Archives du mot-clé contre l’enfermement

[Publication] L’enfer est pavé de bonnes intentions : Croisades humanitaires à l’aune du 3è millénaire

Dans ce monde qui marche sur la tête, on voudrait nous faire croire que de bonnes âmes humanitaires se dévoueraient à corps perdu pour soulager la misère des plus démunis. Si l’on daignait leur donner quelque obole, on pourrait dormir sur nos deux oreilles, car ces professionnels de la bonne action s’impliqueraient à notre place. Quelques euros, et le citoyen satisfait de lui-même pourrait s’en retourner à ses petites affaires. Recyclant le coup de la quête de la fin de la messe qui nourrit avant toute chose la bonne conscience du fidèle, les organisations non gouvernementales savent y faire. Leur marketing de l’empathie s’appuie sur une rhétorique de l’urgence qui ne laisse pas l’espace de s’interroger sur ce qui a du sens, sur ce qui ne va pas, sur les façons de s’y affronter. Tellement charitables et tellement bien organisées, il ne faudrait pas s’en faire, elles gèrent.

CharterHumaniseeCRElles gèrent justement. Mais quoi au juste? La misère, bien sûr! Celle des autres, de ceux qui restent surtout perçus dans le registre de l’altérité, alors qu’ils se prennent de plein fouet le même monde. L’humanitaire se voudrait technique en répondant à de supposés « besoins », tout en maintenant ses « ayant droits » dans le rôle de victimes passives. Disons-le sans détour: l’humanitaire n’est pas là pour supprimer la misère à laquelle il entend s’attaquer. Pire, il en vit et la perpétue. Dans ce monde qui ne repose pas que sur le bâton mais aussi sur une adhésion volontaire ou un consentement passif, l’humanitaire sert ni plus ni moins de caution pour faire accepter l’inacceptable. Alors pourquoi certains camarades ont-ils toujours autant d’hésitation à leur exprimer quelque antagonisme?  Pourquoi encore y faire référence comme un recours possible dans certaines de nos publications? On connaît leur rôle et leur fonctionnement autoritaire, mais… il y a aussi untel dedans qui n’est pas « si pire que cela » et qui peut même parfois donner des coups de main. Les critiques s’effacent devant une personne et quelques services. S’il est vrai qu’il peut y avoir des individus sincères au sein des organisations humanitaires, il est tout aussi vrai qu’ils ne restent souvent pas longtemps dans ces entreprises qui exploitent sans vergogne la volonté de leurs employés. Ils les quittent souvent pour de vraies raisons, celles qui sont trop rarement affrontées. Alors peut-être pourrait-il y avoir un début de remise en question de ce qu’est l’humanitaire dans ce monde, à partir de son évolution, son fonctionnement, sa place grandissante, de façon un peu plus générale. Peut-être y a-t-il urgence en la matière, une autre urgence que la leur, l’urgence de la réflexion, l’urgence d’affûter les armes de la critique quand la domination se complexifie. Parce que l’humanitaire s’est considérablement développé depuis une vingtaine d’années, il ne peut plus être perçu de la même façon. Le cache-sexe de départ a pris une place et une ampleur qu’on ne peut pas occulter. Plus encore, on a comme l’intuition que cette instrument de la domination fait système.

Derrière le vernis humanitaire

Le masque de la neutralité

On le sait depuis le XIXe siècle et le traitement des indigents, toute politique d’assistance est en même temps un instrument de contrôle. L’histoire de ce vaste ensemble que l’on désigne par le terme d’humanitaire n’a rien de neutre. Les premières organisations caritatives sont d’origine confessionnelle, avec tout ce qui va avec d’hypocrisie et de bonne conscience, de puritanisme et d’hygiénisme, de morale et d’ordre.

Si les organisations non gouvernementales se sont graduellement imposés sur la scène internationale, c’est qu’elles ont su jouer sur un soi-disant principe de neutralité qui les plaçait au-dessus des Etats, tout en leur vouant en réalité la plus fidèle allégeance.

save-the-children1Ce sont d’abord la Croix-Rouge (1863) puis d’autres associations caritatives (comme Save the children dès 1919) fondées par des membres de la haute-bourgeoisie en accord avec les grandes puissances, qui vont s’affirmer en intervenant pendant et après la Première guerre mondiale. Dès l’origine, ces organisations « non » gouvernementales tissent des liens avec des empereurs, des tsars, des présidents, des ministres et la Société des Nations pour que les Etats partagent le domaine du traitement des blessés. Pendant ce qui a été l’un des plus grands carnages mondiaux, ces caritatifs si attentionnés vont ainsi permettre vont ainsi permettre aux bouchers de se vanter d’accomplir un « progrès » social à travers un traitement « humain » de leurs victimes.

Suite à la seconde guerre mondiale, la Croix-Rouge parvient même à obtenir des « mandats humanitaires », bénéficiant ainsi de droits et de prérogatives accordés par les Etats sur les blessés, les prisonniers de guerre et une partie des populations civiles (soins et aide alimentaire). La soi-disant indépendance et neutralité de la Croix-Rouge soulèvent alors quelques commentaires irrespectueux. Tandis que les ONG se tournent au cours des années 60 vers le « Tiers Monde » et le « développement », une nouvelle génération d’organisations va justifier son apparition sur le fond de ces critiques, personnifiée en France par Médecins sans frontières, Médecins du Monde, Aide Médicale Internationale, Action contre la faim ou Handicap International.

Ces dernières, en apparence plus distantes à l’égard de l’ONU et des politiques publiques, sont en réalité loin d’être des organisations « non » gouvernementales. Les hommes circulent. Comment comprendre autrement le parcours de Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, membre de presque tous les gouvernements socialistes de 1988 à 2001, puis administrateur du Kosovo au titre de représentant de la communauté internationale des Etats, encore ministre des affaires étrangères et européennes des deux gouvernements Fillon, et parallèlement rémunéré pour ses activités de conseil aux entreprises (son rapport contribuera à blanchir Total en Birmanie sur le travail forcé) et aux gouvernements étrangers (Congo ou Gabon)? Les passerelles ne se limitent pourtant pas seulement à l’homme aux sacs de riz [1], et ont aussi leur importance dans les missions accordées à ces institutions humanitaires [2].

