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[Le premier mai à travers le monde] Journée de sabotage et d’actions directes contre ce monde de merde

MayDaySeattleCet après-midi du jour du 1er mai à Seattle, une banderole « Raise the minimum rage (A) » a été suspendue dans la quartier très fréquenté du Capitol Hill. Des tracts détaillant l’histoire et la signification du 1er mai ainsi qu’une brève analyse de la gentrification ont été distribués et jetés. Le slogan de la banderole est en référence au débat sur le potentiel réhaussement du salaire minimum à 15 dollars par heure. Un fumigène orange a aussi été allumé. Ci-dessous le texte du tract:

« Le 1er mai 1886, 40.000 travailleurs à Chicago – et un demi-million à travers les Etats-Unis font grève pour une journée de travail de 8h. La police de Chicago a frappé et tué quatres grévistes. En réponse,  un rassemblement a lieu le 4 mai à Haymarket Square. Lorsque la police a attaqué la foule, une bombe est lancée sur eux. La police a alors tiré au hasard sur la foule. Au moins quatre manifestant-es et huit policiers sont mort-es.

Huit anarchistes ont été arrêtés et reconnus coupables de l’attentat. Cinq d’entre eux ont été exécutés alors que les trois autres ont été envoyés en prison. Louis Lingg, un des cinq compagnons assassinés, a choisi de se donner la mort dans la nuit du 10 novembre.

Dans les mots du martyr de Haymarket George Engel, « Mon plus grand souhait est que les ouvriers puissent reconnaître qui sont leurs amis et qui sont leurs ennemis ».

Le 1er mai vit à travers ses luttes rebelles et continue de se développer cent ans plus tard. À Seattle, la lutte contre le capitalisme est aussi la lutte contre la gentrification. La gentrification est un processus social et économique qui transforme les quartiers populaires surtout noirs en zones blanches riches. Elle est rendue possible par les développeurs, les investisseurs, les propriétaires d’entreprises, les yuppies et les politiciens. L’objectif final se traduira par l’effacement de la mémoire collective, de la communauté, de la culture, l’autonomie et la capacité de vivre dans les limites même de la ville de Seattle. Unissons-nous pour lutter contre le capitalisme sous toutes ses formes ».

MayDaySeattle2Traduit de PSA, 1er mai 2014

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A Barcelone, le cortège anticapitaliste du 1er mai est rapidement passé des mots aux actes et le centre-ville des riches a été quelque peu déformé par plus d’une centaine de manifestant-es cagoulé-es: plusieurs banques ont été attaquées, dont de nombreux distributeurs ont été mis hors-service soit par des coups sur les vitres, soit par le feu. Des commerces ont aussi été attaqués, des bennes à ordures incendiées. De luxueux établissements (commerces, hôtel) se sont fait redécorer et défoncer leurs façades:

VARIOS DETENIDOS TRAS MANIFESTACIÓN ALTERNATIVA EN BARCELONA 1ermai_Barce2 1ermai_Barce3 1ermai_Barce4 1ermai_Barce5 1ermai_Barce6 1ermai_Barce8 1ermai_Barce9 1ermai_Barce10

Durant ces attaques, un journaleux s’est fait péter son objectif par un manifestant:

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Solidarité avec les quatre manifestant-es qui ont été arrêté-es.

Par ailleurs, durant cette journée, un magasin de fringues ‘Mango’ a été attaqué à la peinture rouge en réponse à sa complicité pour la mort des 1138 ouvriers du textile au Bangladesh.

Barcelone1ermai

Reformulé de leur presse, 1er mai 2014

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À Santiago ce premier mai a été animé …

Il y avait deux parcours de manif : le parcours officiel organisé par le syndicat de la CUT et sa clique de “flics rouges”, qui passait devant le Palacio de la Moneda et un autre parcours qui avait comme destination finale la Plaza Brasil et qui était organisé par des mécontents de gauche, tout aussi avariés que la CUT, notamment des orgas mapuches, et aussi un groupe de personnes réclamant la libération de prisonniers politiques, notamment celle d’Abimael Guzman (un péruvien fils de riche qui deviendra prof de philo avant de se convertir au maoïsme et  fonder le sentier lumineux, qui provoquera un conflit armée particulièrement sanglant au Pérou dans les années 80 et début 90. Depuis 1992 ils croupit en taule. Et malheureusement au Chili il y a des benêts de gauche voire même des anars qui soutiennent le Sentier Lumineux, entre autres on peu citer une brochure sur les prisonnières du Sentier Lumineux qui a circulé parmi les anars).

Le parcours de la CUT était encadré par 350 “flics rouges”de la CUT qui se chargeaient de la sécurité de la manif, en addition aux flics officiels. Et comme des encapuchadxs ont essayé de mettre un peu d’ambiance, la “jota” (JJCC-Jeunesses Communistes) et le s.o. de la CUT ont attaqué les encapuchadxs à l’aide de bâtons … résultat : 13 des guignols de la CUT ou de la jota ont été blessés, certains par des molotovs … est-ce que ça les rendra moins cons et autoritaires ? Certainement pas, mais au moins ça fait plaisir de savoir que les molotovs touchent les bonnes cibles. Neuf flics ont également été blessés et 4 motos de flics cramées. Et il y a malheureusement eu 43 arrestations.

À noter que la CUT et le PC sont de vieux habitués de la répression. En 2013 pour le premier mai ces misérables individus s’en étaient donner à cœur joie pour tabasser des encapuchadxs isolés.

Du côté du parcours des mécontents ça a beaucoup bougé sur la place Brasil, avec des affrontements dans les rues avoisinantes et une grosse répression. Des agents de la PDI (Police d’enquête) étaient postés à des fenêtres et balcons de leur bâtiment qui s’était fait attaquer, situé sur la place, et tiraient avec des balles en caoutchouc sur tout ce qui bougeait. On peut en avoir un aperçu ici.

À Chicago le premier mai était très différent. Il faut déjà savoir que le premier mai n’est pas férié en Amérique du Nord et n’est pas la fête des travailleurs.

Il y a cependant eu une petite manif dans le centre ville, partant du lieu d’origine des évènements de Haymarket. Cependant c’est avec regret qu’on peut constater que des organisation réformistes de défense de migrants se sont accaparées cette fête. L’ICIRR (la coalition de l’illinois pour les droits des immigrants et réfugiés, dont le directeur est membre du PRI, le parti de l’actuel président méxicain) dont les membres étaient vêtus de gilets jaunes avec le nom de leur asso, tenait le rôle de service d’ordre et donc aussi de balance lorsque des anars criaient un peu trop à leur goût. Grâce à ces collabos une personne a été arrêtée afin que “leur” manif, qui avait débuté par des discours réformistes et la Marseillaise comme musique (ça n’est pas une blague), puisse continuer son petit bonhomme de chemin au milieu de slogans pourris et réformards en espagnol et en anglais, le tout sous l’oeil de 3 hélicoptères et d’un nombre incalculable de flics à vélo, à pied et à voiture (les chevaux étaient sur place mais ne sont pas sortis de leurs camions).

Les discours faits à la fin de la manif ont été la cerise sur le gâteau. Que des intervenants apparentés à l’ICIRR ou à des églises, un pasteur a même fait son petit discours. Tous les discours allaient dans le même sens :
– Obama est un vilain menteur, depuis qu’il est président il y a eu 2 millions de personnes déportées alors qu’il avait promis d’être gentil avec les immigrés
– les immigrés méxicains qui sont des bons et vaillants travailleurs, de bons chrétiens et qui ne sont pas des criminels, méritent de rester sur le territoire étatsunien
– l’éternel appel à la Justice
– une emphase sur le sort des enfants immigrés (avec des personnes qui pleuraient presque en parlant au micro)

On peut rajouter que dans les discours y a eu pas mal d’autres trucs craignoss (“grâce à Obama les noirs ont plus de droits et nous les méxicains on a rien”), et que c’est quand même assez bizarre de revendiquer des droits pour les immigrés mais de ne parler que des méxicains, alors qu’il y a tout un tas d’autres personnes qui émigrent aux États-Unis (y avait plusieurs drapeaux méxicains dans la manif, et parfois des drapeaux étatsuniens couplés à des drapeaux méxicains).
C’est aussi curieux de ne pas parler des dernières grèves de la faim dans les centres de rétention à travers le pays, et de ne pas manifester devant le centre de rétention de Tricounty plutôt que de se promener dans le centre ville de Chicago.

Et c’est surtout très étrange que cette asso n’ait pas trouvé un autre jour parmi les 364 qu’il reste dans l’année pour déverser son discours réformard dans la rue. C’est d’autant plus navrant de voir que les anars les aient laissé s’accaparer et détourner une telle célébration.
Le premier mai est censé commémorer les évènements de Haymarket, qui ont eu lieu dans un contexte de lutte pour de meilleures conditions de travail (entre autres choses la journée de 8 heures), et qui ont valu la pendaison de 4 anarchistes. Dans de nombreux pays c’est la journée des travailleurs, ou des exploités, d’accord, mais de tous, peu importe leur couleur, leur religion, leur pays d’origine, ou n’importe quelle case à laquelle ils s’identifient.

Avec cet exemple on voit encore une fois que tout est prétexte à la classification et séparation des individus aux États-Unis. On voit aussi, avec l’exemple du premier mai à Santiago et celui de Chicago, que ça ne gêne pas les charognards anti-anarchistes de s’accaparer un évènement qui représente tout ce qu’ils détestent. Et il semble que même à Paris une clique d’autoritaires a voulu faire régner l’ordre et la tranquillité. On peut du coup se demander si tous ces énergumènes savent qu’à Haymarket le 4 mai 1886 une bombe a été balancée sur les flics qui réprimaient la foule de manifestants, provocant la mort de 7 policiers (certains tués après coup lorsque dans la panique ils ont commencé à tirer dans tous les sens, touchant leurs collègues au passage) …

Reformulé de leur presse par camotazo

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A Turin en Italie, de nombreux manifestant-es No TAV étaient présents dans la manif: des affrontements sporadiques avec les flics ont eu lieu durant tout le long du parcours, notamment lorsque des dirigeants du Parti Démocrate se trouvaient à proximité du parcours, protégés par des cordons de flics antiémeute.  A travers la presse, sept flics disent avoir été blessés et quatre manifestants anarchistes ont été arrêtés.

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Deux crapules du PD (tout est dit dans leur regard)

Deux crapules du PD (tout est dit dans leur regard)

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A Istanbul et à Ankara en Turquie, des manifestant-es se sont affronté-es avec les forces de l’ordre. 40.000 flics ont été déployés à proximité de la place Taksim d’Istanbul pour empêcher la tenue de la manifestation. Au moins 140 personnes ont été arrêtées.

