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[Mexico] Attaque solidaire avec Mario, Carlos, Fernando and Abraham – 12 octobre 2014

Un geste de solidarité

Dans la nuit du 12 octobre, nous avons saboté deux établissements bancaires avec des pierres, des frondes et des cocktails molotov dans le secteur d’Iztapalapa à Mexico.

La solidarité révolutionnaire, c’est aussi la manière dont nous montrons notre soutien aux compagnons emprisonnés en grève de la faim depuis le 1er octobre [jusqu’au 17, NdT] en attaquant les responsables de cette vie quotidienne misérable. C’est notre réponse au harcèlement envers les compagnons par des gardes, les médecins et le personnel des établissements pénitentiaires. Voilà pourquoi c’est une cible facilement identifiable et en rapport avec la domination.

La perspective anarchiste insurrectionnelle va au-delà du fétichisme du feu et des armes. Notre approche de l’anarchie est une lutte qui n’a aucun intérêt à être un spectacle télévisé, ni d’un besoin « d‘auto-promotion » en raison du manque de promotion de l’Etat. Donc c’est une communication simple et directe qui correspond à l’exigence du moment par rapport aux compagnons en grève; un moyen simple et facilement reproductible.

Le point de vue anarchiste insurrectionnelle est une méthode souvent adapté à la généralisation des conflits individuels et sociaux qui subvertissent la normalité. Ouvrons les possibilités d’une vraie révolution pour l’insurrection comme de nombreuses autres formes (dans leur intégralité). Une méthode anarchiste pour un changement radical et profond.

Sans médiation ni dialogue avec l’Etat et le Capital !

Par la lutte contre le pouvoir quel qu’il soit, y compris le soi-disant pouvoir populaire qui nous est vendu comme de l’autonomie !

Traduit de l’espagnol de contrainfo, 18 octobre 2014

[Mexico] Fin de la grève de la faim pour les 4 compagnons emprisonnés – 17 octobre 2014

Le 17 octobre 2014, les compagnons Carlos López, Mario González, Fernando Barcenas et Abraham Cortés ont mis un terme à leur grève de la faim qu’ils ont commencé le 1er octobre.

Les compagnons vont bien, sans complications ou dommages physiques. Ils donneront bientôt les raisons et motifs visant à mettre fin à cette grève.

Pour l’instant c’est la seule information que nous avons pour le moment.

Liberté pour tous ! A bas les murs des prisons !

Croix Noire Anarchiste Mexico

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hungerDepuis le 1er octobre 2014, quatre prisonniers anarchistes dans différentes prisons de la ville de Mexico sont en grève de la faim illimitée: Carlos López Marín (« El Chivo« , qui est détenu dans la prison de l’Est), Mario González (dans la Tour médicale Tepepan) et Fernando Bárcenas et Abraham Cortés Ávila (dans la prison du Nord).

Ci-dessous un rapport sur leur état de santé après 15 jours de grève de la faim:

Carlos López a perdu près de 7 kilos. Le compagnon est toujours séparé de la population carcérale générale, il est détenu dans la zone des nouveaux arrivants il a été transféré depuis le début de la grève de la faim. Durant les premiers jours, il partageait une cellule avec un autre prisonnier, mais depuis le 5 octobre, il est détenu seul. Il ressent des remontées gastriques, des brûlures d’estomac, de l’affaiblissement et de légers vertiges. Ils l’ont transféré de la cellule jusqu’à 4 fois par jour pour l’emmener au service médical de la prison, surtout tôt le matin, pour prendre ses données et mesurer sa tension artérielle, étant donné que la balance ne fonctionne pas et ils n’ont pas l’équipement nécessaire pour vérifier les taux de glucose dans le sang. Le lundi 13 octobre, une infirmière de l’équipe médicale de solidarité a tenté de l’examiner, mais elle s’est vue refuser l’entrée pour ne pas avoir l’autorisation. La condamnation de Carlos López, Amélie Pelletier et Fallon Poisson, accusé-es de dommages et attaques à la paix publique dans la première affaire jugée au niveau local, devrait être prononcée dans les dix prochains jours.

Mario González est confronté à des problèmes, surtout au pancréas, ainsi que les changements observés dans les reins et le foie pendant les jours de grève de la faim. Son état est considéré comme stable par un médecin de l’équipe médicale de solidarité qui l’a examiné mardi. Il continue à présenter les mêmes symptômes qu’il avait les jours précédents (douleur abdominale, l’anxiété, irritabilité et difficultés de concentration), sauf que la douleur abdominale a augmenté. Le directeur de la Tour médicale Tepepan a entravé l’accès au dossier médical de Mario; le médecin solidaire a eu accès au dossier le 15 octobre, et demande que des essais en laboratoire soient de nouveaux faits. Le compagnon a perdu environ 10 kilos. Il est actuellement en attente de la résolution d’une requête qu’il a déposé contre la condamnation.

Fernando Bárcenas a perdu 3 kilos et 200 grammes, tandis qu’Abraham Cortés (dont la condamnation à 13 ans et 4 mois de prison a été récemment confirmé par une cour d’appel) a perdu 3 kilos et 900 grammes. Les deux camarades restent dans la zone des nouveaux arrivants où ils sont détenus depuis leurs incarcérations respectives. Ils sont sortis des cellules pour un contrôle médical à plusieurs reprises dans les premières heures de la matinée, de sorte qu’ils ne puissent pas avoir suffisamment de repos après une bonne nuit. Ils ont une restriction d’appels téléphoniques.

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Note de Contra Info:

Mario González et Abraham Cortes ont été arrêtés le 2 octobre 2013, au cours des commémorations combatives du massacre de Tlatelolco en 1968. Mario González a été condamné à 5 ans et 9 mois de prison, accusé d’attaques contre la paix publique, tandis qu’Abraham Cortes a été condamné à 13 ans pour tentative d’homicide.