Apparemment construite à côté des politiques publiques, l’intervention humanitaire se révèle ainsi, bien plus structurellement qu’on ne le pense généralement, très proche des intérêts des Etats. Ce n’est pas une logique qui aurait été dévoyée de son sens premier: ces organisations, certes avec des enrobages différents, occupent des espaces que les Etats ont bien voulu leur laisser, et sont donc à considérer ni plus ni moins comme des « para-institutionnels ». Prestataires de service pour le pouvoir, quand elles ne couvrent pas par leur silence les atrocités commises, elles ne peuvent se permettre qu’une opposition de façade, du genre de celle qui surtout ne gêne pas. Elles ne se trouvent jamais du côté de la contestation de l’ordre existant, sinon pour la pacifier.

Une fiction totalitaire

A la botte des puissants, ces organisations « non » gouvernementales propagent également une certaine vision du monde et des rapports sociaux, une manière de voir et de faire où l’individu est complètement dépossédé de sa capacité d’agir, de réfléchir, d’expérimenter.

Dans cette fiction de l’humanitaire, le monde n’est pas questionnable, il n’y a qu’à en gérer les victimes. La dissension n’existe pas. La possibilité d’émancipation par rapport à ce tout n’est pas envisagée, ni envisageable. L’humanitaire repose sur une certaine conception de l’individu, ou plutôt du non-individu, au sens où il n’est ni un être pensant, ni un être agissant. Avec la souffrance comme seul attribut, tous ceux qui se retrouvent pris dans un dispositif humanitaire sont interchangeables et sont ensuite redécoupés en catégories de « vulnérables » que le monde humanitaire désigne comme ses « ayant droits« .

Un ensemble d’organisations, de réseaux, d’agents et de moyens financiers répartis dans différents pays parcourent le monde en tant qu’hérauts d’une « cause supérieure » comme soi-disant seule raison d’être. Cependant, ce message n’est pas celui de la liberté, son contraire n’est pas la domination, mais le malheur de « victimes », dont quelques-unes pourraient temporairement se faire imposer un kit de « droits » sous couvert d’un universalisme qui est en réalité à géométrie variable: les « victimes humanitaires » peuvent être forcées de rester ou de partir du jour au lendemain et voir leur statut se modifier, perdant ou obtenant le droit de rester, selon le trop compréhensible bon vouloir des organisations internationales et/ou des gouvernements.

C’est par exemple l’obligation faite en juin 2003 aux Libériens et Sierra-Léonais de Conakry de s’inscrire auprès du HCR s’ils veulent avoir un statut officiel (qu’ils ont demandé par des manifestations dans la capitale guinéenne) pour que la traque de la police marque une pause puis, quelques jours plus tard, l’annonce du gouvernement guinéen immédiatement relayé par le HCR selon laquelle les réfugiés doivent aller dans les camps de la région forestière, à 600 km de là, faute de quoi ils seront considérés comme illégaux et « pris de force » A l’obligation d’aller en camp pour certains, peut suivre celle d’en partir pour d’autres, comme ces Sierra-Léonais installés depuis des années dans les mêmes camps guinéens, et rapatriés non volontaires au même moment vers leurs régions d’origine dévastées par des années de conflits et encore fréquentées par des miliciens, deux ans après la fin officielle de la guerre.

Dans toutes les étapes de ces parcours, les réfugiés et déplacés découvrent, côte à côte, les personnels et les véhicules des agences onusiennes, des casques bleus et des organisations non gouvernementales humanitaires. Instruments de contrôle autant que de pacification, leur présence sert également à décourager toute révolte et fixer pour mieux les contenir, les mouvements incontrôlés de populations potentiellement dangereuse pour la stabilité des Etats et l’exploitation des richesses locales.

Un marché en plein boom

Si le maquillage humanitaire dont se couvre la domination ne fait peut-être plus mystère, depuis une vingtaine d’années ce secteur a connu un tel développement que la critique ne peut pas en rester là.

Depuis les années 90, le marché de l’aide d’urgence a littéralement explosé dans un contexte de « crises » surmédiatisées. Sur place, les intervenants sont de plus en plus nombreux à se disputer une part du gâteau. Au Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et aux quelques institutions humanitaires traditionnellement présentes dans les situations de conflits sont, en effet, venus s’ajouter le ban et l’arrière-ban des ONG, mais surtout certains programmes des Nations-Unis [3]. Le système onusien et ses satellites peuvent être considérés comme une puissance humanitaire mondiale: au cours de la dernière décennie, des milliers de personnes ont été déployées sur plus de 60 « théatres d’intervention« , des milliers de tonnes de nourriture distribuées, des milliers de camps de personnes réfugiées ou déplacées construits, puis gérés. Tour à tour, Diyarbakir, Phnom Penh, Mogadiscio, Lokichokio, Sarajevo, Goma, Pristina, Dili, Banda Aceh sont devenus temporairement d’immenses humanitaire land saisis par la fièvre de l’aide: flambée des prix, augmentation des loyers, embouteillages de luxueux véhicules tout terrain frappés au logo de leurs organisations. La multiplication des programmes humanitaires engouffre ainsi chaotiquement des montagnes de fric affectées à l’urgence puis à la reconstruction, jusqu’à ce qu’un nouveau drame chasse la nomenklatura internationale de l’aide vers un nouvel épicentre.

Ces organisations n’ont définitivement plus rien à voir avec l’image d’Epinal que l’on peut avoir d’une association caritative. Elles sont devenues au fil des ans de véritables entreprises prestataires de service qui gèrent des sommes considérables, répondent à des appels d’offres, sont en concurrence les unes avec les autres, appliquent des principes managériaux. Elles ont ainsi recruté des spécialistes de la communication,  du marketing, des ressources humaines, du droit international, de la gestion et des finances internationales, des spécialistes du lobbying européen, etc. Reproduisant le processus de la rentabilité, leur mode de fonctionnement est ni plus ni moins celui d’une multinationale [4].

Humanitaire et militaire

Ambiguïté pour les unes ou hypocrisie constitutive pour les autres, ces entreprises para-institutionnelles accompagnent également un autre changement de taille. C’est à partir du début des années 90 que les interventions militaires commencent à se grimer sous le vocable humanitaire. Après le déploiement de force des Etats-Unis en Somalie en 1992, c’est peut-être plus encore le génocide perpétré au Rwanda en 1994 qui va instaurer l’idée de « guerre humanitaire ».  Quand l’extermination programmée des Tutsis est pudiquement désignée par les Nations Unis comme une « crise humanitaire », Médecins sans frontières dont une partie du personnel local a été massacrée, réclame une intervention militaire des grandes puissances. La question n’est plus d’appliquer un pansement sur les atroces conséquences de tout conflit, mais de défendre le fait que ces guerres doivent être menées pour des « raisons humanitaires« . Opérant un renversement du discours, ce serait désormais le refus même de faire la guerre qui deviendrait « criminel« . Et en réclamant des « couloirs » ou des « sanctuaires humanitaires« , ces organisations souhaitent en plus s’inscrire dans son sillage !

