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[Athènes, Grèce] Le compagnon anarchiste Antonis Stamboulos en grève de la faim et de la soif

[Antonis Stamboulos a été arrêté mercredi 1er octobre 2014 par la police dans le quartier de Vyronas à Athènes, accusé d’avoir participé à une « organisation terroriste » et à des projets d’attaques incendiaires contre le pouvoir (les flics parlent dans la presse d’un attentat planifiée contre le siège de la ‘Neo Democratia’, parti de droite actuellement au gouvernement). De plus, les organes de communication de l’Etat évoque son éventuel complicité avec Nikos Maziotis, arrêté le 16 juillet dernier après une fusillade dans les rues d’Athènes alors qu’il était en cavale avec Pola Roupa et leur enfant depuis juillet 2012.]

Mise-à-jour 09/10/2014:

Le 7 octobre, près de 25 compagnon-nes se sont rassemblé-es environ une heure devant la prison de Larissa (nord-est de la Grèce), où Antonis Stamboulos a été transféré (plus précisément dans l’aile A). Il continue sa grève de la faim et de la soif.

Antonis-Stamboulos

Banderole de la solidarité dans la ville de Veria, au nord de la Grèce: « guerre aux flics, juges,  journalistes, patrons - Solidarité avec les révolutionnaires anarchistes - Force à l’anarchiste Antonis Stamboulos, arrêté le 1er Octobre à Athènes« 

Mise-à-jour 07/10/2014:

Après son arrestation du 1er octobre 2014, Antonis Stamboulos est actuellement détenu en préventive, faisant face à des accusations de terrorisme.

Le 6 octobre, avec une autre lettre ouverte, le compagnon a annoncé une grève de la faim et la soif afin de dénoncer le fait qu’il est actuellement détenu dans le centre de transfert de prisonniers d’Athènes. En outre, il proteste contre la construction médiatique continue alimentée par flics antiterroristes à son encontre.

Le camarade en captivité a été décrit dans la presse, entre autres, comme un des principaux membres du groupe de guérilla urbaine « Lutte révolutionnaire », en tant que co-auteur d’un vol de banque à Kleitoria (Achaïe, Grèce), tandis que les porte-parole du pouvoir ont répandu que l’anarchiste recherchée Pola Roupa aurait été vue avec son enfant sur les marches de son appartement dans la rue Kallifrona à Kypseli (qui a été considérée comme une « planque »). Pendant ce temps, les informateurs en herbe et autres mouchards ridicules ont été que trop disposés à témoigner contre lui (par exemple, un voisin de la maison de ses parents a affirmé qu’il avait entendu des explosions dans le sous-sol de leur maison).

Le fait que les policiers l’aient emmené au centre de transfert de prisonnier - en dépit de la demande du procureur de le transférer à la prison de Korydallos - révèle qu’ils tentent de l’envoyer vers une autre prison plus lointaine ses parents, qui seront obligés de voyager pendant des heures pour lui rendre visite en prison, mais aussi afin de rendre le travail de son avocat de la défense plus difficile qu’il ne l’est déjà.

Antonis Stamboulos a déclaré qu’il ne laissera pas les salauds de la police antiterroriste et leurs patrons politiques écraser ses proches. C’est pourquoi, avant même qu’ils annoncent ils ont l’intention de l’envoyer, il a averti qu’il n’acceptera pas d’être emmené ailleurs qu’à Korydallos, près de sa famille et de son avocat.

Il a donc commencé sa grève de la faim et de la soif le 6 octobre.

Slogans tagués le 4 octobre par des anarchistes solidaires dans la rue Denizliou du quartier de Vyronas, exactement à l’endroit où le camarade a été enlevé par les flics:

2014-10-04

« Solidarité avec le compagnon A.Stamboulos »

2014-10-4

« Le combat continue; Antonis, tient bon « .

A partir de contrainfo, 7 octobre 2014 / La source en grec

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Lettre d’Antonis trois jours après son arrestation:

Le 1er octobre 2014, j’ai été arrêté, emmené cagoulé dans une salle d’interrogatoire de l’unité antiterroriste. De 17h00 jusqu’à 1h du matin, un groupe de flics cagoulés - et alors que j’étais menotté derrière le dos - a prélevé mes échantillons d’ADN, empreintes digitales et (essayé de prendre) des photos par la force, au milieu dironies, d’étranglements, d’entorses et de passages à tabac et de menaces de m’électrocuter, pensant que cela me ferait collaborer. À 1h du matin, j’ai vu les flics sans cagoule pour la première fois, qui me déclarent que je suis accusé de terrorisme. Jusqu’à 5h30 du matin, je suis resté dans une cellule de détention 1×3, toujours menotté les mains derrière le dos. Le lendemain, ils ont essayé de me photographier une fois de plus.

Pour ma part, je me suis abstenu de nourriture et d’eau dès le premier instant, et l’exigence de parler à un avocat. Après 24 heures de détention, ils m’ont finalement autorisé à prévenir un avocat, et j’ai réussi à la rencontrer pendant quelques minutes seulement avant d’être amené devant le procureur.

Je partage ce qui précède avec les compagnons combattants comme une petite expérience de lutte.

Peu importe si l’attitude de l’Etat envers nous, clémente ou sévère - cela dépend toujours des circonstances - ne peut jamais nous briser, tant que nous sommes conscients de la responsabilité qui découle de notre position en tant qu’anarchistes, dans les moments d’adversité.

Parce que les moments difficiles de la lutte sont ceux qui trempent la conscience. Parce que dans ces circonstances, chacun de nous est le défenseur des idéaux de la société pour laquelle nous nous battons à construire. Beaucoup de sang a été versé dans la lutte pour l’émancipation de la société de classe, il serait dès lors ridicule de fléchir face aux manoeuvres des flics. J’ai tenu une position négative contre les exigences des laquais étatistes d’extirper mes infos personnelles pour deux raisons. Premièrement, pour des raisons éthiques, puisque je crois que chaque anarchiste révolutionnaire se doit de ne pas donner un pouce même de terrain à l’ennemi de classe. Et deuxièmement, parce que j’étais conscient de la gravité de l’affaire dans laquelle ils m’impliquent, je voulais protéger mes compagnon-nes et d’ami-es des vautours qui me détiennent en captivité. Tant que les Clouseaus ne trouvaient pas mon nom, je n’étais pas du tout prêt à le leur donner. Au moment d’écrire ces lignes, deux jours après l’arrestation, la police m’a «enfin» identifié.

Il est clair que les chefs de l’ anti-terrorisme et en particulier leurs supérieurs politiques espéraient faire un scoop avec mon arrestation, d’où les fuites à la presse concernant le cahier de notes contenant « des itinéraires précisément chronométrés« , les cibles, vélos et saucisses*. Ils créent sur mesure une histoire qui va avec leur scénario; un scénario qui, à la fin, doit toujours les faire sortir gagnants.

Ce que j’ai fait, qui je suis et pourquoi j’étais là où j’ai été arrêté n’est en rien l’affaire de la police et des procureurs mais la mienne. Par conséquent, je n’ai pas à me justifier aux gardiens de la légalité bourgeoise, mais seulement au mouvement révolutionnaire, aux camarades et au peuple qui choisit de ne pas vivre comme un raya (esclave).

Je considère ce premier contact avec le monde extérieur comme étant nécessaire, ne me faisant aucune illusion sur ma mise en détention préventive.

Pour l’instant, je suis retenu captif entre les mains des serviteurs du capital, mais mon cœur appartient toujours au camp de la révolution.

La lutte continue.
Vive la révolution.
Vive l’anarchie.

Antonis Stamboulos
du Quartier Général de Police,
173, avenue Alexandras
Le 4 octobre 2014

* Note de contrainfo: Alors que le compagnon - qui a été arrêté dans le quartier de Vyronas, Athènes - était encore non identifié, le chef de la police a affirmé publiquement que l’une des «conclusions» les plus frappantes étaient des notes manuscrites considérés comme des mots de code pour des explosifs.

[MIse-à-jour] Lettre revue et corrigée depuis le grec par un compagnon (reçu par mail, 05/10/2014)

[Mexique] Pourquoi avoir attaqué le secrétariat des communications et transports ? [ + 2 lettres du compagnon incarcéré Carlos « Chivo » Lopez (5E3) ]

Pourquoi avoir attaqué le secrétariat des communications et transports ?

