les médias rapportent ce 13 juillet que les détenus seront transférés à la prison de Gericinó dans la zone ouest de Rio de Janeiro.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la grande manifestation Nao Vai Ter Copa durant la finale qui s’est déroulée ce dimanche 13 juillet 2014. 

Plusieurs rassemblements et manifs se sont tenus dans la journée. L’Etat a bien évidemment sorti les grands moyens pour garantir la bonne tenue de cette cérémonie finale aux alentours du stade Maracana. Près de 30.000 flics de différents modèles (dont la cavalerie et les troupes de choc) ont été utilisés pour contenir la rage des protestataires. La station de métro de la place Saens Pena a été fermée par les flics tout l’après-midi, tout comme le secteur de la rue Conde de Bonfim: l’objectif de la police était bel et bien d’isoler les manifestant-es de la population, tout en les séquestrant à ciel ouvert.

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Plus de 300 personnes se sont donc rassemblées place Saens Peña à Tijuca en milieu d’après-midi avec comme but de se rendre au stade Maracana de Rio où se jouait la finale. De nombreux slogans ciblaient la police et la répression de la veille – demandant  la libération et l’arrêt des poursuites pour les 37 personnes interpellées au petit matin (16 sont ressorties libres du comico après avoir été entendues*). Les flics de la PM ont rapidement encerclé les manifestant-es, mais un groupe d’environ 150 masqué-es a tenté de percer les barrages policiers en direction du stade et des infrastructures de la FIFA mais a été repoussé par la PM à coups matraques et de grenades lacrymogène. Les plus gros affrontements avec les flics ont eu lieu sur cette place et fait de nombreux blessés du côté des manifestant-es et des journalistes présents (dont au moins 1 s’est fait casser un bras).

Selon le groupe d’avocats Habeas Corpus, 8 personnes ont été arrêtées et emmenées au 21e DP (à Bonsucesso) et au moins une autre à la 19 Cité à Tijuca.

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Samedi 12 juillet à Sao Paulo, plus de 200 personnes se sont réunies pour exiger la libération des deux manifestants interpellés suite à l’émeute du 19 juin dernier. Ils risquent une peine allant de 5 ans et 5 mois à 14 ans et 6 mois d’emprisonnement pour incitation au crime, association de malfaiteurs armés, résistance/désobéissance et possession d’engin explosif. L’ancien joueur international reconverti en homme d’affaires Ronaldo a été tourné au ridicule en se faisant représenter par une poupée pour ses déclarations de bourgeois sur les révoltés (en déclarant vouloir poser ses fesses sur la tête des vandales qui participent aux manifestations; il doit sûrement avoir des affaires dans l’automobile^^).

Infos piochées dans la presse mainstream

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Le blog de la Croix Noire Anarchiste de Porto Alegre vient de changer de serveur, l’adresse actuelle est désormais :

cnapoa.wordpress.com

l’adresse mail reste la même : cnapoa[At]riseup[pt]net

*Les noms des 19 personnes détenues:

  • Elisa Pinto Sanzio Peintures « Sininho »
  • Gerusa Diniz Lopes » O Lê »
  • Tiago Teixeira Neves da Rocha
  • Eduarda Oliveira Castro de Souza
  • Gabriel da Silva Marinho
  • Kartayne Moraes da Silvia Pinheiro » Moa »
  • Eloisa Samy Santiago
  • Camila Rodrigues Aparecida Jourdan + APF
  • Igor Pereira Icarahy + APF
  • Emerson Raphael Oliveira da Fonseca
  • Rafael Barros Caruso
  • Proença de Carvalho Felipe Moraes » Rataô »
  • Felipe Carvalho Frieb
  • Pedro Pedro Maia Brandão « punk »
  • Bruno Souza Vieira Machado
  • Rebecca Martins de Souza
  • Joseane Maria Araujo de Freitas
  • Eronaldo Araujo da Fonseca – Armes et munitions
  • Sarah Borges Galvão de Souza – « Drogua

9 personnes qui n’ont pas été placées en détention mais qui font face à des poursuites:

  • Luiz Carlos junior Rendeiro » Game Over »
  • Dreyer Luiza Rodrigues de Souza
  • Ricardo Calderon Egoavil Karyu » »
  • Igor Mendes da Silva
  • Drean Moraes Moura Correa » DR »
  • Shirlene Feitoza da Fonseca
  • Leonardo Pereira Fortini Baroni
  • Pedro Mascarenhas Guilherme Freire
  • André de Castro Sanchez Basseres