Fernando Bárcenas Castillo a été arrêté le 13 décembre 2013 au cours des protestations contre la hausse du prix des billets de métro de la ville de México. Il se trouve depuis en prison préventive, accusé d’avoir brûlé l’arbre de Noël de l’entreprise Coca-Cola.

Carlos López Marin a été arrêté avec Amelie Pelletier et Fallon Poisson le 5 janvier 2014 pour participation à l’attaque (à coups de pierres et de cocktails molotov) des installations du Secrétariat des Communications et des Transports et d’un concessionnaire Nissan dans la ville de México. Le 17 février 2014, les accusations de terrorisme sont abandonnées, mais pas les mesures de prison préventive, puisque les accusations de dégradations et d’attaques à la paix publique restaient en vigueur. Le procès à leur encontre a débuté le 3 avril 2014, mais on a appris le 16 mai 2014 que les compagnon-ne-s devraient se présenter à deux procès en pénal distincts : l’un inclus dans la juridiction locale pour l’attaque au concessionnaire NISSAN, et l’autre au niveau fédéral pour l’attaque au Secrétariat des Communications et des Transports. Selon les dernières nouvelles dont nous disposons, la dernière audience du premier procès a eu lieu le 16 juin 2014, sans que les sentences ne soient prononcées, tandis que le second procès reste ouvert.

[Mexique] Amélie et Fallon (5E3) se solidarisent avec les quatre anarchistes en grève de la faim

10712704_614127878696619_2907394898610378775_nVendredi dernier dans la nuit, un énorme graffiti est apparu sur le mur de la salle à manger du dortoir C de la prison de San Marta dans laquelle nous sommes séquestrées. Le graffiti exprime notre solidarité avec les compagnons anarchistes Abraham, Fernando, Mario et Carlos en grève de la faim indéfinie. Depuis ce vendredi, nos camarades prisonnières ne cessent de commenter l’œuvre bien visible.

Ça change des « je t’aime » peints habituellement dans les couloirs de la prison ! Il y a un caractère de confrontation, en rupture avec la passivité quotidienne.

L’objectif a été atteint ! C’est une manière de lancer le débat et ainsi créer des espaces de réflexion à l’intérieur de la prison. C’est une des façons que nous avons ici à l’intérieur pour attaquer la paix sociale et la pacification. Dans notre perspective, il y a de nombreuses manières de lutter et de prendre une position de refus de l’autorité.

L’intention n’est pas de réclamer l’innocence de qui que ce soit, mais bien de générer des contextes de conflit et de rupture avec l’ordre établi. De plus, nous savons que l’initiative des compagnons en grève de la faim a été médiatisée dans le contexte du 2 octobre dans les moyens de communication de masse, mais nous savons que ce n’est pas l’intention des compagnons, car nous refusons d’utiliser les réseaux des médias de masse, encore moins pour y exposer un discours d’innocence.

En solidarité avec les compas en grève de la faim !
Ni coupables, ni innocents

Prison pour femmes de Santa Marta

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[Traduit de l’espagnol par non-fides de Instinto Salvaje, 9 oct. 2014]

P.-S.

Amélie et Fallon, avec Carlos, ont été arrêtées le 5 janvier 2014 au Mexique
Pour plus d’informations, d’autres articles ici

 

[Mexico] Solidarité explosive avec les prisonniers anarchistes

Mexico: solidarité explosive avec les prisonniers anarchistes

Dans le cadre des activités de solidarité avec les prisonniers, nous avons décidé d’attaquer ceux qui ont collaboré à la détention de plusieurs de nos camarades. Le travail d’espionnage menées par les organes de sécurité de l’université en collaboration avec le système judiciaire mexicain est trop connue.

En ce qui concerne les événements qui se sont produits dans la cité universitaire [campus principal de l’UNAM] le 30 Septembre 2014, nous voulons juste dire que nous n’allons pas arrêter de prendre les rues pour propager l’action anti-autoritaire jusqu’à ce que nos compagnons sortent à nouveau dans la rue et que nous détruisons cette société d’exploitation dans son intégralité.

Liberté pour les prisonniers anarchistes ! Liberté maintenant !

Mario González, Abraham Cortés, Fernando Bárcenas, Carlos López [en grève de la faim depuis le 1er Octobre], Amélie Pelletier, Fallon Poisson

Si vos lois limitent notre liberté, nos actions limiteront vos vies !

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Traduit de contrainfo, 2 octobre 2014

[Publication] Recueil de textes de compagnons incarcérés au Mexique ( janvier 2012 / août 2014 )

Sans Patrie distro anarchiste & internationaliste – nouvelle brochure

Recueil de textes de compagnons incarcérés au Mexique, (janvier 2012/août 2014), ed. Sans Patrie, août 2014 (64 p., A5)

Pour toute demande (en papier et pdf), écrire à : toujourssanspatrie [at] riseup.net

MexFaceAface

Quelques mots d’introduction

En 1994, l’insurrection au Chiapas a soudain propulsé le Mexique à la Une des milieux militants européens qui, manifestement en mal de libération nationale et de sujets révolutionnaires, se sont empressés d’apporter un soutien inconditionnel à l’EZLN [Armée Zapatiste de Libération Nationale] et à son chef charismatique, le Sous-Commandant Marcos, entérinant son rôle de représentant officiel du soulèvement. Celles et ceux qui tentaient de creuser les questions de l’auto-organisation et des perspectives de lutte contre tout Pouvoir, brûlantes dans tout contexte insurgé,se voyaient en général taxés de colons eurocentrés n’entendant rien aux problématiques identitaires, communautaires voire patriotiques des « peuples indigènes  ».