5E : au sujet de nos compagnon.ne.s anarchistes prisonnièr.e.s

banda5eLe 5 janvier 2014 les compagnon.ne.s anarchistes Carlos López Martin “El Chivo”, Fallon Poisson et Amélie Pelletier ont été arrêté.e.s dans la ville de Mexico, suspecté.e.s d’être les responsables de l’attaque de l’un des bureaux du Secrétariat des Communications et Transports (SCT). Carlos se trouve dans la prison Reclusorio Oriente et Amélie et Fallon dans le Reclusorio de Santa Martha après avoir terminé une détention préventive de 40 jours et une tentative ratée de les inculper légalement de “terrorisme”. Entre autres pantomimes judiciaires les compagnon.ne.s font face en ce moment à deux procès pénaux : un par la juridiction locale pour les délits d’attaque à la paix publique et dommages aggravés (attaque sur un concessionnaire Nissan) et pour lequel ils/elles ne peuvent pas avoir de liberté sous caution et un autre plus fédéral pour le délit de dommages sur propriété privée (attaque sur le Secrétariat des Communications et Transports) [1].Qu’elles/ils soient coupables ou innocents on s’en fiche, vu que nous avons toujours maintenu une posture irréductible contre les prisons et contre toute influence psychologique et sociale que son existence peut générer. La solidarité avec ceux qui par leurs pensées et actions affrontent ce système de mort et de domination (et même contre vents et marées) c’est ce qui nous intéresse et c’est pour ça qu’on voulait qu’ils/elles sentent notre complicité et fraternité sincère avec leur cause qui est la nôtre. Nous saluons avec fierté leur fermeté pour coopérer le moins possible avec l’autorité et garder bien droite leur dignité anarchique.

Le débat par rapport à la revendication ou non des attaques et sabotages a toujours existé, et de nombreuses actions sont revendiquées à travers des communiqués expliquant les raisons de celles-ci. De nombreux/ses compagnon.ne.s ont affirmé par l’idée de la “propagande par le fait” que les actions doivent s’expliquer d’elles-mêmes et que dans le cas contraire ça devrait être le mouvement lui-même qui devrait chercher à leur attribuer cette objectivité explicative à travers la réflexion et l’analyses de ces actions. En sachant qu’il n’y a pas de communiqué sur cette action nous voulons aborder ici la raison d’un tel acte, essayant ainsi de donner une projectualité à notre lutte libertaire. Évidemment ce que nous pouvons dire à propos de ces faits n’est que notre opinion.

Pourquoi attaquer le SCT ?

Sans aucun doute aucune institution étatique ne mérite un quelconque respect, car elles font toutes partie de ce système complexe social-artificiel de domination, mais ça vaudrait la peine de s’intéresser à ce que cette institution fait pour comprendre pourquoi quelqu’un décide de passer à l’action :

D’après la loi organique de l’administration publique fédérale dans son article 36 le SCT est chargé des fonctions suivantes :

Formuler et mener les politiques et programmes pour le développement du transport et des communications selon les besoins du pays.

Réguler, superviser et surveiller les services publics de courrier, télégraphes et leurs divers services; gérer l’administration des services fédéraux des communications électriques et électroniques et leur liaison avec les services publics similaires attribués aux services privés de téléphone, télégraphes, et sans-fils et avec les services étatiques et étrangers, ainsi que le service public de traitement d’informations à distance.

Attribuer des concessions et permis au préalable de l’avis du Secrétariat de Gouvernement (Mexique), afin d’établir et exploiter les systèmes et services télégraphiques, téléphoniques et de communication sans-fil pour les télécommunications et satellites, de services publics de traitement d’informations à distance, de stations de radio expérimentales, culturelles et d’amateurs et de stations de radiodiffusion commerciales et culturelles; ainsi que surveiller l’aspect technique du fonctionnement de tels systèmes, services et stations.

Réguler et surveiller l’administration des aéroports nationaux, attribuer des permis de construction d’aéroports privés et surveiller leur opération.

Construire les voies ferroviaires, gares et terminaux de caractère fédéral pour l’établissement et l’exploitation du train, et la surveillance technique de leur fonctionnement et opération.

Attribuer des concessions et permis pour l’exploitation de services de transports sur les routes fédérales et surveiller leur fonctionnement et opération, ainsi que l’exécution des dispositions légales respectives.

Construire, reconstruire et conserver les chantier maritimes, portuaires et de dragage, installer la signalétique maritime et fournir les services d’information et sécurité pour la navigation maritime.

Construire et conserver les chemins et ponts fédéraux, y compris les internationaux;,ainsi que les stations et centrales de transport routier fédéral.

Construire des aéroports fédéraux et coopérer avec les gouvernements des États et les autorités municipales, dans la construction et conservation de chantiers de ce genre.

Réguler la construction de chantiers dans la république.

Entre autres choses.

Traduisant du langage légal au langage du pillage et de la destruction.

En prenant en compte les points antérieurs nous pouvons nous rendre compte de comment cette institution fonctionne dans l’édifice capitaliste du Mexique afin de développer le “progrès” technologique et industriel. C’est-à-dire, c’est le lien institutionnel étatique qui travaille pour que les infrastructures communicatives se développent autant dans les zones urbaines que dans les zones rurales et dans d’autres espaces naturels afin de maintenir le flux de la production et des marchandises. Ce qui veut dire qu’ils sont directement responsables de la destruction de la nature et de la consolidation de nouveaux tissus de Pouvoir et d’esclavagisme.

La coupe brutale des arbres, le déplacement et l’assassinat d’animaux et de communautés sont la conséquence de leur attitude pour la construction et le développement des routes par lesquelles se déplacent leurs sales marchandises dans l’intention de générer de juteux profits politiques et économiques. Ce qui a toujours été la raison principale de ces projets de routes, qui dans la plupart des cas sont faits dans la ferme intention de faire avancer les “méga projets” qui ne sont ni plus ni moins que des firmes industrielles – barrages, centrales hydroélectriques, thermoélectriques, mines, parcs éoliens , etc. – dont le système a besoin pour nourrir en énergie son mécanisme vaste et irrationnel de production et de consommation, qui dû aux dommages brutaux que son avancée fait à la nature a besoin de toujours plus de sources d’énergie à exploiter.

Tout en sachant que de tels faits ne se répètent pas uniquement à travers le Mexique mais partout dans le monde, nous allons illustrer certaines choses.

- À Tepoztlán, Morelos, il y a un projet d’extension de l’autoroute de La Pera-Cuautla qui a comme objectif de faciliter les travaux pour la construction du “Plan Integral Morelos” qui consiste en des centrales thermoélectriques et un gazoduc dans la communauté de Huexca, commune de Yecapixtla. Ces projets ont été attribués aux entreprises espagnoles  Abegnoa y Elencor. En mettant en place cette extension ce sont 50400 hectares et diverses sortes de flore et de faune de la région qui seront affectés, en plus de trouer les montagnes de Chalchiteptl, Cematzin, et Yohualtepetl. Ils veulent construire la centrale thermoélectrique sur 45 hectares limitrophes au peuple indigène Huexca, et on évalue qu’elle consommera 24 millions de litres d’eau par jour, et la moitié de cette eau polluée par le chlore et l’acide sulfurique sera reversée dans le fleuve Cuautla.

- Il y a aussi le cas de l’extension de l’autoroute Toluca-Naucalpan afin d’accélérer le flux de marchandises entre secteurs industriels, ce qui rasera une grande partie de la forêt de Agua Otomí-Mexica, qui va de Tequixquiac  jusqu’à Villa del Carbón, et détruira les communautés ñañhú, ñuhú, mazahua et otomí, et provoquera l’extinction et la destruction de centaines d’espèces animales, végétales et de zones humides qui sont déjà en danger de disparition. Tout cela pour permettre à l’entreprise Autoroutes Vanguardia S.A de C.V.  de fructifier.

- La construction d’aéroports qui, comme tous projets urbanistiques, amène destruction et pillage de la terre. Le genre de projets qu’on a vu à Atenco, et qui en ce moment refont surface.

Internet, radios communautaires, courriers : la communication entre les personnes entre les mains de la répression

Si nous savons que les moyens de communication et d’information comme internet, les emails, les portables, etc. ne garantissent pas la sécurité totale à cause des flics autant au niveau national qu’à l’étranger, il faut souligner la récente acquisition de programmes d’espionnage cybernétiques de la part du Parquet Général de la République [2]. Avec l’approbation de la “Loi Telecom” le SCT se remet sur le devant de la scène en tant que responsable de la répression et de la désarticulation de mouvements par l’espionnage d’individus et de groupes gênants ou subversifs à travers internet et les entreprises téléphoniques comme Telmex, par l’écoute des communications personnelles et la surveillance par géolocalisation, ainsi que la suspension de communication et d’information dans des zones de conflit et de résistance, ce qui affectera directement les radios communautaires et pirates et les médias libres et de contre-information qui font office de nœuds de communication au sein des différentes luttes qui ont lieu dans le pays [3].