La temporalité et la forme de l’intervention humanitaire tendent dès lors à se calquer sur celles de l’action militaire, comme on l’a encore vu en ex-Yougoslavie puis au Kosovo. Dès lors, il n’est pas étonnant que beaucoup de celles et ceux qui reçoivent l’aide ne fassent guère la différence entre les militaires faisant de l’humanitaire et les humanitaires arrivés avec les militaires. En Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003, les distributions aériennes de vivres et de médicaments ont accompagnées les larguages de bombes. De plus, l’évaluation du nombre de survivants et d’orphelins potentiels à nourrir, la localisation cartographiée des futurs camps pour un nombre programmé de déplacés, l’installation des tentes et la livraison de milliers de couvertures, sont désormais intégrés dès le départ et anticipés dans les QG des états-majors. L’humanitaire ne pose qu’une mince couche de vernis sur le kaki qu’il accompagne.

L’humanitaire comme mode de gestion des indésirables

 A côté des opérations militaro-humanitaires de « maintien de la paix » lancées à grands renforts de caméras, un autre versant de l’action des ONG attire beaucoup moins l’attention, bien qu’il soit considérable. Dans les années 1990 et 2000, tous les Etats ont durci leur législation n’accordant plus qu’à la marge le statut de réfugié. On a alors vu fleurir d’autres catégories: déplacés internes, asile territorial, asile humanitaire, etc… Catégories qui ont été suivies de la création d’une multiplicité dé camps aux formes et aux règles de vies pas très différentes. La stratégie vise à fixer les migrants à proximité de leur lieu de départ et, quand ce n’est pas possible, à privilégier des pays « tampons« , notamment en Afrique du nord, pour cantonner et filtrer « les étrangers ». Les camps, qu’ils aient des murs ou des barbelés, ne sont que le dispositif contemporain dans leur multiples facettes [5] du tri et de l’enfermement des migrants. Depuis les années 90, ces derniers sont de plus en plus perçus comme des indésirables, et sont devenus une variable à contrôler dans le cadre de la maîtrise des flux migratoires ». Et à cette gestion, les entreprises humanitaires collaborent activement: en plus de participer aux dispositifs contemporains d’acceptation de la domination à travers l’idéologie qu’elles distillent, elles prennent également en charge une partie du tri et du confinement de maintes populations.

Le HCR et le contrôle des flux

La mission du Haut Commissariat des Nations-Unis pour les réfugiés (HCR) n’est qu’une vague intention humanitaire et morale, annexée aux politiques de contrôle des flux et de rejet des indésirables. Le HCR suit complètement les politiques de fermeture des frontières qu’ont mis en oeuvre tous les Etats depuis une vingtaine d’années. Plus encore, il externalise pour eux cette question. Il a ainsi mis en place des programmes de « retours volontaires » qui sont souvent de fait, des retours forcés, et s’est spécialisé dans le traitement des « déplacés internes », évitant ainsi qu’ils n’aillent dans les pays de ses financeurs. La gestion des camps est le second métier du HCR, qui sait les installer en urgence face à un afflux de réfugiés, mais aussi les gérer durablement en coordonnant les tâches des associations dépendantes de ses financements. Travaillant avec un budget d’1.8 milliards de dollars, il est ordonnateur des missions de plus de 500 ONG, ce qui permet certes aussi d’accorder l’asile à des exilés, mais loin et dans des endroits, camps d’internement ou zones géographiques de concentration, qu’ils ne pourront pas quitter aisément pour tenter de rejoindre l’Europe. En les maintenant sous dépendance et donc sous contrôle.

A bien des égards, cette logique va à l’encontre des tentatives d’auto-organisation que les exilés peuvent expérimenter dans leur propre parcours. Ce fut par exemple la triste expérience du campement auto-installé près du village de Buedu en Sierra Leone, à une quinzaine de kilomètres de la frontière libérienne. Un nombre important de réfugiés du Liberia sont arrivés en 2001 au moment de la reprise des combats dans leur région, après une relative accalmie de plusieurs années. Venant des villes et de villages situés juste de l’autre côté de la frontière, plus de 35000 libériens arrivèrent dans le seul district de Buedu. Alors qu’ils venaient de localités proches et appartenaient à des lignages alliés, les villageois n’ont rapidement plus été en mesure de pouvoir les accueillir et en particulier de pouvoir les nourrir. Les habitants ont alors demander à leurs « parents » de s’installer dans un espace vide à la sortie de Buedu. L’occupation est devenue un camp auto-installé en 2001. Il a regroupé jusqu’à 4000 personnes, avant que le HCR ne le vide et de force l’année suivante, au prétexte de sa proximité avec la frontière, mais en fait et surtout, afin de regrouper tous les réfugiés dans des camps du HCR situés au centre du pays.

Dans ces zones de confinement, ils se retrouvèrent complètement dépendants de la maigre ration distribuée par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), des tentes et autres « services » standards généreusement prodigués, et auxquelles ils avaient eux-mêmes auparavant apportés des solutions.

C’est avant tout une histoire de gestion des flux migratoires qui guident ces choix, et l’intervention humanitaire fait plus que les accompagner, elle y participe directement. Au passage, les grands oubliés de ces politiques sont bien sûr ceux à qui elles sont destinées: à aucun moment, il n’est question qu’ils puissent se prendre en charge eux-mêmes. Ils sont une variable à contrôler, à fixer ou à déplacer au gré d’intérêts politiques, économiques et militaires des régions concernées (stabilité, possibilité d’y exploiter les richesses locales, accords géostratégiques…) et d’une gestion internationale des  migrations (volonté de fixer les candidats au voyage loin des portes de l’Europe).

