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[Francfort, Allemagne] Appel à la contre-attaque lors de l’inauguration du siège de la BCE

Inauguration du nouveau siège de la Banque Centrale Européenne | Francfort | Automne 2014
Appel à la contre-attaque

De grèves générales sans effet en journées « d’action » qui n’agissent sur aucune cible digne de ce nom, les luttes semblent partout buter sur le cadre national – au Portugal, en Espagne, en Italie, en France, en Grèce. L’échelle nationale, qui fut longtemps l’échelle par excellence de l’action politique, que ce soit pour l’État ou pour les révolutionnaires – est devenue celle de l’impuissance. Impuissance qui se retourne contre elle-même en une rage nationaliste qui, partout, gagne du terrain.

Il n’y a plus rien à faire du cadre national, et pas seulement parce qu’il va si bien à toutes les formes de réaction. Il n’y a juste plus rien à en attendre. Il est mort et enterré. L’État n’est plus bon qu’à servir la cuisine concoctée par la Troïka, cette Sainte Trinité faite du Fonds Monétaire International, de la Banque Centrale et de la Commission Européennes. Pour nous, le national n’existe plus. Il n’y a plus que du local et du mondial.

La Troïka ne se contente pas de dicter la politique d’États entiers, voire de les administrer directement, d’imposer les budgets et les régimes qui lui complaisent ; elle détermine aussi nos conditions de vie afin de nous réduire à de simples ressources humaines. Le sentiment d’être dominé, débordé et pour finir écrasé par un « moteur de l’Europe » auto-déclaré, ne cesse de se répandre en Europe, d’y devenir plus palpable.

Quiconque a un peu étudié les méthodes du FMI sait que celles-ci ne se limitent pas à une « stratégie du choc ». Le dispositif stratégique du FMI et de la Banque Mondiale comporte deux mâchoires : l’une est effectivement la brutalisation des sociétés par une restructuration économique violente, l’autre est un amortissement de ce choc par le micro-crédit, par l’incitation à monter partout de petits business, à s’intégrer même marginalement aux circuits économiques. Le but de cette double manoeuvre : faire partout, de tout et de tous, des entreprises. L’économie sociale et solidaire n’est donc pas le remède tout trouvé à la stratégie du choc, mais son complément efficace. Nous ne voulons pas une meilleure économie, sociale et solidaire, nous voulons la fin de l’économie – la fin du calcul, la fin de l’évaluation, la fin de la mesure, la fin de la mentalité comptable, en amour comme dans les ateliers.

Ce que nous vivons, c’est une destruction intentionnelle du social, une paupérisation calculée, une concentration accélérée de la richesse et du pouvoir et une instrumentalisation consciente, dans ce contexte, des ressentiments xénophobes. L’Allemagne est de toute évidence l’orchestrateur européen de cette offensive ; c’est donc elle que doivent prendre pour cible tous ceux qui entendent y répondre. Les réfugiés qui risquent leur vie, tous ceux dont les conditions d’existence sont toujours plus précaires et même feu la « classe moyenne », qui est en train de perdre, avec toute sécurité, ses dernières illusions – il est grand temps de se mettre en route, de reprendre nos vies en main, de créer des communes et de s’organiser.

Pour beaucoup de gens, c’est cela qui s’est passé sur les places de Tunis, du Caire, de Madrid, d’Istanbul et c’est encore cela qui se prolonge dans les quartiers de Thessalonique, de Rome, de Barcelone – partout où nous mettons en commun l’argent, les techniques, les savoirs et toute la vie autour de lieux partagés.

Du local à Francfort

Nous n’avons pas l’intention de répéter les erreurs structurelles commises dans le mouvement antiglobalisation : les activistes professionnels, les émeutes rituelles, les slogans abstraits, vides de sens, qui viennent figer nos révoltes – voilà ce dont nous ne voulons plus. Ce n’est pas sans raison qu’un certain nombre d’entre nous, à un certain point de ce mouvement, ont décidé de s’ancrer localement, de s’arracher à l’abstraction du global, pour retrouver un peu de réalité. Dans son reflux, le mouvement antiglobalisation n’était plus qu’un enchevêtrement de réseaux qu’il nous a fallu déserter : l’air y était simplement devenu si rare que nous y étouffions. Sans nos propres lieux, sans la terre, sans une force matérielle qui se déploie à même des territoires que nous habitons pleinement, notre destin aurait été scellé : devenir des VRP de la révolution et – qui sait ? – des politiciens, des représentants ou des gestionnaires. Construire des mouvements, constituer une nouvelle gauche ne sert qu’à nourrir des illusions renouvelées.

Il est indéniable que ce que l’on appelle cavalièrement les « luttes locales » a gagné, ces dernières années, une importance inédite. Certaines d’entre elles parviennent même à fixer le tempo du conflit pour le pays entier : le Val de Suse pour l’Italie, Notre-Dame-des-Landes en France, Gamonal en Espagne, Khalkhidiki en Grèce, Lampedusa-Hamburg en Allemagne. Ces luttes, pourtant, même là où elles semblent l’emporter, ne parviennent pas à dépasser un certain seuil politique, qui permet toujours aux gouvernements de les traiter comme marginales.

Ce serait se condamner à la défaite que d’en rester là, que de nous en tenir à l’auto-centrement. Face à la guerre sociale qui nous est faite, il ne suffit pas d’aligner toutes nos « luttes locales » et de les présenter comme un front, magiquement uni par la glu de déclarations de solidarité. Comme il a fallu s’arracher, il y a dix ans, à l’abstraction du global, le moment est venu, à présent, de s’arracher à l’attraction du local ; voilà du moins la nécessité que nous éprouvons.

