Archives du mot-clé agir contre toutes les dominations

[Allemagne] Brèves du désordre depuis les rues de Berlin

[La plupart de ces sabotages et attaques n’ont pas été revendiqués et proviennent des médias dominants; ces multiples attaques s’inscrivent dans une lutte contre la gentrification menée dans plusieurs quartiers berlinois et qui a déjà été évoquée sur le blog ici et ]

Dans la soirée du mardi 30 septembre 2014, un groupe d’une vingtaine de personnes cagoulées a fait irruption dans les rues du quartier Mitte à Berlin, en attaquant les nouveaux immeubles d’habitation de luxe d’Engeldamm avec des pavés et de la peinture verte. Des poubelles et barrières de chantier servant de barricades ont été enflammées au milieu de la rue. Durant cette courte émeute, un magasin de meubles – déjà attaqué en juillet 2014 – a aussi perdu ses vitres. Le groupe a pu s’échapper sans entrave dans l’obscurité berlinoise. Les dégâts matériels sont importants (comme le montrent les photos):

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Cette attaque collective contre les biens de la gentrification est loin d’être une première dans ce secteur. Des attaques similaires contre ces nouvéaux logements se sont déroulées à Engeldamm ces derniers temps:

- 6 juillet 2014: attaque du magasin de meubles et des nouvelles constructions à Engeldamm ; incendie de poubelles et caillassage d’une patrouille de police à leur arrivée sur les lieux. Tous les assaillants ont pu s’enfuir dans la foulée.

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- début avril 2014: irruption d’un groupe masqué à l’intersection Engeldamm/Leuschnerdamm/Michaelkirchplatz et attaque à coups de barres et de peinture (pots et sprays utilisés) des bâtiments (nouveaux logements de luxe mais également des locaux d’HLBS (bureaux d’expertises comptables dans le secteur immobilier), barricades en feu à travers les rues.

- décembre 2013:  plus de 20 personnes masquées attaquent à l’aide de pavés et de peinture les façades des constructions, laissant des tags sur les façades.

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Reformulé de la presse allemande

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La nuit du 1er au 2 octobre 2014, les quartiers de Kreuzberg, Friedrichshain, Treptow, Mitte et Neukölln ont été illuminés par des feux de véhicules, d’entreprises pour la plupart, ce que la presse a tenté de dissimuler dans son ensemble (mis à part le morgenpost.de qui mentionne le nom des entreprises).

Pas moins de 7 véhicules utilitaires ont été incendiés malgré la rapide intervention des pompiers, en plus de quatre autres véhicules par propagation des flammes.

ABIX-Brandanschlaege-5-Peu avant minuit, un véhicule de la société de sécurité BOSCH est incendié Alte Jakobstraße à Kreuzberg. Un peu plus tard, c’est un camion d’une entreprise de construction qui est incendié  à 200 mètres de l’Alexandrinenstraße. Ce camion appartient à la société DTB, et ce sabotage a été revendiqué, dont voici l’intégralité:

Dans la nuit de mercredi à jeudi 2/10, un camion de l’entreprise DTB a été incendié.

Pourquoi DTB ?

Après l’expulsion de Cuvry-brache* à Berlin-Kreuzberg, DTB a accepté de soutenir le travail dégueulasse du Sénat et de la mairie. Le jour même après l’expulsion, DTB a commencé à raser près de l’ensemble de la zone. Il aurait également pu refuser cela et ne serait pas devenu un instrument de gentrification.

DTB est entre autre responsable de la construction de travaux publics et de routes, de câbles et de tuyauteries. Ainsi, ils disposent du matériel nécessaire pour aménager en un rien de temps le quartier. D’autant plus que leurs partenaires et amis appartiennent à des entreprises comme Vattenfall et Telekom.

L’expulsion de CuvryBrache* est juste une autre étape vers la restructuration urbaine, ainsi que le déplacement des personnes qui ne correspondent pas à l’image d’un Berlin réévalué, convenable.

Berlin a besoin et veut cette image renouvelée, pour pouvoir se distinguer à l’échelle internationale et gagner des projets comme Olympia**.

Tout cela se fait au détriment des personnes qui vivent (encore) ici et seront bientôt plus en mesure de se le permettre.

D.T.B. GmbH Tief- und Straßenbau

Wackenbergstraße 84 – 88
13156 Berlin

Avec joie, les visites nocturnes seront chez Sitzfeldt, Bosch, Telekom, DB et beaucoup d’autres !

Contre la domination – pour l’anarchie !

Des groupes autonomes

Notes des traducteurs:

*brache signifie friche. Situé à Kreuzberg sur lequel des personnes – sans-abris, familles roms, zonards.. – se sont installées pour y vivre mais aussi pour protester contre la gentrification en cours…. car le propriétaire souhaite y construire des logements neufs/maisons et un centre commercial. Les occupants ont récemment été expulsés.

**Pour obtenir les jeux olympiques et toute la merde qui va avec…

camion de chantier

le camion de chantier en question

A Friedrichshain, un van VW d’une entreprise (non mentionné) est incendié.

A Treptow, les pompiers arrivent trop tard pour éteindre les flammes d’un véhicule de Telekom, qui est entièrement calciné.

A Kreuzberg, deux véhicules de l’ambassade de Turquie sont incendiés Heinrich-Heine-Straße vers 3h00 du matin. Ces sabotages incendiaires sont revendiqués dans un communiqué.

Enfin vers 5h00 du matin à Neukoln, ce sont deux véhicules électrique d’une entreprise automobile « libre-service » sont incendiés.

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Les services de police ciblent leur enquête vers les autonomes d’extrême-gauche et anarchistes.

Parrallèlement à tous ces incendies et destructions, le SPD, par la voix du politicien Tom Schreiber, a immédiatement appelé à des mesures plus sévères envers les « extrémistes de gauches et anarchistes violents ». (Chiche !) Quant au sujet du sabotage contre la S-Bahn à Berlin fin août dernier, ce bouffon social-démocrate avait déclaré que « le milieu autonome veut terroriser et tyranniser le centre-ville ».

[Affiche] Contrer la totalité de la domination

Depuis des dizaines d‘années le progrès technologique s‘accélère fortement, amenant de nouvelles nuisances telles le nucléaire, les nanotechnologies et les organismes génétiquement modifiés, menaçant à présent la vie sur terre de diverses manières ; par l‘exploitation effrénée des « matières premières », les contaminations irréversibles par les éléments radioactifs, la pollution génétique et les conséquences des nanotechnologies. Surtout, toutes les technologies partagent le potentiel d‘expansion du contrôle sur le vivant, jusqu‘à la domination totale de la civilisation et de ses innombrables structures de pouvoir qui aliènent déjà quotidiennement nos relations.