C’est dans cette ambiance de réductionnisme volontairement confusionniste et d’anti-impérialisme à la sauce humanitaro-démocratique que se sont développés les comités de soutien rassemblant radicaux et institutionnels, le spectacle des rencontres intergalactiques, et le commerce du café solidaire.

Progressivement, le mouvement zapatiste est entré dans une démarche de négociation, ses représentants œuvrant de concert avec les organisations gauchistes de la dite « société civile » – trotskistes, léninistes etc, elles abondent au Mexique comme ailleurs– et affirmant de plus en plus ouvertement leur proximité avec la gauche institutionnelle. Ainsi l’Autre Campagne lancée suite à la Sixième déclaration de la forêt de Lacandone en 2005, outre le fait qu’elle réclame une nouvelle Constitution, non seulement n’a pas appelé à l’abstention au cours des derniers cirques électoraux, mais certains de ses leaders se sont en plus prononcés pour le vote utile en faveur du PRD [Parti de la Révolution Démocratique] dans un grand réflexe de front commun contre le PRI [Parti Révolutionnaire Institutionnel]. Ce n’est pas rien, surtout quand on sait que ces deux partis se partagent le bout de gras depuis des décennies.

Heureusement, des luttes ont continué à se développer contre le rouleau compresseur capitaliste et les désastres qu’il engendre à tous les niveaux. En différents endroits on se bat par exemple contre l’implantation des parcs éoliens et nous retiendrons aussi la vigoureuse et victorieuse bataille des paysans d’Atenco contre la construction d’un aéroport en 2001-2002.

Les années 2000 au Mexique ont aussi été marquées par des révoltes aboutissant à de véritables soulèvements dans des villes comme San Salvador de Atenco ou Oaxaca en 2006. Partant de la réaction à un énième abus (contre les vendeurs de rue à Atenco) ou de revendications partielles (comme celles des enseignants à Oaxaca), ces révoltes se sont propagées comme une trainée de poudre touchant des milliers de personnes et se sont dirigées à la fois contre les caciques locaux et les autorités fédérales. A  Oaxaca, les barricades ont recouvert la ville, les forces de l’ordre se sont repris dans la face un peu de leur violence et de nombreux bâtiments publics ont été incendiés, des groupes s’organisant à la fois pour défendre et attaquer. Ce processus n’a certes pas été exempt de mécanismes politiques, surtout lorsqu’il a commencé à durer dans le temps (plusieurs mois) – citons par exemple le rôle joué par l’APPO et ses appels à la désobéissance civile. Mais il a indéniablement marqué celles et ceux qui y ont participé directement ou qui se sont reconnu-es dans les possibles ouverts par l’auto-organisation dans le conflit.

Dans ce contexte sont aussi parvenus des échos de contributions anarchistes sous forme de textes, d’interventions dans des mouvements de rue ou d’attaques ciblées touchant les forces de l’ordre, les banques, les institutions… Ces contributions anarchistes ont ceci de particulier qu’elles critiquent en mots et en actes à la fois l’avant-gardisme des guérillas (relevant souvent du réformisme armé) et la récupération citoyenne et démocratique. Aux organisations de masse (civiles-citoyennes, maoïstes ou plateformistes) elles opposent l’activité autodéterminée des individus ou de groupes basés sur l’affinité ; à toute tentative de représentation et d’orchestration de la contestation, elles répondent par le refus du dialogue démocratique (et de toute revendication adressée au pouvoir) et l’action directe ; face à la prise de contrôle par quelques-uns, elles font le pari l’insurrection généralisée. En se mettant décidément du côté de la révolte et des révolté-es, ces contributions visent ouvertement à étendre la guerre sociale pour déborder le cadre omniprésent et oppressant que posent l’Etat et ses alliés-concurrents, dans un contexte qu’on a du mal à caractériser comme pacifié : la brutalité exacerbée (tortures, viols, assassinats…) est monnaie courante, exercée dans tous les sens par les flics, les militaires, les escadrons de la mort et les narcos mafieux, mais toujours en vue de maintenir un certain ordre, celui de l’exploitation et la domination.

La position courageuse et offensive qui rompt avec l’idée qu’il y aurait quelque chose à défendre ou à améliorer dans ce système –voire même qu’on pourrait en profiter quand clientélisme et corruption règnent à toutes les échelles–, en affirmant qu’il faut au contraire le détruire en entier a donc de quoi attirer bien des ennemis.

En 2009, suite à un grand nombre de sabotages incendiaires ou explosifs contre des banques, des grands magasins, des concessionnaires automobiles, des véhicules de police, dans le District Fédéral, comme dans d’autres régions (Guadalajara, León…) –ce que les flics ont qualifié de Septembre Noir–, plusieurs services de police ont reçu pour mission de surveiller les groupes anarchistes (leurs locaux, leurs publications, leurs activités) sur l’ensemble du territoire. Le 24 septembre 2010, Braulio Duran, qui se définit comme anarchiste végan, est arrêté, accusé d’avoir incendié deux DAB de la banque HSBC. Il sera condamné à 3 ans, 1 mois et 15 jours de prison qu’il a fini de purger.

En 2012, de fortes mobilisations se succèdent : un mouvement étudiant, le rejet de la hausse des prix des transports publics et surtout l’investiture de Peña Nieto [PRI] à la présidence, donnent lieu à des émeutes avec de gros affrontements contre les forces de l’ordre, des pillages et des attaques d’ hôtels de luxe, d’agences bancaires, de grands magasins, d’institutions etc.. Le Pouvoir relance une campagne médiatique contre l’ «anarco-terrorisme» et depuis, l’Etat et ses laquais pointent régulièrement les anarchistes comme fauteurs de troubles, notamment dans les manifestations du 1er Mai ou du 2 Octobre (date anniversaire du massacre étudiant en 1968 sur la place des Trois cultures).