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A Paris lors du passage du cortège anticapitaliste et anarchiste dans la matinée à Belleville, plusieurs banques se sont faits péter leurs vitrines, notamment celles du Crédit Lyonnais. La façade d’un supermarché Monoprix s’est littéralement écroulée sous l’assaut de compagnons-nes. Un flic connu de la DCRI s’est fait rosser par les manifestant-es, mais est parvenu à sauver sa face grâce à la collaboration du SO de la CNT. Une bureaucrate de la CNT a gueulé que la manif ne « pourra pas continuer dans ce climat de violence extrême » (sic!). Encore un peu et il appelait à balancer les compagnon-nes. Il y a eu aussi une tentative d’autoréduc’ du Franprix sur le chemin avant d’arriver à Belleville. 

Le compte-rendu complet sur paris-luttes.info

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à Berlin

à Berlin

[Turquie] Répression policière et arrestations de masse à Istanbul – 16 juin 2013

Dans les premières heures du 16 Juillet 2013, la police a perquisitionné 100 endroits différents à Istanbul.

Aux environs de 05h30, la police a pris d’assaut plusieurs maisons en même temps. Selon les premières informations, 12 membres du Öğrenci Kolektifleri (Collectif d’étudiants) et Liseli Genç Umut (Espoir jeune lycéen) ont été arrêtés. 26 personnes dans le quartier de Sancaktepe ont été arrêtées, y compris les lecteurs de magazines tels que Özgür Gelecek (Future Libre) et Devrimci Demokrasi (Démocratie Révolutionnaire), et les membres de AKA-DER (Fondation de recherche culturelle anatolienne) et HKP (Parti de libération du peuple). Il a été rapporté que les maisons des gestionnaires et des membres de la TGB (Syndicat de Jeunesse de Turquie) ont également été fouillées. Les avocats ont été informés que l’Etat a pris la décision de perquisitions et d’arrestations de 60 personnes pour une période de 72 heures, y compris des militantEs de Halkevleri, Öğrenci Kolektifleri, Özgür Gelecek, Devrimci Demokrasi, Aka-Der, HKP et TGB. 

56 personnes sont accusées ‘d’incitation à la révolte et de dégradations de biens publics‘. Le dossier a été classé comme confidentiel, afin que les personnes toujours en garde à vue (30 à ce jour) ne soient pas autorisées à parler à leurs avocats pendant 24 heures. Les flics ont également décidé de prélever des échantillons de salive des détenu.e.s.

Sources: ici et

Traduit via Contra Info, 16 juillet 213

[Turquie] Nouveaux affrontements avec les flics à Taksim – Istanbul, 13 juillet 2013

Turquie: les affrontements continuent entre policiers et manifestants à Istanbul

La police est intervenue samedi soir à Istanbul pour disperser des centaines de manifestants qui tentaient de gagner la place Taksim et le parc Gezi, bastion de la fronde antigouvernementale qui a agité la Turquie au mois de juin.

AFP/Bulent Kilic

AFP/Bulent Kilic

Les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau, de grenades lacrymogènes et de billes en plastique pour repousser les manifestants dans les ruelles du quartier de Beyoglu, qui jouxte la place Taksim.

La police a dans un premier temps autorisé un rassemblement de plusieurs milliers de personnes protestant contre le gouvernement islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, organisé devant le lycée francophone de Galatasaray, à plusieurs centaines de mètres de la place Taksim. Elle est ensuite intervenue contre environ 500 manifestants qui tentaient de marcher en direction de la place.

Dans la rue Ayhan Isik, des commerçants excédés par des semaines de manifestations et de heurts avec la police ont pris à partie des journalistes, et des altercations ont eu lieu avec des manifestants.

La place ouverte depuis cinq jours

Interdit au public depuis son évacuation manu militari le 15 juin dernier, le parc Gezi a été rouvert en début de semaine, mais les manifestations y restent interdites.

Le 31 mai, la police turque était violemment intervenue pour évacuer quelques centaines de militants écologistes du parc Gezi qui s’opposaient à l’arrachage de ses 600 arbres dans le cadre du projet d’aménagement de la place Taksim. Ce projet, défendu par le Premier ministre et ancien maire d’Istanbul Recep Tayyip Erdogan, prévoit la reconstruction d’une ancienne caserne ottomane à la place du parc et le creusement de tunnels, aujourd’hui presque achevés, pour rendre la place aux piétons.

Les manifestations contre ce projet ont fait cinq morts -quatre contestataires et un policier- et environ 8.000 blessés, selon l’Association des médecins.

Reuters - 13/07

Reuters – 13/07

Leur presse – SudInfo.be (AFP), 13/07/2013 à 20h18

[Turquie] Notes depuis l’insurrection de la place Taksim

Brèche d’Istanbul – Notes depuis l’insurrection de la place Taksim

 En fait, ce n’était PAS totalement imprévisible, mais d’une certaine façon nous ne pouvions pas voir que ça venait. Qu’ont fait les gens en Turquie jusqu’à ce que cette révolte éclate ? Les étudiant-e-s ont battu leurs enseignants qui leurs avaient donnés des notes inférieurs à ce qu’ils/elles méritaient. Les gens ont poignardés les médecins qui avaient négligés leurs proches. Ils ont tiré sur les sergents pour s’enfuir, et le service militaire obligatoire a été déserté. Ils ont détruit les commissariats de police et battus les officiers de police violents. Après que les tribunaux aient rendus leurs verdicts, les gens ont laissé un avant-goût de leur propre verdict dans les halls des tribunaux. Les femmes se sont faites justice elles-mêmes contre leurs violeurs. Ils et elles se sont suicidé-e-s sous la pression des grands examens, et des dettes de leur carte de crédit …

VOIR LA VIDEO SUR VIMEO

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L’insurrection des individus et des groupes révolutionnaires a finalement touchée les un-e-s les autres et s’est connectée à la Résistance du Parc de Gezi (à partir du 29 mai à ce jour). Nous avons donc voulu partager certaines de nos observations depuis les barricades avec vous:

• Les routes ont été bloquées, les coffres et les sièges arrières des voitures ont été fouillées pour voir si elles cachaient clandestinement des bombes lacrymos pour la police. Parce que la police a utilisé des ambulances pour cacher les bombes, les gens les ont traquées soigneusement, et ils ont caillassés les camions de pompiers parce qu’ils ont vu qu’ils servaient à transporter l’eau pour les canons à eau qui éteignaient les barricades enflammées.

• Des contrôles ont été pratiqués contre celles et ceux qui étaient soupçonnés d’être des flics en civil.

• Le réseau de vidéo-surveillance et ses caméras ont été démantelés et détruits.

• Plus de 40 barricades hautes ont été faites. Pavés, panneaux publicitaires, panneaux de signalisation, poubelles, tout ce qui nous tombait sous la main et qui traînait a été utilisé.

• Les banques, les guichets automatiques, les panneaux d’affichage et les publicités des arrêts d’autobus ont été détruits.

• Les cars et les voitures des flics ont été incendiés, ou utilisés pour le bien commun.

• Les machines et camions de construction ont été renversées, cassés et incendiés.

• Les aliments et fournitures nécessaires ont été volés dans les gros supermarchés des environs.

• Les véhicules des médias (vans de CNN) ont été retournés et détruits.

• Un bulldozer a été capturé et utilisé en contre-attaque aux véhicules antiémeutes de la police, et les canons à eau ont été chassés des rues.

• Les gamins qui ont été maltraité-e-s et humilié-e-s par les flics tous les jours, remettent les pendules à l’heure en les caillassant et en les frappant au visage. Ils et elles ont retrouvé-e-s leur intégrité.

• Les camions et des bulldozers ont été capturés et utilisés pour construire des barricades.

• Des jeunes non organisé-e-s et très largement apolitiques ont rencontré, discuté et appris mutuellement des tactiques et des stratégies avec des groupes radicaux plus organisés.

• Des milliers de jeunes ont fait leur baptême du feu dans les affrontements avec les forces de police.

• Un vaste réseau de solidarité a été spontanément organisé pour la nourriture, la boisson, les soins contre le gaz lacrymogène et les cigarettes.

• Des points boisson et nourriture ont été mis en place pour distribuer des trucs gratuits à quiconque en avait besoin.

• Les gens ont commencé à tout partager frénétiquement, leurs barres de chocolat, les cigarettes, leurs plats faits maison, la nourriture qui leurs avait été donnés par d’autres.

• Les ordures et le compost ont été recueillis collectivement, même les mégots de cigarettes.

• Tout le monde s’est mis à aider tout le monde avec des solutions anti-acide contre des gaz lacrymogènes sur les barricades.

• Les gens ont ouvert les portes de leurs maisons, ainsi que des petits cafés et des boutiques, accueillant des manifestants parfaitement aléatoires, qui avaient été acculés par les forces de police.

• Les femmes au foyer et d’autres personnes dans les quartiers se sont joints aux protestations en faisant du bruit avec des casseroles, etc…

• Des kits de solutions alimentaires et anti-acide ont été placés dans un grand nombre de points.

• Des points de premiers secours ont été mis en place.

• Des médecins ont couru de barricades en barricades lors d’affrontements très violents.

• Les vendeurs à la sauvette se sont multipliés, heureusement en l’absence de la police, qui habituellement les chassent et leurs confisquent leurs objets.

• Les travailleurEUSEs du sexe, y compris les transsexuel-le-s, ont pu aller travailler, se promener, et se mêler avec d’autres librement sans être maltraité-e-s.

• Un espace vacant fermé a été libéré pour les gens et transformé en un petit parc.

• D’autres maisons vacantes, qui étaient fermées pour prêts hypothécaires, ont été occupés et habitées.

• Un petit jardin urbain a été créé.

• Une bibliothèque libre a été mise en place.

• Les gens lisent des bulletins et des brochures comme ils et elles ne l’avaient jamais fait avant, et ont pensé des choses qu’ils et elles n’avaient jamais pensé avant.

• Les gens se sont emparés des rues et les ont faites leurs avec des graffitis, des pochoirs et différents drapeaux et banderoles, et des couleurs à la place de panneaux d’affichage et des publicités.

• Au lieu d’aller au travail ou de rentrer à la maison avec les transports publics ou en taxi , les gens marchaient lentement sous les nuages de gaz lacrymogènes scandant des slogans et des insultes. Ils et elles n’avaient plus peur, et ont continué à marcher.

• Les gens ont décidé de leur propre ordre du jour, sans les partis, le pouvoir ou les dirigeants.

• Pas une seule femme n’a été abusée. Elles ont marché librement, se promenaient autour et sont restées dans le parc.

• Les gens passaient leur temps ensembles au lieu de se tuer à petit feu face à leurs téléviseurs ou leurs écrans d’ordinateur.

• Les masses se sont désillusionnées et ont commencé à critiquer ouvertement les “médias de masse”.