La révolution industrielle amena à un accroissement de la spécialisation et de la centralisation. La technologie génétique représente un nouveau saut qualitatif dans le développement du contrôle sur l‘agriculture. Les brevets sur les semences de quelques grandes multinationales poussent l‘agriculture dans une dépendance absolue. Avec la destruction de la biodiversité, tout approvisionnement autonome est rendu impossible. Ce qui empêche fondamentalement une perspective vers des communautés libres et décentralisées. Ce ne sont pas uniquement les multinationales et les états qui en portent la responsabilité mais également tous ceux et celles qui croient à leurs mensonges et ainsi soutiennent leur développement.

Un rôle central dans cette tendance destructrice est à attribuer aux scientifiques paré_es de leurs blouses blanches de la «neutralité». Caché_es derrière la notion de « recherche fondamentale » illes travaillent à la légitimation de la technologie génétique. Les détails de cette recherche ne nous intéressent pas, tant l‘intention des chercheur_euses nous paraît claire : afin de s‘assurer de l‘approbation de l‘opinion publique, on cache des intérêts économiques ainsi que l‘expansion du contrôle sur le vivant, sous le couvert de la sacro-sainte science.

La résistance contre ces nuisances n‘a pourtant pas pu être brisée par ces mensonges, c‘est donc la répression qui a pris la relève. Le nouveau Protected Site à Reckenholz (Zurich), où ont et auront lieu des essais en plein champ de cultures génétiquement modifiées, est surveillé 24h sur 24 par une entreprise de sécurité avec chien de garde, surveillance vidéo permanente et deux grillages massifs équipés de capteurs de mouvement, ce qui équivaut à une forteresse.

Controns l‘avancée vers la domination totale

Faisons sentir aux responsables qu‘ils_elles se trouvent en travers du chemin vers la libération de toute domination

quelques paysan_nes anarchistes

  • Institut de biologie végétale, université de Zurich

Le prof. Beat Keller de l‘institut de biologie végétale de l‘université de Zurich est l‘initiateur et le meneur des essais en plein champ de blés OGM. Les frais des recherches actuelles sont pris en charge par l‘université.

  • Agroscope

Agroscope est, en tant que gérant du Protected Site, responsable pour l‘aspect technique, sous la direction de Michael Winzeler. Les essais ont lieu sur leur terrain à Reckenholz (Affoltern, Zurich).

  • Bouygues Energies & services

L‘entreprise Bouygues surveille 24h sur 24 le Protected Site avec un garde et un chien. Le groupe Bouygues propose des services allant du nettoyage aux télécommunications en passant par la sécurité et est présent mondialement. En Suisse ils ont plus de 30 filiales.

  • Office fédéral de l‘environnement – OFEV

L‘OFEV est responsable de l‘autorisation des essais en plein champ et co-responsable de l‘ensemencement des plantes génétiquement modifiées.

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Publié sur contrainfo, 27 septembre 2014

L’affiche traduite et mise en page en allemand et en italien.

[Missouri, USA] Contre le retour à la paix sociale. Récit d’une semaine de révolte à Ferguson

Pendant une semaine à Ferguson

Ce qui a commencé comme un mouvement de protestation après 10 jours de mépris soutenu a fait quelques pas hésitants vers la révolte. La situation ici est encore fluide et mûre avec du potentiel. Localement, les gens sont surpris que des troubles similaires ne se soient pas déclenchés dans d’autres villes. Si elle venait à se propager, le périmètre ici s’élargirait probablement. Il est difficile de se faire une idée de la façon dont les gens en dehors de la région métropolitaine interprètent ce qui se passe ici. Ce qui suit sont quelques observations de résidents de St Louis et participants à la lutte qui pourrait donner une image plus claire de cette nouvelle réalité étrange.

Voitures, flingues et révolte en Amérique

West Florissant est la route principale qui traverse le comté de St-Louis et le nord de la ville. Une étendue d’un quart de mile de la route a été le lieu de rassemblement pour les manifestants. Juste à l’extérieur de ça, dans un parking de centre commercial, c’est la zone de transit commune pour la police (venant de la Ville, du comté, ainsi que des dizaines de petites communes), la Highway Patrol, et la garde nationale. La petite portion est le foyer de nombreux commerces pillés et brûlés (à des degrés divers) incluant la chaîne de magasins QT – qui est devenu un point de repère, de destination touristique, et un lieu de rassemblement pour les manifestants. Canfield Drive se croise avec cette zone de west florissant, une route qui mène aux subdivisions et complexe d’appartements où Mike Brown a été tué. La police craint de s’aventurer trop loin dans Canfield.

Les jours où la police permet au trafic de s’écouler, West Florissant devient encombré avec des véhicules, dont beaucoup sont blindées de passagers, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les activités courantes comprennent la musique à fond, les crissements de pneus, narguer la police avec des insultes (« fuck the police », « Fuck 12″), à tourner en rond et les prendre en course, juste freiner à la dernière minute. Les gens sautent de voiture en voiture de manière festive, flirtant, chantant, buvant et fumant. Lorsque les lignes de police ferment la rue à chaque extrémité du secteur, les voitures affluent dans les rues latérales pour faire pareilles. Et quand les manifestants deviennent assez chahuteurs, les gens vont avec leurs voitures jusqu’aux magasins, les remplissent de biens pillés, et s’échappent à nouveau dans les quartiers.

fergus17bUn nombre important de manifestants sont armés. Dans les premiers jours, une tactique commune était de tirer des coups de feux en l’air pour effrayer les flics quand ils s’approchaient trop. Certains parlent ouvertement d’entrer en guerre avec la police et ne cachent pas le fait qu’ils en portent. Les derniers jours, des gens ont commencé à tirer sur la police. Malheureusement, les seules personnes touchées ont été jusqu’à présent une poignée de manifestants – certains d’entre eux avec des blessures potentiellement mortelles. Les gens commencent à plaider en faveur de plus de retenue avec les armes à feu et de mieux viser.

Les rebelles (et la police) n’ont aucune expérience dans une telle situation. Une révolte comme celle-ci n’a pas été vue en Amérique depuis les années 70. Les gens apprennent à fabriquer et à utiliser des cocktails Molotov, des barricades, des projectiles et faire des incendies, ainsi que quand et où il est logique d’attaquer. La coordination et la communication sont difficiles en dehors des moments d’émeutes. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas d’endroit sûr et confortable pour se rassembler et échanger des idées. Le QT pourrait servir à cette fin, mais seulement aujourd’hui il a été entièrement clôturé. La deuxième nuit d’agitation a du impliquée une coordination exceptionnelle vu que des bandes ont brisé des magasins partout dans la région métropolitaine, remplissant leurs voitures avec toutes sortes de biens.