Ce ne sont pas les raisons qui manquent, le problème c’est le système

Nous n’avons décrit que quelques faits qui démasquent ce qui pour des yeux acritiques ne sont que des simples bâtiments et personnes faisant leur travail administratif. C’est évident que nous ne voulons pas lancer un appel réductionniste contre le SCT qui serait la seule institution étatique à participer à la gestion de la domination. L’intégralité de ce qui compose l’État fonctionne conjointement et coopère dans différentes spécialités pour faire avancer le système capitaliste. Ces institutions sont à leur tour inévitablement menées par un groupe de personnes en haut de la pyramide de la société de classes avides d’argent et de pouvoir. Il n’est pas inutile de mentionner la “maigre faveur” que donne une majorité de la population citoyenniste et démocrate qui vit de façon acritique, sans remettre en question de façon profonde les conséquences du système ou simplement sans un intérêt pour la nature et la liberté et qui ne cherche qu’à faire partie d’une logique de vie basée sur le cycle sans fin du pouvoir actuel : naître-obéir-travailler-consommer-mourir.

Propageons l’action directe et la solidarité pour la défense de la terre.

C’est pourquoi, comme nos compagnon.ne.s Carlos, Amélie et Fallon, nous continuons de penser que l’action directe donne des résultats. Pas seulement pour combattre l’avancée capitaliste mais aussi pour dire à nos compagnon.ne.s prisonnier.e.s que la lutte continue avec solidarité et force. Si nous pouvons nous poser des questions, s’il y a eu des erreurs sur la forme et le moment où s’est déroulée l’action des compagnon.ne.s, il est évident que la voie de la légalité est le piège de l’État pour arrêter les luttes et les dévier vers le réformisme et la passivité. Pendant que les entraves administratives et les procès foutent la trouille à tout le monde, les entreprises destructrices de la nature continuent leur avancée comme prévu.

Nous profitons à nouveau de cet espace pour envoyer un chaleureux salut fraternel libertaire à nos frères/sœurs anarchistes Carlos, Amélie et Fallon, en espérant que cela soit aussi un apport à la lutte. Nous faisons un appel à étendre la projectualité anti-autoritaire dans les communautés de résistance, à trouver des complices, à propager l’action directe et l’autogestion dans les luttes pour la défense de la terre : contre les machines, les institutions, les appareils de la répression, les prisons et toute l’infrastructure que le SCT et tout l’appareil étatique déploient sous notre nez et qui seront toujours vulnérables.

Détruisons les prisons.

Mexique, 20 juillet 2014

Traduit de Abajo los muros par Camotazo

Notes

1.- Pour plus d’infos en français sur les prisonnier-es 5E3 voir ici et la publication Face à face avec l’ennemi

2.- Le parquet s’est équipé du logiciel espion Finfisher, qui a été utilisé au Pakistan et dans les révoltes en Égypte pour désarticuler les résistances.

3.- On ne veut pas dire par là qu’avant cette loi ce genre d’actions du gouvernement ne se faisaient pas, et nous ne rejoignons pas la vision réformiste qui préfère laisser les choses comme elles étaient ou maquiller la violence étatique. Mais nous voyons les avancées de ce genre de lois comme un pas de plus vers la constitution d’un État policier-militaire dont la première étape est la mise en place dans la rue de l’armée et la militarisation de la police, ce qui bien entendu met en danger n’importe quel projet de lutte pour la libération.

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Lettres de Carlos « Chivo » Lopez, un des trois compagnon-nes incarcéré-e-s:

Ce qui stagne, pourrit

Pour qui a décidé de passer de la parole à l’agir insurrectionnel et de le porter dans tous les aspects de la vie où c’est nécessaire, il est essentiel d’entrer dans des réflexions permanentes et de reconsidérer sans cesse pensées, instruments et stratégies de lutte. Cela afin de de ne pas tomber dans des dynamiques de passivité, qui se révèlent stériles et contre-productives à l’heure d’attaquer.

D’où la nécessité que nous ressentons de reprendre des sujets importants qu’il nous faut toujours remettre en débat et en discussion si nous ne les considérons pas comme quelque chose de figé.

C’est ainsi qu’à titre personnel, modestement et brièvement, je me donne pour tâche de reposer ce que j’entends par informalité et par anarchisme insurrectionnaliste, dans l’intention que cela puisse être approfondi, débattu et qu’y contribuent celles et ceux qui peuvent se sentir concerné-es, de là où ils sont. Et adresser au passage une petite critique aux courants anarchistes qui se sont acharnés à nous traiter comme « des pyromanes sans idées ».

Dans le monde entier, des compagnon-nes anarchistes continuent à générer des conflits et des tensions contre l’appareil complexe de domination. Cela remplit d’inspiration celles et ceux qui, comme nous, partagent ces luttes et cherchent ainsi à étendre et à généraliser le conflit par l’attaque décidée et destructrice. L’effort des compagnon-nes qui décident d’impulser leurs projets basés sur la cohérence entre la théorie et la pratique, entre la pratique et la théorie (en ce qu’elles se complètent l’une l’autre) doit être pris en compte, et plutôt que d’être livré à l’oubli, doit être soumis au débat et à la discussion de manière critique-constructive, en cherchant à apprendre des erreurs et des bonnes idées, pour ensuite revenir sur le champ de bataille : la guerre sociale.

Il est clair ainsi que l’affrontement avec tout Pouvoir et toute autorité n’est pas une idée de fous et de barrés, mais une manière réelle et palpable de chercher sur un mode incisif notre liberté totale et définitive.

Nous voulons dire que l’Anarchie n’est pas pour nous une idéologie (une lutte reposant sur des idées fixes qui nous dictent comment agir), mais une manière de concevoir la vie et de la vivre conformément à nos idées, nos analyses et les critiques. Celles-ci surgissent de la réflexion dans les luttes, reflétant notre réalité, toujours en quête de nouvelles méthodes, stratégies et formes d’attaques ; voilà pourquoi nous nous disons anarchistes insurrectionalistes et nous nous organisons dans une logique informelle.

Nous entendons l’insurrectionalisme comme un agir qui part de l’individualité, comme la rupture que chacun-e porte en soi, tout en transformant son environnement, en commençant par la cellule familiale, sociale et politique qui nous maintient souvent dans cette prison/société de laquelle il n’est pas si facile de sortir. C’est ainsi que nous passons au conflit. Ce qui caractérise la lutte insurrectionnaliste, c’est précisément le fait de la mener au delà de l’illusion et de la parole, de prendre l’initiative dans le conflit de classes et de rompre avec l’attitude passive de résistance pour passer à l’attaque, sans se limiter à attendre d’être réprimé-es pour qu’attaquer soit justifié, mais en le faisant déjà, ici et maintenant. Le conflit permanent, nous le portons dans notre quotidien, dans nos têtes et dans nos cœurs, en cherchant toujours à le généraliser aux quartiers, aux faubourgs, aux villages et au-delà ; pour arriver à nous organiser -dans des noyaux de base- avec des personnes qui, sans être anarchistes livrent de grosses batailles, par exemple pour freiner des projets gouvernementaux mettant en danger leur bien-être ou leur vie. Il est important de ne pas situer la lutte insurrectionnaliste dans la structure minimale d’ « organisation spécifique » car, comme je l’ai expliqué auparavant, elle ne peut être réduite à la clandestinité.

Certes, cette lutte n’est pas inédite et elle est allée en se renouvelant. Nous pourrions citer d’anciennes luttes de paysans et d’indigènes qui se sont soulevés avec dignité contre les latifundistes et les grands propriétaires terriens. Mais c’était dans autre contexte historique, et je les vois plus comme des points de référence de luttes passées que comme des méthodes à suivre.

Il est nécessaire de ne plus se contenter de rappeler des combats passés en oubliant que c’est ici et maintenant que nous devons les mener.

Je conçois l’informalité de la forme organisative de l’anarchisme insurrectionnaliste comme la relation plus ou moins stable de personnes, groupes ou mouvements qui maintiennent un rapprochement constant, cherchant à approfondir la connaissance acquise dans les luttes, sans structures bureaucratiques ni délégation des responsabilités et en refusant tous les organigrammes possibles pouvant donner lieu à des rapports de Pouvoir. Disons que c’est là qu’intervient ce dont nous parlons tant et que nous défendons, les « insus », à savoir le fait de repenser et de réajuster les manières et les méthodes employées pour mener l’attaque destructrice sur le champ de bataille.

L’informalité n’est pas statique, mais en constante évolution (n’oublions jamais que « ce qui stagne, pourrit »), sinon elle ne serait pas informelle.

Les groupes d’affinités inspirés de cette forme organisative sont en général petits et liés par une connaissance mutuelle. Pour créer de l’affinité, il est aussi important d’étudier et de critiquer les problématiques sociales, et pas seulement les luttes partielles, tout comme d’avoir et d’approfondir le plus possible les discussions pour comprendre à la racine ce à quoi nous nous confrontons. Surtout, c’est le fait d’avoir le même sens destructif de tout l’existant qui nous fait nous sentir en affinité. Et ainsi arriver à la complicité. L’amitié n’est pas la même chose que l’affinité, elles peuvent aller de pair ou pas, on peut être en affinité sans amitié et vice-versa. Ainsi, ces groupes se fortifient et savent sur qui compter au moment de passer à la pratique. Ces petits groupes sont destinés à disparaître une fois réalisé l’objectif pour lequel ils ont été créés, alors même que d’autres surgissent de nouveau, car pour reprendre ce qui a été dit auparavant : « ce qui stagne, pourrit ».
L’association de divers groupes d’affinité fait aussi partie de cette forme organisative informelle.