• Les Kurdes ont librement agité leurs drapeaux de la guérilla (PKK), ont brandi des portraits de leur chef de guérilla emprisonné (Apo) et se sont aussi amusés avec leurs danses traditionnelles collectives. Les nationalistes, bon gré mal gré, se sont fait une raison. Même certains d’entre eux n’ont pu résister et se sont joint aux danses.

• Les activistes de classe-moyenne, avec leurs normes d’hygiène de bourgeois immaculés, ont mangé la même nourriture, chié dans les mêmes toilettes portables et sont restés de longues périodes sans se doucher avec les sans-abris et les animaux de la rue.

Les gens ont réalisé qu’une vie sans flics, c’est la JOIE, en effet.

« La vie est si ennuyeuse qu’il n’y a rien d’autre à faire que de dépenser tout notre salaire dans la dernière robe ou la dernière chemise.
Frères et sœurs, quels sont vos désirs ?
 Être assis dans un drugstore , le regard distant, vide, mort d’ennui, en buvant un café sans saveur ?
 Ou peut-être plutôt LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.”
The Angry Brigade.

Source: Contra-info, 20 juin 2013

[Turquie] Nouvelles de la révolte en cours et mise-à-jour sur la répression

Turquie: brève mise à jour sur la répression

Dimanche 16 Juin 2013, la ville d’Izmir était calme. Les gens se rassemblaient à Alsancak, à la place Gündoğdu, mais les forces de répression n’ont pas réagi. C’est probablement la stratégie policière en cours. Ils attaquent avec des forces considérables à Istanbul et à Ankara, mais « laisse les autres villes » pour le moment.

Place Taksim le 15/06

Place Taksim le 15/06

Les flics ont dispersé le commune de Taksim Gezi. La quatrième attaque de la police sur le parc Gezi a été la plus brutale. Les escadrons anti-émeutes, ainsi que de nombreux policiers en civil (certains d’entre eux des flics, d’autres des partisans de Tayyip Erdogan), ont attaqué dans la soirée alors que le parc était bondé, et qu’il y avait aussi des enfants et des personnes âgées dans le secteur.

Maintenant, au lieu d’énormes escadrons de police, de nombreux flics en civil attendent à l’intérieur de nombreuses rues pour capturer les gens. Les manifestants qui vivent dans les quartiers environnants sont pris au piège dans leurs maisons et cherchent des moyens pour se rassembler à nouveau dehors. Le dimanche soir, Twitter a été inondé de messages qui appelaient les gens à se réfugier dans leurs maisons.

Le 15 Juin, ils ont coupé une partie des arbres du parc Gezi tandis que le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan faisait un discours public. Les médias de masse (notamment NTV et Habertürk) ont manipulé les faits. Habertürk a diffusé le discours de Tayyip avec comme sous-titre « Premier ministre s’exprime devant 1 million de personnes. » L’endroit où il a prononcé son discours a la capacité de 250.000 personnes (4 personnes par mètre carré), et la moitié de la place était vide – bien sûr , cela n’a pas été montré dans les médias. Peu après, lors de la répression violente à Taksim, le message du sous-titre était «la police dégage les provocateurs du parc Gezi. » (Ils utilisent le mot «provocateurs» pour décrire les personnes qui poussent d’autres personnes à la violence, étiquetant chacune d’elles comme terroristes, en tant que personne à blâmer. Pendant ce temps, beaucoup de gens ne savent pas ce que signifie vraiment le mot.)

Dans les jours précédents, la police avait arrêté 29 personnes les accusant pour leurs messages sur Twitter (certains d’entre eux sont très naïfs). Selon le ministre de l’Intérieur, les personnes qui étaient actives dans les médias sociaux seront pourchassées aussi dans d’autres villes, et de nouvelles lois de l’Etat seront appliquées à propos d’Internet).

Arrestations à Taksim le 15 juin

Arrestations à Taksim dimanche 16 juin 2013

Dimanche (16/06), un total de 455 personnes ont été arrêtées dans toute la Turquie – 193 à Istanbul, 105 à Ankara. 22 d’entre eux, y compris des membres de Çarşı et quelques médecins, sont accusés d’être « organisateurs ». Le département du crime organisé de la police turque va enquêter sur ces personnes, et ils seront interrogés pendant 4 jours.

Barricade à Sisli (Istanbul)

Barricade à Sisli (Istanbul)

Ce lundi 17 juin 2013, les syndicats de travailleurs sont en grève, à savoir le DISK (Confédération des syndicats des travailleurs révolutionnaires), KESK (Confédération des syndicats des travailleurs du secteur public), TMMOB (Union des chambres des ingénieurs et architectes turcs), TTB (Association médicale turque) et le TDB (Association des Dentistes turcs).

Traduit par Le Chat Noir Emeutier / Contra-info, 18 juin 2013

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Communiqué de l’Action Anarchiste Révolutionnaire (Devrimci Anarşist Faaliyet, DAF):

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Contre l’État et la terreur policière : Notre rage grandit, ainsi que notre lutte !

L’occupation permanente de la place Taksim et du parc Gezi a été attaquée par la police ce matin (11 Juin 2013). Après la réunion du conseil des ministres hier, la police est venue en début de matinée sur la place, vers 7h00, et tout en tirant des grenades lacrymogènes, les forces de répression ont fait des annonces comme quoi ils n’attaqueraient pas le parc. Des centaines de policiers sont entrés dans la place Taksim plaidant qu’il n’y aurait pas d’attaque sur le parc et en disant que seul les banderoles seront enlevées. Alors que les banderoles sur le Centre culturel Atatürk ont été déplacées plus loin, un autre groupe de policiers a voulu enlever les tentes sur la place. Les gens ont essayé de les arrêter, et la police a attaqué les manifestants avec des gaz lacrymogènes.

Alors que l’attaque de la police était en cours, beaucoup de gens ont commencé à rejoindre la place contre cette attaque fasciste. Pour empêcher les gens de venir, la police a tiré des gaz lacrymogènes dans le métro, et la station de métro Taksim a été fermée durant l’opération.

La police a utilisé de grosses quantités de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de balles en plastique tout en pulvérisant de l’eau sous pression avec des canons à eau. Un groupe des résistants a fait une chaîne humaine, et la police a tiré des gaz lacrymogènes à une courte distance. Beaucoup de gens ont été blessés par les gaz, mais une fois l’effet du gaz lacrymogène passé, de nombreux manifestants se sont réunis et ont fait de nouveau la chaîne.

Bien que la police a annoncé qu’il n’allait y avoir «aucune intervention» au parc, ils ont tiré de lourdes quantités de gaz lacrymogènes dans le parc, même à l’intérieur de l’infirmerie, les blessés ont été déplacés de la zone.

Beaucoup de gens ont été blessés par les grenades lacrymogènes et les flashballs. Alp Altinörs, qui est membre de l’Initiative de solidarité Taksim, a été touché par une balle en plastique au front et a été évacué par ambulance à l’hôpital. On sait que la police vise les gens.

D’autre part, la police a commencé à attaquer les espaces politiques et des bureaux. Le bureau du SDP (Parti de la sociale démocratie) a été perquisitionné et beaucoup de gens ont été mis en détention. La police a menotté les résistants et les a brutalement frappé pendant leur détention.

Malgré les attaques violentes, les gens sur la place Taksim et dans le parc Gezi continuent de résister. L’État fasciste, l’oppression et la terreur policière ne peuvent pas nous décourager, notre lutte continue, notre rage grandit, il en va de notre lutte.

İstanbul est partout,  la résistance contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste est partout.

Émeute, Révolution, Anarchie !

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Les données du rapport officiel de l’Association médicale turque du 12 Juin 2013; mises à jour constantes ici.

  • Il a été rapporté qu’il y avait des blessures dans 13 villes.
  • 7478 personnes blessées au total.
  • 4 personnes sont mortes (un d’eux était un agent de police).
  • 55 personnes ont des blessures graves.
  • 91 traumatismes crâniens ont été signalés.
  • 1 personne à Ankara, 3 personnes à Istanbul, 1 personne à Eskişehir, 5 au total sont dans un état grave dont le pronostic vital est engagé.
  • 10 personnes ont perdu leurs yeux.
  • La rate d’1 personne a été enlevée.

Traduit en collaboration avec contra-info, 18/06/2013

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Turquie : ça n’est que le début, continuons

Il s’agit d’une révolte

Les projets d’aménagement urbain menacent depuis longtemps les espaces de vie des habitants d’Istanbul. Démolitions de bidonvilles en premier, puis 63 millions de mètres carrés de forêts à être saccagés pour construire le troisième pont, des centres commerciaux construits les uns après les autres, hôtels de luxe, et pendant ce temps le projet s’est poursuivi, le prochain était le parc Gezi. Les habitants d’Istanbul ont continué à résister à tous ces projets qui menacent la vie. Jusqu’à ce que des pelleteuses viennent au parc Gezi et déracinent les arbres; Jusqu’à ce qu’une « poignée de marginaux » revendiquent les arbres et leurs ombres et disent : « Ne déracinez pas les arbres, ne construisez pas de centre commercial dans le parc Gezi». Cette manifestation a été présentée comme un action « écologique et pacifique », jusqu’à ce que la police déclenche une opération tôt le matin et étouffe de gaz la zone du parc. L’État doit avoir «beaucoup» à en tirer car il essaie de réprimer cette protestation pacifique aussi durement qu’il le peut. La violence policière a augmenté au cours des derniers mois, et les manifestants se sont exposé à elle de façon inespéré. Des députés des partis d’opposition et des artistes sont venus au parc Gezi pour protester contre cela et pour soutenir les résistants, mais ils ont aussi eu leur part de terreur d’État.

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Au premier jour de la démolition, l’État ne pouvait pas obtenir ce qu’il voulait à cause de cette situation. Les manifestants sont restés dans le parc Gezi pour la nuit. On ne sait pas s’ils s’attendaient à une attaque le lendemain matin, mais tous les manifestants ont été jetés hors du parc au cours de la descente de police à l’aube. La police a brûlé des tentes, des couvertures et des affaires des manifestants. Les vidéos de manifestants exposés à des tirs de grenades lacrymogènes en continu et violemment arrêtés réveillent la rage dans chacun de ceux qui les regardent.

Bien sûr, cette rage n’est pas une rage pour une seule manifestation. Cette rage a été accumulée, accumulée à cause de la violence policière croissante.

Ce sont les attaques avec des grenades lacrymo, matraques et armes à feu qui ont créé cette rage. C’est l’interdiction du Ier mai , l’assaut sur Dilan Alp, et la mort de Şerzan Krut, Metin Lokumcu, Aydin Erdem … ce qui a créé cette rage est bien plus que quelques jours. C’est l’oppression croissante, les restrictions, la censure, l’exploitation économique … Ce qui a créé cette rage c’est l’État qui exerce dangereusement son pouvoir sur les gens, sans relâche et sans remettre en cause sa légitimité.