Nous luttons avec, derrière nous, toute la force des quartiers insoumis, des maisons occupées, des presqu’îles rebelles, des vallées en révolte. C’est tout le contraire de l’usuelle mise en réseau des luttes, qui ne sont jamais que l’alliance opportune entre diverses factions de politiciens, de représentants qui stérilisent tout à force de « négociations », et qui ne servent pour finir que leurs propres intérêts – comme toute bureaucratie, au reste. On ne représente que ce qui est absent – c’est donc notre présence en acte qu’il faut opposer à cet univers de la représentation.

Voilà pourquoi nous irons à Francfort

Plus le pillage est éhonté, plus s’approfondissent et se généralisent la soumission et la discipline, plus s’impose la nécessité de contre-attaquer – de défendre nos lieux, nos territoires, nos infrastructures et nos amitiés partout où elles sont confrontées à une attaque en règle, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà en cours. Voilà pourquoi nous irons à Francfort : parce que la meilleure défense, c’est l’attaque.

destroikaIl nous faut porter nos expériences locales de mouvement sur un plan offensif plus élevé. Il se pourrait bien que la meilleure façon de vaincre les États nationaux qui nous font encore obstacle consiste à les prendre en sandwich – en nous portant directement en tant que force locale sur le plan européen. L’inauguration du nouveau siège, flambant neuf, de la Banque Centrale Européenne à Francfort nous procure enfin l’occasion de nous retrouver et de joindre toutes nos forces contre un ennemi commun tout désigné.

La différence entre cet événement et les mobilisations du mouvement antiglobalisation tient d’ores et déjà en ceci : nous ne parlons pas de donner rendez-vous à quelques dizaines de milliers d’activistes, de les mobiliser, mais d’enclencher une discussion internationale qui dépasse largement l’événement. Nous parlons de rassembler à Francfort toute la plèbe d’Europe – que ce soient les salariés au bord de la crise de nerfs, les citoyens floués, les travailleurs journaliers, les ouvriers restés sur le carreau, tous ceux qui, comme nous, veulent voir le vrai visage de l’ennemi, et le mettre en pièce.

Il s’agit de donner une juste cible à la rage diffuse qui monte partout sur le continent. Il s’agit de présenter la note pour tout ce que nous avons subi ces dernières années, de diriger notre rage contre ceux qui ont ourdi centralement, depuis le confort de leurs bureaux, leurs plans contre nous, de se soulever contre toutes les administrations qui, partout et chaque jour, les ont mis en oeuvre.

Voir la gueule effrayée des bureaucrates et les combattre côte-à-côte est la meilleure façon de ruiner le nouveau nationalisme européen. Pas plus que le local, l’Europe n’est en soi une alternative à la ruine des États-Nations. Ce n’est pas parce que nous haïssons l’État que nous succomberons aux charmes douteux de l’Empire. Au même titre que les vieux États nationaux, l’Europe est d’un côté une fiction, de l’autre une structure de gouvernement. Nous n’avons d’affinité ni avec l’une ni avec l’autre. Nous ne voulons pas nous réapproprier l’Europe et ses institutions véreuses, nous voulons les détruire. Notre idée de la vie et du bonheur ne sont compatibles avec aucune leçon d’austérité, avec aucune éthique du renoncement, de la performance et de l’autodiscipline.

Une nouvelle internationale, l’axe de la plèbe

La réponse à la situation présente nous semble résider dans la présence sans médiation de tous ceux qui se battent, de tous ceux, en Europe, que la Troïka a rendus surnuméraires, de tous ceux qu’une résistance individuelle à la dictature de l’optimisation ne satisfait plus. Pour faire face à l’offensive en cours dans tout ce qu’elle a de millimétré, de retors, de concerté, il nous faut aussi un nouvel imaginaire, une nouvelle idée de ce que signifie « lutter ensemble ».

Rien n’est pire, en pareille situation, que de simuler l’action. Même si nous sommes conscients que nos efforts, pris séparément, ont bien souvent un caractère symbolique, nous nous reconnaissons dans chaque attaque digne de ce nom, chaque geste qui ne se contente pas de rendre visible le refus, mais qui, en outre, le rend sensible.

Ce ne sont pas les managers de mouvements et autres professionnels qui doivent se retrouver, mais les luttes elles-mêmes. Et ce pas seulement par solidarité, mais aussi dans leur propre intérêt. Comprenez-nous bien : nous savons la force et les bonnes intentions des « actions de solidarité », même si la solidarité implique une distinction confortable et douteuse entre un « nous » et un « eux ». Mais c’est cette séparation qu’il nous faut dépasser – par une commune manifestation de puissance de tous ceux qui en ont marre et qui veulent reprendre leur vie en main.

Il y a déjà eu, dans les deux dernières années à Francfort, des essais de manifestation de rue contre la politique de la Troïka, de l’Union Européenne et de l’Allemagne (Blockupy et le M31). La réaction des forces de l’ordre a été démesurée. La première année, toute action a été interdite, la ville a été mise en état de siège et bouclée pour étouffer toute velléité de protestation. L’année dernière, une grande manifestation autorisée a été interdite sur décision unilatérale de la police, devenue acteur politique à part entière et non plus simple bras de l’exécutif.

Notre expérience à Hamburg en décembre 2013 nous a montré que l’on peut agir aussi en Allemagne en plein état d’urgence, si l’on sait rester imprévisible et par là incontrôlable. Un nombre assez grand de gens dispersés dans tout une ville, et déterminés à agir, peuvent réduire à l’impuissance un gigantesque dispositif policier.

Nous voyons dans les manifestations contre l’inauguration du siège de la Banque Centrale Européenne une occasion pour les différentes luttes de se rencontrer et de décupler leur force de frappe. Notre but doit être, un peu comme dans la lutte contre les transports de déchets nucléaires Castor, de voir les différentes formes de lutte comme un enrichissement réciproque, et non comme des contradictions paralysantes.