Voilà donc, cette légère contribution, dans l’idée, comme je l’ai déjà dit, qu’elle s’approfondisse.

Je voudrais maintenant faire une petite critique aux groupes, plateformes ou fédérations, ainsi qu’à quelques compagnon-nes « insus » sur des manières d’agir que je considère mériter de l’attention et que je ne partage pas. Si l’anarchisme est antagoniste à toute forme de structure et de rapports de Pouvoir -ce que nous appelons communément « système de domination »-, il existe aussi à l’intérieur du mouvement divers courants qui, avec une langue de vipère, portent le discrédit sur l’agir de celles et ceux qui vont au-delà de la simple parole et décident de sortir de la passivité routinière qui ne mène qu’à elle-même. Des courants qui s’auto-exaltent en « prônant » comment les choses devraient être ou ne pas être, tels de grands théoriciens de comptoir, sans plus. Il y a quelque temps déjà que j’éprouve une certaine réticence à accepter des doctrines anarchistes où l’on parle passionnément de « chercher » à s’émanciper de tout assujettissement, à créer des relations de fraternité et d’amour horizontales entre égaux, en partant d’un idéalisme chrétien qui prêche le mot d’ordre « éradiquer la méchanceté du monde », mais … sans jamais rien faire d’autre que de se réunir pour parler, parler et continuer à idéaliser leur perspective d’une vie en liberté !! Ce faisant, ils oublient ou laissent de côté le fait que cette vie se trouve aux mains d’un ennemi puissant qu’il est nécessaire d’attaquer de manière permanente et destructrice.

En soi, les idées-théories rageuses et ingénieuses ne servent pas à grand chose. Je considère la propagande et la contre-information comme importantes, mais pas quand on ne les utilise que pour bouger les masses ; surtout si ce « bouger » porte implicitement l’attente du « moment idéal » pour lancer l’offensive, comme on attendrait le messie en se dédiant au prosélytisme pour faire grossir ses rangs, en tombant dans des positions quantitatives.

N’étant pas d’accord avec celles et ceux qui décident de mettre en pratique l’attaque directe, sans attendre de médiation de l’Etat ou du Capital, ils décident donc, non solidaires, de passer sous silence leurs luttes et leurs conséquences, faisant « comme s’il ne se passait rien » et poursuivant leurs sermons et leurs endoctrinements populeux – comme pour attirer des moutons à leurs troupeaux.

Je pense que les marches, les meetings, les rassemblements et les discussions sur l’anarchisme, de même que les congrès, grands et pompeux récitals de la liberté -seuls- n’impressionneront pas et détruiront encore moins l’ennemi qu’ils prétendent combattre.

Je termine cet écrit, qui n’est certes qu’une foule de choses qui ont déjà été dites, mais que j’ai aussi réfléchies et vécues de près, disponible pour la critique et la mise en discussion de qui le pensera opportun.

Pour finir, je ne veux pas laisser passer l’occasion d’envoyer une accolade chaleureuse et fraternelle et toute ma solidarité aux compagnon-nes : Nikos Maziotis en prison en Grèce et Pola Roupa en cavale ; Mónica Caballero et Francisco Solar en Espagne ; Felicity Ryder en cavale ; Fredy, Juan et Marcelo au Chili ; beaucoup de force à la compagnonne Tamara Sol ; à Mario « Tripa » en cavale ; à Gianluca Lacovaca et Adriano Antonacci en Italie ; à Gabriel Pombo Da Silva et au Mexique à Mario González, Abraham, Fernando, Fallon et Amélie.

A elles et eux tou-tes, ainsi qu’à toutes celles et ceux dont je n’ai pas connaissance, mon amour, ma rage et ma solidarité.

Irréductibles et réfractaires pour toujours, parce que la lutte n’est pas destinée à obtenir des privilèges ni un avenir confortable, mais que c’est une condition en acte qui cherche à détruire toute forme de domination, afin que nous puissions ainsi resurgir des décombres et enfin être libres.

Carlos López « Chivo »
Reclusio Oriente, Mexico

Traduit de l’espagnol de ababjolosmuros par brèves du désordre, 04 September 2014

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Je débute cette lettre en saluant sincèrement tous/toutes les compagnon·ne·s à l’extérieur de ces murs, en espérant que leurs cœurs battent à l’unisson au rythme de la rébellion et que cela se reflète dans leurs actions quotidiennes.

La semaine dernière j’ai reçu avec beaucoup de plaisir un petit, mais important, geste que les compagnon·ne·s m’ont fait parvenir, en me prévenant auparavant. Au milieu de la monotonie et l’ennui de la vie quotidienne de l’enfermement on attend que “quelque chose” se passe en dehors de l’ordinaire, c’est pour ça que plus ou moins à l’heure dite j’ai fixé le ciel et un salut en forme de feux d’artifice est arrivé. À chaque feux d’artifice qui explosait je pouvais sentir leurs salutations et tendresses. C’était impossible de les voir physiquement, mais je les sentais proche de moi, et j’ai pu me sentir en complicité avec leur solidarité-action, et j’ai même pu imaginer leurs visages souriants et espiègles, se moquant de possibles risques. C’est clair que lorsqu’un-e compagnon·ne est séquestré·e par l’État, la lutte s’étend des deux côtés, intérieurs et extérieurs, des murs. Et de chaque côté chacun·e avec ses moyens se débrouille pour faire des attaques qui peuvent rendre cette lutte plus fonctionnelle (parler d’attaque ne signifie pas pour moi seulement détruire quelque chose de matériel, mais c’est aussi la désobéissance iconoclaste de ce qui est imposé à l’intérieur d’un système).

Ainsi c’est clair que lorsqu’il y a une arrestation ça n’est pas seulement le/la prisonnier·e qui est affecté·e, car selon la dureté du coup reçu, cela peut s’étendre à d’autres compagnon·ne·s qui peuvent vivre la même situation, voir plus dure que le prisonnier·e même.

Donc, alors que je voyais et écoutais les feux d’artifice exploser, je pensais que je voulais partager le bonheur que je ressentais avec d’autres compagnon·ne·s, particulièrement Bruja, Tripa, le Skin, Benja et Justine qui d’une façon ou d’une autre passent un mauvais moment pour avoir été relié·e·s avec le Caso 5E (NdT : le 5 janvier, le jour de son arrestation), affaire dans laquelle Amélie, Fallon et moi sommes accusé·e·s. Profitant de cette lettre je les embrasse à tous les cinq, et à tous/toutes celles/ceux qui au cours de l’enquête ont du supporter les perquisitions et les harcèlements. Pour vous toute ma solidarité, et je redis qu’ici on ne vous oublie pas et on pense toujours à vous ! Vous n’êtes pas seul·e·s, nous ne sommes pas seul·e·s !

En ce qui concerne l’organisation j’ai peu de choses à dire …

En tant que révolutionnaires nous avons besoin d’être toujours en conflit partout où la domination cherche à fixer sa présence dégoûtante, par seulement en prison, mais dans tous les endroits où il y a des rapports de pouvoir et d’autoritarisme. Pour ça y a pas besoin d’être une masse brûlant d’envie de changement. Je crois qu’avec des petits groupes organisés on peut voir des résultats satisfaisants, mais … Que se passe-t-il lorsqu’au lieu de se battre pour être véritablement gênants pour l’ennemi on se plonge dans des querelles personnelles, des polémiques pas constructives et des trahisons entre révolutionnaires ? Le résultat est évident, la division, pas seulement entre groupes, mais entre compagnon·ne·s en affinité, la rupture de projets, la non solidarité des uns pour les autres, on fait sortir le “juge” que certain·e·s ont en eux et on commence à chercher des coupables au sein du mouvement, confusion, etc. Ça contribue évidement à aider l’État à affaiblir quelque chose qui était en train de se développer.

Bien sûr personne ne cherche à être un petit ange et  ne pas faire d’histoires entre compagnon·ne·s, car il y en aura toujours, mais je considère qu’il faut faire ça quand c’est le moment, et s’il le faut ne plus voir la personne et c’est tout, mais pas le faire quand on est dans le pétrin et réduire en poussière les efforts des autres.

Il n’y a pas, comme je l’ai dit avant, de recette magique pour résoudre des problèmes, cependant je pense que la première phase de l’attaque c’est la conscience immédiate.