Trier

Le déplacé, la femme réfugiée, l’enfant réfugié reçoivent un « kit de survie » pour autant qu’ils soient reconnus comme appartenant à ces catégories. Au sein des camps, la catégorie « réfugié », est elle-même découpées en catégories distinctes de « vulnérabilité » [6], comme par exemple l’enfant non accompagné, le survivant de violence, le parent seul ou la femme seule, qui finissent par produire une hiérarchie du malheur. Cette multiplication des catégories est bien pratique. Elle permet de créer des séparations là où pourraient se nouer des solidarités. Chacun se trouve assigné à une fausse réalité, parce que pour le moins trop partielle, pour surtout pour ne pas en sortir. Cette injonction à une place donnée n’est pas liée au parcours ou au vécu des individus, mais à leur gestion. En se systématisant, en s’imposant comme mode de gouvernement de « l’instabilité », l’humanitaire a engendré une bureaucratie de la souffrance, où l’urgence et l’arbitraire se conjuguent souvent: urgences de déplacements plus ou moins forcés; arbitraire d’un pouvoir sur des situations catégorisées comme dissemblables, acceptant ou refusant la présence, la reléguant dans des lieux plus ou moins carcéraux…

Quand les individus n’acceptent pas les catégories auxquelles ils sont relégués, ces humanoÏdes sont même prêts à donner carte blanche aux autorités locales pour les massacrer. C’est ainsi que la police égyptienne a assassiné plus de 150 soudanais qui occupaient un parc situé près de l’enceinte du HCR le 30 décembre 2005. Depuis plus de 3 mois, un millier d’habitants de différentes régions du Soudan refusaient à la fois de rester en Egypte où ils étaient en proie au racisme, et les rapatriements  « volontaires »  (novlangues pour forcés), prévus au premier semestre 2006 dans des régions encore partiellement en guerre. La semaine avant l’intervention de 6000 flics égyptiens, le HCR, estimant leur dossier « bouclé », avait demandé à plusieurs reprises au gouvernement égyptien « de prendre d’urgence toutes les mesures appropriées pour résoudre cette situation » qui n’était plus de son ressort, en débarrassant les abords de la noble institution de cette occupation trop voyante. Ce faisant, le HCR a été un complice actif du carnage de ceux qu’il a successivement considéré comme réfugiés, demandeurs d’asile, déboutés, et enfin problème d’ordre économique.

Confiner

De manière très palpable dans le cas des réfugiés et déplacés des pays du Sud, l’humanitaire est l’entité qui, partout où c’est nécessaire, construit, gère et contrôle des camps pour y garder des « populations » considérées simultanément ou alternativement comme vulnérables et indésirables, victimes et dangereuses. Un camp demande des aménagements d’espaces vierges, de voies d’accès et de circulation, des installations de tentes et de baraques, de la tuyauterie, des puits et des canalisations d’eau, des cliniques et des écoles de brousses, etc. A cela correspond une répartition des tâches et une coordination entre les employés (étrangers et locaux) des différentes ONG et agences onusiennes, qui sont autant de « branches » d’un humanitaire opérant à la manière d’un gouvernement. Alimentation, santé, voirie, abris, sécurité, environnement, jeunesse: à chacun son « porte-feuille ». C’est toute une bureaucratie qui se met en place et qui pérennise l’urgence pour un temps plus ou moins long. Les « ayants-droits » sont alors maintenus en vie à minima, c’est-à-dire selon des normes de simples survie (habitation précaire, ration alimentaire insuffisante [7], etc…) et sont aussi et surtout maintenus sous contrôle.

Mais il arrive qu’ils sortent du rôle de victimes passives qui leur est assigné. En juillet-août 2003, dans le camp de Tobanda en Sierra-Leone, des veuves demandent des bâches plastifiées afin de protéger leurs cases en terre battue des pluies diluviennes. En cette saison, les intérieurs sont rapidement mouillés: sol, nattes, matelas, vêtements. Un mois plus tôt, le toit en chaume puis les murs de terre d’une maison s’étaient effondrés alors qu’un enfant dormait à l’intérieur. D’autres abris subirent le même sort. Au même moment, le HCR distribuait des bâches plastifiées à des réfugiés nouvellement arrivés, en laissant les plus anciens, présents dans le camp depuis près de 3 ans, prendre l’eau. Devant l’absence de réponse des administrateurs du camp, une cinquantaine de femmes ont alors occupé avec leurs enfants la voie principale du camp en scandant « nous voulons des bâches !« , puis séquestré des volontaires européens d’une ONG pendant plusieurs heures en les maintenant sous la pluie, avant de bloquer un véhicule de la Croix-Rouge, « pour qu’ils voient ce que c’est que de rester sous la pluie« . Elles ont renvoyé eous ces membres d’ONG à un seul et même monde, celui des « U.N« . Face à la protestation des salariés expliquant que cette question-là n’était pas de leur ressort, les femmes n’eurent qu’une réponse: « nous vous prenons tous pour des travailleurs d’ONG, comme vous nous prenez tous pour des réfugiés« .

Les associations et les ONG, en répondant aux appels d’offres des gouvernements, de l’Union Européenne ou de l’ONU, en « prenant en charge » différents secteurs relatifs à la rétention et à la survie dans les camps, participent au dispositif de contrôle et de confinement des migrants. L’action humanitaire se trouve ainsi non pas « détournée » mais incluse dès l’origine dans les stratégies de contrôle des flux migratoires de toutes sortes. Ces politiques d’immigration ont fait de l’internement des réfugiés et des migrants une industrie florissante et envahissante, dont l’humanitaire fait partie. Dans cet espace où les frontières se renforcent autour des Etats nation comme autant de murs et se multiplient à l’intérieur des territoires, visibles et invisibles, beaucoup sont empêchés de les traverser, ce qui produit des formes de plus en plus variées de zones de contrôle, de tri, de confinement et d’enfermement.

Pour conclure

Ce qui s’est mis en place à travers cette histoire convergente de l’humanitaire et des camps, ce n’est pas seulement le traitement des réfugiés, c’est une modalité d’organisation sociale qui se déploie à l’échelle mondiale. La multiplication des camps, le développement des zones d’attentes aux frontières ou de zones d' »asile interne », mais également les opérations de « maintien de la paix », sont quelques-uns des aspects d’un processus plus ample qui donne à l’action humanitaire une place grandissante dans le monde en général. C’est toute une politique et une économie de la « catastrophe » et de l' »urgence » qui se développent et se structurent à l’échelle de la planète. Il est significatif de voir que ce soient des bataillons de la Garde Nationale de Floride, spécialisés dans les conséquences des catastrophes sur le sol américain, qui sont intervenus en Irak en 2003 deux mois après la fin des hostilités, pour tenter de rétablir l’ordre à Bagdad. Ce sont encore des bataillons de la même Garde Nationale pour réprimer les actes de pillages commis à la Nouvelle-Orléans en août-septembre 2005 après le passage de l’ouragan Katrina. Catastrophes dites « naturelles » comme « guerre préventive »; exil provisoire ou durable de millions de personnes fuyant la famine, la guerre, les paramilitaires ou encore une misère dans laquelle sont maintenues certaines régions d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et du Sud: dans tous les cas, des dispositifs techniques et organisationnels semblables sont mobilisés pour y répondre, faisant intervenir côte à côte des bataillons militaires et des organisations humanitaires. Les interventions des ONG jouent un rôle considérable dans un monde qui ne peut que produire des « catastrophes », des guerres et des « crises », en permettant que celles-ci restent sous contrôle et qu’elles ouvrent des perspectives de profits alléchants. Participant directement à la mise en camp d’une partie toujours plus importante de la population mondiale, ces entreprises humanitaires gèrent, trient, confinent ceux qui sont alternativement considérés comme indésirables qu’il faut enfermer ou expulser, et « surnuméraires », réduits pour une partie à la condition d’êtres passifs qu’il faut contenir. Si on veut saper et mettre à bas ce monde, il est grand temps de s’en prendre aussi à ces organisations non gouvernementales, tant elles sont devenues un des ressorts de la domination moderne, aussi bien en termes d’image et de pacification que de gestion et contrôle. Le meilleur flic ne porte pas forcément d’uniforme….