Répression, respectabilité, race, genre et écart générationnel

Les policiers sont pris dans une impasse et voient les limites de l’utilisation de la force. S’ils gardent leur distance avec les manifestants émeutiers, mais quand ils viennent en force ils poussent davantage de gens à venir dans les rues, ce qui conduit à plus d’émeutes. À ce stade, s’ils veulent écraser cela, ils n’ont qu’à condamner Darren Wilson (le policier qui a tiré Brown) d’assassinat. Mais les rouages ​​de la justice sont lents. En attendant, ils vont devoir travailler à diviser les manifestants. Dans leur désespoir, toutes les dichotomies déjà employées dans le passé sont utilisées – manifestant vs criminel, honnête vs opportuniste, résident vs étranger. Malheureusement, la police a une longue liste de complices prêts à faire le travail pour eux, la plupart d’entre eux sont pleinement conscients de ce qu’ils font. Du New Black Panther Party à la Nation of ‘Islam*. de HOT 104.1 à FOX News. De MORE à OBS. De Jesse Jackson à Al Sharpton**. De Nelly à Tef Poe (Po)***. De l’actuel maire de St Louis Slay au futur maire de St Louis français. Et la liste est longue.

Bien qu’elles peuvent réussir à la télévision, à la radio et sur les médias sociaux, ces grandes gueules n’ont pas eu autant de succès sur West Florissant (en dépit de leurs propres déclarations contraires), et cela doit leur faire une peur bleue. […]

Il y a toujours plus de manifestants noirs que blancs sur West Florissant, mais il semble y avoir plus de diversité vu que la lutte continue. Dès le début des commentaires en direction des manifestants blancs tels que « Pourquoi êtes-vous ici? » ont eu la réponse « mec, elle/il déteste la police aussi! » Maintenant, la présence de manifestants blancs est même plus noté comme « merci d’être ici ». Quelques sinistres groupes libéraux et de gauche tentent de répandre des histoires absurdes que des petits groupes d’agitateurs blancs (ou même des infiltrés du KKK!) incitent les manifestants noirs à aller à l’attaque. Les hypothèses racistes sous-jacentes sur la nature exploitable de manifestants noirs, qui est logique si on se rend compte que c’est exactement la façon dont des groupes comme Nation of Islam et le New Black Panther Party les considèrent. En retrait dans le monde réel, les manifestants blancs commencent tout juste à rattraper un peu en férocité leurs camarades noirs, qui sont assez grands pour prendre des décisions eux-mêmes.

FergusGoodCop7Les autorités ont engagé quelque chose en bon flic/mauvais flic en mettant Ron Johnson (un policier noir qui a grandi dans le comté du Nord) dans le commandement des opérations de police. Pendant la lumière du jour, lui et ses officiers enlèvent leur tenue anti-émeute et marchent aux côtés des manifestants. Cette astuce a marché sur les leaders de la contestation auto-proclamés qui travaillent ouvertement avec Johnson pour contrôler les foules.

Il existe d’innombrables appels de la Nation of Islam, le New Black Panther Party, et leurs semblables socialement conservateurs aux femmes à rentrer à la maison, pour les hommes noirs costauds à renforcer, et d’autres tentatives patriarcales qui divisent les manifestants. Lors des premiers jours, ces appels ont été accueillies avec une énorme résistance de la plupart des femmes noires. « Vas te faire foutre, retourne à l’église ». « Je suis ici depuis le premier jour ». « Ce sont nos enfants qui sont morts ». Le harcèlement constant semble avoir payé vue que moins de femmes sont dehors, surtout la nuit. Mais les femmes sont toujours à l’avant en narguant la police et se précipitant dans les magasins pour se servir.

Presque tous ceux qui cherchent à limiter les actions les plus conflictuelles et se déclarent dirigeants de la communauté ne sont pas plus de 40. Mis à part le fait d’arrêter physiquement des jeunes à agir, ils essaient de les ostraciser de la manifestation. Ces vieux sages peuvent se promener avec une aura d’autorité paternaliste, mais les jeunes ne sont pas dupes: « Je ne peux pas écouter ces vieilles têtes, qui disent ‘la même chose depuis des années » « Cette marche pacifique ne fonctionne pas, sans le pillage personne n’aurait porté attention à Mike Mike ». Pourtant, ils appellent en permanence pour les garçons à grandir et à être des hommes et les jeunes femmes à rentrer à la maison, parce que les rues ne sont pas sûres pour elles.

Paix et tranquillité

APTOPIX Police Shooting MissouriIl y a quelques indications comme quoi les groupes libéraux prennent leurs distances avec la ville de Ferguson. Ils commencent à organiser des rassemblements et la désobéissance civile à Clayton et dans le centre-ville de St Louis. Peut-être qu’ils renoncent à leur campagne visant à contrôler les éléments enragés. Peut-être qu’ils essayent de mettre un visage médiatique plus pacifique sur le mouvement. Peut-être qu’ils essayent de nouvelles stratégies pour obtenir justice. Seul le temps nous le dira.

La situation à Ferguson est effrayante. Il est facile de comprendre pourquoi certains, en particulier ceux qui vivent près de l’activité, veulent un retour à la normale: des balles, des gaz lacrymogènes, des canons sonores, des points de contrôle, du feu. Mais malgré tout cela, il y a un nombre important d’entre nous qui ne veulent pas d’un retour à la normale. Nous descendons le jour et la nuit sur West Florissant pour comprendre comment éviter ça. Pour nous, la lutte ne se limite pas à la justice pour Mike Brown et la condamnation d’un seul flic pour assassinat devant les tribunaux. Nous le faisons pour nous-mêmes, nos amis et famille, ainsi que pour Mike Brown. Nous avons déjà constaté ce système coupable – le racisme, la structure de classe, le gouvernement, la police. Lorsque la «paix» à laquelle vous êtes constamment invité à revenir ressemble à l’impuissance, l’humiliation, la pauvreté, l’ennui, et la violence, ça ne devrait pas être une surprise que beaucoup de personnes choisissent de se battre. Et pour être témoin de la férocité avec laquelle certains d’entre nous se battent, c’est presque comme si nous avions attendu ce moment nos vies entières. Il y a deux jours les gens se sont précipités au poste de commandement de la police forçant les autorités à faire appel à la garde nationale. Auparavant, cela aurait été impensable, mais il y a alors encore deux semaines seulement tout cela aurait été inimaginable.

Et alors nous trinquons un verre de gin pillé – un TOAST ! Que chacun puisse continuer à nous surprendre.

19 Août 2014

SourceAnti-State STL

Notes de traduction:

*Imitation de l’ancien parti mais avec des théories racialistes, antisémites, patriarcales, homophobes… Religieux qui tentent de dissuader, d’empêcher (parfois physiquement) tout acte radical contre l’ordre existant.