La différence entre ce qui se prépare maintenant pour Francfort et les années précédentes, c’est qu’il ne s’agit pas de manifester à une date choisie symboliquement, mais que nous allons marcher effectivement sur la tête des puissants d’Europe qui, cette fois, seront en ville. Par ailleurs, Francfort est une métropole économique qui n’abrite pas seulement la Banque Centrale, mais toutes sortes de sièges de banques, de multinationales, d’assurances, de sociétés immobilières et de communication.

Comptez avec nous !

Ils pensent pouvoir faire leurs affaires sans nous. Ils ne voient même pas que nous sommes toujours plus nombreux à déserter leur monde de l’autovalorisation permanente, à échapper à leur manie de la mesure généralisée. Il y aura vengeance pour toute leur politique de paupérisation, de destruction, de dévaluation de tout ce qui vit. Pour toutes les humiliations dans les bureaux des administrations, pour toutes les fois où l’on nous a fait courir comme des hamsters en cage, pour toute la crainte de n’être pas assez jeunes, pas assez athlétiques, pas assez flexibles. Et parce qu’ils ne démordent pas de leur monde qui s’effondre de plus en plus visiblement, parce qu’ils ne comprennent pas d’autre langage que celui-là, nous leur disons : voici la note, vous allez payer, et cher !

Les insurrections des dernières années en tant de points du globe le démontrent : la révolution est parfaitement possible. Elle frappe à la porte de l’Europe – défonçons la porte !

CE QUI EST EST – CE QUI N’EST PAS, EST POSSIBLE.
(Einstürzende Neubauten)

Le site (avec le texte d’appel en plusieurs langues): destroika.noblogs.org

[Rome, Italie] Résistance émeutière face à l’expulsion d’un squat et solidarité active avec les 6 arrêtés des émeutes du 12 avril

L’expulsion de 350 familles tourne à l’émeute à Rome

Des échauffourées se sont produites à Rome mercredi devant un immeuble abandonné transformé en squat, quand la police est intervenue pour en expulser quelque 350 familles pauvres qui y habitaient.

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Ces familles composées d’Italiens et d’immigrants occupaient le bâtiment abandonné, propriété d’une compagnie publique d’assurances, en raison du manque chronique d’offres de logements bon marché dans la capitale.

Entre 100 et 150 policiers sont intervenus à la mi-journée avec des matraques contre 200 protestataires qui manifestaient devant l’immeuble délabré, tentant d’empêcher les forces de l’ordre d’y pénétrer. Des squatteurs sur le toit tapaient sur des pots en métal, pour marquer leur solidarité avec les manifestants qui se trouvaient dehors.

sgombero-montagnola2Plusieurs personnes ont été blessées, dont un homme qui saignait de la tête et une femme qui avait une jambe cassée, a constaté un photographe de l’AFP.

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rome1604-2Tout le quartier au sud de Rome, près de la grande avenue Cristoforo Colombo, avait été bouclé par la police. « L’évacuation va continuer, et nous arrêterons tous ceux qui s’y opposent », a déclaré un porte-parole de la police romaine.

Fin mars, le gouvernement italien a lancé un vaste plan d’aides au logement pour les plus pauvres prévoyant 200 millions d’euros pour 2014 et 2015. Jugé insuffisant, il a été au coeur d’une manifestation samedi à Rome, qui a dégénéré en scènes de guérilla urbaine*.

Les militants préfèreraient que Matteo Renzi s’attaque aux logements vides pour les allouer aux familles dans le besoin. Selon une enquête du magazine Panorama parue le mois dernier, 50.000 appartements seraient sans locataire dans la seule ville de Rome.

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Leur presse – Belga via 7sur7.be, 16/04/2014 à 15h48

Note du blog:

*media_l_6656344Samedi 12 avril, des émeutes ont réveillé la manifestation rassemblant des travailleurs de partout, des chômeurs et précaires, des militant-es No TAV, des étudiant-es, des squatters … Un manifestant a perdu une main en voulant balancer un pétard sur les flics. A plusieurs moments du parcours, des cordons de flics anti-émeute ont été attaqués avec des pierres et des pétards par des manifestant-es cagoulé-es. Il y a eu des dizaines d’autres blessé-es et six personnes arrêtées. Plus de 2000 flics quadrillaient la ville.  Ce mercredi 16 avril, des solidaires se sont pointés devant la prison de Regina Coeli pour exiger la libération des six personnes arrêtées suite à la manif de samedi dernier.

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Repris de leur presse

[Italie] Agression au couteau contre deux compagnons antifascistes à Rimini – 8 mars 2014

Le samedi 22 mars, une grande manifestation a eu lieu à Rimini. Près de 200 personnes sont descendues dans les rues pour exprimer la solidarité avec deux antifascistes agressés.

Attaque au couteau contre deux antifascistes du « Movimento antagonista gruppo autorganizzato* » le samedi 08 Mars à Bellaria – Igea Marina (Rimini)

RiminiAntifascistDans la nuit du 8 au 9 mars, deux jeunes antifas ont été poignardés devant un restaurant bien connu du quartier par un groupe fasciste (composé entre autre d’anciens membres de Forza Nuova) et ont été gravement blessés. Les deux antifascistes agressés, deux copains de Rimini, sont actifs dans la lutte pour la justice sociale, pour la gratuité de logement, le sport et la lutte contre l’exploitation, le fascisme et le contrôle social. Bien que les deux soient encore à l’hôpital, ils ne sont pas en danger de mort. L’un des assaillants a été arrêté et inculpé pour tentative d’assassinat. Suite à une perquisition de la police, un énorme arsenal d’armes a été découvert, dont 42 couteaux à ouverture automatique, deux matraques, un pistolet air-soft modifié, deux battes de base-ball, des poings américains, et du matériel de propagande nazie. Bien qu’il s’agissait d’une attaque ciblée contre les antifascistes, la police a minimisé en parlant d’un affrontement entre extrêmes.