Notes:

[1] On pourrait citer également Xavier Emmanuelli, ancien vice-président de Médecins sans frontières, secrétaire d’Etat à l’action humanitaire d’Alain Juppé; Claude Maluhret, ancien président de Médecins Sans Frontières, puis secrétaire à l’action humanitaire de Jacques Chirac et maire de Vichy pour le parti Démocratie Libérale; Jacques Lebas, président d’honneur de Médecins du Monde, chargé de plusieurs missions sur l’exclusion par le gouvernement;  Gilles Brucker, également ancien président de MdM, nommé directeur de l’Institut national de veille sanitaire.

[2] C’est par exemple un ancien membre de MSF, passé par l’ENA et devenu responsable du bureau chargé des populations précaires au ministère de la santé qui réussit à convaincre deux de ses anciens collègues du monde associatif, le secrétaire d’Etat Xavier Emmanuelli et le ministre Bernard Kouchner, d’inscrire la lutte contre le saturnisme dans la loi de 1998 sur la prévention des exclusions.

[3] Le champ d’action de l’ONU n’ a cessé de s’étendre, notamment à travers ses six organismes, l’UNICEF (United Nations Children’s Fund, Fond des Nations Unies pour l’enfance), la FAO (Food & Agriculture Organization of the United Nations, Fonds des Nations unies pour l’agriculture & de l’alimentation), le PAM (Programme Alimentaire Mondial), le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), l’OMS (l’organisation mondiale de la santé), enfin le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement).

[4] En 2007, une organisation comme Handicap International exploitait 214 salariés à son siège lyonnais, 200 expatriés sur le terrain, 2100 salariés nationaux et intervenait dans 59 pays. A la même période, MSF France utilisait les services de 4500 employés français ou étrangers sur 48 missions. Action contre la faim, présent dans 20 pays, exploitait 141 salariés au siège parisien, 233 expatriés sur le terrain et 2500 employés locaux. MdM  exploitait 150 salariés au siège, 126 expatriés et 1300 personnels locaux pour 90 missions dans 54 pays.

[5] Par exemple, les centres de transit, les camps de détention (Woomera), les centres de rétention, les camps de regroupement de déplacés (au Soudan, en Angola), les centres d’accueil d’urgence (Sangatte…), les zones d’attentes de personnes en instance d’expulsion dans les aéroports (les Zapi 2 et 3 de Roissy-Charles-de-Gaulle…), certaines zones portuaires, certains bateaux (le Tampa) …

 [6] Le HCR distingue pas moins de 15 catégories de « vulnérables ».

 [7] La ration du PAM de l’ONU s’élève à un maximum de 2000 kilocalories par jour, ce qui en fait une quantité de simple survie. Mais, outre que cette quantité est rarement atteinte, notamment dans les camps africains ces dernières années, sa composition produit elle-même ses propres carences. Le manque de vitamines contenues dans les fruits, légumes et produits laitiers absents de la ration sont à l’origine entres autres, du scorbut, de la pellagre, ou du béribéri, et sont d’autant plus graves que la présence dans les camps de réfugiés ou déplacés est plus longue. Il n’est pas rare que pour protester les migrants boycottent collectivement la distribution. D’autres s’arrangent pour se faire enregistrer plusieurs fois sous différentes identités et/ou revendre une partie des rations reçue pour pouvoir acheter sur les petits marchés des camps, des légumes, des fruits, du poisson ou de la viande.

****************************************************************

Textes inclus dans l’article :

Quand la croix rouge couvre les flics dans la zone d’attente à Roissy

Sans remonter à la seconde guerre mondiale où la visite de la croix-rouge du camp de Terezin en juin 1944 venait assurer au monde entier du bon traitement des populations juives déportées, ici et maintenant, le cinéma continue.

croix-rouge-pognon-expulsion-dd279La Croix-Rouge est ainsi présente à l’aéroport de Roissy dans la ZAPI 3 (Zone d’Attente pour Personnes en Instance), qui est ni plus ni moins une prison de 180 places où l’Etat enferme les étrangers à qui l’entrée sur le territoire français est refusée. Elle est officiellement chargée de donner un « kit d’hygiène », de fournir une carte téléphonique aux enfermés et de s’occuper de la représentation légale des mineurs non-accompagnés, mais surtout de faire passer la pilule aux refoulés et de couvrir les sales habitudes de la PAF (police de l’air et des frontières). L’arrivée de cet organisme en 2003 avait d’ailleurs été saluée par le lieutenant Taupin, responsable de la PAF de Roissy pour qui « c’est un plaisir de travailler avec des gens sérieux, qui n’ont pas une culture systématique de méfiance vis-à-vis de notre travail« . Injures racistes, mauvais traitements, tabassages sont le quotidien de la zone d’attente. Le manuel des policiers de la PAF est un poème sans fard de milles et une « techniques » pour « réussir » une expulsion, depuis « comment « tranquilliser » un étranger en situation irrégulière lors de son expulsion » en passant par « comment serrer son cou pour l’empêcher de crier », jusqu’à « comment détourner l’attention des autres passagers pour éviter qu’ils ne se rebellent« . Y sont répertoriés les moyens de coercition à leur disposition: les menottes textiles ou métalliques, les bandes velcro et la « ceinture d’immobilisation », mais aussi différentes pratiques comme la « régulation phonique » qui consiste en un étranglement et dont l’objectif est de déstabiliser physiquement la personne, de « diminuer sa résistance » et de « diminuer ses capacités à crier ».