Parfois je suis assailli par une question, peut-être bête, mais qui me semble logique : pourquoi, si on se dit si contestataires et qu’on ne se tait pas face aux injustices, pourquoi est-ce qu’on le fait entre compagnon·ne·s ? Que ça reste dans la conscience de chacun, mais face à des situations de cette magnitude il y a beaucoup de choses à faire, la restructuration est toujours possible et les projets vont de nouveau de l’avant.

C’est pour ça que je parie toujours sur l’informalité comme organisation concrètement anarchiste, et c’est à travers les tensions, les débats et les approfondissements ( du personnel et des problématiques sociales) que nous nous identifions avec nos affinités, c’est à dire, avec les personnes avec qui nous obtiendrons la connaissance mutuelle et probablement avec qui nous réaliserons certains projets. Ça me semble très compliqué de faire des choses avec des personnes avec qui on n’a pas d’affinité. Une amie m’a demandé une fois comment on mesure l’affinité. Je lui ai répondu que plus on se connaît mutuellement, plus on se fait confiance, et plus on fait d’actions ensemble, et ainsi plus on a d’affinité.

J’en profite aussi pour envoyer un salut fraternel au groupe de Mexicali, pour le soutien reçu. Allez les gars/meufs !

C’est tout pour le moment, en espérant être en contact avec plusieurs d’entre vous (je souhaiterais que ce soit avec tous mais c’est pas possible) et j’envoie des bises à tous/toutes.

Guerre sociale pour toujours !
Vivons l’Anarchie !

Carlos López “Chivo”
1er juillet

Traduit de l’espagnol de contrainfo par camotazo, 21 juillet 2014

[Réflexions autour de l’anarchisme] Texte du compagnon Francisco Solar depuis la prison de Villabona (Asturies)

Réflexions autour de l’anarchisme
Texte du compagnon Francisco Solar Dominguez depuis la prison de Villabona (Asturies)

J’ai tourné et retourné la question de la cohérence et de la consistance de l’anarchisme, pour déterminer ce qui en définitif nous motive à nous déclarer anarchistes et pas autre chose, ce qui nous mène à vivre une vie marquée par les thèmes récurrents de la police, des filatures et la prison, autant de thèmes qui évidemment ne plaisent à personne, mais qui sont toujours présents en ce qu’ils imprègnent notre quotidien. Je pense que dans ce sens, l’antiautoritarisme est central, car c’est, avec la tentative de liberté, ce qui nous différencie politiquement des autres courants politiques et même fait la différence à l’intérieur de l’anarchisme lui-même. En effet, l’antiautoritarisme implique une rupture avec ce tout qui est établi et avec les idées qui le nourrissent, entre autres le paradigme “judéo-chrétien” du progrès enkysté dans la majeure partie de la pensée occidentale, révolutionnaire ou pas.

Alors, est-il nécessaire de rompre avec la tradition de pensée judéo-chrétienne ? Évidemment. Si l’anarchisme prétend rompre avec l’ordre établi, il ne peut participer à la reproduction de l’un des piliers de oppression : la pensée sacrée. Il est certain qu’une grande partie du courant acrate part du postulat que grâce à la révolution sociale on obtiendra un état d’harmonie complète, que par la science on parviendra à la plénitude. Nous trouvons cela dans la plupart de la littérature anarchiste du XIXe et des débuts du XXe siècle, imprégnée par le siècle des Lumières et par l’apologie de la raison qui en découle. Par conséquent, la pensée sacrée se maintient, n’est pas remise en question, dans la mesure où ne se produit pas de rupture avec ce qui est imposé. L’anarchisme se fait sacré de la même manière que l’est le christianisme.

Certaines positions ne suivent pourtant pas ce jeu, comme par exemple les approches de Bakounine et Stirner. En notant que toute destruction est à la fois création, le premier s’écarte de la pensée du siècle des Lumières et nous ouvre de nouvelles portes. La destruction et la création seraient inséparables, ne constitueraient pas des phases séparées, c’est le fait d’en finir avec l’existant qui ouvrira un large éventail de possibilités marquées par la révolte constante. Pour sa part, Stirner affirme clairement : “le sacré ne se supprime pas aussi facilement que semblent le croire beaucoup qui continuent à rejeter ce mot impropre. Que ce “sacré” soit d’ailleurs aussi humain qu’on le veuille, qu’il soit l’humain même ne lui enlève en rien son caractère, au mieux le sacré supraterrestre devient sacré terrestre. Il passe de divin à humain”.

Le siècle des Lumières remplace cet objet sacré : l’Etat, résultat et expression de la raison, prend la place de Dieu, tout en acquérant les mêmes caractéristiques, ce qui lui assure une domination absolue. Cette “passation de pouvoirs” reflète la continuité d’une structure de pensée particulière qui se manifeste dans une grande partie des mouvements révolutionnaires d’occident. Le paradigme de l’oppression se reproduit. En ce sens, il devient indispensable de provoquer une fracture avec “le sacré” dans chacune de ses formes, que ce soit la science ou quelque doctrine politique. C’est de cette manière que le questionnement de nous-mêmes comme de notre environnement tente d’éliminer de nos relations toute expression sacrée, qui est en définitive la manifestation de l’autorité.

Nous sommes iconoclastes. Je pense donc que nous devons être conséquents dans cette recherche ; nous ne sommes les sauveurs de rien ni de personne. Si nous affrontons le pouvoir, c’est parce que nous voulons l’éliminer de nos vies, et pas parce que nous espérons que de ses ruines surgisse un paradis. Nous aspirons à la négation totale de tout ce qui est établi et ce que cela nous réserve est une énigme. Voilà ce qui nous motive.

Août 2014

[Traduit de l’Espagnol de Indy Barcelone par les Brèves du désordre, 02 ago 2014]


Pour leur écrire :

Mónica Andrea Caballero Sepúlveda
Ávila-Prisión Provincial
Ctra. de Vicolozano s/n Apdo. 206
05194 Brieva (Ávila)

Francisco Javier Solar Domínguez
C.P. de Villabona Finca Tabladiello
33480 Villabona-Llanera (Asturias)

Voir toutes les infos sur les deux compagnon-nes Monica Caballero et Francisco incarcéré-es et plus globalement sur la répression contre trois autres anarchistes début novembre 2013 suite à l’attaque incendiaire contre les multiples temples de l’oppression religieuse (I,II, III, IV)

On pourra aussi se référer à ce texte retraçant l’histoire de l’église catholique et la nécessité de l’attaquer …

[Olympia, USA] Attaque d’un concessionnaire Nissan en solidarité avec les prisonniers 5E3

Olympia, Washington: Attaque d’un concessionnaire Nissan en solidarité avec les prisonniers 5E3 faisant près de 100.000 $ de dégâts

banda5eDans les premières heures du vendredi 18 juillet, nous avons attaqué le concessionnaire Nissan dans une zone commerciale à Olympia en pulvérisant du liquide de frein sur les carosseries et en crevant les pneus de voitures neuves prêtes-à-être vendu*. Nous l’avons fait en solidarité avec Amélie, Carlos, et Fallon (plus connu-es comme les prisonniers 5E3.).

Ces trois personnes ont été arrêtées dans la ville de Mexico en janvier 2014 dans le cadre de l’attaque incendiaire d’un bâtiment et d’un concessionnaire de véhicules Nissan dans le centre de la ville. Que ces trois personnes soient innocentes ou coupables, nous savons qu’elles désirent un monde libre de toute domination, un monde où l’anarchie a un potentiel de s’épanouir et que nos ennemis sont contraints de faire face à des attaques constantes. Nous savons qu’Amélie, Carlos**, et Fallon sont des personnes courageuses qui seront en mesure de gérer tout ce que n’importe quel force étatique décide d’abattre sur eux. Nous sommes inspirés par leur courage, et leur enfermement nous fait uniquement souhaiter que continuent nos attaques contre les institutions de la domination, nous soutenant les uns les autres, d’un désir d’un monde sans prisons ni capital.

Nous avons attaqué ce concessionnaire pour faire savoir à nos compagnon-nes qu’il-elles ne sont pas seul-e-s, que malgré leur emprisonnement la lutte anarchiste continue. Nous espérons voir davantage d’actions de ce genre se produire.

Rappelez-vous; C’est facile d’attaquer !

Post-scriptum - Selon les Media Mainstream (lien ici) les vitres du concessionnaire ont également été brisées. Bien que nous le souhaitions, nous pourrions dire que nous prenons crédit de cela, mais nous sommes un peu perplexe sur la façon dont cette action a eu lieu, parce que tout ce que nous avons utilisé était du liquide de frein et des coûteaux. Peut-être le concessionnaire a eu l’espoir d’obtenir plus d’argent de l’assurance de cette situation? Comme nous le savons, tous les capitalistes sont des parasites. En effet, si un autre vandale est passé ce soir-là - chapeau bas !