Ceux qui attribuent le « soulèvement populaire » à une forme d’action post-moderne devrait jeter un regard lucide sur ce fait. Les gens sont venus spontanément dans les rues parce qu’ils ont ressenti fortement l’oppression sociale, politique et économique. Ces événements ne sont ni une lutte de quelques jours comme le disent les médias de masse aveugles et sourds, ni influencés par des «groupes marginaux» comme les chefs du pouvoir d’État l’affirment.

Il est temps de lever le rideau tiré devant les yeux. Il s’agit d’une révolte. C’est la réponse du peuple contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste. C’est la fin de la légitimité du nouveau pouvoir d’État qui avait gagné l’amour des autres États, des institutions internationales et des multinationales.

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La démocratie de la marginalisation, de l’altérité et du rejet

C’est très important que la révolte se produise à un moment où la propagande de pouvoir d’État est “la Turquie Démocratique”. Par cette réaction au terrorisme d’État, les gens ont démoli la respectabilité “démocratique” de l’État.

Les gens sont descendus dans les rues dans un contexte où la liberté du peuple a été ignorée, où les gens ont été torturés et tués arbitrairement, alors que tous les grands médias se sont transformés en presse officielle de l’État, et l’État se prépare à la guerre dans les pays voisins et tue son peuple de ses propres mains en faisant ça.

La révolte s’est étendue à d’autres villes lors de la deuxième journée. La rage commune contre le terrorisme d’État a commencé à brûler partout dans les rues. Les gens ont pris les rues non pas à cause du principal parti d’opposition ou les mots de certains dirigeants, mais de sa propre initiative; pour répondre à tout cela en se tenant debout contre la violence policière et le terrorisme d’État. Avec cette conscience, ils ont attaqué la police, les bâtiments publics et les temples de l’exploitation capitaliste. Ceux qui ont fait tout cela n’étaient pas des «groupes marginaux». Ça a été aussi une révolte contre le comportement de l’État envers ceux qui n’obéissent pas à sa puissance, contre les «politiques de marginalisation» de l’État. En outre, le gouvernement n’a eu personne pour régler ou négocier. Cette révolte a été une action directe.

L’État a dissimulé la révolte dès le début. Ça a été interdit à la télévision, dans les journaux et autres médias. Ça ne s’est pas seulement passé à Taksim. Les gens ont déferlé de Beşiktaş, Harbiye et d’autres quartiers d’Istanbul. L’État a fermé le parc Gezi et la place Taksim avec tous les agents de forces de l’ordre disponibles. Les affrontements se sont poursuivis toute la journée. La colère grandissait à chaque nouvelle bombe lacrymogène, à chaque grenade assourdissante et à chaque arrestation. Ils ont résisté à la violence de la police avec détermination. Près d’un million de personnes ont rempli Taksim et n’ont pas reculé; en disant que nous sommes ici contre l’ignominie et la négligence de l’État.

Dans la matinée de la deuxième journée, la violence policière a été encore plus intense, et nous avons eu des nouvelles de personnes mortes et des blessées. L’État a terrorisé sans se soucier de sa légitimité, ou droits de l’homme ou de la démocratie. Dans une révolte de deux jours, l’État a jeté le masque des idéaux et des valeurs derrière lequel il s’était caché. L’État a montré son vrai visage à la population. Le monopole de la violence a terrorisé les résistants pas seulement à Istanbul, mais partout où des actions de solidarité avec Istanbul ont eu lieu. Il y avait de plus en plus d’informations qui parlaient de morts, de blessés et de détentions préventives.

Quarante heures au total … Après près de 40 heures d’affrontements, les gens ont marché de la rue Istiklal à la place Taksim. Les forces de l’ordre se sont échappées avec tous les véhicules. Quarante heures aussi longues que quarante ans : la place est devenu le monde pour nous. Il s’agissait de la liberté de la révolte. Notre chagrin était pour nos amis blessés et pour ceux qui ont perdu la vie.

Et puis le Parc Gezi, puis Gümüşsuyu, puis Besiktas … Et au-delà d’Istanbul les émeutes ont gagné Sakarya, Kocaeli, Ankara, Adana, Izmir … Dans cette révolte, qui est toujours en cours, la motivation la plus importante qui a gardé vive la spontanéité  était de partager et d’être solidaire. Des médecins volontaires ont monté des centres médicaux pour les manifestants frappés par la violence policière. Des organisations comme des associations de droit, des barreaux d’avocats et des associations de défense des droits de l’homme ont soutenu les manifestants en détention ou dans des conditions similaires. Les syndicats comme l’Association turque des ingénieurs mécaniciens ont transformé leurs bâtiments en infirmerie. Les gens ont ouvert leurs maisons, leurs lieux de travail, ont apporté un soutien en nourriture et boissons. Les gens ont donné des informations à d’autre sur les réseaux sociaux, et ont créé leurs propres moyens de communication face aux médias silencieux.

Partout et tout le monde est devenu la révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et toutes les formes d’exploitation. La solidarité sociale a marché et continue de marcher, là où les gens ont rejeté l’État hors de leurs vies.

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Réserves à l’égard de la révolte

Les médias qui sont restés «muets» au début des émeutes, essaient maintenant de donner un sens à la révolte – bien sûr, le sens que leurs patrons veulent. Ils ont dit que celle-ci est individualiste, téméraire, post-moderne, qu’elle est urbaine ou laïque … Ils ont affirmé que les personnes ont déferlé dans les rues avec tous ces concepts. Ils l’ont comparé à la Révolution de velours à Prague. Ils ont tenté de vider le sens d’une révolte contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste.

Les secteurs qui étaient dérangés par le parti au pouvoir et  son gouvernement en raison d’intérêts économiques et politiques contradictoires (dont beaucoup sont des classes supérieures et moyenne-supérieure) ont commencé à sortir dans les rues au cours des derniers jours. Ces secteurs, qui étaient partisans des dirigeants précédents, ont mis l’accent sur les manifestations anti-gouvernementales plutôt que sur la résistance au terrorisme d’État et à la violence policière. Il va falloir faire attention à éviter les fortes demandes réformistes provenant de ces secteurs, dans leur tentative de bloquer cette nouvelle lutte des opprimés contre le terrorisme d’État, la violence de la police et l’exploitation capitaliste. Ces secteurs peuvent tenter de manipuler la lutte pour leurs propres intérêts économiques et politiques.

Les partis d’opposition peuvent tenter de sortir de cette situation de la manière qui leur amènerait un maximum de profit, comme pour tous les «printemps». Leur appel à rester loin des «groupes marginaux», tout en évaluant la révolte, est la preuve la plus évidente qu’ils parlent avec le langage du Pouvoir. Comme dans les révoltes à d’autres endroits, ces partis qui tentent d’accéder au pouvoir en utilisant cette rébellion tenteront d’arrêter ceux qui se sont révoltés spontanément, sans chefs et sans partis.

Étant donné que ces secteurs ne sont pas les organisateurs du mouvement, ils ne peuvent pas imposer leurs caractéristiques socio-économiques à la population. Donc, ils ne peuvent pas diriger l’action. En outre, leurs déclarations insistent sur des «groupes marginaux» qui se composent d’individus qui les dérangent, mais qui sont aussi les vrais mobilisateurs de la révolte. Qui plus est, ils sont consciemment aveugles du fait que d’autres personnes opprimées de différents secteurs résistent, non seulement dans des centres comme Taksim et Beşiktaş, mais aussi dans des zones « environnantes ». Oui, la révolte a une idéologie, mais ce n’est pas une idéologie que les médias, les partis d’opposition et divers groupes économiques essaient d’homogénéiser et de dépolitiser.

L’idéologie de la révolte est la conscience de l’individu qui ressent l’augmentation de la terreur d’État et l’action individuelle  pour  lutter contre celle-ci.

Cette révolte a commencé contre le terrorisme d’État, la violence policière et l’exploitation capitaliste, comme nous l’avons souligné dès le début. Nous espérons que cela augmentera avec des grèves générales et qu’il y aura plus d’opprimés dans les rues, et par cet espoir nous faisons grandir la révolte. Nos réserves sur la révolte peuvent se concrétiser plus tard, si elle en  devient réduite à une lutte de pouvoir entre partis de l’opposition. Mais nous ne sommes pas des oracles. Les révolutionnaires ne font pas de prédictions sans espoir de l’avenir, assis dans un coin. Nous savons bien que des révoltes comme celle-ci sont des moments de mobilisation sur le chemin vers la révolution sociale. Notre combat anarchiste continuera donc à embrasser la révolte avec passion.

Source (en turc)Meydan Gazetesi (10 juin 2013)

Traduit en collaboration avec contra-info, 18 juin 2013

[Turquie] Taksim résiste face aux assauts policiers – Istanbul, 11 juin 2013

La police a chargé tôt ce matin, mardi 11 juin, la place Taksim (Istanbul) afin d’expulser ces occupant.e.s. Ces dernier.e.s résistent par tous les moyens  aux offensives des forces de l’ordre.

Suivre le fil-infogezipark.nadir.org

Les affrontements de ce mardi 11/06 à Taksim en images:

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Photos: Agences de presse (Reuters & AFP)

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Vidéo de la police turque tuant d’une balle dans la tête un manifestant:

Ethem Sarisuluk a été touché à la tête par un policier le 2 Juin. il est encore dans le coma. Certaines sources et les rapports disent que sa mort cérébrale a été déclarée par les médecins.

La vidéo vient de sortir:

VOIR LA VIDEO

VOIR LA VIDEO

SourceOccupied Taksim, 10 juin 2013

[Turquie] Les supporters de trois grands clubs de foot manifestent ensemble à Istanbul

Turquie : Les supporters des trois grandes équipes de foot manifestent ensemble à Istanbul

Le 8 Juin, à Istanbul, le groupe Çarşı s’est réuni vers 19 heures dans le quartier de Beşiktaş et est parti vers la place Taksim.

Ils ont également accroché cette banderole sur le Centre Culturel ‘Atatürk’, à Taksim (Optik, illustré sur la banderole, est celui qui a crée ‘Çarşı’ et a donné aux supporters du club sportif de Beşiktaş une perspective politique). Le groupe ‘Çarşı’ a été très courageux et efficace lors des affrontements, et reçoit un soutien énorme de la population.

Gezi, Istanbul

Gezi, Istanbul

Ces vidéos 1, 2 à partir des mêmes manifs montrent les gens d’Istanbul unis (Beşiktaş, Fenerbahçe et Galatasaray) se déplaçant aux côtés du groupe Çarşı vers le parc Gezi. Les manifestants chantent “lance-là, lance-là, allume ta lacrymogène, laisse tomber ta matraque, enlève ton casque, puis nous verrons qui est le plus fort“, “Gouvernement, démission“, “Tayyip, démission“, “Saute, saute, Tayyip est celui qui ne saute pas “,” Résiste, parc Gezi” et d’autres slogans le long du chemin.