**Ces deux chefs auto-proclamés des droits civiques, respectivement politicien et haut-placé de l’église protestante depuis toujours

*** Deux rappeurs commerciaux (tous deux sont sous contrat chez universal), qui se sont récemment pointés au sein des cortèges à Ferguson en tant qu’agents de la pacification, comprendre par là un comportement de « grands frères » mais blindés de thunes…

Les précédents articles sur cette révolte: ici et

Des véhicules de police et de sécurité privée ont été sabotés à Bloomington et à Chapel Hill en solidarité avec la révolte à Ferguson – voir les communiqués de ces attaques (en fin d’article)

Odium fidei, sur le rôle de l’Eglise et la nécessité de s’en prendre à elle

ruinasMalgré l’influence historique de l’église catholique en Espagne, depuis la Sainte-Inquisition, les croisades et l’expansion coloniale ; malgré le fort endoctrinement que cela a signifié socialement, ou peut-être justement pour tout cela, diverses vagues anticléricales ont secoué la Péninsule à différentes reprises, brûlant temples et couvents.

Au milieu du XIXe siècle, au cours des bullangues [tumultes] de Catalogne, des églises furent attaquées en même temps que d’autres symboles de l’absolutisme royal. Plus tard, lors de la Semaine Tragique en 1909, une orgie de feu et de ferveur athéiste rasa la plupart des bâtiments religieux de Barcelone. Par la suite, une attaque généralisée des institutions ecclésiastiques se déchaîna à Madrid et quelques autres villes comme Malaga, Cádiz ou Alicante, au cours de ce qu’on a appelé plus tard L’incendie de couvents de 1931. Et bien entendu, lors du court été de l’anarchie de 1936, une grande partie des symboles du catholicisme furent de nouveau saccagés et réduits en cendre sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, hormis ces attaques de masse, des actions plus isolées ont continué à se produire jusqu’au jour d’aujourd’hui, que ce soit avec des bombes, par l’incendie ou sous la forme d’attentats contre des membres du clergé. En effet, l’Eglise et ses temples ont été, sont et resteront un ennemi naturel des anarchistes. Un ennemi qu’on ne peut oublier sur le chemin vers la libération totale. Cet Odium fidei est le fruit de siècles de domination et de répression catholique au cours desquels elle a toujours été du côté du pouvoir, des Etats, des intérêts économiques. Son impact sur l’histoire de l’humanité s’est traduit par une série d’atrocités s’enchaînant les unes après les autres : guerres, invasions, pillages, viols, tortures, assassinats, esclavage, allant de pair avec les idylles la liant aux grands empires, aux monarchies absolues, aux dictatures fascistes ou au capitalisme le plus sauvage, rien ne manque au tableau sous le signe de la foi.

L’acceptation du concept de “péché” établit la ligne de séparation entre ce qui est moralement acceptable et ce qui est reprochable au regard de l’église catholique, privant l’individu de sa propre capacité à penser et décider, et le préparant à accepter une autorité sur sa vie dépassant ses impulsions et ses intérêts propres. L’endoctrinement patriarcal a converti le plaisir en péché et a rendu impures les femmes, qu’il a tenté de maintenir soumises au rôle de mère dévouée et d ’épouse soumise, les assujettissant, les réduisant à une fonction de fabricantes de prolétaires à exploiter (en cela la différence avec le marxisme est assez ténue), les aliénant en grand partie à leur corps, ainsi qu’aux hommes, et justifiant de manière très particulière leur position sociale. Ils se sont aussi permis de condamner et de poursuivre l’homosexualité comme tout ce qui peut s’éloigner de ces rôles bien définis et de cette sexualité normative. Le contrôle de l’éducation à l’obéissance, avec leur main de fer, a permis d’enraciner de force leur morale chrétienne, nous rendant moins confiants et plus dociles, moins autonomes et libres, nous éloignant de notre perspective présente et terrestre, et nous domestiquant pour accepter l’autorité, le pardon et la culpabilité. Encenser le divin, le monde de la foi, aveugle les possibilités qu’offre l’incertitude présente, tout en pathologisant nos vies avec la souffrance, la peur et la résignation.

Comme si ne suffisaient pas toutes ces choses que l’on peut reprocher à l’église -en l’occurrence catholique-, une des plus aberrantes a été sa complicité, quand cela n’a pas été sa participation active, dans l’expansion de divers impérialismes tout au long de l’Histoire et son soutien plus ou moins actif aux génocides et à l’esclavage.

A partir du XVe siècle, les conquistadores castillans sont allés, au nom de dieu et avec la bénédiction du Pape, en Amérique pour exploiter, conquérir, coloniser et massacrer des milliers de personnes, peuples et tribus. Plus de quarante millions de morts, des dizaines de milliers de viols et un pillage sans précédent de la nature et des richesses des peuples américains. La blague a coûté cher aux habitants originaires du continent, que le despote du nom de Christophe Colomb aurait découvert selon l’Histoire occidentale. L’Eglise a joué un rôle de protagoniste dans ce génocide aberrant, dirigeant ce qu’on a appelé les « réductions », toujours au nom de dieu, de la charité et des pauvres, bien sûr. Il s’agissait en réalité de véritables camps de concentration où s’entassaient les indiens à qui on imposait la foi catholique (évangélisation), la langue castillane, la culture et le mode de vie des conquérants, et tant qu’on y est, où on les obligeait à travailler dans des conditions d’esclavage explicite pour l’Église Catholique et la Couronne de Castille, puissance mondiale à ce moment-là.

Certes, quelques prêtres jésuites ont protesté et dénoncé ces faits, à titre individuel, comme par exemple Bartolomé de las Casas, mais il n’en reste pas moins vrai que ces sacerdotes et leurs ordres religieux n’ont jamais condamné l’esclavage (c’est même sur leur initiative que des noirs africains ont été amenés en Amérique comme esclaves, n’ayant pas le statut de personnes), et leurs disputes se limitaient à la manière dont le pouvoir gérait la “noble” institution fondée par Saint Paul.

Guère plus tard, au XVIe siècle, la séparation des Eglises protestantes de la catholique déclencha des guerres de religion dans tout le centre de l’Europe, les deux Eglises cherchant à étendre leur emprise. Elles n’eurent cependant aucun mal à se mettre d’accord pour écraser les révoltes paysannes et prêcher l’obéissance qu’un serf doit à son seigneur. Ces révoltes écrasées accélérèrent la paix et la coexistence, tendue mais pacifique, des deux credo chrétiens. Le nombre de morts s’est élevé à deux cent mille. A cette époque, la guerre contre l’Islam (et contre l’Empire turc musulman) a aussi connu une certaine recrudescence (après le Moyen-Age où elle recouvrait des motifs politiques et économiques sous prétexte de lutter contre les infidèles auquel ont rapidement adhéré les chrétiens).