En décembre 2013, une rencontre anarchiste internationale est organisée à Mexico. A son arrivée et après de longues heures d’interrogatoires à l’aéroport, le compagnon Alfredo Bonnano est refoulé et renvoyé au point de départ. Le 29 décembre, dernier jour de la rencontre, c’est Gustavo Rodríguez, résidant au Mexique, qui disparaît. Trois jours plus tard, il informe les compagnons sur place qu’il a été séquestré, interrogé et tabassé par la police fédérale, avant d’être expulsé vers les Etats-Unis.

Ces quelques exemples sont aussi des signes qui ne trompent pas sur le fait que les anarchistes se retrouvent dans la ligne de mire de l’Etat mexicain, qui travaille bien entendu en étroite collaboration avec ses homologues continentaux et européens (signalons au passage que Bonnano s’est aussi vu refuser l’entrée au Chili).

Le fait que les anarchistes qui affirment des positions absolument irréconciliables avec le Pouvoir aient les Etats contre eux n’ a en soi rien de bien étonnant ni de bien nouveau d’ailleurs. La question qui se pose plutôt est celle de la solidarité entre celles et ceux qui partagent ces désirs et ces aspirations de liberté. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’en janvier derniers trois compagnon-nes, Carlos,Amélie et Fallon ont été arrêté-es à Mexico, accusé-es de deux attaques incendiaires et que deux autres, Mario et Felicity sont dans la nature pour une affaire antérieure.

Les lettres qui constituent le corps de cette brochure ont été écrites par ces compagnons et compagnonnes en prison ou en cavale. Certains sont mexicains, d’autres pas, ce qui montre une fois de plus que la révolte n’a pas de nationalité et que l’horizon des idées anarchistes se moque des frontières. Au travers de ces lettres, ils et elles dépeignent leur situation, sans jamais cesser de la relier aux idées et perspectives qu’ils défendent et continuent d’approfondir. En cela, ils ouvrent un espace de réflexion et de dialogue sur des questionscomplexes qui nous concernent toutes et tous : Qu’est-ce que la solidarité ? Comment et sur quelles bases peut-elle s’exprimer ? Quelles peuvent être les perspectives de lutte contre la prison – particulièrement lorsqu’on n’idéalise pas les prisonnier-es comme potentiels sujets révolutionnaires et que l’on refuse le concept de « prisonnier politique » ? Comment lier ce qui se passe à l’intérieur avec le combat à l’extérieur des murs ? Ces questions sont posées dans une perspective révolutionnaire qui vise à détruire les prisons avec la société qui les produit, parce qu’elles ne disparaitront vraiment toutes que dans un monde qui n’en a plus besoin et rejette entièrement l’autorité et le Pouvoir. En ce sens, nous sommes amené-es plus largement à réfléchir en pratique aux angles d’attaque qui nous paraissent pertinents pour œuvrer à détruire ce qui nous détruit. A chacun, chacune de chercher et d’expérimenter les réponses qui peuvent être apportées, toujours dans une continuité offensive insurgée. C’est aussi à cela que nous invitent les compagnon-nes.

22 août 2014

[Mexico] Nouvelles accusations contre les anarchistes Amélie, Fallon et Carlos (5E3)

Dans la matinée du 16 mai, les compagnonnes Amélie et Fallon ont été informées qu’elles seraient emmenées à Reclusorio Sur (prison du sud de Mexico) afin de témoigner de nouvelles accusations sous ordre fédéral.

Vers 8h00, toutes les deux ont été transférées au tribunal, où elles ont rencontré le compagnon Carlos.

Après avoir attendu presque toute la matinée, tou-te-s ont été informé-e-s qu’un  mandat d’arrêt leur a été délivré pour le délit de dommages à la propriété d’autrui, sous la forme « d’incendie volontaire dans un immeuble avec une personne à l’intérieur« . Les trois compagnon-nes n’ont pas fait de déclaration et une fois l’audience terminée, il.elle.s ont été ramené-es à la prison où il.elle.s sont détenu-es depuis février 2014 (Carlos à Reclusorio Oriente, Amélie et Fallon à Santa Martha), après avoir passé 40 jours en détention fédérale dans le cadre de la procédure de mise en accusation.

Cela signifie que dorénavant les compagnon-nes font face à deux poursuites judiciaires; une sous la juridiction locale pour les délits d’attaques à la paix publique et dommages aggravés (attaque du concessionnaire Nissan) pour lesquelles ils n’ont pas droit au cautionnement, et une procédure fédérale pour l’infraction de dommages à la propriété d’autrui (attaque sur le secrétariat des communications et des transports).

Les compagnon-nes vont bien et ont été en mesure de dire qu’il.elle.s n’ont pas été frappé-es durant le transfert.

La prochaine audience de la procédure locale est fixée pour le 19 mai, alors que la date de l’audience fédérale sera déterminée ce dimanche (18/05/2014).

Une fois encore, nous appelons à la solidarité avec les compagnon-nes Amélie, Fallon et Carlos, qui sont enlevé-es par l’Etat mexicain depuis le 5 janvier (5e).

L’Etat/le capital est le seul terroriste !

Ni coupable, ni innocent-e !

Liberté pour tou-te-s !