Les salariés de la Croix-Rouge y assistent sans qu’aucun mot ne perce à l’extérieur. L’information ne doit pas sortir. Neutralité oblige. Et quand face à ce lot quotidien d’horreurs, les employés de l’organisme humanitaire s’épanchent dans un cahier de liaison interne, une note de la direction répond: « Nous vous demandons, dans le respect de neutralité de la Croix-Rouge, de cesser tout commentaire sarcastique à l’encontre de la police aux frontières« . Le principe de neutralité affiché est un leurre qui sert alors à couvrir les méthodes employées lors des expulsions et à leur donner en plus une caution humanitaire. Aujourd’hui comme hier, ici comme en Irak, en Afghanistan ou en Afrique, rester neutre signifie passer sous silence les diverses méthodes coercitives que les pouvoirs utilisent banalement pour contraindre leurs sujets à marcher au pas.

 Lire aussi cette brochure sur la neutralité de la Croix-Rouge

_____________________________________________________________________________________________________

Un HCR structurellement à la botte des puissants

Le HCR, officine de l’ONU dépend surtout de dotations qui lui sont allouées annuellement par des gouvernements nationaux, dont il est ainsi politiquement dépendant, tant pour ses activités que pour sa propre pérennité, et pour celle de ceux qui travaillent en son sein. On ne s’étonnera guère que les pays allouant la moitié du budget du HCR, sur 10 Haut Commissaires nommé depuis 1950, huit soient européens. Et ce ne sont pas n’importe qui, puisqu’ils sont en général recrutés parmi les hauts dirigeants ou les chefs de gouvernement. L’actuel Haut Commissaire, Antonio Guterres fut un des principaux dirigeants du Parti socialiste et premier ministre entre 1995 et 2002. Son prédécesseur (de 2001 à 2005) Ruud Lubbers fut le chef de gouvernement hollandais qui effectua le plus long mandat (12 ans) aux Pays-Bas depuis 1945.

L’idée de « traiter » les demandes d’asile au plus loin de l’Europe, dans la région d’origine des exilés, n’est pas nouvelle, mais elle va être conceptualisée par le HCR après l’arrivée du Haut commissaire Ruud Lubbers. En 2003, le HCR, certes toujours partagé en interne entre ceux qui sont plutôt « orientés vers la protection » des réfugiés et ceux qui sont plutôt « du côté des donateurs », publie sa proposition d’une triple approche:

- Approche régionale: « améliorer les possibilités de renvoyer dans la région d’origine ceux qui sont partis de façon extra-juridique, tout en concédant hypocritement vouloir « assurer leur protection« ;

- Approche nationale: « améliorer les systèmes nationaux d’asile, et renvoyer tous ceux qui sont déboutés dans leur pays d’origine ou dans le pays de premier accueil« ;

- Approche européenne: « améliorer la politique commune d’expulsion des migrants ayant déposé des demandes manifestement infondées » et « prétraiter les demandes d’asile dans les centres fermés« .

_________________________________________________________________________________________________

Les réfugiés du HCR et tous les autres

Seule une minorité – entre 13 et 18 millions, selon les années – sont des réfugiés stricto sensu, c’est-à-dire vivant hors de leurs pays et reconnus comme tels institutionnellement, sur environ 50 millions de personnes qualifiées par le HCR de « victimes de déplacements forcés« . Ils sont massivement concentrés en Asie (plus de 6 millions) et en Afrique (7 à 8 millions), auxquels il faut ajouter les 3 millions de Palestiniens réfugiés depuis les années 1940 et 1960 dans divers pays du Proche-Orient. Par ailleurs, un peu plus de 3 millions de personnes sont considérées par le HCR comme des returnees, des personnes « en cours de rapatriement« . Enfin, plus nombreux que les réfugiés reconnus, de 25 à 30 millions, selon les estimations,  sont des « déplacés internes« .

Tous ces chiffres ne prennent pas en compte les exilés non déclarés et considérés comme « clandestins« . Ce sont les centaines de milliers d’Afghans qui ont fui leur pays. Ce sont les migrants somaliens, éthiopiens, rwandais installés dans les régions limitrophes qui ont préféré ne pas avoir de reconnaissance officielle et tenter leur chance dans l’économie informelle plutôt que d’être enfermés dans des camps. Ce sont les centaines de milliers d’Algériens, de Tunisiens, de Marocains, de Turcs, de Maliens, de Sénégalais qui vivent dans la débrouille de ce côté-ci de la Méditerranée.

In ‘Subversions’ #2 – avril 2013

[Lincoln, Angleterre] Révolte au centre de rétention de ‘Morton Hall’ – 6 septembre 2014

AttentionAuFeuUne révolte a éclaté dans le centre de rétention (Immigration Removal Centre) de Morton Hall* près de Lincoln, après la mort d’un jeune originaire du Bangladesh (Rubel Ahmed, 26 ans) le 5 septembre, trois jours après son arrivée.

La révolte a explosé lors du petit-déjeuner le 6 septembre, et le personnel a été obligé de s’enfuir et de se réfugier dans une « zone de sécurité ».

Une équipe Tornado, nommée « groupe de réponse tactique national » a été appelé dans la prison pour mater l’émeute [d’une trentaine de retenus, selon la presse], qui a duré toute la journée. [Selon la presse, il y a eu plusieurs fenêtres brisées dans le centre, des dégâts dans le centre médical et dans certaines chambres.]

Solidarité avec les prisonniers en lutte partout !

*NdT : Ce centre de rétention (immigration removal centre), a ouvert en 2011 et est géré par l’administration pénitentiaire pour le compte de la police des frontières (UK Border Agency). Il enferme 392 prisonniers dans des chambres réparties en six unités. Morton Hall est l’un des douze centres de rétention du Royaume-Uni, qui sont utilisés pour enfermer les demandeurs d’asile en attente de décision, mais aussi ceux en attente d’expulsion dont la demande a été rejetée. Si Morton Hall est directement géré par l’AP, d’autres le sont par des entreprises privées.

Traduit de l’anglais de l’ABC Hurricane par brèves du désordre, September 8th, 2014 at 18:21

[Bruxelles, Belgique] Affiche et promenade contre toutes les prisons – Eté 2014

[Affiche] A propos de l’attaque incendiaire contre le chantier de la nouvelle prison à Anvers

contreinfo1

Affiche retrouvée sur les murs de Bruxelles en août 2014.