Besiktas

VOIR LA VIDEO (Taksim 21 00 - Istanbul United Meşale Beşiktaş Çarşı amp Fenerbahçe amp Galatasaray)

VOIR LA VIDEO (Taksim 21 00 – Istanbul United Meşale Beşiktaş Çarşı amp Fenerbahçe amp Galatasaray)

Pour des mises à jour sur les émeutes à travers tout le pays : gezipark.nadir.org (en plusieurs langues, dont en français, Ndlr) et occupygezipics (la plupart des photos comprennent des descriptions en anglais en cliquant sur ‘+’).

Il y a également un journal de Gezi Park, et une radio qui transmet en direct en turc.

rue Istiklal

rue Istiklal (Istanbul)

Des enfants qui répondent à la question “Que s’est-il passé à Istanbul et en Turquie récemment ?”

Des enfants qui répondent à la question “Que s’est-il passé à Istanbul et en Turquie récemment ?”

“Révolte”, graffiti dans le quartier d’Ilion, Athènes (Grèce)

“Révolte”, graffiti dans le quartier d’Ilion, Athènes (Grèce)

Banderole dans la ville d’Argostoli sur l’île de Céphalonie (Grèce) “Insurrection contre l’État et le capitalisme partout – Solidarité avec le peuple turc”.

Banderole dans la ville d’Argostoli sur l’île de Céphalonie (Grèce) “Insurrection contre l’État et le capitalisme partout – Solidarité avec le peuple turc”.

Vieux château à Patras (Grèce)

Vieux château à Patras (Grèce)

Traduit en collaboration avec Contra-info, 11 juin 2013

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Manifestations en Turquie: «Les supporters de foot sont habitués aux affrontements avec la police»

TURQUIE – Le chercheur à l’université de Galatasaray Jean-François Polo revient sur la participation des supporters de football dans les manifestations à Istanbul…

Place Taksim, les maillots des «Aigles» du Besiktas côtoient ceux des «Canaris» de Fenerbahçe et des «Lions» de Galatasaray. Laissant leur rivalité historique au vestiaire, les supporters des trois clubs de football d’Istanbul se sont unis dans la protestation contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Mais pour Jean-François Polo, enseignant-chercheur à l’université de Galatasaray, l’union sacrée pourrait ne pas résister à la politisation du mouvement.

Quel est le rôle des supporters de foot dans les manifestations à Istanbul?

Ils ont un savoir-faire en matière de mobilisation, de contestation voire d’affrontements avec la police. Ils ont joué un rôle important au début du mouvement, quand la résistance s’est organisée. Ils étaient à l’avant-garde car ils sont habitués aux affrontements avec les forces de police. Ils sont capables d’aller au plus proche des camions, de s’organiser, et ils ont l’équipement qu’il faut.

Les «ultras» du Besiktas ont été parmi les plus actifs et sont connus pour leurs tendances anarchistes. Quel est l’enjeu politique pour eux?

Ce groupe de supporters revendique clairement une identité de gauche anticapitaliste, ils sont notamment contre la marchandisation du sport. Ils représentent une gauche populaire voire populiste. Ils sont donc réactifs et critiques à l’égard du gouvernement actuel qui renforce une forme de néolibéralisme. Il y a une dimension sociale dans leurs prises de position, ils peuvent dénoncer le chômage, les atteintes à l’environnement, la création des grands centres commerciaux et donc le projet de Gezi, mais ils ne sont pas homogènes politiquement. On peut certainement trouver des militants kémalistes, mais c’est avant tout un positionnement sociétal plus que politique.

L’union sacrée entre les trois clubs est-elle une réalité?

Même si on a célébré les retrouvailles entre les supporters du Besiktas, du Fenerbahce et de Galatasaray, les UltrAslan de Galatasaray ont déclaré aujourd’hui qu’ils prenaient leur distance avec le mouvement car ils veulent rester en dehors de la politisation de la manifestation. Ils ont ainsi voulu marquer leur distance avec l’engagement politique du Besiktas.

Leur presse – 20Minutes.fr (Propos recueillis par Audrey Chauvet), 10/06/2013 à 16h34

Mardi 11 juin, 10h10 ([Istanbul occupée] In Tarlabaşı one TOMA is on fire)

Source: JuraLib, 11 juin 2013

Voir des infos sur la journée de lundi 10 juin 2013 à Ankara et à Istanbul

[Turquie] Sur les occupations et la révolte en cours (du 4 au 9 juin 2013)

Ce qu’il se passe ce dimanche 9 juin 2013 en Turquie…

  • 14h17 [Adana] Des partisans de l’AKP attaquent les manifestants avec le slogan » Nous sommes les soldats de Tayyip » dans le quartier de Akkapı. Les habitants de différents quartier d’Adana se rendent à Akkapı pour aider les personnes attaquées.
  • 13h54: [Mersin] Chaque seconde, la foule à Mersin est en augmentation. Au dernier décompte, il ya au moins 3.000 manifestants. La police a tiré avec des armes à feu sur les manifestations. Les manifestants ont veillé à ce que la police baissent leurs armes. La manifestation se poursuit.
  • 13h38: [Mersin] Environ 2.000 personnes ont défilé devant le Lycée Tevfik Siri Gur à Mersin, qui devraient être démolis. Tayyip Erdoğan ne peut pas aller dans le centre-ville.

Le fil-infos de la situation (en plusieurs langues, dont en français) partout à travers la Turquiegezipark.nadir.org

Nouvelle dispersion violente d’une manifestation en Turquie

 La police turque a tiré des gaz lacrymogènes et fait usage de canons à eau, samedi 8 juin, dans la soirée, pour disperser une manifestation de plusieurs milliers de personnes dans le centre d’Ankara, au neuvième jour d’un mouvement de contestation visant le régime islamo-conservateur.

Manifestation à Ankara, le 8 juin. | AFP/ADEM ALTAN

Manifestation à Ankara, le 8 juin. | AFP/ADEM ALTAN

Des centaines de policiers anti-émeutes ont abondamment utilisé le gaz pour déloger les protestataires sur la place centrale de Kizilay, théâtre de manifestations anti-gouvernementales depuis plus d’une semaine. Les forces de l’ordre ont poursuivi des protestataires qui se sont enfuis dans les ruelles voisines de cette place, centre névralgique de la capitale turque. Plusieurs personnes ont été blessées, selon les chaînes de télévision.

ISTANBUL PRÊTE À DES CONCESSIONS SUR LE PROJET URBAIN

Un peu plus tôt dans la journée, le maire d’Istanbul, Kadir Topbas, s’est dit prêt àrenoncer à certaines parties du projet d’aménagement de la place Taksim, à l’origine de la fronde qui vise depuis plus d’une semaine le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. « Nous ne pensons absolument pas à construire un centre commercial là-bas, ni un hôtel, ni des logements », a déclaré M. Topbas, évoquant l’hypothèse d’un « musée municipal » ou encore d’un « centre d’exposition »

Le maire a en revanche confirmé l’intention des autorités de reconstruire à la place du parc Gezi, qui jouxte la place Taksim, l’ancienne caserne ottomane détruite dans les années 1940. « Le projet de reconstruction de cette caserne faisait partie de nos promesses électorales, le peuple nous a donné le droit de le faire », a expliqué M. Topbas. « Nous avons certainement des défauts, mais nous pouvons résoudre tout ça par le dialogue », a-t-il assuré.

Le projet prévoit de raser les 600 arbres du parc Gezi pour reconstruire cette caserne militaire, où les autorités avaient évoqué l’hypothèse d’installer un centre commercial ou des logements.

« AUCUNE RÉPONSE »

Des jeunes militants squattent au parc Gezi à Istanbul, le 8 juin. | AFP/ARIS MESSINIS

Des jeunes militants squattent au parc Gezi à Istanbul, le 8 juin. | AFP/ARIS MESSINIS

Le collectif des opposants au projet de réaménagement de la place a rejeté l’offre de dialogue du maire. « Dès que Erdogan a annoncé ses plans pour rénover Taksim, nous avons porté l’affaire devant la justice. Ils ont continué sans attendrela décision de la justice », a déploré une de leurs porte-parole, Mucella Yapici.

Un tribunal administratif d’Istanbul a suspendu le 31 mai le projet contesté de reconstruction de la caserne militaire. La liste de revendications remise par le collectif mercredi au vice-Premier ministre, Bülent Arinç, n’a pour l’heure reçu« aucune réponse », a ajouté Mme Yapici. Les opposants avaient notamment exigé le renvoi des responsables de la police de plusieurs grandes villes du pays, la libération des personnes interpellées et l’abandon du projet de réaménagement de Taksim.

L’intervention violente de la police au matin du 31 mai pour déloger des manifestants qui occupaient le parc Gezi avait provoqué des affrontements qui se sont, depuis, transformés en un vaste mouvement de contestation dirigé contre le gouvernement islamo-conservateur, le plus sérieux depuis son arrivée au pouvoir, en 2002.

Leur presse – LeMonde.fr (avec AFP), 09/06/2013 à 00h21

Vidéo d’Euronews (datant du 09/06/2013) des affrontements nocturne dans la capitale turque Ankara:

VOIR LA VIDEO

VOIR LA VIDEO

De nombreuses vidéos sur les affrontements à Ankara et à Istanbul dans la nuit du 8 au 9/06http://berthoalain.com/2013/06/09/affrontements-a-istanbul-et-ankara-8-juin-2013-les-videos/

Quelques brèves de ces derniers jours

Sources: mass medias (rt.com; 972mag.com…)

  • Dimanche 9 juin 2013:

On apprend (et on s’en réjouit!) que six policiers se sont suicidés depuis le début du mouvement enclenché fin mai. Les syndicats de policiers se plaignent également de leurs mauvaises conditions de travail…

  • Samedi 8 juin 2013:

Plus de 10.000 manifestant.e.s se sont rassemblé.e.s au centre-ville d’Ankara: la manifestation a été écourtée par « une intervention soudaine et inattendue » de la police turque. La répression a été brutale, les flics ont gazé et utilisé des canons à eau en continu, arrêtant des personnes au hasard.

La foule a alors riposté en lançant des feux d’artifice et des pierres sur la police. De nombreuses barricades ont été montées à travers les rues.

Une vidéo des affrontements de la nuit du 8 au 9 juin à Ankara:

VOIR LA VIDEO

VOIR LA VIDEO

Du côté d’Istanbul, la place Taksim est toujours occupée. Des milliers de personnes ont pris la rue et le parc Gazi est rempli de tentes:

Parc Gazi (Taksim), matinée du 8 juin 2013

Parc Gazi (Taksim), matinée du 8 juin 2013

Des affrontements ont éclaté entre la police et les manifestants pendant la nuit du 7 au 8/06 à Gazi (Istanbul). La police aurait utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre un groupe de 5.000 manifestants qui avaient monté des barricades sur les routes. Les manifestant.e.s ont riposté avec des feux d’artifice et des lances-pierres.