Anarchist Black Cross de Mexico, le 16 mai 2014

Vous pouvez écrire aux prisonnier.es aux adresses suivantes:

Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Centro Femenil de Reinserción Social Santa Martha Acatitla
Calzada Ermita, Iztapalapa No 4037, Colonia Santa Martha Acatitla
Delegación Iztapalapa, C.P. 09560, Ciudad de México, D.F.
México

Carlos López Marín
Reclusorio Preventivo Oriente
Calle Reforma #50, Col. San Lorenzo Tezonco
Delegación Iztapalapa, C.P. 09800, Ciudad de México, D.F.
México

[Mexico] Lettre de la prisonnière anarchiste Amélie depuis la prison de Santa Martha

Mexique, 5E : Lettre d’Amélie

23 février 2014, prison de Santa Martha, México, DF

banda5eLe soir du 5 janvier dernier, j’ai été arrêtée avec mes compagne.on.s Fallon et Carlos pour avoir supposément attaqué le Secrétariat Fédéral des Communications et Transports de Mexico, ainsi qu’un concessionnaire de voitures Nissan. Des vitres ont été brisées et des cocktails molotov ont été projetés à l’intérieur du ministère, (selon ce que les preuves disent) et dans les voitures neuves du concessionnaire. Les dommages se sont élevés à plus de 70 000 pesos au ministère et de plus de 100 000 pesos au Nissan.

Effectivement, je suis anarchiste et je vis à Montréal, au Canada. J’étais de passage au Mexique, et voilà que mon voyage se prolonge de quelques temps.

Après avoir été arrêtée, on nous a enfermé pendant 96 heures, pour ensuite nous transférer au Centre Fédéral des Arraigo- sans même avoir vu un juge. Nous y avons été séquestré pendant 40 jours. En cellule, 23 heures sur 24, une cigarette par jour, fumée en 10 minutes; 3 repas par jour, mais avec seulement 10 minutes pour manger à chaque fois, sans parler; pas le droit d’avoir de crayon; 9 minutes de téléphone par jour… Bref, c’était l’attente, et il ne se passait rien d’autre que la télé ouverte, du matin au soir, avec les «télé-novelas» mexicaines qui passaient. Une chance que nos ami.e.s nous ont envoyées des livres! Merci, je ne sais pas comment j’aurais survécu sinon.

Le jour 40, le Procureur Général de la République (PGR- police fédérale) transfère nos dossiers à la PGJ (police d’état) parce qu’ils n’ont pas de preuves pour nous accuser au fédéral. Ansi, depuis le 17 février, Fallon et moi sommes à la prison de «Santa Martha», prison d’État pour femmes à Mexico City, où nous avons été transférée et Carlos se trouve à «Oriente», une prison d’État pour hommes à 20 minutes de nous. Ici, c’est une micro-société entourée de béton et de barbelés, mais où on peut faire ce qu’on veut à l’intérieur des murs.

Au moment où j’écris ce texte, il est 7h30 du matin. Je suis dans la cour et je regarde le soleil se lever derrière la tour de garde qui occupe le paysage. En vrai, je me sens presque dans une cour de HLM quand je regarde le bâtiment avec les vêtements qui pendent aux fenêtres sans barreaux. Y’a plein de pigeons, de poubelles, de gazon jauni et de barbelés. Y’a aussi plein de gens avec leurs histoires.

La prison, comme la police, est un fait nécessaire au maintient de la paix sociale. C’est la domination et le contrôle qui permettent à ce monde dégueulasse de persister. La prison signifie peur, inconnu, honte, solitude, isolement. La société c’est le dressage des individus en bons citoyens. Ainsi, ma force en tant qu’individue prend racine dans le refus que la peur soit une limite dans ma vie. Bien sûr que j’ai peur, comme tout le monde, de plein de choses, mais mes désirs de liberté sont plus forts. La peur est souvent construite et se déconstruit quand on y fait face. Ce qui importe, c’est de voir plus loin, de dépasser les cadres, les frontières, au delà des murs, des montagnes, des fleuves et des océans.

Je suis ici pour je ne sais combien de temps, mais je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’ai confiance que dehors, la lutte continue et les gens se rencontrent, s’aiment, se détestent, vivent, osti. En fait, je ne me sens pas à l’aise que des gens focussent sur notre cas sans engager leurs propres luttes dans leurs contextes. Je pense que la meilleure solidarité se construit dans le partage des forces individuelles et collectives. Le pire pour moi serait que rien ne se passe dehors, alors que nous sommes séquestrées ici, mais je sais que mes ami.e.s continuent, malgré les difficultés auxquelles nous devons faire face. Ma réalité d’anarchiste en prison n’est qu’un fait parmi d’autres avec lequel nous devons nous adapter. Le plus difficile est souvent de maintenir et protéger les liens de confiance entre compagne.on.s avec qui nous partageons des affinités pour pouvoir penser dans le long terme. Lorsque c’est possible, cela fait émerger des possibilités inimaginables.

En ce sens, mes idées et analyses restent les mêmes qu’en dehors. C’est pourquoi je n’ai pas envie de changer mon discours pour recevoir l’appui des gens. J’apprécie énormément les efforts de solidarité qui ont été fait jusqu’à maintenant, par contre, je me distancie de certaines initiatives qui ont été prises en solidarité avec nous, à Montréal : lors de la vigile qui eut lieu devant le consulat mexicain, le discours exposé dénonçait la torture et le non-respect des droits humains pratiqués par l’État mexicain. L’ONU a été mentionnée avec un ton réformiste et progressiste. Honnêtement, j’apprécie que plusieurs personnes se préoccupent de notre cas, seulement je refuse d’utiliser ces discours réformistes illusoires. Pour moi, l’injuste, la torture et le non-respect des droits humains font partis intégralement du monde tel qu’il est. Les droits sont régulés par l’État et sont suspendus à tout moment dès que besoin se fait sentir. De plus, cela favorise l’idélogie de la démocratie (des droits pour des citoyens), la plus grande des illusions qui soit. Et surtout, appuyer nos idées en faisant référence à des instances du pouvoir telle l’ONU ne peut construire une lutte anti-autoritaire forte. Ce n’est pas en tentant d’influencer l’opinion publique avec des discours réformistes que l’on pourra construire les bases solides d’une lutte irrécupérable.