L’attaque se joint à une série d’agressions contre les antifascistes. Les coups de couteau dans le ventre ont sans doute été faits dans l’intention de tuer. Après les assassinats récents de Clément à Paris, de Pavlos à Athènes, l’agression de Showan à Malmö, le onzième anniversaire de la mort de Dax à Milan, nous voyons qu’il y a aussi dans une ville comme Rimini des fascistes armés qui sont prêts à tuer. 

Nous voyons qu’il est de plus en plus nécessaire de lutter contre l’indifférence sociale du racisme, du sexisme et de l’oppression. Tous les groupes, collectifs et individus sont appelés à combattre ensemble le capitalisme et le fascisme – partout – avec détermination, rage, solidarité et pour l’autonomie, l’autodéfense antifasciste et le désir de liberté.

Des antifas de Rimini.

D’autres infos en italien:

Siamo tutti antifascisti !**

Traduit de l’italien vers l’allemand et résumé par Autonome Gruppe Bern / Kontakt agb[at]immerda.ch)

Traduit de linksunten, 25 mars 2014,

Notes de traduction:

* »Groupe auto-organisé du mouvement antagoniste »

** »Nous sommes tous antifascistes »

[Mexico] Lettre de la prisonnière anarchiste Amélie depuis la prison de Santa Martha

Mexique, 5E : Lettre d’Amélie

23 février 2014, prison de Santa Martha, México, DF

banda5eLe soir du 5 janvier dernier, j’ai été arrêtée avec mes compagne.on.s Fallon et Carlos pour avoir supposément attaqué le Secrétariat Fédéral des Communications et Transports de Mexico, ainsi qu’un concessionnaire de voitures Nissan. Des vitres ont été brisées et des cocktails molotov ont été projetés à l’intérieur du ministère, (selon ce que les preuves disent) et dans les voitures neuves du concessionnaire. Les dommages se sont élevés à plus de 70 000 pesos au ministère et de plus de 100 000 pesos au Nissan.

Effectivement, je suis anarchiste et je vis à Montréal, au Canada. J’étais de passage au Mexique, et voilà que mon voyage se prolonge de quelques temps.

Après avoir été arrêtée, on nous a enfermé pendant 96 heures, pour ensuite nous transférer au Centre Fédéral des Arraigo- sans même avoir vu un juge. Nous y avons été séquestré pendant 40 jours. En cellule, 23 heures sur 24, une cigarette par jour, fumée en 10 minutes; 3 repas par jour, mais avec seulement 10 minutes pour manger à chaque fois, sans parler; pas le droit d’avoir de crayon; 9 minutes de téléphone par jour… Bref, c’était l’attente, et il ne se passait rien d’autre que la télé ouverte, du matin au soir, avec les «télé-novelas» mexicaines qui passaient. Une chance que nos ami.e.s nous ont envoyées des livres! Merci, je ne sais pas comment j’aurais survécu sinon.

Le jour 40, le Procureur Général de la République (PGR- police fédérale) transfère nos dossiers à la PGJ (police d’état) parce qu’ils n’ont pas de preuves pour nous accuser au fédéral. Ansi, depuis le 17 février, Fallon et moi sommes à la prison de «Santa Martha», prison d’État pour femmes à Mexico City, où nous avons été transférée et Carlos se trouve à «Oriente», une prison d’État pour hommes à 20 minutes de nous. Ici, c’est une micro-société entourée de béton et de barbelés, mais où on peut faire ce qu’on veut à l’intérieur des murs.

Au moment où j’écris ce texte, il est 7h30 du matin. Je suis dans la cour et je regarde le soleil se lever derrière la tour de garde qui occupe le paysage. En vrai, je me sens presque dans une cour de HLM quand je regarde le bâtiment avec les vêtements qui pendent aux fenêtres sans barreaux. Y’a plein de pigeons, de poubelles, de gazon jauni et de barbelés. Y’a aussi plein de gens avec leurs histoires.

La prison, comme la police, est un fait nécessaire au maintient de la paix sociale. C’est la domination et le contrôle qui permettent à ce monde dégueulasse de persister. La prison signifie peur, inconnu, honte, solitude, isolement. La société c’est le dressage des individus en bons citoyens. Ainsi, ma force en tant qu’individue prend racine dans le refus que la peur soit une limite dans ma vie. Bien sûr que j’ai peur, comme tout le monde, de plein de choses, mais mes désirs de liberté sont plus forts. La peur est souvent construite et se déconstruit quand on y fait face. Ce qui importe, c’est de voir plus loin, de dépasser les cadres, les frontières, au delà des murs, des montagnes, des fleuves et des océans.

Je suis ici pour je ne sais combien de temps, mais je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’ai confiance que dehors, la lutte continue et les gens se rencontrent, s’aiment, se détestent, vivent, osti. En fait, je ne me sens pas à l’aise que des gens focussent sur notre cas sans engager leurs propres luttes dans leurs contextes. Je pense que la meilleure solidarité se construit dans le partage des forces individuelles et collectives. Le pire pour moi serait que rien ne se passe dehors, alors que nous sommes séquestrées ici, mais je sais que mes ami.e.s continuent, malgré les difficultés auxquelles nous devons faire face. Ma réalité d’anarchiste en prison n’est qu’un fait parmi d’autres avec lequel nous devons nous adapter. Le plus difficile est souvent de maintenir et protéger les liens de confiance entre compagne.on.s avec qui nous partageons des affinités pour pouvoir penser dans le long terme. Lorsque c’est possible, cela fait émerger des possibilités inimaginables.