L’Eglise avait déjà une longue expérience en impérialisme et en guerres de religion, puisqu’elle avait déjà lancé des milliers de mercenaires dans les croisades, avec la justification de la foi et la motivation du butin, non seulement contre les musulmans du moyen-orient, mais aussi contre d’autres chrétiens de la Baltique, dont le crime était d’appartenir à une autre ethnie et de vivre sur des terres convoitées par la papauté.

Sans nous étendre beaucoup plus, nous pourrions parler de la collaboration de l’Eglise avec les nazis, soutenant l’église catholique allemande et le régime d’Hitler, et le Pape se taisant face au génocide qui ôta la vie à plus de 6 millions de personnes (plus de cinq millions étaient d’origine juive, mais il y avait aussi des gitans et d’autres « non-aryens », ainsi que des musulmans, des communistes, des anarchistes et des personnes d’autres tendances politiques). Plutôt étrange que l’Eglise se soit tue, alors qu’elle n’a jamais su fermer sa gueule quand les politiques d’un Etat ne vont pas dans le sens de consolider son pouvoir. Les Etats ne sont évidemment pas moins responsables que les Eglises et que le capitalisme de ces incartades si fréquentes tout au long de l’histoire humaine depuis que l’autorité existe sous sa forme institutionnalisée.

Aujourd’hui, même si le clergé a perdu du terrain dans son influence sociale, il continue à maintenir en tant qu’institution son statut de pouvoir, avec ses privilèges exquis, son immense patrimoine et sa fortune incalculable. L’héritage catholique est encore palpable de nos jours dans les codes moraux du citoyen, dans les familles patriarcales, dans la sexualité réprimée, dans l’altruisme caritatif. L’église peut bien geindre et se déguiser en agneau pour se faire passer pour une victime, elle reste de fait l’une des multiples serres de l’oppression et doit donc être traitée en tant que telle. Toute attaque contre cette institution en particulier ne peut qu’être bien reçue [en fonction du pourquoi elle est menée, NdT].

Aujourd’hui comme hier, l’Eglise est un ennemi très réel que nous devons combattre aussi bien physiquement que sous sa forme résiduelle, en détruisant au quotidien toute trace de son dogme si dangereusement intériorisé.

Contre les bergers, contre les troupeaux …

Celui qui a affirmé qu’on ne peut penser librement à l’ombre d’une chapelle ne s’est pas trompé, expression qui veut souligner le rejet de l’ancien, de ce qui a été construit par la force, le rejet d’un monde d’oppression avec lequel il est impossible de coexister pacifiquement. Et pour pouvoir commencer à penser réellement, sans les poids morts qui posent par avance de fausses questions, il faut commencer vraiment, ou vraiment continuer à tout questionner par la pratique, avec la capacité de nous révolter, en jouant toujours plus finement, en frappant de mille manières possibles, en brisant… Il y a beaucoup d’exemples d’attaques contre l’Eglise tout au long de l’histoire. Les GARI, par exemple, le savaient, lorsque dans les années 70, ils incendièrent 13 autobus de pèlerins espagnols à Lourdes [juillet 1974], comme longtemps avant, au début du siècle passé et dans les années 30, des icônes religieuses et même des églises furent détruites ici par le feu de la foule révolutionnaire. Aujourd’hui encore, des gestes rebelles continuent de frapper cette néfaste institution.

Certains ont aussi affirmé en une autre occasion qu’à force de tant penser à préparer la révolution du futur, on finit par trop respecter le présent, ce à quoi nous pourrions ajouter qu’à force de tant insister sur le passé de luttes sans comprendre l’aujourd’hui, on néglige et on méprise le présent qu’on finit par sous-estimer pour être trop pauvre en comparaison. Nous sommes beaucoup d’anarchistes et de rebelles à comprendre le présent comme un présent de lutte, à rejeter l’attente et les remises à plus tard. Sur l’ensemble de la planète, nombreux sont celles et ceux qui refusent d’obéir et se révoltent, y compris dans les “pires conditions”, en prenant des risques et en faisant des efforts pour continuer à avancer. La machine démocratique a fait croire à beaucoup que la liberté existe, dans le cadre de certaines limites imposant le consensus social et le vivre en “paix”. Nous sommes beaucoup à savoir que la liberté n’est octroyée par personne, elle existe ou elle n’existe pas. La construction d’un imaginaire qui est basé sur le suivisme ne contribue qu’à renforcer le système. Les “actes de foi” vis à vis des bergers des partis -grands ou petits-, des syndicats, etc. en croyant qu’ils apporteront des solutions “magiques” pour la survie ne font que rendre toujours plus lointains les désirs et les comportements combatifs qui, eux, prétendent détruire complètement la soumission, la délégation, et se mettent en quête de choses vraiment nouvelles qui restent à imaginer. Un credo cherche à s’installer depuis longtemps : la foi inébranlable dans un système dégoûtant et abominable. Les bergers restent les mêmes… ne participons pas au troupeau…

La seule Église qui illumine… est celle qui brûle !

Nous n’oublions pas nos compagnons incarcérés par l’Etat, à tou-tes les rebelles, un salut chaleureux et combatif à Mónica Caballero, Francisco Solar, Gabriel Pombo da Silva, Nikos Maziotis, récemment arrêté par l’Etat grec après deux ans de clandestinité. En ayant toujours à l’esprit tou-tes les anarchistes, antiautoritaires, et rebelles sous le coup de la répression, nous continuons la lutte !

Salut et Anarchie !

[Traduit de l’espagnol de Contra info par Brèves du désordre, 25 July 2014]

 

[Interlaken, Suisse] Action contre la conférence de l’OSCE sur le terrorisme – 27 avril 2014

A l’occasion de la conférence contre le terrorisme de l’OSCE, aujourd’hui nous avons mené plusieurs actions à Interlaken*. Plusieurs banderoles sur la politique frontalière, le « terrorisme » et la répression ont été suspendues dans et autour de Interlaken. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (l’OSCE) est complice de la mort de milliers de réfugiés en Méditerranée, cela soulève la question: Qui est le terroriste ?
Le pouvoir de l’État et les contraintes du capitalisme provoquent des milliers de victimes chaque jour.
Pour nous, c’est clair – le terroriste c’est l’Etat !

Plus de 23.000 morts aux frontières de l'Europe.

Plus de 23.000 morts aux frontières de l’Europe.

En solidarité avec les prisonniers de la révolte en Turquie

En solidarité avec les prisonniers de la révolte en Turquie

"Le terroriste c'est l'Etat * Liberté pour Marco Camenish !"