Traduit d’anarchistnews

Note de traduction:

*la presse dominante parle de 23 voitures dégradées, avec un total de 100.000 dollars de dégâts

**Une lettre récente de Carlos « Chivo », un-e des trois incarcéré-es, a été publiée sur non-fides

[Mexico] Lettre de la prisonnière anarchiste Amélie depuis la prison de Santa Martha

Mexique, 5E : Lettre d’Amélie

23 février 2014, prison de Santa Martha, México, DF

banda5eLe soir du 5 janvier dernier, j’ai été arrêtée avec mes compagne.on.s Fallon et Carlos pour avoir supposément attaqué le Secrétariat Fédéral des Communications et Transports de Mexico, ainsi qu’un concessionnaire de voitures Nissan. Des vitres ont été brisées et des cocktails molotov ont été projetés à l’intérieur du ministère, (selon ce que les preuves disent) et dans les voitures neuves du concessionnaire. Les dommages se sont élevés à plus de 70 000 pesos au ministère et de plus de 100 000 pesos au Nissan.

Effectivement, je suis anarchiste et je vis à Montréal, au Canada. J’étais de passage au Mexique, et voilà que mon voyage se prolonge de quelques temps.

Après avoir été arrêtée, on nous a enfermé pendant 96 heures, pour ensuite nous transférer au Centre Fédéral des Arraigo- sans même avoir vu un juge. Nous y avons été séquestré pendant 40 jours. En cellule, 23 heures sur 24, une cigarette par jour, fumée en 10 minutes; 3 repas par jour, mais avec seulement 10 minutes pour manger à chaque fois, sans parler; pas le droit d’avoir de crayon; 9 minutes de téléphone par jour… Bref, c’était l’attente, et il ne se passait rien d’autre que la télé ouverte, du matin au soir, avec les «télé-novelas» mexicaines qui passaient. Une chance que nos ami.e.s nous ont envoyées des livres! Merci, je ne sais pas comment j’aurais survécu sinon.

Le jour 40, le Procureur Général de la République (PGR- police fédérale) transfère nos dossiers à la PGJ (police d’état) parce qu’ils n’ont pas de preuves pour nous accuser au fédéral. Ansi, depuis le 17 février, Fallon et moi sommes à la prison de «Santa Martha», prison d’État pour femmes à Mexico City, où nous avons été transférée et Carlos se trouve à «Oriente», une prison d’État pour hommes à 20 minutes de nous. Ici, c’est une micro-société entourée de béton et de barbelés, mais où on peut faire ce qu’on veut à l’intérieur des murs.

Au moment où j’écris ce texte, il est 7h30 du matin. Je suis dans la cour et je regarde le soleil se lever derrière la tour de garde qui occupe le paysage. En vrai, je me sens presque dans une cour de HLM quand je regarde le bâtiment avec les vêtements qui pendent aux fenêtres sans barreaux. Y’a plein de pigeons, de poubelles, de gazon jauni et de barbelés. Y’a aussi plein de gens avec leurs histoires.

La prison, comme la police, est un fait nécessaire au maintient de la paix sociale. C’est la domination et le contrôle qui permettent à ce monde dégueulasse de persister. La prison signifie peur, inconnu, honte, solitude, isolement. La société c’est le dressage des individus en bons citoyens. Ainsi, ma force en tant qu’individue prend racine dans le refus que la peur soit une limite dans ma vie. Bien sûr que j’ai peur, comme tout le monde, de plein de choses, mais mes désirs de liberté sont plus forts. La peur est souvent construite et se déconstruit quand on y fait face. Ce qui importe, c’est de voir plus loin, de dépasser les cadres, les frontières, au delà des murs, des montagnes, des fleuves et des océans.

Je suis ici pour je ne sais combien de temps, mais je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’ai confiance que dehors, la lutte continue et les gens se rencontrent, s’aiment, se détestent, vivent, osti. En fait, je ne me sens pas à l’aise que des gens focussent sur notre cas sans engager leurs propres luttes dans leurs contextes. Je pense que la meilleure solidarité se construit dans le partage des forces individuelles et collectives. Le pire pour moi serait que rien ne se passe dehors, alors que nous sommes séquestrées ici, mais je sais que mes ami.e.s continuent, malgré les difficultés auxquelles nous devons faire face. Ma réalité d’anarchiste en prison n’est qu’un fait parmi d’autres avec lequel nous devons nous adapter. Le plus difficile est souvent de maintenir et protéger les liens de confiance entre compagne.on.s avec qui nous partageons des affinités pour pouvoir penser dans le long terme. Lorsque c’est possible, cela fait émerger des possibilités inimaginables.

En ce sens, mes idées et analyses restent les mêmes qu’en dehors. C’est pourquoi je n’ai pas envie de changer mon discours pour recevoir l’appui des gens. J’apprécie énormément les efforts de solidarité qui ont été fait jusqu’à maintenant, par contre, je me distancie de certaines initiatives qui ont été prises en solidarité avec nous, à Montréal : lors de la vigile qui eut lieu devant le consulat mexicain, le discours exposé dénonçait la torture et le non-respect des droits humains pratiqués par l’État mexicain. L’ONU a été mentionnée avec un ton réformiste et progressiste. Honnêtement, j’apprécie que plusieurs personnes se préoccupent de notre cas, seulement je refuse d’utiliser ces discours réformistes illusoires. Pour moi, l’injuste, la torture et le non-respect des droits humains font partis intégralement du monde tel qu’il est. Les droits sont régulés par l’État et sont suspendus à tout moment dès que besoin se fait sentir. De plus, cela favorise l’idélogie de la démocratie (des droits pour des citoyens), la plus grande des illusions qui soit. Et surtout, appuyer nos idées en faisant référence à des instances du pouvoir telle l’ONU ne peut construire une lutte anti-autoritaire forte. Ce n’est pas en tentant d’influencer l’opinion publique avec des discours réformistes que l’on pourra construire les bases solides d’une lutte irrécupérable.

Je dois dire aussi que je n’ai honnêtement rien à faire des syndicats étudiants et de travailleurs, et cela même dans l’idée du «syndicalisme de combat» très à la mode chez moi, à Montréal. Ces organisations sont formelles et bureaucratiques. Elles reproduisent la «démocratie directe». Ce sont ces mêmes structures que je veux détruire, qui imposent une distance entre les individus, dans le rapport des individus au monde et au vivant. La formalité, la bureaucratie, la loi, et l’institutionnalisation transforment les liens entre les personnes. Ils figent les possibilités de transformation constante, exactement comme le font les partis politiques. Ils tentent d’organiser et de diriger «la masse informe».

Ainsi, il y a une contradiction évidente : nous avons été appuyées par des associations étudiantes au Québec. Pour ma part, je n’ai aucun problèmes avec le fait d’accepter cet argent qui nous aidera sans doutes à sortir de prison. Mais je dois dire que selon moi, ces organisations n’ont rien de révolutionnaire. Elles sont pourries à la base. Elles sont fondées sur des structures d’organisation maoïste et sont entièrement formelles, avec leur code de procédure de politiciens. Ce langage est incompréhensible. Des orateurs charismatiques manipulent les votes des masses en exprimant ce que la majorité veut entendre plutôt qu’en parlant avec le cœur. Des foules de 100 000 personnes marchent comme des zombies, chantent et répètent les même slogans réformistes et retournent ensuite chez eux, dans leurs quotidiens.

Dans la situation dans laquelle je me trouve, en attente de ma sentence ou de ma libération, exprimer ouvertement que je suis anarchiste peut me mettre dans la précarité. J’ai choisi de le faire, de toute façon. Plusieurs fois, j’ai ressenti le besoin de communiquer avec d’autres anarchistes ayant vécu des situations semblables. Confronté.e.s à la répression de l’État , il y a plusieurs façons de réagir. Je pense qu’utiliser un discours modéré procurent des privilèges tels que sortir de prison plus rapidement, obtenir du financement ou se faire accepter socialement. Mais je pense qu’aussi longtemps que les discours et les actes seront modérés, il sera difficile de propager des pratiques insurrectionnelles et anti-autoritaires. C’est pourquoi il est important de communiquer mes idées ouvertement et en connaissance de cause.

Je ne sais pas combien de temps je serai enfermée ici, mais une chose est certaine : ce ne sera pas pour toute la vie. J’ai la chance d’avoir des ami.e.s et des compagne.on.s de luttes géniaux, et je ne me sens pas seule. La force et le courage se trouvent d’abord en soi. Il y a un univers de possibles, ici comme ailleurs. Toutes formes de domination sont à combattre, autant celle qui crée les structures et les institutions que celles qui s’immiscent dans nos relations. Il n’existe pas de paradis ni de monde parfait. La liberté c’est le mouvement et le conflit permanent, en confrontation avec le monde des images, des symboles et des apparences. La liberté, c’est la destruction des structures de domination sur nos vies. Au Mexique, à Montréal, en France, à Vancouver, aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, au Chili, en Égypte, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, je salue mes ami.e.s et compagne.on.s de lutte. Pour la liberté totale, je souhaite que des liens se forgent dans la lutte.