Je dois dire aussi que je n’ai honnêtement rien à faire des syndicats étudiants et de travailleurs, et cela même dans l’idée du «syndicalisme de combat» très à la mode chez moi, à Montréal. Ces organisations sont formelles et bureaucratiques. Elles reproduisent la «démocratie directe». Ce sont ces mêmes structures que je veux détruire, qui imposent une distance entre les individus, dans le rapport des individus au monde et au vivant. La formalité, la bureaucratie, la loi, et l’institutionnalisation transforment les liens entre les personnes. Ils figent les possibilités de transformation constante, exactement comme le font les partis politiques. Ils tentent d’organiser et de diriger «la masse informe».

Ainsi, il y a une contradiction évidente : nous avons été appuyées par des associations étudiantes au Québec. Pour ma part, je n’ai aucun problèmes avec le fait d’accepter cet argent qui nous aidera sans doutes à sortir de prison. Mais je dois dire que selon moi, ces organisations n’ont rien de révolutionnaire. Elles sont pourries à la base. Elles sont fondées sur des structures d’organisation maoïste et sont entièrement formelles, avec leur code de procédure de politiciens. Ce langage est incompréhensible. Des orateurs charismatiques manipulent les votes des masses en exprimant ce que la majorité veut entendre plutôt qu’en parlant avec le cœur. Des foules de 100 000 personnes marchent comme des zombies, chantent et répètent les même slogans réformistes et retournent ensuite chez eux, dans leurs quotidiens.

Dans la situation dans laquelle je me trouve, en attente de ma sentence ou de ma libération, exprimer ouvertement que je suis anarchiste peut me mettre dans la précarité. J’ai choisi de le faire, de toute façon. Plusieurs fois, j’ai ressenti le besoin de communiquer avec d’autres anarchistes ayant vécu des situations semblables. Confronté.e.s à la répression de l’État , il y a plusieurs façons de réagir. Je pense qu’utiliser un discours modéré procurent des privilèges tels que sortir de prison plus rapidement, obtenir du financement ou se faire accepter socialement. Mais je pense qu’aussi longtemps que les discours et les actes seront modérés, il sera difficile de propager des pratiques insurrectionnelles et anti-autoritaires. C’est pourquoi il est important de communiquer mes idées ouvertement et en connaissance de cause.

Je ne sais pas combien de temps je serai enfermée ici, mais une chose est certaine : ce ne sera pas pour toute la vie. J’ai la chance d’avoir des ami.e.s et des compagne.on.s de luttes géniaux, et je ne me sens pas seule. La force et le courage se trouvent d’abord en soi. Il y a un univers de possibles, ici comme ailleurs. Toutes formes de domination sont à combattre, autant celle qui crée les structures et les institutions que celles qui s’immiscent dans nos relations. Il n’existe pas de paradis ni de monde parfait. La liberté c’est le mouvement et le conflit permanent, en confrontation avec le monde des images, des symboles et des apparences. La liberté, c’est la destruction des structures de domination sur nos vies. Au Mexique, à Montréal, en France, à Vancouver, aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, au Chili, en Égypte, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, je salue mes ami.e.s et compagne.on.s de lutte. Pour la liberté totale, je souhaite que des liens se forgent dans la lutte.

En solidarité avec Carlos «Chivo» et Fallon.

Avec Amour, à bas les murs de toutes les prisons.

Amélie.

Pour écrire à Fallon et Amélie :

Centro Feminil de Reinsercion social Santa Martha Acatilla
Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Calzada Ermita
Iztapalapa No 4037
Colonia Santa Martha Acatitla
Delagation Iztalpalapa
C.P. 09560

Repris de sabotagemedia, 18 mar 2014

[International] Appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression (17-24 mars 2014)

Appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression (17-24 mars 2014)

playeraCeci est un appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression, qu’ils soient enfermés derrière les barreaux des cellules de prison ou en clandestinité pour rester à l’air libre.

L’état du Mexique concentre son attention sur le milieu anarchiste florissant qui a attaqué activement les appareils de défense de l’état, c’est-à-dire le fondement sur lequel il repose. C’est le meilleur moment pour nous inspirer de ce milieu anarchiste, et montrer notre amour pour les compagnons emprisonnés. L’histoire du Mexique est très riche, et ne peut être résumer dans un texte comme celui-ci. Ce qui peut être mentionné, cependant, ce sont les efforts qui ont été réalisé pour vivre en conflit avec l’État. Cet appel vient à un moment où le milieu anarchiste du Mexique a activement contribué à la lutte contre le pouvoir et la domination. Attaques de véhicules de polices, attaque de banques, de bâtiments gouvernementaux, et d’autres symboles du pouvoir ; ces attaques ont poussé l’état mexicain à pourchasser ceux qui ont effectivement affaibli son fondement qu’est la paix sociale.

Il y a eu récemment divers épisodes de répression ciblées contre les anarchistes au Mexique : l’arrestation de Mario Tripa en 2012 et sa récente ré-arrestation en janvier 2014, la détention en cours de Mario Gonzalez, l’enlèvement et l’incarcération de nombreux compagnons anarchistes, la déportation d’Alfredo Bonanno qui s’est vu refusé l’entrer sur le territoire mexicain, l’interrogatoire et la déportation de Gustavo Rodriguez.

Il y a eu une réponse forte à cette répression de la part des anarchistes du Mexique, qui ont célébré et montré le courage des compagnons à travers la poursuite d’attaques en solidarité active. La semaine du 17 au 24 mars, nous en appelons à la force internationale et à la solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression. Maintenant, à un moment où les yeux de l’état et de ses sbires sont tournés vers nos camarades, il est urgent que notre réponse soit claire.