En ce sens, mes idées et analyses restent les mêmes qu’en dehors. C’est pourquoi je n’ai pas envie de changer mon discours pour recevoir l’appui des gens. J’apprécie énormément les efforts de solidarité qui ont été fait jusqu’à maintenant, par contre, je me distancie de certaines initiatives qui ont été prises en solidarité avec nous, à Montréal : lors de la vigile qui eut lieu devant le consulat mexicain, le discours exposé dénonçait la torture et le non-respect des droits humains pratiqués par l’État mexicain. L’ONU a été mentionnée avec un ton réformiste et progressiste. Honnêtement, j’apprécie que plusieurs personnes se préoccupent de notre cas, seulement je refuse d’utiliser ces discours réformistes illusoires. Pour moi, l’injuste, la torture et le non-respect des droits humains font partis intégralement du monde tel qu’il est. Les droits sont régulés par l’État et sont suspendus à tout moment dès que besoin se fait sentir. De plus, cela favorise l’idélogie de la démocratie (des droits pour des citoyens), la plus grande des illusions qui soit. Et surtout, appuyer nos idées en faisant référence à des instances du pouvoir telle l’ONU ne peut construire une lutte anti-autoritaire forte. Ce n’est pas en tentant d’influencer l’opinion publique avec des discours réformistes que l’on pourra construire les bases solides d’une lutte irrécupérable.

Je dois dire aussi que je n’ai honnêtement rien à faire des syndicats étudiants et de travailleurs, et cela même dans l’idée du «syndicalisme de combat» très à la mode chez moi, à Montréal. Ces organisations sont formelles et bureaucratiques. Elles reproduisent la «démocratie directe». Ce sont ces mêmes structures que je veux détruire, qui imposent une distance entre les individus, dans le rapport des individus au monde et au vivant. La formalité, la bureaucratie, la loi, et l’institutionnalisation transforment les liens entre les personnes. Ils figent les possibilités de transformation constante, exactement comme le font les partis politiques. Ils tentent d’organiser et de diriger «la masse informe».

Ainsi, il y a une contradiction évidente : nous avons été appuyées par des associations étudiantes au Québec. Pour ma part, je n’ai aucun problèmes avec le fait d’accepter cet argent qui nous aidera sans doutes à sortir de prison. Mais je dois dire que selon moi, ces organisations n’ont rien de révolutionnaire. Elles sont pourries à la base. Elles sont fondées sur des structures d’organisation maoïste et sont entièrement formelles, avec leur code de procédure de politiciens. Ce langage est incompréhensible. Des orateurs charismatiques manipulent les votes des masses en exprimant ce que la majorité veut entendre plutôt qu’en parlant avec le cœur. Des foules de 100 000 personnes marchent comme des zombies, chantent et répètent les même slogans réformistes et retournent ensuite chez eux, dans leurs quotidiens.

Dans la situation dans laquelle je me trouve, en attente de ma sentence ou de ma libération, exprimer ouvertement que je suis anarchiste peut me mettre dans la précarité. J’ai choisi de le faire, de toute façon. Plusieurs fois, j’ai ressenti le besoin de communiquer avec d’autres anarchistes ayant vécu des situations semblables. Confronté.e.s à la répression de l’État , il y a plusieurs façons de réagir. Je pense qu’utiliser un discours modéré procurent des privilèges tels que sortir de prison plus rapidement, obtenir du financement ou se faire accepter socialement. Mais je pense qu’aussi longtemps que les discours et les actes seront modérés, il sera difficile de propager des pratiques insurrectionnelles et anti-autoritaires. C’est pourquoi il est important de communiquer mes idées ouvertement et en connaissance de cause.

Je ne sais pas combien de temps je serai enfermée ici, mais une chose est certaine : ce ne sera pas pour toute la vie. J’ai la chance d’avoir des ami.e.s et des compagne.on.s de luttes géniaux, et je ne me sens pas seule. La force et le courage se trouvent d’abord en soi. Il y a un univers de possibles, ici comme ailleurs. Toutes formes de domination sont à combattre, autant celle qui crée les structures et les institutions que celles qui s’immiscent dans nos relations. Il n’existe pas de paradis ni de monde parfait. La liberté c’est le mouvement et le conflit permanent, en confrontation avec le monde des images, des symboles et des apparences. La liberté, c’est la destruction des structures de domination sur nos vies. Au Mexique, à Montréal, en France, à Vancouver, aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, au Chili, en Égypte, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, je salue mes ami.e.s et compagne.on.s de lutte. Pour la liberté totale, je souhaite que des liens se forgent dans la lutte.

En solidarité avec Carlos «Chivo» et Fallon.

Avec Amour, à bas les murs de toutes les prisons.

Amélie.

Pour écrire à Fallon et Amélie :

Centro Feminil de Reinsercion social Santa Martha Acatilla
Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Calzada Ermita
Iztapalapa No 4037
Colonia Santa Martha Acatitla
Delagation Iztalpalapa
C.P. 09560

Repris de sabotagemedia, 18 mar 2014

[Tract] Révolte et solidarité

Le 14 février 2014 une révolte a éclaté au centre de rétention de Vincennes. Les flics ont voulu expulser un retenu, qui avait déjà résisté à une tentative d’expulsion le jour d’avant, et sont venus le chercher à trois heures du matin. Des expulsions il y en a quotidiennement dans les prisons pour étrangers. Seulement cette fois-ci ça ne s’est pas passé comme prévu pour les flics : toutes les personnes enfermées se sont révoltées pour empêcher cette expulsion : des caméras de vidéosurveillance ont été bouchée avec du beurre, des portes dégondées ont servi de barricade ou de projectiles, des extincteurs vidés et balancés, des vitres brisées. Des renforts de flics ont été appelés : 23 compagnies et des coups de matraque pour mater la révolte. Plusieurs personnes sont blessées et deux arrêtées et placées en garde-à-vue.