  • Jeudi 6 & vendredi 7 juin 2013:

L’occupation du parc Gazi continue: de nombreuses personnes ramènent de la nourriture sur le campement, les barricades sont reconstruites en permanence, la place Taksim est toujours l’épicentre de la révolte, où les gens continuent à se rencontrer et s’organiser. Par ailleurs, le premier ministre Erdogan réaffirme sa politique intransigeante à l’égard des barricadiers et vandales lors d’un de ces discours.

Militant LGBT présent à proximité de la place Taksim à Istanbul le 7 juin 2013

Militant LGBT présent à proximité de la place Taksim à Istanbul le 7 juin 2013

Un policier turc a été déclaré mort en début d’après-midi après avoir fait une chute d’un pont de 5 mètres de haut alors qu’il poursuivait des manifestant.e.s dans la province d’Adana (dans le sud du pays).

Les autorités turques ont libéré 33 utilisateurs de Twitter qui avaient été arrêtés à Izmir mercredi (05/06/2013), comme le rapporte Al Jazeera. La libération est intervenue quelques heures avant le retour du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan d’un voyage à l’étranger.

Manifestant.e.s passant vers le stade de Besiktas (Istanbul), le 6 juin 2013

Manifestant.e.s passant vers le stade de Besiktas (Istanbul), le 6 juin 2013

Barricade en construction sur une route entre le stade de Besiktas et la place Taksim, Istanbul, dans la matinée du 6 juin 2013

Barricade en construction sur une route entre le stade de Besiktas et la place Taksim, Istanbul, dans la matinée du 6 juin 2013

Entre le stade de Besiktas et Taksim, 6 juin 2013

Entre le stade de Besiktas et Taksim, 6 juin 2013

Repas populaire au parc Gazi (Istanbul, 6 juin 2013)

Repas populaire au parc Gazi (Istanbul, 6 juin 2013)

  • Mercredi 5 juin 2013:

Au sixième jour de la révolte en Turquie, le militant Ethem Sarısülük est mort des suites de blessures à la tête subies lors d’affrontements dans la ville d’Ankara (capitale du pays), ce qui en fait le troisième décès à ce jour.

Au cours de la journée de mercredi, les autorités turques ont continué à cibler les médias sociaux, arrêtant au moins 25 personnes et en les accusant d’utiliser Twitter pour « incitation à la haine publique et à l’animosité. » Des réseaux gouvernementaux ont été piratés par des hacktivistes en soutien aux manifestants.

A Ankara, de nombreux affrontements entre manifestant.e.s et forces de l’ordre se sont déroulés à différents endroits de la capitale:

A protester is hit in the face by police during clashes during an anti-government demonstration near square, Ankara on June 5, 2013.

Un manifestant frappé au visage par la police lors d’une manifestation à côté de la place Kizilay à Ankara, 5 juin 2013

Turkish policemen use a water canon against protesters during an anti-government demonstration, near Kizilay Square, Ankara on June 5, 2013.

Turkish policemen use a water canon against protesters during an anti-government demonstration, near Kizilay Square, Ankara on June 5, 2013.

Voiture de police visible à travers un panneau publicitaire cassé lors d'une manifestation nocturne à Ankara, en Turquie, le 5 mai 2013.

Véhicule de police visible à travers un panneau publicitaire cassé lors d’une manifestation nocturne à Ankara, en Turquie, le 5 mai 2013.

Turkish policemen arrest protesters during clashes following an anti-government demonstration near Kizilay Square, Ankara on June 5, 2013.

Turkish policemen arrest protesters during clashes following an anti-government demonstration near Kizilay Square, Ankara on June 5, 2013.

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Un manifestant attaque la police au lance-pierres près de la place ‘Kizilay’ à Ankara, 06/06/2013

  • Mardi 4 juin 2013:

Seize personnes ont été mises en garde à vue pour « incitation au désordre et pour avoir appelé à participer aux manifestations en cours » sur Twitter après des descentes de la police sur trente-huit logements, selon quotidien turc Radikal.

13h35 GMT: Des centaines de manifestants commencent à affluer de nouveau à la place Taksim à Istanbul.

A Turkish demonstrator raises his hands during a protest held in front of the Prime Minister's office in central Ankara on June 4, 2013 (AFP Photo-Marco Longari)

A Turkish demonstrator raises his hands during a protest held in front of the Prime Minister’s office in central Ankara on June 4, 2013 (AFP Photo-Marco Longari)

13h14 GMT: des manifestants turcs ont empêché un homme qui tentait d’attaquer un fourgon de police lors d’une manifestation tenue devant le bureau du Premier ministre dans le centre d’Ankara, a rapporté l’AFP.

Très tôt dans la matinée, on apprenait que 4 sites du gouvernement turc ont été piratés par des hacktivistes: parmi ceux visés, on compte celui celui du ministère des Affaires religieuses, ainsi que ceux du tourisme et du développement durable

Par ailleurs, des appels à la grève ont été lancés par la KESK (Confédération des Syndicats de travailleurs du secteur public), qui compte 240,000 adhérent.e.s.

Les affrontements avec la police sont sporadiques à Taksim, les résidents d’Istanbul installent des hôpitaux de fortune dans le quartier de Besiktas afin de soigner les nombreux blessés.

En savoir plus à propos de cette révolte en cours contre le pouvoir turc et ses projets d’urbanisation:

  1. Le début des affrontements lors de l’opération policière d’expulsion de la place Taksim (Istanbul) fin mai 
  2. Historique de la lutte contre les projet d’urbanisation à Taksim & récits des événements à Istanbul (contre-info)
  3. La révolte (du 1er au 3 juin 2013) qui s’étend à travers le pays
  4. Récits depuis les rues & places d’Istanbul et de Turquie (contre-info du 1er au 3 juin)

 

[Turquie] Nouvelles de la lutte et des émeutes en cours

Le premier juin nous étions à Taksim vers 15h. Après les affrontements qui avaient commencé le matin la police a dû quitter la zone. Les flics ont disparu pendant des heures. Durant deux heures il n’y avait de présence policière dans aucune zone du centre d’Istanbul. Les gens ont occupé la place Taksim et le parc Gezi. Il y avait beaucoup de gens. Tout le parc, la place et les routes qui y menaient étaient pleines de monde. Toutes les barrières de construction qui fermaient la partie ouest du parc ont été détruites par les manifestants. Des barrières de sécurité ont été enlevées et jetées sur la route qui mène au tunnel souterrain récemment construit. Ces barrières ont aussi été utilisées pour les barricades. Le QG de la police qui est au sud du parc qui domine la place a été brûlé et le véhicule anti-émeute laissé là par la police a aussi été détruit. Une voiture de police au même endroit a été retournée et détruite aussi. Ça débordait de joie du côté des manifestants et certains se prenaient en photo devant les voitures et immeubles détruits. Au nord du parc il y a l’hôtel Hyatt Regency et dans le jardin de l’entrée une voiture de police a été jetée dans la piscine. Quatre bus publics abandonnés à un carrefour proche ont aussi été détruits.

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Vers 6h nous avons appris par nos compagnon-ne-s que des affrontements avaient commencé à Beşiktaş, où se trouvent les bureaux et la maison de Tayyip Erdogan. Des gens attaquaient les lieux depuis quatre directions : depuis la place Beşiktaş (à l’est), la rue Dolmabahçe (à l’ouest), Akaretler (nord-ouest) et la rue Ortabahçe (au nord). La police était coincée là-bas avec quatre chars lance-eau et environ 150 policiers à l’entrée de la rue Hayrettin İskelesi. Dans toutes les directions se dressaient des barricades. Après quelques heures la police a pu pousser les gens et se déployer. De nouvelles barricades étaient aussi dressées dans la rue Mumcu Bakka et la rue Süleyman Seba pour empêcher la police d’entrer dans le Çarşı, qui est le bazar de Beşiktaş où traÏnent les gens. La police a utilisé des balles de caoutchouc lorsque les attaques des manifestants s’intensifiaient. Au milieu de la nuit (du 1er au 2 juin) la police se préparait à attaquer de nouveau l’occupation du parc Gezi. Malgré ça les gens dans le parc ont cramé les engins de construction. Les affrontements ont continué jusqu’à 1:30 du matin (02/06). La police a définitivement utilisé de manière excessive les bombes lacrymogènes pour disperser la foule, ce qui a obligé les manifestants à quitter les barricades pour se réfugier dans les magasins et bars environnant, ou à se regrouper dans des rues intérieurs de Beşiktaş. À ce moment là nous avons appris que la police rassemblait ses forces pour attaquer le parc Gezi.

Pendant ce temps à Taksim d’énormes barricades ont été construites sur les routes et les rues tout autour de la place et du parc Gezi durant toute la nuit. Des bus, des voitures, du matériel de construction, des barrières de police, des poubelles etc … étaient utilisés pour monter les barricades.

Le 2 juin, à peu près 30,000 personnes étaient rassemblées à Taksim vers 14h30. Un tract du parc Gezi disait : « Iktidar hayatı hedef aldığında, hayat direniş olur / Lorsque le pouvoir met en danger la vie, la vie devient résistance ».

Sur les places où nous avons été, à Istanbul, de nombreux manifestants hésitaient à s’attaquer à des cibles capitalistes, précaution contre de possibles manipulations médiatiques. En dehors des caméras de surveillance sabotées, nous avons vu qu’un seul DAB abîmé. Nous avons bougé de nombreux véhicules pour les utiliser comme barricades mais nous ne les avons pas abîmé (au moins pas délibérément). En gros les principales cibles dans ces affrontements ce sont les flics. Mais à İzmir par exemple nous savons que des manifestants ont attaqué une banque et un Starbucks, parmi d’autres.

À plusieurs reprises des policiers ont attiré plusieurs personnes vers des rues où elles ne devaient pas aller, et les ont arrêté. Ce jour-là,  à Istanbul, toutes les personnes détenues à Taksim et Beşiktaş semblent toutes avoir été libérées. Près de 80 d’entre elles ont été emmenées au palais de justice et libérées par le procureur, alors que près de 100 d’entre elles ont été libérées sans être passées devant le procureur.