« Le terroriste c’est l’Etat * Liberté pour Marco Camenish ! »

"Détruisons les frontières et les prisons"

« Détruisons les frontières et les prisons » (avec un slogan en grec)

en italien sur la banderole: "Le terroriste c'est l'Etat * Chiara, Claudio, Mattia, Niccolo libres !"

en italien sur la banderole: « Le terroriste c’est l’Etat * Chiara, Claudio, Mattia, Niccolo libres ! »

Lire l'affiche traduite de l'allemand ci-dessous

Lire l’affiche traduite de l’allemand ci-dessous

L’affiche placardée:

Les 28 et 29 avril a lieu ici à Interlaken* la « conférence contre le terrorisme » de l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Mais qui est terroriste ?

Depuis l’attaque du World Trade Center le 11 septembre 2001 à New-York, quelque chose s’est fait dans le domaine de la lutte « antiterroriste ». D’innombrables Etats ont adopté de nouvelles loispour pouvoir agir contre les soi-disant « terroristes ». Des Etats mettent précisément en application des lois anti-terroristes pour combattre les gens qui résistent et leur organisation. Tous ce-lles-ux qui n’acceptent pas l’Etat et l’ordre capitaliste et qui les remettent en cause et les combattent sont intimidé-es, puni-es, enfermé-es et isolé-es.

Cependant, nous ne voulons pas faire appel à la politique des pays respectifs et nous n’exigeons aucune autre loi. Car il est clair que lois et droits – qui sont imposées/donnés aux gens par l’Etat – ne servent qu’à maintenir le pouvoir en place. Nous ne voulons rien demander, mais attaquer les structures du pouvoir ! Nous ne voulons ni du WEF ni de l’OSCE, nous ne voulons pas être dominé-es par les auteurs de la violence d’Etat.

Parce que les Etats sont en possession du monopole de la violence et jouent aussi de cela tous les jours. Quelques exemples sont:

  • Les Etats envisagent vos intérêts dans la guerre.
  • Les Etats défendent leurs frontières et sont responsables de la mort de plusieurs milliers de réfugiés (Plus de 23.000 réfugiés sont morts noyés en Méditerranée depuis 2000)
  • Les Etats font de grosses affaires avec les armes.
  • Les Etats divisent les gens entre résidents et étrangers.
  • Les Etats enferment des milliers de personnes dans les prisons.
  • Les Etats fournissent la base pour l’exploitation et l’oppression.
  • Les Etats développent de nouveaux systèmes d’armes, produisent et vendent des armes.

Le capitalisme pousse continuellement les États à une compétition les uns avec les autres (meilleur emplacement, plus de croissance, niveau de salaire inférieur…) et conduit ainsi à la destruction de l’homme et de la nature. Les États ont besoin d’entreprises solides et rentables, et qu’elles se décident pour les États-nations respectifs, et doivent offrir au Etats des conditions aussi favorables que possible. Aucun État prend au sérieux, peu importe l’environnement ou les conditions de vie du peuple. Ainsi se perpétuera – provoqués par la logique capitaliste – la destruction de la nature, les personnes forcées de fuir, les réfugiés de guerres et les exploités. La quête imparable de profit qui est inhérente au capitalisme pousse l’humanité dans le gouffre. Nous sommes convaincu-e-s que seul un changement radical pour en finir avec les conditions actuelles de la misère peut se propager. Nous voulons et avons besoin d’une économie axée sur des personnes selon les besoins et non sur des profits.

Qu’ils nous appellent terroristes ou extrémistes, nous continuons à lutter pour un monde sans exploitation ni oppression !

Contre l’Etat et le capitalisme.

Pour un monde sans hiérarchie !

Traduction de l’allemand de ch.indymedia.org, 27 avril 2014

* Petite ville du canton de Berne

De court-circuit en black out social

Contribution à la rencontre internationale anarchiste de Zürich, novembre 2012

Les structures de la domination et de l’exploitation ne sont pas invariables. Elles changent et se transforment au cours de l’histoire pour des raisons liées à sa propension à se perpétuer, et donc en rapport direct et indéniable avec la conflictualité sociale. Si jusque dans les années 70 on pouvait percevoir de fortes tensions et des turbulences importantes dans la sphère productive, se cristallisant logiquement sur le terrain des grandes usines ou au moins avec tous les regards tournés vers là, aujourd’hui, dans la vieille Europe, la conflictualité semble s’être « déplacée » vers d’autres sphères. N’empêche que l’exploitation continue, au travail comme ailleurs, mais certes de manière différente, certes plus « décentralisée », certes mieux protégé contre d’éventuelles remises en question depuis « l’intérieur ».

Il s’agit donc aujourd’hui de continuer, d’actualiser et d’approfondir l’analyse des structures du pouvoir et de l’exploitation. Les vieux modèles ont déjà été abandonnés, même si certains continuent à croire à la constitution en force du « prolétariat » et à son affirmation au sein de la sphère productive. Un analyse « nouvelle  » a déjà été entamée il y a des dizaines d’années, mais aujourd’hui, il semble qu’un pas supplémentaire s’impose.

Le fondement de l’exploitation, ou mieux, de sa perpétuation, réside dans la reproduction sociale. Il y a non seulement l’évidente recherche de pouvoir et d’accumulation, mais les conflits cantonnés à l’intérieur de sa logique reproduisent aussi l’ordre des choses. Force est de constater que le travailleur produit l’exploitation et que l’exploitation reproduit le travailleur. Tout comme le citoyen produit le pouvoir et que le pouvoir repoduit le citoyen. Les possibilités de briser ce cercle infernal ne se trouvent plus là où les vieux livres du mouvement révolutionnaire les situaient, ni dans une nouvelle version d’un processus lent et infini de prise de conscience, mais ailleurs. Et c’est cet ailleurs insurrectionnel qu’il nous faut analyser et expérimenter.

L’exploitation et donc la reproduction sociale ne suivent plus les lignes concentrationnaires comme elles ont pu le faire dans le passé. Finis les grands complexes industriels avec leur création d’ouvriers capables de se reconnaître entre eux; finis les quartiers ouvriers où une communauté d’intérêts rendait possible de virulents combats; finies les grandes associations de luttecapables d’enthousiasmer et de mobiliser des milliers de gens. Aujourd’hui, l’exploitation s’est diversifiée et décentralisée à tel point qu’elle rend impossible l’émergence d’un sujet collectif, d’un « prolétariat », sans que ceci signifie évidemment qu’il n’y aurait plus de « prolétaires ». L’exploitation ne tend plus à se concentrer dans une grande structure, mais à disséminer sur le territoire de petites structures, toutes reliées par des réseaux d’énergie et de communication qui permettent la production à flux tendu et une reproduction serrée de la domination. Si la société actuelle ressemble à une grande prison à ciel ouvert, ses barbelés seraient en fibres optiques et ses miradors seraient plutôt les relais de communication.