Le lendemain, le 15, des feux d’artifice sont lancés depuis l’extérieur sous les murs du centre pour saluer la révolte et exprimer la solidarité. Quelques minutes plus tard, cinq personnes sont arrêtées dans le bois de Vincennes et mises également en garde-à-vue.

Après 48 heures, les sept sont déférés au dépôt du tribunal et présentés en comparution immédiate. Les deux retenus du centre de rétention ont été jugés pour destruction en réunion et condamnés à deux mois de prison avec mandat de dépôt. L’un d’eux a aussi pris deux mois de sursis supplémentaires pour avoir refusé de donner son ADN lors de la garde-à-vue. Pour les cinq autres personnes, inculpées d’attroupement armé et masqué et d’avoir refusé de donner leurs empreintes, photos et adn, le procès a été reporté au 24 mars. En attendant trois sont sous contrôle judiciaire et deux en détention préventive. Une audience de remise en liberté est prévue le 25 février. Le soir les quatre ont passé la nuit à la prison de Fleury-Mérogis.

Mardi 18 au soir, un rassemblement de solidarité s’est tenu à Barbès, des tracts racontant l’histoire et appelant à la solidarité ont été distribués et deux banderoles accrochées : « Sabotons la machine à expulser. Liberté pour toutes et tous » et «  Feu aux centres de rétention. Détruisons toutes les prisons ».

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Plus tôt dans la journée, les flics ont une nouvelle fois raflé des sans papiers dans le quartier, arrêtant plus de 60 personnes. À Barbès la pression policière est quotidienne pour chasser vendeurs à la sauvette, sans papiers, et tou.te.s celles et ceux qui ne rentrent pas dans le cadre voulu par les politiciens et les investisseurs : un quartier attractif, branché où les pauvres rasent les murs et les bourgeois occupent la rue.

De Barbès à la prison ou au centre de rétention il n’y a qu’un pas, chacun.e le sait bien. Un contrôle peut très vite aboutir à l’enfermement : pas de papiers, un outrage, un refus de donner ses empreintes, un truc illégal sur soi, etc.

S’opposer à la pression policière, empêcher une expulsion, faire péter des feux d’artifice devant une prison, c’est refuser de devoir toujours baisser la tête dans cette société faite de contrôle et d’exploitation qui tente de briser les individus jusqu’à ce qu’ils se soumettent à leurs règles et à leurs normes.

La lutte continue

Solidarité avec les 4 incarcérés

Liberté pour toutes et tous, avec ou sans papiers

Tract mis en page en PDF

Repris de sans-papiers ni frontières

[Finlande] Manif de hockey et émeute contre le capitalisme et le nationalisme – Tampere, 6 décembre 2013

Pendant ce temps-là, à Tampere (Finlande):

Ça bouge en Finlande en ce moment. Le 6 décembre près de 500 personnes ont protesté contre la célébration présidentielle à Tampere, au cours de la manif de hockey contre le nationalisme et le capitalisme. Des vitrines de banques et de magasins ont été pétées et les flics ont été attaqués.

Voir la vidéo

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Le 6 décembre c’est le jour de l’Indépendance. C’est aussi la réception annuelle de l’élite organisée par le président finlandais. Normalement leur petite sauterie se tient dans le palais présidentiel à Helsinki, mais cette année la palais étant en cours de rénovation ils ont déménagé leur fête nationaliste et élitiste à l’hôtel de ville de Tampere.

En 1918 Tampere était le bastion des Rouges durant la guerre civile. Nous ne l’avons pas oublié. Sur la place qui est dans le centre et aux alentours des milliers de révolutionnaires ont été tués. Nous voulions montrer qu’il y a toujours des révolutionnaires ici, que nous n’avons pas oublié le passé. Une manifestation a été organisée sur le thème très populaire ici du hockey sur glace. Le nom de la manif était “La fête de hockey sur glace des intrus” (Kiakkovierasjuhlat).

Tampere1Près de 500 personnes ont participé, certains fidèles au hockey, d’autres à la pyrotechnie. Nous n’avons pas réussi à nous introduire dans le gala du président, mais la réalité de la société de classe a résonné durant la nuit et les jours suivants dans tous les journaux nationaux qui étaient choqués par les vitrines brisées et les flics blessés.

La manif a continué dans les rues environnantes après que les flics nous aient empêché de marcher sur la rue principale. Alors que la majorité des gens pensaient que la manif était finie et quittaient la scène, des participants voulaient revenir vers le lieu de la fête présidentielle. À ce moment là une personne a été arrêtée. Ensuite ils sont repartis vers les grilles de l’hôtel de ville de Tampere et ont réussi à attaquer les flics une fois de plus. La plupart des gens étant partis au fur et à mesure, la police a arrêté au hasard des individus.

Au total 28 personnes ont été arrêtées. Elles ont été relâchées les jours suivants avec des charges mineures contre elles et des amendes allant de 60 à 200 euros.

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Le citoyennisme est une illusion – À bas l’État

Le citoyennisme est une illusion – À bas l’État

Traduit de takku par camotazo, 12 décembre 2013

Aux insoumis de la pacification sociale

Il y a de plus en plus d’indésirables dans le monde, d’hommes et de femmes pour qui la société n’a prévu qu’un rôle, celui de crever. La société ne nous désire qu’ainsi: morts pour le monde ou pour nous-mêmes.

Parce que l’exploitation, l’enfermement, le contrôle, l’isolement ou la domination ne sont pas que des mots,  on peut se briser les os courbé sur une machine à coudre, comme derrière une chaîne de montage; on peut tourner en rond dans une cage en attendant d’être ligoté dans un charter, ou compter les jours en attendant le prochain parloir derrière l’higiaphone; on peut aller chercher des mômes à la sortie de l’école avec l’angoisse de se faire arrêter à la sortie, comme les y abandonner pour regarder tranquillement sa télé; on peut s’entasser à dix dans une cave, comme on peut se croire chanceux dans une cage à poule; on peut échapper à la rafle des flics pour retomber dans les filets de la communauté, comme on peut esquiver le contrôle de la BAC pour finir sous la coupe de ses grands frères; on peut interpeller les petits voileurs en faisant le vigile, comme on peut dénoncer les incendiaires de poubelles de derrière sa fenêtre.