En solidarité avec Carlos «Chivo» et Fallon.

Avec Amour, à bas les murs de toutes les prisons.

Amélie.

Pour écrire à Fallon et Amélie :

Centro Feminil de Reinsercion social Santa Martha Acatilla
Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Calzada Ermita
Iztapalapa No 4037
Colonia Santa Martha Acatitla
Delagation Iztalpalapa
C.P. 09560

Repris de sabotagemedia, 18 mar 2014

[Mexico] Sur les arrestations des trois compagnon.ne.s après une attaque et les actions directes en solidarité

Mexico : trois compagnon-ne-s arrêté-e-s suite à une attaque

Dimanche 5 janvier vers 10h du soir, deux groupes d’individus habillés de noir ont attaqué avec des pierres et des molotovs le bâtiment du ministère des communications et des transports de la ville de Mexico et un concessionnaire Nissan situé non loin, causant des dégâts au bâtiment et à plusieurs voitures.

1-283 3-185

Lors de l’attaque contre le ministère, la police fédérale qui surveillait le bâtiment a tiré d’abord en l’air puis à plusieurs reprises contre les compagnons, mais blesser personne.

Au parquet général (PGJ-DF), trois personnes sont en garde-à-vue :

Fallon Poisson, d’origine canadienne
Amelie Pelletier, d’origine canadienne
Carlos Lopez Martin, d’origine mexicaine

Tous trois sont des compagnon-nes anarchistes lié-es à différents projets et initiatives en affinité.

Jusqu’à présent, la seule accusation est celle de dégradations, évaluées entre 50 et 150 000 pesos [10 000 euros].

Alors qu’on pensait dans un premier temps que les deux compagnonnes canadiennes sortiraient sous caution et seraient expulsés, on apprend que le tribunal fédéral a décidé la prison préventive pour tous les 3, qui ont donc été transférés à la PGR (Parquet général de la République).

Jusqu’à présent, ce dernier n’a voulu relâcher aucune information aux avocats, la seule chose que nous savons est qu’ils sont en train d’établir les accusations contre les compagnons. On ne connaît pas non plus ce qui adviendra des deux compagnonnes canadiennes, le consul de ce pays n’ayant pas donner d’autres infos.

Un rassemblement solidaire est prévu aujourd’hui mardi 7 janvier devant la PGR, au métro Camarones, à 15h30.

Pour toute lettre de solidarité, salutations, soutien économique et informations, merci de contacter ce mail :
[email protected]

D’après les communiqués du Collectif informel anticarcéral Liberté pour les prisonniers !,
Ville de Mexico, 6 janvier 2014

[Traduit de l’italien de informa-azione, Mar, 07/01/2014 – 22:59] par les Brèves du désordre

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Jusqu’à présent, un appel du compagnon Carlos a été reçu informant de la décision du procureur général d’imposer un arraigo* de 40 jours aux trois. Nous savons qu’il s’agit d’une mesure désespérée de la PRG** pour retenir les compagnon.nes et chercher plus d’éléments pour leur condamnation, mais il est également clair qu’ils veulent poursuivre l’interrogatoire, leur faire signer des déclaration compromettante, les torturer, pour obtenir des informations et impliquer à d’autre compagnon.nes. C’est aussi un moyen de convaincre les familles et ami.es d’abandonner la défense juridique, parce que sa conviendrait au gouvernement d’avoir un avocat d’ordre commun pour les baiser à la place d’une défense juridique et politique. Le PGR n’a pas d’éléments, mais en sont à la recherche.

À Montréal les compagnon.nes se sont rassemblé.es devant le consulat mexicain en soutien aux compagnon.nes Amellie, Carlos et Fallon!

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Une vidéo ici

*arraigo: une sorte de détention préventive arbitraire officialisé qui peut s’étendre sans preuve.
**PRG: Procureur Général de la République

Lettre de Carlos

Avec beaucoup d’énergie et de rage j’écris ces quelques lignes pour faire connaître mon état actuel d’enlèvement par le gouvernement du district Fédérale, également de divaguer un peu sur certains aspects.

Ma situation politique n’a pas encore été décidé, pour des raisons évidentes je ne peux entrer dans les détails afin de ne pas entraver ma défense. Le dimanche soir, 5 janvier, compagnonnes Fallon, Amélie et moi fumes détenu.es par la police en tant que prétendument responsable d’une attaque avec des cocktails molotov faite au Ministère de Communications et des Transports ainsi que l’incendie de plusieurs voitures d’un concessionnaire de NISSAN, de for fédéral et commun respectivement.
Jusqu’à présent, mercredi 8 janvier, nous sommes accusé.es de terrorisme, de criminalité organisée et de dommages à la propriété.

Malgré tout nous allons bien, fort.es et uni.es et avons atteint le troisième jour de détention entre les interrogatoires et les stratagèmes de montages téléromanesques comme le cas curieux d’un faux groupe humanitaire, qui au moment d’être seuls avec moi m’ont indiqué qu’ils avaient été envoyés par une compagnonnes en me donnant son nom et une description physique d’elle. Je les ai initialement cru et j’ai commencé à parler à l’un d’eux qui semblait très intéressé par mon cas. Mais c’est facile d’identifier les méthodes utilisées par un porc (toutes mes excuses aux vrais porcs) et j’ai tout de suite deviné qu’il s’agissait d’un flic.

Dans sa prétendue intention de nous défendre, il m’a montré plusieurs photos où j’apparais avec des ami.es et me demanda « amicalement » les noms et infos spécifiques et j’ai immédiatement pensé, comment un policier peut-il prétendre d’agir comme un compagnon s’il n’existe pas de dignité dans son cœur ? Bien, dans leur entraînement ils sont domestiqués comme des chiens de chasse au service d’un maître, à obéir sans questionner, ils ne font qu’agir et ne ressentent rien, ce qui leur donne cette façon unique de baver et d’avoir cette lueur de harcèlement malicieux dans leurs regards.

Personnellement, je me revendique anarchiste de praxis insurrectionnelle, j’entends par là, la rupture avec toutes les formes de domination par la lutte quotidienne, penser et repenser les méthodes et objectifs, partant de la libre volonté de l’individu à l’organisation de relations sociales d’une manière horizontale, capables de décider de nos propres vies, en commençant par la destruction de nos propres paradigmes mentaux qui nous lient dans l’obéissance et la soumission, pour transcendre dans la conflictualité d’une manière permanente et informelle.

Je sais que la solidarité entre anarchistes est forte comme un chêne, qu’elle va plus loin que de simple mots.

Solidarité avec Gustavo Rodríguez, Mario Gonzalez, Amélie Truedeau , Fallon Poisson, Gabriel Pombo. Felicity Ryder et tou.tes les camarades faisant face à la déportation, qui sont fugitifs.ves ou bien en prison.

Carlos López « El Chivo »
Separos Procuraduría General de la República, Camarones, Distrito Federal.
[Cellules du Procureur Général de la République, Camarones, District Fédéral (Mexico)]

Lettre de Fallon

Bonjour les amis !

Nous sommes ici ensembles, nous de ce côté et vous de l’autre peut-être. Dans le langage de l’État ce sont des années ou des kilomètres qui vont nous séparer, mais ce que nous partageons est beaucoup plus grand que tous les kilomètres ou années. L’État pense créer une distance entre nous, mais c’est le contraire, nous serons ensembles plus que jamais !

Aujourd’hui c’est le 8, ça fait environ 60 heures que nous voyageons entre le voitures de la maudite police et les centres fédéraux et provinciaux, et bien qu’ils aient décidé que nous allons rester ici 48 heures supplémentaires, ils n’obtiennent rien car le silence est plus fort que la répression.

La chose la plus importante pour moi maintenant est de construire une force plus grande que la prison. Nous avons le contexte pour bâtir des relations internationales. Pour moi la solidarité est dans l’amitié, je ne suis pas une victime ou une prisonnière politique, je veux utiliser la réalité que nous vivons en ce moment pour construire de l’amitié plus forte et plus grande. Je suis prête à combattre l’autorité ici comme à l’extérieur, je vais jamais arrêter.

La prison est une réalité normale et je vais utiliser cette expérience et j’espère que vous aussi pour développer une force individuelle plus puissante jour après jour.

Nous sommes ici et nous serons toujours là pour faire face à toute la réalité en prison et à l’extérieur.

Une grande accolade à vous tous et toutes.
Contre l’autorité ici et à l’extérieur!

Fallon

Traductions de l’espagnol (Fuego a la carceles) par sabotage média (légèrement modifié)

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[Vancouver, CA] Banque incendiée en solidarité avec les compagnon.nes emprisonné.e.s à Mexico.