Si nous soulignons cette évolution, ce n’est pas par simple curiosité et envie de comprendre pourquoi la conflictualité sociale ne suit plus aujourd’hui l’ancien schéma bien ordonnée de la lutte de classe entre prolétariat et bourgeoisie, deux blocs bien identifiables se disputant autour d’une forteresse, mais plutôt pour découvrir des axes d’intervention, des points où il est possible d’attaquer l’exploitation, et donc la reproduction sociale. Selon nous, ces axes se trouvent entre autres dans les infrastructures dont l’économie et le pouvoir dépendent. Cette infrastructure décentralisée et hautement complexifiée a rendu possibles les nouvelles formes d’exploitation (il suffit de penser à la nécessité actuelle d’être joignable à tout moment par portable dans la logique de la flexibilisation du travail), et c’est donc là que l’exploitation d’aujourd’hui peut être attaquée. Les câbles de fibres optiques, les réseaux de transport, l’alimentation énergétique, les infrastructures de communication comme les relais de portables : voilà tout un champ d’intervention qui est par nature incontrôlable, où il n’y a plus aucun centre à conquérir ou position à tenir, où la décentralisation implique par la logique des choses une organisation décentralisée, informelle, en petits groupes, de l’attaque.

De nombreuses personnes ont indiqué la vulnérabilité de ces infrastructures, mais il reste encore beaucoup de travail de clarification et d’indications à faire. On pourrait déjà commencer à accueillir et à approfondir les suggestions pratiques qui émanent de la conflictualité contemporaine. Au lieu de se focaliser sur les affrontements avec la police, on ferait mieux de regarder comment l’infrastructure est attaquée dans certaines émeutes dans les métropoles et leurs périphéries : sabotages de l’éclairage public, incendies de générateurs et de transformateurs électriques, sabotages d’ axes de transports ferroviaires ou du réseau de transports en commun. Une analyse actuelle de la métropole ne saurait négliger par exemple l’importance des transports (d’êtres humains, de marchandises, d’informations). Mais le travail de clarification ne peut s’arrêter là. On a besoin d’indications précises, d’analyses précises et de connaissances techniques précises.

Bien évidemment, la possibilité et la nécessité de l’attaque diffuse contre les infrastructures du pouvoir n’a que peu de sens si elle n’est pas intégrée dans une projectualité plus large. Même s’il est toujours bon et adéquat de saboter, il ne faut pas oublier que pour toute chose, il y a un avant, un pendant et un après. Si des fissures dans la normalité, dans la reproduction sociale, offrent des possibilités, alors, il faut déjà les imaginer à l’avance. Que faire en cas de coupure d’électricité ? Que faire quand les transports en commun ne fonctionnent plus et génèrent un chaos incroyable au sein d’une ville ? En plus, il ne faudrait pas considérer toute cette question d’infrastructures comme quelque chose de séparé des autres terrains d’affrontement. Elle peut être intégrée dans n’importe quel projet de lutte. Si aujourd’hui la conflictualité est disparate et diffuse, sans terrain « central », il ne s’agit pas de retrouver ou de reconstruire une centralité qui unirait les hostilités diffuses dans un seul projet révolutionnaire, mais de créer et de jeter des ponts entre les différentes conflictualités. Une attaque précise contre les infrastructures a par exemple toujours des conséquences plus amples qu’un aspect du pouvoir. Dans une émeute, couper l’éclairage d’un quartier, ne sert pas seulement à rendre plus difficiles les avancées des forces de l’ordre, mais aura des échos bien au-delà de toute considération technique du moment. On ne vit pas pareil s’il fait sombre. Cet aspect est encore plus éclatant par rapport au réseau énergétique ; où les conséquences iront souvent bien au-delà du premier objectif imaginé.

Ensuite, il ne s’agit pas de prendre ces réflexions et suggestions comme des prétextes à une grande conspiration technicienne qui plongerait les villes dans le noir, ou plutôt, comme ce serait le cas aujourd’hui, dans un black-out d’informations et de communications. Ce qu’il s’agit d’élaborer, ce sont des projectualités, même modestes, qui indiquent cette possibilité d’attaque à tous ceux qui veulent lutter sur une base radicale, et donc pas aux seuls révolutionnaires. Aborder la question de manière militariste, prôner à nouveau la centralisation face à la dissémination, réfléchir le tout en termes d’ « efficacité », revient à n’avoir strictement rien compris à ce qui a été dit. Ce qui est « nouveau » aujourd’hui, ce n’est par exemple pas la possibilité de s’attaquer à une centrale électrique pour plonger la ville dans le noir, mais la possibilité de s’attaquer partout au réseau électrique intégré et disséminé. Cette possibilité-là ne demande pas de grandes organisations ni de formalisations de la tension subversive, elle permet des attaques directes, simples et facilement reproductibles.

S’il est vrai que la stabilité de l’ordre établi est en train de s’éroder depuis quelques années, s’il est vrai que la disparition des vieux modèles de lutte et des organisations de médiation est suivie de nouvelles formes de conflictualité sociale, beaucoup moins contrôlables et beaucoup plus sauvages, il nous faudrait porter notre attention théorique et pratique sur ce qui pourrait contribuer à étendre ce marécage incontrôlable. Dans ce marécage, nul ne peut garantir que ce seront les idées anarchistes et la liberté qui l’emporteront, mais ce qui est sûr, c’est que c’est déjà un sol beaucoup plus fertile pour ces désirs-là.

Quelques sapeurs de l’édifice social

[Allemagne] Une banque attaquée en solidarité avec les cinq compagnon.nes arrêté.es le 13 novembre à Barcelone

Nous avons attaqué dans la nuit du 25 au 26 novembre la Banque Santander sur la Frankfurter Allee à Berlin. Les salutations solidaires de l’action vont aux cinq anachistes en Espagne qui sont suspecté.es d’avoir attaqué une église.

Nous avons choisi la banque de ‘Santander’, parce que c’est une des plus grandes banques d’Espagne et parce que la banque ‘Santander’ un gros profiteur de l’enfermement dans les prisons espagnoles. […]

Une autre raison justifiée pour avoir sélectionné cette banque est que ‘santander’ investi assidûment dans la construction de prisons en Amérique latine.

Nous voyons cette attaque comme une contribution au début de la semaine d’action du 16 au 22 décembre 2013.

En outre, nous envoyons une accolade chaleureuse aux cinq personnes en Espagne et tous les autres qui ne renonceront pas à leur attitude rebelle au quotidien.