Voiture de flic retournée

Voiture de flic retournée

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Les affrontements ont commencé à Beşiktaş aux alentours de 18 heures, et des barricades ont été encore une fois construites le long des rues de ce quartier. La force et la brutalité policière était beaucoup plus importantes que la veille. Après quelques heures, la police a utilisé une quantité excessive de gaz lacrymogène et repoussé la foule à l’intérieur des rues. Ils ont jeté des grenades lacrymogènes à l’intérieur des rues et chassé les manifestants qui fuyaient. Ils ont également visé des maisons, des magasins et des cafés. Les résidents et les propriétaires de magasins étaient complètement solidaires des manifestants et ils ont ouvert leurs maisons et leurs portes aux manifestants qui tentaient d’échapper à la police. Les services de santé ont été fournies à plusieurs endroits secrets. Les affrontements ont diminué après 01h00, mais ont continué jusqu’à 5h du matin. À un certain moment dans la nuit, à proximité du stade Inönü dans le quartier de Beşiktaş, les émeutiers ont repris une pelleteuse et l’ont utilisé pour chasser un véhicule anti-émeute. A 3 heures du matin il y avait une attaque massive de la police à nouveau, et cette fois ils ont arrêtés de nombreuses personnes.

Pour ajouter encore quelques slogans entendus dans les rues: «Tayyip’in piçleri, yıldıramaz bizleri / bâtards de Tayyip (flics), vous ne pouvez pas nous effrayer», «bu Daha Baslangic, mücadeleye devam / ce n’est que le début, continuons la lutte» mais aussi «hepimiz Mustafa Kemal’in askerleriyiz / nous sommes tous des soldats de Mustafa Kemal “(malheureusement très souvent scandé par des patriotes / kémalistes et autres).

En fin de soirée du 2 Juin, beaucoup ont estimé qu’il devait y avoir jusqu’à 1700 arrestations sur les 235 manifestations organisées dans 67 villes dans toute la Turquie. Plus de 900 personnes auraient été arrêtées à Ankara (la plupart d’entre elles arrêtées dans un stade municipal). En effet, les manifestations se sont propagées dans de nombreuses villes. Izmir a également été en feu, et Ankara a vu des affrontements prolongés depuis quelques jours. À Ankara, il semble que la police ait utilisée des balles réelles (vidéo du moment où un jeune homme est touché à la tête par les flics).

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Il y a une grave pénurie de sang dans les hôpitaux locaux en raison des centaines de blessés et des interventions chirurgicales ont besoin d’être faites, donc les émeutiers invitent les gens à faire des dons de sang.

Heureusement, la jeune femme qui a reçu une balle dans la tête par une bombe de gaz le 31 mai n’est pas morte. Au cours de la nuit du 2 Juin, nous avons appris qu’elle est capable de bouger sa main, mais elle est toujours inconsciente, son crâne est fendu.

Il est bien entendu très difficile d’être au courant de tous les actes de révolte et des situations de répression à travers le territoire contrôlé par l’État turc. En outre, nous n’avons pas une idée bien claire sur la présence des merdes nationalistes dans les différents rassemblements. En ce qui concerne les agents de police, ils ont largement utilisé des balles en caoutchouc, toutes sortes de gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, ont attaqué avec des matraques,  avec des canons à eau et des armes à feu réelles à plusieurs reprises. De plus, le gouvernement turc a déployé un nombre toujours croissant de forces anti-émeutes et déployé des voyous et des policiers en civil para-étatiques dans les rues. La violence de la police peut largement se constater sur une vidéo du 01 juin,  avec encore un autre manifestant frappé par un blindé de la police. Regardez ce gazage directement dans une maison par une fenêtre. Vous pouvez aussi voir Delilim var («J’ai des preuves») pour plus d’infos sur la brutalité policière.

Selon ce blog photo-reportage, «le liquide orange / rouge a été confirmé par plusieurs sources comme étant du CS mélangé avec de la peinture orange ou rouge (différent selon les zones de la ville) afin de marquer les manifestants pour une identification ultérieure. Il convient de préciser que ce n’était pas de l’agent orange, une rumeur qui a été répandue. L’agent orange est incolore.

Le liquide qu’ils lancent avec des canons à eau est parfois jaunâtre et parfois de couleur rougeâtre. Le jaune a les mêmes effets que les gaz lacrymogènes et ça donne l’impression que la peau brûle.

Cependant, les manifestants résistent et ripostent (voir par exemple la vidéo où quelques-uns lors d’une contre-attaque spontanée confisquent des boucliers de la police).

Compte-rendu depuis Beşiktaş et Taksim du lundi 3 juin

Le matin après deux jours de lourds affrontements la présence policière à Beşiktaş était énorme. Ils se trouvaient dans le parc  Abbasağa et à Dolmabahçe en grand nombre et autour de la place Beşiktaş en plus petits groupes. L’après-midi j’ai vu des lycéens habillés de noirs (pour montrer leur solidarité avec la lutte du parc Gezi) se rassembler à l’entrée de Çarşı. Ils scandaient des slogans. La police s’est tenu à l’écart. Vers 09h du matin des gens dans les maisons des environs se sont mis à leurs fenêtres et ont commencé une casserolada. Ça a duré une demi-heure. [au moment où j’écris ça [04/06, 20h55) ça a recommencé. Les gens dans la rue crient et tapent sur le mobilier urbain, dans les maisons tapent sur leurs casseroles, et  klaxonnent depuis leurs voitures].

Des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées à Taksim au 6ème jour d’occupation du parc Taksim Gezi. Les forces de police étaient sur la route Dolmabahçe Gazhane, à l’est du stade İnönü. Les révoltés dans la rue İnönü (Gümüşsuyu) ont construit de nouvelles barricades tout le long du chemin vers le stade. Il y avait 7 ou 8 barricades tout le long de la route. Des affrontements dans cette rue ont continué durant des heures, commençant le soir et se terminant tard dans la nuit. Bien évidemment la police a utilisé de nouveau des lacrymogènes. Mais cette fois c’était beaucoup plus fort et dense parce que même les gens qui étaient loin ont été affectés par les effets des bombes lacrymogènes.

Il y avait beaucoup de flics en civil autour de nous à Taksim. Certains grimpaient sur les plus hautes barricades et criaient ” nos compagnons ont besoin d’aide là-bas, nous devons construire une nouvelle barricade là-bas” ou “un médecin, nous avons besoin d’un médecin là-bas”. Ils ont essayé de faire en sorte que les gens traversent les barricades pour les diriger vers la police. Malheureusement certaines personnes et médecins les ont cru malgré nos avertissements et ont traversé les barricades et ne sont pas revenus. La police n’était pas capable d’approcher la zone que nous occupions. Les barricades construites sont solides et grandes. Mais il ont jeté une quantité excessive de gaz lacrymogène depuis l’endroit où ils sont. Ces lacrymogènes ne pouvaient atteindre le côté de la barricade où nous étions mais un énorme nuage de fumée se dirigeait vers le parc Gezi. Les flics en civil ont essayé de semer la panique au parc Gezi et ont fait que certaines personnes ont fui les lieux. Une bombe lacrymogène est tombée dans la pelouse entre la rue Asker Ocağı et Prof Dr Bedri Karafakioğlu et a mis le feu à un arbre. Deux personnes des barricades ont sauté dans la pelouse pour éteindre le feu. Ensuite à l’aube nous avons vu venir de l’est un nuage de fumée venir. Quelque chose brûlait là-bas, mais je ne sais pas ce que c’était. Beaucoup de personnes sont restées jusqu’au matin.

Contrairement aux deux jours précédents il n’y a pas eu d’affrontements à Beşiktaş à part quelques événements mineurs. Les personnes de Beşiktaş sont allées à Taksim et se sont joint aux actes de révolte là-bas.

L’occupation continue. En Turquie il y a peu d’expérience de révolte et d’occupation. Mais maintenant grâce à ces brutes de flics nous apprenons très vite.

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Des rassemblements de solidarité ont eu lieu partout dans le monde, à travers l’Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, Espagne, France, Grèce, à Chypre, de New York à Buenos Aires …

Banderole sur l’île de Lesbos (en face de la côte Turque) : « Solidarité avec les rebelles en Turquie »

Banderole sur l’île de Lesbos (en face de la côte Turque) : « Solidarité avec les rebelles en Turquie »

Voici quelques slogans scandés dans la ville de Ioannina (Grèce, le 02/06) lors d’un rassemblement de solidarité: «En Grèce,  en Turquie, en Albanie, l’ennemi ce sont les banques et les ministères. / En Suède, en Grèce, en Turquie, les émeutes se transforment en réalité, elles ne sont pas une utopie. / Places de Turquie, montagnes du Mexique, les révoltes vont bientôt éclater partout. / Pour nous, les frontières ne signifient rien; écrasons le fascisme en Grèce comme en Turquie. / Que ce soit en Grèce ou en Turquie, les escadrons anti-émeutes et la stratocratie sont une seule et même chose. / Ni par la police ni par l’armée, Taksim ne deviendra pas un centre commercial. / La révolte n’éclate pas seulement pour un parc; les projectiles ne peuvent pas tuer la liberté. / la révolte éclatera sur chaque place, la liberté ne peut pas être tuée par balles ».

Pendant ce temps, en Grèce, Bulut Yayla (24 ans et réfugié politique de Turquie) a été littéralement kidnappé à Athènes par des agents de police et les services secrets, et il est actuellement maintenu en détention au département anti-terroriste d’Istanbul. Obtenez tous les détails en anglais ici (en grec ici).

Vous pouvez envoyer des tracts originaux, des affiches ou des textes provenant des émeutes en Turquie, si vous en avez, à contrainfo [at] espiv.net. Les fichiers peuvent également être envoyés à différentes groupes anarchistes que vous connaissez  peut-être, pour être imprimés et collés sur les murs d’autres villes.

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  • Des traductions approximatives de nouvelles en direct de Turquie sont postées sur  linksunten, sur le même site ils ont aussi  besoin de traductrices/traducteurs.
  • Plus d’infos/liens : 1234

Traduction Contra-infoLe Chat Noir Emeutier, 4 juin 2013

[Turquie] Des bureaux de l’AKP en feu à Izmir, des engins de chantier incendiés au parc Gezi (Istanbul) et combats de rue partout (1er-3 juin 2013)

La police disperse une nouvelle manifestation à Istanbul

La police a tiré lundi après-midi des gaz lacrymogènes pour disperser un millier de manifestants à Ankara, au quatrième jour du mouvement de contestation contre le gouvernement turc, a constaté un photographe de l’AFP.

Les forces de l’ordre sont intervenues alors que les protestataires, pour la plupart des jeunes et des étudiants, se réunissaient sur la place centrale de Kizilay, où de violents affrontements s’étaient déjà déroulés dimanche, faisant de nombreux blessés. Les manifestants ont riposté par des jets de pierres vers les policiers, aidés par des canons à eau.

Selon les médias turcs, quelque 500 personnes ont été interpellées dimanche lors de manifestations sur cette même place, centre névralgique de la capitale turque.

La Turquie est secouée depuis vendredi par des manifestations antigouvernementales sans précédent depuis l’accession au pouvoir, en 2002, du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Les protestataires dénoncent la dérive autoritaire du chef du gouvernement et l’accusent de vouloir «islamiser» la Turquie laïque.