Dans cette guerre sociale sans trêve, ce n’est pas notre misère commune, mais la vigueur avec laquelle nous la combattons qui nous permettra d’abattre ce système. Si nous nous sentons en l’occurrence solidaires des sans-papiers révoltés, ce n’est pas pour déverser un racket politique de souteneurs et créer un énième sujet politique qui serait vertueux de par sa condition. Et ce n’est pas non plus pour assister une victime en péril, à la façon des charognards humanitaires. Nous ne sommes pas du côté des indésirables, nous en sommes. L’entr’aide et la lutte ne peuvent ainsi se construireentre nous qu’à partir de bases de réciprocité et d’offensive.

Quand on nous vend l’image de la mère de famille élevant seule ses six enfants, de l’hônnete ouvrier qui oeuvre – pourtant – à la bonne santé de l’économie nationale, de l’enfant séparé de ses parents mais entouré de camarades de classe aimants, voire de l’universitaire reconnu jusque dans son bled, c’est la tactique du scandale qui pointe sa sale gueule de bonne soeur. S’indigner à grand renfort d’affect sur les »bons sans-papiers injustement réprimés », c’est faire comme si l’occupation policière, les rafles, les camps, les expulsions, mais aussi les marchands de sommeil et de sueur, étaient des « dérives » à oublier. C’est oublier que c’est aussi une conséquence très démocratique d’un monde qui transforme tout et tous en marchandise.

L’objectif de l’Etat n’est pas de déporter tous les sans-papiers. Les exploiter par milliers permet en effet d’abaisser le coût du travail ici (dans la restauration, le BTP, la confection, la culture saisonnière) en imposant des conditions d’exploitation généralement cantonnées un peu plus loin. L’enfermement et l’expulsion d’une partie d’entre eux est un des moyens d’apprendre la peur et la résignation à tous.

Cette terreur légale, la gauche, aussi bien que la droite, en porte la responsabilité dans une digne continuité de l’abjection. On ne peut donc pas, même inconsciemment, cautionner l’idée d’une « gauche utile » ou traîner à sa remorque. En somme, il ne s’agit pas de revendiquer une meilleure intégration ( que ce soit à travers des papiers, un boulot ou un toit), mais plutôt, en développant des liens basés sur la liberté et la réciprocité dans une lutte sans médiation, d’arracher des moyens pour reprendre sa vie en main. Aucune politique ne pourra jamais se substituer au changement réel des rapports.

Pourtant, ce système n’est pas une grande machine abstraite qui nous laisserait uniquement la possibilité d’être écrasé ou d’y participer. Il est composé de mécanismes qui s’incarnent dans des hommes et des structures qui se trouvent à tous les coins de rue: les gestionnaires de la domination quotidienne – légale (administrations, banques, proprios…) comme illégale (mafieux, négociants) – font de beaux exploiteurs comme de belles balances: les prisons sont construites par des entreprises (Bouygues, Eiffage…) qui possèdent des chantiers un peu partout; les expulsions sont effectuées grâce aux concours de compagnies (Air France, Royal Air Maroc…) et de chaînes (Accor) qui possèdent des agences; les rafles se font avec la complicité active des contrôleurs (RATP, SNCF…). Tous ont un visage, un nom, des adresses, et chacun peut à sa façon leur exprimer son dégoût.
Bien entendu, la loi n’étant qu’un instrument au service des puissants, ce n’est certainement pas en la respectant qu’on pourra avancer, pas plus qu’en se définissant contre elle : nos actes se mesurent sans code pénal, à l’aune de notre éthique et de nos perspectives enragées.

Même si le problème des papiers ne se règlera que par l’abolition de toutes les frontières, même si les centres de rétention, comme les autres lieux d’enfermement (prisons, locaux de garde-à-vue, asiles psychiatriques, écoles, bagnes salariés…) ne seront détruits qu’avec la fin de l’autorité… n’attendons cependant rien ni personne. En chemin se rencontrent aussi des complices, parce qu’en s’attaquant à la liberté d’un individu, c’est à la liberté de tous qu’ils s’en prennent.

Pour briser les chaînes de la résignation et de la peur, peu importe l’époque, il est toujours la même heure. Il est plus que temps…

Des mutinés du vaisseau des morts, mars 2009

Reproduit en version texte de la revue anarchiste ‘Subversions’ n°1 (Septembre 2012)

contacts:

  • par mail: subversions((A))riseup.net
  • par adresse: Subversions – c/o Bibliothèque Libertad – 19 rue Burnouf – 75019 Paris.

[Allemagne] Affiche contre la police – Août 2013

BistduSicherDepuis quelques jours, une nouvelle affiche contre les flics est apparue dans quelques villes. Où que tu regardes, les flics répriment, harcèlent, contrôlent et tuent ! Dans ton quotidien, dans la rue, ou comme il y a quelques jours où les flics ont perquisitionné des appartements et des maisons à Berlin pour intimider les gens et briser la résistance. Mais ils sous-estiment la force de la solidarité et notre désir de liberté s’ils croient qu’ils peuvent nous arrêter si facilement !

Pour une vie incontrôlée et sans domination !

Tu es sûr ?

Que ceux en armes et en uniforme patrouillent dans les rues pour ta sécurité ?

Que leur présence, que la normalisation du contrôle et de la surveillance rendent ta vie plus sûre et donc plus libre ?