Le 9 Janvier, nous avons répondu à un appel à la solidarité avec les compagnons anarchistes arrêtés à Mexico, Fallon Poisson, Amélie Pillierst et Carlos López Mart. Nous sommes allés jusqu’à une banque HSBC sur East Hastings, en territoire occupé Salish Coast (Vancouver, BC), et avons allumé un engin incendiaire dans la zone des distributeurs automatiques de billets provoquant une boule de feu énorme. HSBC est un symbole du capitalisme, de l’oppression et de la domination. C’est donc une cible parfaite pour notre rage.

Cela vient aussi à un moment où le ministre de la Justice du Canada, Peter Mackay, met en garde les militants à ne pas commettre d’actions illégales pour l’arrêt des pipelines*. Mackay tu peux te mettre tes avertissements dans ton putain de cul. Les rêves de l’Etat et des sociétés d’extraction de ressources massives seront la proie des flammes de la révolte dans les rues par le sabotage et la destruction nocturne. Le besoin de liberté, l’anarchie et la libération vont détruire cet état colonial. Nos actes de sabotage sont incontrôlables, stratégique et réussie. Cette attaque contre HSBC n’est que le début de sabotage volontaire en cours. Nous sommes également en solidarité avec les guerriers Miq’maq et d’autres manifestants faisant face aux charges et au harcèlement des porcs de la GRC et l’État canadien lors des manifestations anti-extraction à Elsipogtog.

SOLIDARITÉ AVEC LES COMPAGNON.NE.S PASSIBLES D’EMPRISONNEMENT A MEXICO!
SOLIDARITE AVEC TOUS LES DEFENSEURS DES TERRES ET DES COMPAGNON.NE.S ANARCHISTES !
SABOTER LE SYSTEME DE CONTROLE SOCIAL, DE DOMINATION, DU PATRIARCAT ET DE L’OPPRESSION!
VIVE L’ANARCHIE!

Traduit de l’anglais d’anarchistnews, 10 janvier 2014 à 11h15

*Il s’agit des extractions de différents gaz sur des territoires autochtones au Canada, où depuis lesquels une résistance faite d’actions directes et de manifestations s’organise.

[Turquie] Lettre ouverte de neuf prisonniers anarchistes

Comme on le sait, des anarchistes ont attaqué des banques et des entreprises du quartier Mecidiyeköy-Şişli (Istanbul) lors du Bloc Anarchiste du 1er mai. Nous, neuf des 60 personnes qui ont été mises en prison par la police, neuf prisonniers anarchistes enfermés sur la décision de la neuvième cour criminelle dans la prison de type T de Metris, écrivons cette lettre.

La plupart d’entre nous ont été mis en détention par des unités anti-terroristes à 5 heures du matin le 5 mai, et quelques un-e-s le jour suivant. Nos ordinateurs, téléphones, disques durs, livres ainsi que beaucoup d’autres objets personnels ont été saisis par les policiers, qui étaient entre 10 et 20 à venir dans notre maison. Nous sommes accusé-e-s par la police de « destruction de propriété publique au nom d’une organisation terroriste ». Des prisonniers dont les conceptions de l’anarchisme sont variées, se sont vus pour la première fois au dépôt des flics, accusés de la formation d’une organisation terroriste dont certains ont été contraints, pendant l’interrogatoire des flics, d’avouer en être les chefs. Le principe même de chef étant totalement contraire aux idées anarchistes, cela est donc impossible ; cette accusation, ainsi que celle d’ »appartenance à un même groupe terroriste » sont donc des inepties tragi-comiques… Les individus accusés par la police de faire partie d’une même organisation terroriste n’avaient ni armes ni munitions chez eux. Pendant l’interrogatoire, les policiers ont considéré des livres d’auteurs comme Kropotkine, que l’on peut trouver dans n’importe quelle librairie, comme la documentation de l’organisation. Les articles qu’ils avaient lu et les vidéos qu’ils avaient partagé via des réseaux sociaux ont été présentés à la cour comme des preuves par les policiers.

L’appartenance des individus à des organisations légales, travaillant sur des questions comme la libération animale, les droits de l’homme et l’écologie, a aussi été utilisée comme preuve par la police. Une grosse pression psychologique a été exercée sur les personnes détenues : elles étaient en détention depuis quatre jours, n’avaient pu ni voir les membres de leur famille, ni téléphoner une seule fois à quelqu’un, pas même à leurs avocats. Un-e de nos ami-e-s LGBT a été victime de « violences verbales ». Tous ont été contraints d’avouer l’existence d’une organisation terroriste et de faire de fausses déclarations à propos des autres compagnon-ne-s arrêté-e-s. Deux personnes, menacées de 15 à 20 ans de prison pour appartenance à un même groupe terroriste, ont effectué de fausses déclarations à propos de gens dont ils ne savaient strictement rien.

Sous la pression des policiers, ils ont accusé certaines personnes, contre lesquelles les policiers n’avaient pas trouvé de preuves, que ce soit dans leurs conversations téléphoniques, internet ou toute autre communication avec les autres, d’être les chefs de l’organisation, et les ont « identifiés » comme auteurs des attaques. La plupart de nos amis ont été arrêtés juste parce qu’ils avaient les mêmes types de sacs, chaussures, ceintures, etc. (comme peuvent en avoir des millions de gens) que ceux qui ont été filmés pendant les attaques. L’existence d’une organisation terroriste anarchiste ne peut bien sûr pas être prouvée avec ces arguments insuffisants et irrationnels. Pour cette raison, nous sommes aussi accusés de dégradation de propriété publique. Nous voulons qu’il soit clair que cela nous est égal à nous, en tant qu’anarchistes qui refusons toute loi et toute autorité et qui considérons tous les Etats comme des assassins, que l’Etat nous décrive comme des terroristes ou non. Il nous est égal que l’Etat tue des dizaines de personnes à Roboski, tue de 13 balles Uğur Kaymaz âgé de 11 ans et soit impuni. L’Etat qui, en 1977, a tué 34 personnes et n’a mis personne en prison pour cela, mais n’a vu aucun problème à arrêter 60 personnes et à en mettre 9 en prison pour 3-5 vitrines de banques brisées.

Deux des ami-e-s incarcéré-e-s n’ont pas pu aller à leurs examens terminaux dans leur université. Cela rend possible que ces universités mènent une enquête et décident de suspendre ou d’exclure ces deux personnes. L’un-e de nos ami-e-s préparait l’examen d’entrée à l’université, mais il est clair qu’il ne lui est pas possible d’étudier suffisamment en prison. Un-e ami-e-s qui étudie M.A/M.S à l’université ne peut plus continuer à rédiger son mémoire. Nous avons reçu la nouvelle que 3 ami-e-s ont été licencié-e-s après leur arrestation.

Depuis notre incarcération, nous avons pu expérimenter le système judiciaire que l’Etat prétend excellent : en réalité, ce n’est rien d’autre qu’un instrument d’oppression et de normalisation. Des idées comme celles de justice ou de droit restent seulement dans la théorie. Nous voulons en sortir maintenant. Mais laissez-nous affirmer que nous ne le demandons ni ne le mendions à personne. Nous savons que nous sommes en prison uniquement à cause de nos idées politiques. Pour cette raison, nous ne regrettons pas ce que nous avons ou n’avons pas fait. Notre raison d’écrire cette lettre est simplement de raconter la vérité au public, pour l’aider à cerner ce qui se passe.

Nous savons que ceux qui nous ont enfermé n’ont pas seulement pour but de nous punir pour avoir participé à une action. Ils veulent nous inculquer la peur de résister. Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que les prisons de leur civilisation dégueulasse ne peuvent pas étouffer nos idées, et nous nous sentons même plus forts qu’avant.

Nous considérons tous les anarchistes du monde comme nos compagnon-ne-s et envoyons nos salutations, notre amour et notre appel à solidarité à tou-te-s les insurgé-e-s du monde qui portent dans leur cœur le feu de la liberté, et qui viennent d’Athènes, Amed, Chiapas, Gaza, Toronto ou Seattle… Vous devez savoir que vous n’êtes pas seul-e-s et que dans ces lieux des gens se battent aussi. Nous les remercions tou-te-s pour la solidarité et les actions de soutien. Il est impossible de décrire nos sentiments aux anarchistes locaux, qui nous soutiennent et font des actions pour nous, comme le reste du monde. Ces pages sont trop courtes pour nos remerciements. Nous les embrassons avec nos sincères salutations. Faites leur savoir que nous savons qu’ils sont avec nous, et que nous ne nous sentons jamais seuls un instant. Avec nos souhaits pour de longs jours d’insurrection et de solidarité.

Prisonniers anarchistes :
Beyhan Çağrı Tuzcuoğlu
Burak Ercan
Deniz
Emirhan Yavuz
Murat Gümüşkaya
Oğuz Topal
Sinan Gümüş
Ünal Can Tüzüner
Yenal Yağcı

Traduit par Base de données anarchistes (5 juin 2012) de l’allemand de abc-berlin (et de l’anglais de actforfreedom).