_______________________________________________________________________________________

tag apparu le long du canal à Bruxelles cet été

tag apparu le long du canal à Bruxelles cet été

voir lacavale.be

[Prison de Besançon] Des coups pleuvent sur trois matons (juillet/août 2014)

[On apprend mercredi 6 août via Fr3franche-comté, que l’été est chaud pour les matons de la maison d’arrêt de la Butte… ça fait quelques temps que des prisonniers se révoltent sporadiquement face aux conditions d’enfermement, aux humiliations quotidiennes… Comme toujours, la presse relaie l’AP, avec en fin d’article une pleurnicherie sur leur manque d’effectif dont ces deux organes du pouvoir sont coutumiers]

Besançon : trois surveillants pénitentiaires agressés

Le premier a reçu un coup de poing dans la mâchoire, le deuxième a eu le nez cassé. Hier encore un autre s’est fait agressé par une… cuillère. Rien de grave pour ce dernier, mais les agressions à répétition en disent longs sur la sécurité de ces agents.

Hier, mardi 5 août, un agent a fait les frais d’une agression avec une cuillère.  » Cet agent contrôlait la cour avant la promenade lorsqu’il était régulièrement appelé par un détenu. Il a alors rendu visite à l’homme pour savoir ce dont il avait besoin mais il s’est fait agressé par une cuillère, ça aurait pu être autre chose «  explique-t-on à lUFAP-UNSA Justice.

Lundi dernier, le 28 juillet, deux agressions, plus graves celles-ci, se sont déroulées dans la même maison d’arrêt. Un surveillant a reçu un coup de poing dans la mâchoire.

Le  » détenu-agresseur « , un homme d’une quarantaine d’années, a donc été amené en prévention au quartier disciplinaire. Mais sur le chemin, cet adepte des coups, agresse un deuxième surveillant, en lui donnant un coup de tête cette fois-ci au niveau du nez.

 » C’est récurrent, c’est notre quotidien. Quand ce ne sont pas les insultes, ce sont les agressions physiques. De nos jours, pas un seul surveillant ne peut dire qu’il ne se fait agressé chaque jour « .

A la prison de Besançon, 91 personnels pénitentiaires se relaient. Il en faudrait 10 de plus.

écrit par Vanessa Hirson et publié le 06/08/2014 à 16h02

[Valparaiso, Chili] Le ‘Centre d’Education et de Travail’ de la gendarmerie réduit en cendres (31 mai 2014)

Tôt dans la matinée du 31 mai 2014, un incendie a entièrement consumé les bâtiments de la gendarmerie destinés à l’incarcération de nuit au CET (Centre d’Education et de Travail) à Valparaiso situé au 281 Von Moltke.

Durant les jours qui ont suivi, plus de 70 personnes qui purgeaient une peine d’emprisonnement nocturne dans ces locaux ont dormi loin du contrôle des matons.

Traduit de l’espagnol de publicacion refractario

[Marseille] Faîtes de la zik contre tous les enfermements (le 21 juin 2014 devant la prison des Baumettes)

Voir l'affiche en gros plan

Voir l’affiche en gros plan

Mailing-list Marseille Infos Autonomes

[Bruxelles] Récit de la manif contre les rafles et contre la maxi-prison du 7 juin dernier à Anderlecht

Dans la rue contre la maxi-prison et contre les rafles (Anderlecht, 7 juin 2014)

Pendant deux semaines, notre présence pour appeler à cette manifestation a été plutôt palpable dans les quartiers d’Anderlecht, Saint-Gilles, Forest, Anneessens et Molenbeek. Que ce soient la quinzaine de milliers de tracts distribués, le millier d’affiches collées sur les murs ou tout simplement les rencontres et petites discussions lors des différentes initiatives. On pense qu’on a quand même réussi à se donner les moyens, autonomes et non-médiés, pour faire en sorte que la plupart des gens habitant dans ces quartiers soient au moins au courant de cette initiative de lutte, qui a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par de nombreuses personnes. Malgre l’enthousiasme qu’elles pouvaient exprimer pendant les distributions de tracts, on s’est retrouvé presque uniquement entre compagnons et compagnonnes. D’un côté, cela ne nous empêchera pas de continer à proposer des occasions pour lutter ensemble, et de l’autre, de construire un parcours autonome de lutte. On sait très bien que le problème de la prison, ce n’est pas seulement les murs, les gardiens et les barreaux, c’est aussi la réproduction du rôle de prisonnier qui en assure la perennité. Notre lutte, ce n’est pas seulement une lutte contre la construction d’une maxi-prison, les rafles ou contre l’aménagement de la ville en grande prison à ciel ouvert. C’est aussi un combat, plus profond encore, plus difficile encore, un combat acharné et virulent, un combat contre la resignation sur laquelle repose ce monde pourri.

Anderlecht,
10 juin 2014

feuauxcomicos feu_aux_prisons

Voici le texte du tract appelant à cette initiative :

Toujours plus de taules…
toujours plus de contrôles…
toujours plus de place pour les bourges…
Est-ce qu’on veut les laisser faire ?

affiche_dans_la_rueDe jour en jour, Bruxelles se transforme en ville fliquée, que les eurocrates et autres bourges aménagent pour leur propre confort. Suffit de voir ce qu’est devenue la zone du canal, avec ses lofts, sa tour pour riches et ses belles péniches. Ou encore la gare du midi, qu’ils « nettoient » pour accueillir les entreprises et leur sale pognon.

À cela s’ajoutent toujours plus de contrôles et de rafles pour mettre la main sur tous les illégaux, que ce soit dans la rue ou dans les métros. La Stib organise avec les flics des méga contrôles, pour s’emparer des sans-papiers, et des clandestins. Ils veulent par là se débarrasser de tous ceux qui ne respectent pas leurs lois. Dans cette logique, une nouvelle aile spéciale encore plus sécurisée vient d’ouvrir au centre fermé de Vottem pour les sans-papiers qui ouvrent un peu trop leur bouche.
L’État prévoit aussi de construire 12 nouvelles prisons, dont la plus grande de l’histoire belge à Haren dans le nord de Bruxelles. Ils nous font croire que ces nouvelles prisons seront « plus humaines », mais une cage reste une cage. Ils veulent surtout protéger leurs privilèges et leur pouvoir. La prison cherche avant tout à calmer les esprits de ceux qui n’acceptent pas la vie qu’on leur impose et met toujours plus à l’écart les gens qui ne respectent pas leur paix sociale…

Si toi aussi, t’en as marre de voir les caméras envahir la ville pour toujours plus nous contrôler, si t’en as marre de voir les uniformes se multiplier, si t’en as marre de voir tes potes devenir des agents de sécurité, si t’en as marre de voir Bruxelles se transformer en ville-prison et si tu veux en finir avec les mots « commander » et « obéir »…

Alors le samedi 7 juin à 16h, retrouvons-nous dans la rue (place du Conseil à Anderlecht) pour partager notre rage contre la prison et toutes ces merdes et trouvons de la force pour lutter contre tout ce qui nous révolte !