« Néanmoins, malgré l’imminente situation de contrôle gouvernementale, il y a en a encore qui ne sont pas effrayés, ceux qui de jour ou de nuit, seuls ou en groupe, par le feu, les explosifs, les blocus ou les armes à feu, montrent que ce n’est pas la vie que nous voulons, que- du moins dans notre perspective- ce système doit être totalement détruit. Leur maudite paix sociale est un mythe qu’ils tentent de nous imposer. Seul les conflits existent. Il est clair que nous devons reprendre le contrôle de nos vies et de nos espaces ; pour cela il n’y a pas d’autres moyens que la guerre sociale. » —Mario « Tripa » Lopez

En espagnol, anglais ici.

Repris de contrainfo, 13 mars 2014

[Seattle, USA] Manif au consulat du Mexique en solidarité avec les trois compagnon-es arrêté-es le 5 janvier dernier à Mexico – 11 février 2014

Cet après-midi, le 11 février, il y a eu une manifestation devant le consulat mexicain à Seattle, en solidarité avec Carlos Lopez et d’autres prisonniers de l’État mexicain. Un groupe d’environ 20 personnes a scandé le nom de Carlos, ainsi que des slogans anti- frontières et anti-prison, ainsi qu’un résumé de l’affaire et une déclaration de Carlos ont été lus au mégaphone. Il y avait deux banderoles qui disaient « Solidarité avec tous les camarades en captivité » et « Solidaridad es mas fuerte Qué los carceles ! Presxs a la calle*! » Nous étions autour et avons distribué des tracts aux passants durant environ 15 minutes et nous sommes rentrés à l’intérieur du consulat et avons relu la déclaration de Carlos, puis nous sommes partis et nous nous somme dispersés sur notre propre volonté.

Carlos est l’un des trois personnes arrêtées le 5 Janvier à Mexico par rapport à une attaque à la bombe incendiaire sur un concessionnaire Nissan et le Ministère de la Communication et des Transports. Collectivement connu comme le 5E3, ils sont détenus sur une extension spéciale de 40 jours et sont sous enquête pour sabotage, crime organisé et terrorisme.

Le capitalisme , la domination et le contrôle sont globaux, donc la solidarité anarchiste est internationale. Toutes les prisons et les frontières doivent être détruites, qu’elles soient mexicaines, canadiennes, américaines, ou toute autre. Nous nous sentons particulièrement inspirés par la résistance du 5E3 face à la répression de l’Etat parce que nous avons également dû faire face à la répression intense de l’État il y a cela d’un an et demi dans le Nord-Ouest du Pacifique. Tout comme l’outrage civil aux États-Unis est utilisé dans une tentative de nous briser, l’extension spéciale de 40 jours est une tentative similaire de l’État mexicain d’intimider ceux qui sont physiquement enfermés ainsi que ceux qui pourraient être inspirés par des attaques contre l’Etat et le capitalisme.

Compagnons, nous vous souhaitons beaucoup de force dans les combats à venir. Par la solidarité, la non-coopération avec l’Etat , et les soins de l’autre, vous surpasserez cela.

Traduit d’anarchist news, 17 février 2014 à 21h

"Solidarité révolutionnaire avec Amelie, Carlos, Fallon arrêtés le 5 janvier 2014 - Appel à la solidarité nationale et internationale

« Solidarité révolutionnaire avec Amelie, Carlos, Fallon arrêtés le 5 janvier 2014 – Appel à la solidarité nationale et internationale – Que vive l’anarchie !

Note:

*la banderole dit « la solidarité est plus forte que les prisons ! Prisonniers dans la rue ! »

[Paris] Action de solidarité avec Amélie, Chivo, Fallon et les révoltés de la prison d’Alençon

Paris : Solidarité avec Amélie, Chivo, Fallon et les révoltés de la prison d’Alençon

A Paris, la semaine dernière, un tract a été diffusé en solidarité avec Amélie, Chivo et Fallon, arrêté-e-s et emprisonné-e-s au Mexique depuis 3 semaines, lors de la semaine anniversaire des 20 ans du soulèvement zapatiste. Une banderole a également été déployée au dessus de la station d’autobus de Gallieni (Bagnolet). Toujours en place, on peut y lire « De Mexico à Alençon, détruisons les prisons ! (A) » Evidemment en dédicace aux trois de Mexico, mais aussi en solidarité avec les révoltés de la prison d’Alençon.

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Ci-dessous, le texte du tract, ainsi que des éclaircissements plus généraux sur la répression des luttes sociales et anti-autoritaires de ces dernières années au Mexique.  

Solidarité avec Amélie, Fallon & Chivo Mexico DF.

Dans la nuit du 5 janvier dernier, vers 10h du soir, deux groupes d’individus ont attaqué avec des pierres et des molotovs le bâtiment du ministère des communications et des transports de la ville de Mexico et un concessionnaire Nissan situé à proximité, causant des dégâts au bâtiment et à plusieurs voitures.

Lors de l’attaque contre le ministère, la police fédérale qui surveillait le bâtiment a tiré, d’abord en l’air, puis à plusieurs reprises à tirs tendus, sans blesser personne. Mais trois compagnon-ne-s anarchistes sont arrêté-es : Carlos, d’origine mexicaine, ainsi qu’Amélie et Fallon d’origine canadienne. Après une garde à vue, tous-te-s les trois ont été transféré-e-s au Parquet Général de la République et placé-e-s en détention préventive sous arraigo  : cette mesure fédérale d’emprisonnement de 40 jours renouvelable une fois par le juge, a pour objectif de donner le temps à l’appareil judiciaire de fixer les chefs d’accusation. Pour le moment, les accusations portées contre les trois compagnon-ne-s ne sont pas claires : sabotage, criminalité organisée, dommages à la propriété, terrorisme…? Ces arrestations s’inscrivent dans un contexte plus large de répression au Mexique contre les luttes sociales, par des attaques répétées contre des manifestations et par la torture, voire l’assassinat, des personnes arrêté-ees. Depuis un an, l’Etat et les médias se focalisent particulièrement sur le mouvement anarchiste/anti-autoritaire.