 Leur presse – AFP via Libération.fr, 03/06/2013 à 14h37

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Turquie : nouveaux affrontements entre police et manifestants

De nouvelles violences ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi en Turquie entre policiers et manifestants, dont certains ont incendié des bureaux du Parti pour la justice et le développement (AKP), au pouvoir.

A Izmir, dans l’ouest du pays, des manifestants ont lancé des cocktails molotov sur la permanence de l’AKP. Le bâtiment a été partiellement détruit, avant que l’incendie ne soit éteint, rapporte l’agence de presse Dogan. De violents affrontements ont également éclaté à Istanbul, où les protestataires ont érigé des barricades avec du mobilier urbain et des pavés. Toutes les rues menant au bureau du Premier ministre avaient été bouclées et la police a tiré des grenades lacrymogènes pour repousser les manifestants. Aucun bilan n’a été communiqué, mais du personnel médical a soigné des blessés dans une mosquée voisine.

Selon l’agence officielle Anatolie, environ 200 personnes ont été interpellées dimanche soir et amenées à bord d’autocars de la police à la direction de sûreté.

Les organisations de défense des droits de l’Homme turques et étrangères ont dénoncé la violence de la répression, faisant état de plus de mille blessés. Amnesty International a même évoqué la mort de deux personnes. Ces chiffres n’ont pas été confirmés de source officielle. Le ministre de l’Intérieur Muammer Güler n’a fait état que de 58 civils et 115 policiers blessés pendant les 235 manifestations recensées depuis mardi dernier dans 67 villes du pays. Selon M. Güler, la police a interpellé plus de 1.700 manifestants, pour la plupart rapidement relâchés.

Leur presse – Agences via Europe1.fr,03/06/2013 à 07h54

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Turquie: un manifestant tué dimanche par une voiture qui a percuté la foule

Un jeune manifestant turc a été tué dimanche soir à Istanbul par une voiture qui a percuté la foule protestant contre le gouvernement islamo-conservateur, a annoncé lundi l’Union des médecins turcs (TBB).

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Le jeune homme, Mehmet Ayvalitas, membre d’une association de gauche, a été renversé par un véhicule qui a foncé sur des protestataires sur une autoroute occupée par les manifestants, dans le district de Pendik, sur la rive asiatique de la mégapole, a précisé cette ONG dans un communiqué.

Selon la TBB, l’automobiliste qui a provoqué le drame ne s’est pas arrêté « en dépit de tous les avertissements », suggérant qu’il s’agissait d’un acte délibéré.

Dans son communiqué, l’ONG a attribué la responsabilité de cet accident à « l’intransigeance » du gouvernement turc et a dénoncé la brutalité des forces de l’ordre. « La première chose à faire est d’arrêter immédiatement la brutalité policière », dit-elle.

[…]

Ces violences ont fait plus d’un millier de blessés à Istanbul et au moins 700 à Ankara, selon les organisations de défense des droits de l’Homme et les syndicats de médecins. Le ministre de l’Intérieur Muammer Güler a évoqué dimanche un bilan de 58 civils et 115 policiers blessés.

Leur presse – AFP via TV5Monde, 03/06/2013 à 14h06

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Istanbul, Turquie : dernières mises à jour sur la révolte du parc Gezi

Au cours du 1° juin les flics ont abandonné le parc Taksim Gezi pendant quelque temps et les gens se sont rassemblés pour réoccuper le parc. Peu de temps après la police a attaqué la zone pour expulser les manifestants.

Des heures après des compagnon-ne-s qui étaient dans les rues d’Istanbul ont envoyé ce message:

” Nous l’avons fait, la place Taksim et le parc Gezi ont été réoccupés. Les flics reculent. Les gens célèbrent cette victoire dans le parc Gezi. Une voiture de flic a été retournée et brûlée …”.

Et la nuit dernière les engins de construction qui étaient dans le parc ont aussi été brûlés.

 Il y a aussi une information qui circule au sujet du liquide orange/rose qu’on peut voir sur certaines photos ou vidéos et qui atteste que ça serait de la lacrymogène mélangée à de la peinture orange ou rouge (cela varie selon les différentes zones de la ville) qui sers à marquer les manifestants afin de pouvoir les identifier ultérieurement.

Il est important de clarifier que ça n’est pas l’agent orange, comme une rumeur très répandue le laissait entendre. L’agent orange n’a pas de couleur, il tient son nom des rayures oranges dessinées sur les barils dans lesquels il était transporté.

Quelques slogans entendus dans les rues d’Istanbul :

  • faşizme karşı omuz omuza / Soyons unis contre le fascisme
  • hükümet istifa / démission du gouvernement
  • katil Erdoğan / Erdoğan assassin
  • Taksim bizim, İstanbul bizim / Taksim est à nous, Istanbul est à nous
  • direne direne kazanacağız / nous gagnerons en résistant
  • her yer Taksim, her yer direniş / Taksim est partout, la résistance est partout
  • Tayyip’in piçleri, yıldıramaz bizleri /  les bâtards de Tayyip ne nous font pas peur
  • bu daha başlangıç, mücadeleye devam / Ce n’est que le début, la lutte continue
banderole de solidarité sur la place Liontaria à Heraklion, Crète (Grèce)

banderole de solidarité sur la place Liontaria à Heraklion, Crète (Grèce)

banderole de solidarité à Thessalonique (Grèce): “Solidarité avec les rebelles en Turquie. Révolte maintenant et pour toujours.”

banderole de solidarité à Thessalonique (Grèce): “Solidarité avec les rebelles en Turquie. Révolte maintenant et pour toujours.”

Source: Contra-info, 2 juin 2013

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Turquie : récit d’une nuit de résistance sur la place Taksim, à Istanbul

Samedi, 20 heures. L’impressionnant déploiement de forces de police anti-émeute qui avaient repris la place Taksim et le parc de Gezi aux manifestants, samedi matin, a disparu comme par enchantement. Tous les bataillons de policiers se sont retirés et ont laissé la place aux manifestants. Très vite, des dizaines de milliers de personnes, peut-être des centaines de milliers, remplissent la place, le parc, les quartiers aux alentours et l’avenue piétonne Istiklal, la grande artère commerciale du centre-ville où déambule chaque jour plus d’un million de personnes.

Les manifestants fêtent leur victoire arrachée après trois jours de bataille avec la police. Avec un mois de retard, c’est le 1er-Mai. Le gouvernement avait en effet interdit cette année tout rassemblement sur la place Taksim pour la Fête des travailleurs.

Partout l’alcool coule à flots, les bouteilles de bière s’entrechoquent et, chose inhabituelle, on consomme ouvertement dans la rue. Des vendeurs ambulants en font leur commerce et se baladent avec des seaux d’eau glacée remplis de bouteilles. La diabolisation, la stigmatisation répétée des buveurs d’alcool par le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et les mesures de restriction de la consommation ont été l’un des nombreux éléments qui ont nourri cette révolte.

« M. Erdogan veut s’en prendre à notre mode de vie, il ne tolère pas les gens qui aiment l’art, qui vivent à l’occidentale. Il détruit les immeubles historiques, les cinémas et les théâtres pour les remplacer par d’horribles centres commerciaux construits par ses amis », tempête Erkan, un père de famille de 55 ans, venu avec sa femme et ses deux enfants adolescents. Plus loin, une jeune femme avec un groupe d’amis donne un avis similaire. « Sa vision de la famille turque et des femmes est totalement rétrograde », dit Esra, une bière dans une main, un drapeau turc dans l’autre.

Le gouvernement s’est attiré les foudres des « laïques » pour ses attaques répétées contre le droit à l’avortement ou la limitation d’accès à la pilule du lendemain.« Faites au moins trois enfants », a coutume de répéter aux Turques M. Erdogan. […]

Dimanche, 1 heure. Aux quatre coins de la place et du parc Gezi, des militants équipés de sacs poubelle commencent à nettoyer. Contrairement aux affirmations du premier ministre et de ses supporters, peu de casse et de vandalisme ont été constatés. Sur Istiklal, le fameux pâtissier qui appartient à la mairie a été entièrement dévasté. Quelques vitrines cassées et voitures abîmées, mais de manière très marginale. Les banques, peu protégées, n’ont pas été endommagées. Des personnes s’interposent pour calmer les plus énervés. Des véhicules de police, quelques bus municipaux et les camions satellite de chaînes de télévision jugées « vendues à Erdogan » ont en revanche été détruits et traînés jusqu’aux barricades.

Les barricades justement, sont en train de se constituer. La place commence doucement à se vider. Rentrent chez eux les manifestants les moins politisés, la petite-bourgeoisie laïque et kémaliste des quartiers du centre-ville. Restent les militants les plus motivés, les mieux organisés. Les groupes de la gauche radicale montent des campements pour tenir la place toute la nuit et s’affairent sur les barricades : bus, voitures, barrières de police, matériel de chantier… Tout autour de la place, des obstacles bloquent les voies d’accès.

Cem, un militant du Halk Cephesi (Front du peuple), obscur groupuscule d’extrême gauche issu d’une scission du Parti communiste, montre ses blessures de guerre. Une grenade de gaz lacrymogène l’a touché à l’épaule. Un autre tir tendu de la police lui a éclaté l’arcade sourcilière. « Cela fait trois jours que j’y suis avec les camarades. Nous resterons jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il démissionne », assure ce jeune ouvrier d’une trentaine d’années, originaire du Dersim, une région de l’Est, foyer traditionnel de la gauche alévie.

Dimanche, 2 heures. Un nuage de gaz continue de flotter sur le parc de Gezi, désormais aux trois quarts vide. Les yeux piquent et la peau brûle. La plupart des manifestants n’ont qu’un simple masque de chirurgien ou un foulard, bien dérisoire. Toutes sortes de rumeurs circulent parmi les occupants de la place. A Besiktas, à deux kilomètres de là, de violents heurts opposent anarchistes, autonomes et policiers qui repoussent les tentatives d’approche des bureaux du premier ministre. Le gaz lacrymo remonte jusqu’à Taksim.

[…]

Dimanche, 4 heures. La place est désormais quasiment vide, quelques grappes de jusqu’au-boutistes subsistent ça et là. Des véhicules de chantier ont été enflammés et l’incendie s’est propagé jusqu’à une citerne de gaz qui a fini par exploser et toucher les arbres du parc de Gezi. Le feu sera maîtrisé. L’attente, elle, sera encore longue. Dimanche en début d’après-midi, la place se remplira à nouveau d’une nouvelle foule de protestataires. En attendant, adossée avec son compagnon à la vitrine d’une banque, une jeune femme à la voix de chanteuse d’opéra se lance dans un numéro de soliste. Et se taille un joli succès.

Leur presse – LeMonde.fr (Guillaume Perrier – AFP), 02/06/2013 à 16h38

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