Repris de la cavale

[Australie] Rendu du procès suite à la révolte de juillet 2013 au centre de rétention de Nauru

5 juin 2014. Le procès de sept demandeurs d’asile accusés d’avoir participer aux émeutes de juillet 2013 au centre de rétention de Nauru vient de se terminer. Deux d’entre-eux ont été reconnus coupable et condamnés à 2 ans et 5 mois pour le premier, et 11 mois pour le second. En tout 63 personnes sont mis en examen et d’autres procès sont a suivre.

Lors de l’émeute, le centre de rétention avait été quasi entièrement détruit et d’autres biens publics de l’île avaient été attaqués. Le gouvernement australien a chiffré les dégâts à 60 millions de dollars.

Repris de sans-papiers ni frontières

[Grèce] Sabotage de 66 distributeurs de billets dans 21 quartiers d’Athènes (1er mai 2014)

Nous vivons dans une époque où l’Etat est de plus en plus totalitaire, autoritaire et exploiteur. Il ne s’enveloppe plus sous le manteau de « l’Etat social » mais révèle plutôt son véritable visage : un instrument d’oppression et de domination, un représentant institutionnel du pouvoir bourgeois, un garant de l’esclavage salarié et de la prédominance de classe des patrons.

L’Etat s’attaque à n’importe quelle partie de la société qui continue à résister, ou une partie classée comme marginale ou « corps étrangers », avec persécutions, incarcérations, tortures, exécutions, travail forcé, interdictions de manifester, peur.

Cette attaque comprend le projet de réforme du code pénal récemment mis en place; un projet de loi qui vise à rendre les conditions de vie déjà déplorables en détention encore pire; un nouveau projet de loi qui créé une prison à l’intérieur de la prison, en réduisant les permissions, limitant communications et visites, promouvant et récompensant les balances parmi les détenus, infligeant des peines d’emprisonnement plus sévères et de nouvelles sanctions punitives, et imposant torture psychologique et physique.

Dans le même temps, à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, des luttes ont lieu contre ce nouveau régime d’incarcération et contre les conditions spéciales de détention, de moments de négation et de lutte contre le monopole d’Etat du pouvoir.

Pour notre part, nous avons voulu relier ces luttes permanentes en solidarité avec les prisonniers, nous avons contribué à notre manière à la lutte polymorphe pour une recrudescence de la guerre sociale/de classe, en mettant hors service les DAB suivants dans les premières heures du 1er mai 2014 (par quartier):

  • Galatsi : 2 de la Banque Nationale de Grèce (rue Papaflessa), 1 de la Banque du Pirée (rue Tralleon), 1 d’Alpha Bank  rue Tralleon)
  • Gyzi : 1 de la Banque du Pirée (rue Valtinon), 1 d’Alpha Bank (place Gyzi)
  • Aghia Paraskevi : 1 de la Banque du Pirée (rue Ipirou)
  • Holargos : 1 de la Banque Nationale de Grèce (Avenue Mesogeion)
  • Ano Patissia : 1 de la Banque du Pirée (rue Patission)
  • Polygono : 1 de la Banque Nationale de Grèce (rue Mitropetrova)
  • Maroussi : 2 de la Banque Nationale de Grèce
  • Kypseli : 1 de l’Eurobank (rue Evelpidon), 2 de la Banque Nationale de Grèce (rue Kerkyras), 1 de la Banque du Pirée (rue Kerkyras)
  • Pangrati : 1 de la Banque Nationale de Grèce (place Varnava), 1 de la Banque du Pirée (rue Eratosthenous), 1 d’Alpha Bank (rue Eftichidou), 1 de la Banque du Pirée, 4 de la Geniki Bank (Avenue Ymittou)
  • Kaisariani : 1 de l’Alpha Bank (rue Ethnikis Antistaseos), 1 de la Banque du Pirée (rue Ethnikis Antistaseos), 1 de l’Eurobank (rue Ethnikis Antistaseos), 1 de la TT Hellenic Postbank (rue Ethnikis Antistaseos), 2 de la Banque Nationale de Grèce (rue Ethnikis Antistaseos), 1 de la Banque du Pirée (rue Nikiforidi)
  • Vyronas : 1 de l’Alpha Bank, 2 de la Banque Nationale de Grèce, 1 de la Banque du Pirée
  • Alimos : 3 de l’Alpha Bank, 2 de la Banque du Pirée
  • Ymittos : 1 de l’Alpha Bank et 1 de la TT Hellenic Postbank (place Ymittou)
  • Petralona : 1 de l’Alpha Bank, 1 de l’Eurobank  et 2 de la Banque du Pirée (rue Trion Ierarchon)
  • Nea Smyrni : 1 de l’Alpha Bank et 1 de la TT Hellenic Postbank (place Nea Smyrni)
  • Helliniko: 1 de l’Alpha Bank, 1 de l’Eurobank et 1 de la Banque du Pirée (rue Iasonidou)
  • Glyfada : 1 de l’Eurobank , 1 de la Banque Nationale de Grèce et 1 de la TT Hellenic Postbank (rue Gounari)
  • Dafni : 1 de l’Eurobank (rue Ethnarchou Makariou), 1 de l’Alpha Bank (rue Aghiou Dimitriou), 1 de l’Alpha Bank (Avenue Vouliagmenis), 1 de Eurobank (rue Eleftheriou Venizelou), 1 de la Banque du Pirée (station de M° Aghios Ioannis), 1 de la Banque Nationale de Grèce (station de M° Aghios Ioannis)
  • Aghios Dimitrios : 1 de la Geniki Bank, 1 de l’Alpha Bank, 1 de la Banque Nationale de Grèce
  • Faliro : 1 de l’Alpha Bank (rue Aghias Varvaras)
  • Neos Kosmos : 2 de la Banque Nationale de Grèce

Traduit de l’anglais de contrainfo (source)

 

[Marseille] Triple évasion à la prison pour mineurs de la Valentine – 9 mai 2014

Vendredi 9 mai en milieu d’après-midi, trois mineurs se sont faits la belle de la prison de la Valentine (11ème arrt.) en empilant tables et chaises pour gagner le toit et s’évaporer dans la nature.

Malheureusement pour les évadés, ils se sont faits rattraper par les flics en début de soirée après qu’un vigile les aient repérés dans le même arrondissement.

Le 3 février 2008, deux jeunes détenus étaient déjà évadés en grimpant sur un panneau de basket qui, suite à la cavale, avait été enlevé.

Nos désirs de liberté seront toujours plus forts que leurs prisons !

Reformulé depuis la presse (La ProvRence), 10/05/2014