On peut citer par exemple le cas de l’anarchiste Mario Gonzales emprisonné le 2 octobre dernier suite à une manifestation en commémoration des 45 ans du massacre de Tlatelolco, massacre perpétré à Mexico en 1968 (quelques jours avant les jeux Olympiques) par l’État mexicain lors d’une manifestation étudiante, et dont le nombre de victimes s’élèverait à plusieurs centaines de personnes. Mario (qui a fait 55 jours de grève de la faim) vient d’être condamné à 5 ans et 9 mois de prison ferme.

Dans l’histoire de « l’attaque du ministère », l’État tente de monter le récit bien connu d’étrangers venus au Mexique pour y provoquer des perturbations. Le mois dernier il avait déployé la même stratégie avec deux autres compagnons qui venaient participer à une rencontre anarchiste : ils avaient été arrêtés, l’un battu, puis expulsés du pays. Ces dernières années la lutte anarchiste s’est intensifiée dans la ville de Mexico, multipliant les initiatives et les attaques contre le pouvoir et toutes les formes de domination et exprimant une solidarité internationale avec les anarchistes et révoltés incarcérés à travers le monde.

Indépendamment de la culpabilité ou de l’innocence de ces compagnon-ne-s, nous tenons à leur exprimer notre solidarité et notre complicité.

Liberté pour Toutes & Tous

Lettres de Chivo et de Fallon et autres infos

Solidarité : Vancouver – Montréal – USA    

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Quelques éléments du récent contexte répressif mexicain

Enrique Peña Nieto (EPN) [1], du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) [2], prenait officiellement ses fonctions de président du Mexique le 1er décembre 2012, date marquée par une large mobilisation qui donna lieu à d’impressionnants affrontements, tant par la volonté des manifestants d’empêcher la cérémonie que par la répression qui eut lieu (plusieurs personnes gravement blessées et des dizaines d’arrestations). Ce n’était qu’un début.

Depuis son retour au pouvoir, le PRI s’est attaché à mettre en place plusieurs réformes structurantes, clairement libérales puisqu’elles accélèrent le démantèlement des services publics. A titre d’exemple : une réforme du travail qui institue le salaire horaire sous couvert de progrès social, mais qui dans les faits signifie une baisse réelle des salaires ; une réforme énergétique qui consiste à privatiser PEMEX (PEtroleo de MEXico) ; une réforme de l’éducation qui intensifie la libéralisation du système éducatif et instaure la mise en place de la compétition via une évaluation des professeurs, et oriente considérablement les plans d’études autours des compétences requises par le marché du travail.

Au fur et à mesure de l’agenda politicien, plusieurs secteurs de la population se sont mobilisés. On notera surtout les mobilisations d’étudiants de tendances anarchistes contre la refonte des CCH [3], ainsi que la mobilisation de la CNTE [4], les deux dans le cadre de la réforme éducative. Ces mobilisations forgées dans l’action directe ont donné lieu à de nombreuses manifestations et occupations de plusieurs semaines (notamment de la présidence de l’UNAM par les étudiants radicaux et celle du « Zocalo » de la capitale par plusieurs milliers de professeurs de la CNTE). A chaque fois la répression va de pair. A la violence policière s’ajoutent de grandes manœuvres pour interpeller un maximum de manifestants, et les montages de preuves pour qu’ils soient incarcérés. Un exemple frappant : huit étudiants anarchistes se sont fait arrêter avant même d’arriver à la manifestation du 2 octobre 2013, manifestation de convergence entre étudiants et travailleurs de l’éducation. Ils furent accusés « d’attaque à la paix publique » et de « destruction de matériel public » alors qu’ils n’ont pu atteindre le rassemblement. L’un d’eux, Mario Gonzalez, est toujours enfermé aujourd’hui et gravement affaibli après une grève de la fin de 56 jours.

Politiciens et médias refont surgir le fantôme de l’anarcho-terroriste, entre vraie menace et « jeune casseur », incitant ainsi le bon citoyen à s’opposer à tout acte de violence. S’installe un discours qui dissocie bons et mauvais manifestants, qui isole et criminalise les groupes anarchistes. L’interdiction d’entrer sur le territoire mexicain d’Alfredo Bonnano et l’extradition de Gustavo Rodriguez s’inscrivent dans cette logique de surveillance étroite et de répression.

[Repris d’Indy Nantes, 23 janvier 2014 à 20h47.]    

Notes

[1] Pour rappel, EPN était gouverneur de l’Etat de México lors de la lutte contre le projet d’aéroport d’Atenco en 2006, il organisa une sévère répression (viols de femmes de militants, meurtres, disparitions, déportations de militants étrangers, etc.) contre le peuple [sic] en lutte.    

[2] Aprés un règne de 1929 à 2000, puis 12 ans d’absence, le PRI est de retour !    

[3] Les CCH (Colegio de Ciencias y Humanidades) sont des écoles dépendantes de l’UNAM qui préparent au concours d’entrée à l’université. Fondées par des Marxistes dans les années 1970, notamment par Adolfo Sánchez Vazquez, l’enseignement de la critique y était central. La réforme éducative prévoyait notamment de retirer les cours de philosophie.    

[4] Confederación Nacional de los Trabajadores de la Educación. La section 22 de la CNTE s’est faite connaître pour ses positions radicales et sa participation dans l’APPO et la commune d’Oaxaca en 2006.