Liberté pour tous

(A)

Berlin, 26 novembre : "Solidarité avec les 5 anarchistes de barcelone, liberté pour tous"

Berlin, 26 novembre : « Solidarité avec les 5 anarchistes de barcelone, liberté pour tous »

Traduit de linksunten indymedia, 05/12/2013 à 18h53

[Paris] La vie est courte, soyons sauvages !

« Les temps sont durs », « toujours les mêmes qui trinquent », « Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? »
Et bla et bla et blablabla. Toujours la même chansonnette qui déborde des comptoirs et des turbins. Tout le monde a son mot à dire sur le désastre routinier qui nous frappe tous, chacun a sa petite idée pour une meilleure gestion du pays, mais personne ne met véritablement la main à la pâte. Et puis ça va voter, se résigner et voter encore. Que le bâton se nomme PS, UMP, FN ou Front de Gauche, qu’est-ce que ça change en vrai ? La carotte sera toujours la même… Alors on attend, on se dit que les mauvais jours finiront, qu’un miracle est en gestation quelque part aux tréfonds de l’univers, qu’un homme politique providentiel viendra nous sauver de ce merdier, le messie, l’apocalypse, que l’argent nous offrira cette liberté à laquelle nous n’avons jamais goûté, que des alternatives nous permettront de vivre en-dehors de ce monde, qu’il y aura un ailleurs où guérir d’ici, un paradis futur pour oublier l’enfer du quotidien, de ces oppressions routinières qui se nomment travail, contrôle, enfermement et frontières.

Mais trop de mots, trop de gesticulations inutiles, la vie est trop courte pour tout cela, il faut maintenant faire exploser les barbelés qui entourent nos imaginaires, il faut passer à l’attaque.

Ceux qui sont responsables de cette société carcérale sont de même constitution, ils sont faits de chair et de sang, ont des noms et des adresses, leurs structures sont au coin de la rue. Qu’ils construisent les prisons prévues pour nous mater, qu’ils y travaillent, qu’ils participent à notre misère en nous rackettant des loyers, en nous faisant trimer, en nous prenant pour des cons, en essayant de nous domestiquer. Tous voient bien qu’il nous suffirait pour changer le cours des choses de faire le constat que la vie est bien trop courte pour y passer son temps à courber l’échine. N’y-a–t-il que les dominés pour ne pas s’en rendre compte ?

Alors oui, la vie est courte, trop courte pour cet ennui abyssal, pour cette vie de misère sous le soleil noir de la domination, les pieds embourbés dans le sol froid du capitalisme. Qu’au moins elle soit intense et d’une sauvage vivacité. Qu’au moins nous nous libérions de la résignation et de la peur que nous impose ce monde.

Prendre sa vie en main, c’est attaquer tous les pouvoirs !

Pour un monde sans Etat ni argent
Pour l’insurrection
Pour l’anarchie

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[Affiche trouvée sur les murs de Paris, novembre 2013].

Repris de non-fides.fr, 23 novembre 2013

[Publications] Communiqué de quelques contributeur.trice.s de ‘Lucioles’

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose… » disait Francis Bacon.

LuciolesOn apprend, dans le premier dictionnaire venu, que la calomnie est une « critique injustifiée et mensongère, inventée avec le dessein de nuire à la réputation ou à l’honneur ». La calomnie, c’est par exemple de prendre un journal comme Lucioles, bulletin anarchiste diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires tous les mois dans le nord-est parisien depuis plusieurs années, dans une perspective d’agitation antiautoritaire avec un projet à la fois clair et explicite, et de le traiter de raciste sans aucun fondement valable et à peu de frais, c’est-à-dire anonymement et sur internet. Et même avec des arguments complètement à coté de la plaque et véritablement insultants pour l’intégrité de celles et ceux qui le diffusent chaque semaine, le calomniateur espère bien que son venin prospère. Nul besoin de citer le destin tragique des soi-disant « Protocoles des Sages de Sion », ce faux grossier créé de toute pièce et diffusé par l’Okhrana, police secrète du Tsar, en vue de favoriser des politiques antisémites et pour justifier les Pogroms contre les juifs d’Europe de l’Est.

Moins de 24h après la publication en ligne du dernier numéro de Lucioles, paraissait sur différents indymedias un article nommé «Lucioles : Bulletin raciste de paris et sa région*.

Et c’est là que s’opère toute la veulerie de la calomnie : tout le monde verra bien, dans ce cas comme dans l’exemple précédent, que la critique est minable et ne tient absolument pas la route, mais chemin faisant le venin sera distillé, et avec un peu de chance pour le jeteur de sort, il en restera bien quelque chose un jour. Avec encore un peu plus de chance pour lui, le message pourra même, par les miracles de l’effet papillon cybernétique, s’épancher jusque dans les rues, jusqu’à ce que la rumeur soit bien présente auprès des lecteur/ices du bulletin dans les quartiers où il est diffusé. Heureusement, nous leur faisons confiance pour ne pas se laisser influencer par des crétins de l’acabit de notre « anarchiste de l’au-delà ».

Sur le fond nous ne nous abaisserons pas à répondre, car nous estimons que chacun pourra juger et réfuter par lui-même du caractère farfelu et inconséquent des arguments exposés dans cette vulgaire logorrhée virtuelle.

Au calomniateur, qu’il sache bien que les lucioles peuvent mordre bien plus fort que n’importe quel clébard du net, et que les responsabilités ne s’assument pas virtuellement, elles. Qu’il fasse également preuve d’un peu de l’anarchisme qu’il prétend porter et d’une meilleure compréhension de l’Histoire : nous sommes anti-harkis parce que nous sommes anti-France, et ceux qui défendent la collaboration avec les puissances coloniales (sous prétexte d’antiracisme ?) n’ont d’anarchistes que leurs verrues plantaires. Rappelons tout de même que « Harkis » n’est pas une « race » ou une « ethnie », mais un choix : celui de la collaboration dans des sections paramilitaires avec l’Etat français dans le but de la colonisation de l‘Algérie. Nous laissons chacun se renseigner par lui-même sur la question.

Aux quelques collectif Indymedias qui ont validés cet article, nous parions avec bienveillance sur une publication un peu trop rapide et à la légère, mais vous demandons de revoir votre appréciation et d’en mesurer la gravité, car il en va de la réputation d’une publication révolutionnaire respectée et de celles et ceux qui malgré les tentatives de l’Etat d’empêcher ce bulletin de paraître, l’assument dans la vraie vie et à visage découvert dans la perspective d’une émancipation totale des rapports de domination, et donc aussi, de toute forme de racisme ou d’essentialisme.

Rendez vous dans la vraie vie.

Quelques contributeur/ices de Lucioles, 22 novembre 2013.

Note:

*: On pourra consulter pour info ce ramassis d’ordures ici, qui calomnie les compagnon.nes de Lucioles à propos d’un article du dernier numéro intitulé Vive l’insécurité