Que tu as besoin de quelqu’un qui te dit ce que tu as à faire ou pas, et qui t’explique de quoi ou de qui tu dois avoir peur, ce qui est bon ou mauvais pour toi ?

Que tu veux que quelqu’un règle pour toi de prétendus conflits, en les déplaçant simplement avec violence, avec des menaces et des punitions ?

Que les rapports entre les gens, comme leurs conflits, devraient être maîtrisés par des règlements, des ordres, des contraintes, par les positions sociales et financières ?

Sûrement pas !

Car là où nos vies sont contrôlées et déterminées par d’autres, où le choix individuel de comment nous nous faisons exploiter est vendu pour de la liberté.

Là où la fortune, tout comme une vie en « paix », n’est possible que par la situation merdique et la souffrance des autres, nous sommes sûrs que :

Il n’y a pas de vie en liberté sans révolte contre ce système, contre ces conditions, contre toute autorité, contre toute domination !

Les flics et autres chiens de garde ne sont ni des amis, ni des aides !

Traduit de l’allemand par non-fides.fr de No Prison No State, 16 août 2013

[Montréal, Québec] Contre la gentrification du quartier Hochelaga

Depuis leurs médias (via SabotageMedia) nous apprenons que, dans la nuit du 7 août dernier, la mascotte de Zone HoMa – un événement culturel yuppie qui s’inscrit dans la gentrification du quartier Hochelaga – a été vandalisée avec de la peinture rouge et “culture de bourge” y a aussi été inscrit.

'Jolène la Licorne', mascotte de 'Zone HoMa' et symbole de la gentrification du quartier populaire d'Hochelaga de Montréal

‘Jolène la Licorne’, mascotte de ‘Zone HoMa’ et symbole de la gentrification du quartier populaire d’Hochelaga de Montréal

Ci-dessous un article de leur presse datant du 09/05/2013 à propos de la gentrification du quartier populaire Hochelaga de Montréal:

L’embourgeoisement de « HoMa » vu par ses résidents

Deux façades de commerces éclaboussées de peinture jaune ont provoqué l’incompréhension autour de la petite place Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, un secteur qui abrite maintenant plusieurs projets de nouveaux condominiums.

Commerces vandalisés sur la place Valois dans la nuit du 2 mai dernier.  Photo :  Radio-Canada

Commerces vandalisés sur la place Valois dans la nuit du 2 mai dernier. Photo : Radio-Canada

Les commerçants visés par le vandalisme se sont faits discrets depuis l’incident. Mais plusieurs de leurs clients ont été choqués. Certains d’entre eux l’associent au malaise qui s’installe entre les nouveaux propriétaires et les anciens résidents du quartier. Plusieurs évoquent même un clivage entre riches et pauvres. Les pauvres se sentent plus pauvres et les nouveaux résidents ne se sentent pas toujours les bienvenus.

Même l’acronyme qui désigne maintenant Hochelaga-Maisonneuve, « HoMa », est insultant aux yeux des anciens résidents du quartier.

Pression sur les loyers

Les groupes d’aide aux locataires et les comités-logement s’inquiètent de la hausse des loyers dans Hochelaga-Maisonneuve, même si les données sur le logement du dernier recensement en 2011 ne sont pas encore disponibles. Les chambreurs paient autour de 400 $ pour une simple chambre. Il faudra attendre les nouvelles données pour connaître l’ampleur de la hausse depuis cinq ans et quels effets a pu avoir la spéculation dans un quartier où la proportion de locataires est très élevée.

Guillaume Dostaler, de l’Entraide-Logement Hochelaga-Maisonneuve, ne pense pas pour autant qu’on puisse parler de tension ou de confrontation des classes.

« Il ne faut pas généraliser. L’arrivée de nouvelles familles dans le quartier est positive, mais à partir du moment où les moins bien nantis écopent, il y a un problème. L’équilibre est fragile. »

Une chose est sûre, selon les données traitées par la Ville de Montréal, Hochelaga-Maisonneuve arrive deuxième au rang des mises en chantier résidentielles entre 2007 et 2012, avec 9,4 % des mises en chantier à Montréal, deuxième arrondissement juste derrière Ville-Marie (13,4 %).

Le porte-parole des commerçants de la rue Ontario, Donald Guy, souligne de son côté que ce sont des commerces bien implantés, vendant des produits locaux, qui ont été visés. Il constate aussi que le nombre de « tags » anarchistes et anticapitalistes a beaucoup augmenté depuis un an dans le quartier. « C’est peut-être l’oeuvre d’une minorité, mais on les voit beaucoup », s’inquiète celui qui préside la Société de développement commercial Hochelaga-Maisonneuve.

Leur presse bourgeoise – RadioCanada.ca (Anne-Louise Despatie), 09/05/2013 à 03h54

[Rotterdam, Pays-Bas] Tags divers contre les déportations et les frontières – 6/7 août 2013

A Rotterdam, les bureaux du promoteur immobilier Van Omme & De Groot (qui est impliqué dans la construction du centre d’expulsion de l’aéroport de Rotterdam), ont été recouverts de tags dans la nuit de mardi à mercredi.

Les bureaux du promoteur immobilier

Les bureaux du promoteur immobilier

La plaque de ce bâtiment en gros plan

La plaque de ce bâtiment en gros plan

Le musée maritime de la ville a aussi été visé:

Les colonnes du musée maritime

Les colonnes du musée maritime

Plus tôt, des slogans ont également été peints sur le pont Willem.

Sur le pont 'Willem'

Sur le pont ‘Willem’

Ces actions interviennent alors qu’une famille géorgienne a été déportée ce mardi 06 août en début de matinée et qu’un camp No Border se tient actuellement jusqu’à ce samedi 10 août, qui se clôturera par une grande manifestation prévue à 14h. (Voir l’appel)

Source via indymedia.nl