Parmi les personnes arrêtées au petit matin, il y a l’activiste de Porto Alegre Elisa Sanzio, qui est poursuivie pour crime informatique(soit activités/agitation anarchistes sur internet). De nombreux mineur-es se trouvent parmi les personnes séquestrées. On peut voir une vidéo de l’opération policière ici

Les infos en portugais

[Nantes] Quatre nouvelles condamnations suite à la manif du 22 février contre l’aéroport – 19 juin 2014

Ces six nouvelles arrestations ce mercredi 18 juin sont en lien avec la manif émeutière du 22 février contre l’aéroport à Nantes. Les personnes interpellées, dont deux sont originaires de Rennes, ont été transférées au commissariat Waldeck-Rousseau de Nantes. Un deuxième rassemblement en solidarité avec les inculpé-es a été organisé devant le commisssariat W-R de Nantes ce jeudi 19 juin à partir de 14h00. 

Les comparutions immédiates ont été rapportées dans la presse locale:

Au final, quatre personnes (trois hommes et une femme de 21 à 33 ans) ont été condamnées de 1 à 9 mois de prison avec sursis et 4 455 euros de dommages et intérêts à payer à la Ville de Nantes en réparation de dégradations faites sur la façade de l’hôtel de ville. Un des émeutiers rennais a écopé de 9 mois avec sursis (un mois de sursis en plus pour refus de prélèvement ADN). Tou-te-s comparaissaient aussi pour violence contre les policiers et participation à un attroupement armé

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Indymedia nantes, 18/06/2014 à 23h53:

Beaucoup d’informations ont circulé toute la journée mentionnant 6 arrestations.

Ce qui est sûr c’est qu’une nouvelle personne a été arrêtée ce matin à son domicile à Rennes, puis enmenée à Nantes pour être interrogée. Visiblement ce serait dans le cadre du 22 février.

Concernant les 5 autres personnes en garde-à-vue, rien ne laisse penser que c’est en lien avec la manifestation du 22.

La répression continue et n’est pas prête de s’arrêter!

Demain grande journée de soutien aux inculpé-e-s.
Rdv devant le tribunal (TGI) de Nantes à 14h.
Deux personnes passent en procès pour la manif, puis il est possible que certaines de ces 6 personnes passent en comparution immédiate.

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Depuis cette journée d’émeutes du 22, plusieurs arrestations ont eu lieu à Nantes (dont de la prison ferme), Paris et Rennes.

[Brésil] Affrontements en marge de la rencontre Brésil-Mexique à Fortaleza – 17 juin 2014

Fortal17062014Mardi 17 juin, plus de 300 personnes se sont rassemblées tout près du stade Arena Castelão à Fortaleza où se tenait la rencontre de foot Brésil-Mexique. Les manifestant-es ont tenté de passer les barrages policiers, qui les ont dispersés une demi-heure avant le début de la rencontre à coups de lacrymo et tirs de flashball. Les protestataires ont répliqué en attaquant les flics avec des pierres et des bâtons. A noter que les flics brésiliens ont fait usage pour la première fois de canons à eau.

C’était une sacrée pagaille durant l’après-midi aux alentours du stade, avant, pendant et après le match. Avant la rencontre, des cars de spectateurs en direction du stade ont été bloqués, tandis qu’un touriste s’est mangé quelques coups… (Il est rapporté dans la presse que deux touristes ont voulu faire leurs justiciers en attaquant la manif). Les manifestant-es ont réussi à bloquer pendant quelques instants la grande avenue Alberto Craveiro, par laquelle passe une bonne partie des cars de touristes et de joueurs. Les barrières et mobilier de sécurité du stade ont été défoncés. Les flics ont revendiqué après la journée près de 30 arrestations: parmi elles, 11 personnes sont mineures. La plupart comparaîtra pour « destructions de biens en réunion ». Dans la matinée, une manif contre le mondial a provoqué la fermeture de l’autoroute en direction du stade Arena Castelão pendant plusieurs heures, mais les flics n’ont pas eu de mal à les dégager pacifiquement.

Par ailleurs, on apprend que la star de la planète football, Cristiano Ronaldo, bénéficie d’une cinquantaine de gardes du corps et agents de sécurité en moto et hélico’ pour son passage d’un peu plus d’un mois au Brésil. Tout cet arsenal est bien évidemment payé par l’Etat portugais.

Reformulé de la presse portugaise par nos soins, 17/06/2014