Archives du mot-clé Mexique

[Mexico] Attaque solidaire avec Mario, Carlos, Fernando and Abraham – 12 octobre 2014

Un geste de solidarité

Dans la nuit du 12 octobre, nous avons saboté deux établissements bancaires avec des pierres, des frondes et des cocktails molotov dans le secteur d’Iztapalapa à Mexico.

La solidarité révolutionnaire, c’est aussi la manière dont nous montrons notre soutien aux compagnons emprisonnés en grève de la faim depuis le 1er octobre [jusqu’au 17, NdT] en attaquant les responsables de cette vie quotidienne misérable. C’est notre réponse au harcèlement envers les compagnons par des gardes, les médecins et le personnel des établissements pénitentiaires. Voilà pourquoi c’est une cible facilement identifiable et en rapport avec la domination.

La perspective anarchiste insurrectionnelle va au-delà du fétichisme du feu et des armes. Notre approche de l’anarchie est une lutte qui n’a aucun intérêt à être un spectacle télévisé, ni d’un besoin « d‘auto-promotion » en raison du manque de promotion de l’Etat. Donc c’est une communication simple et directe qui correspond à l’exigence du moment par rapport aux compagnons en grève; un moyen simple et facilement reproductible.

Le point de vue anarchiste insurrectionnelle est une méthode souvent adapté à la généralisation des conflits individuels et sociaux qui subvertissent la normalité. Ouvrons les possibilités d’une vraie révolution pour l’insurrection comme de nombreuses autres formes (dans leur intégralité). Une méthode anarchiste pour un changement radical et profond.

Sans médiation ni dialogue avec l’Etat et le Capital !

Par la lutte contre le pouvoir quel qu’il soit, y compris le soi-disant pouvoir populaire qui nous est vendu comme de l’autonomie !

Traduit de l’espagnol de contrainfo, 18 octobre 2014

[Mexico] Fin de la grève de la faim pour les 4 compagnons emprisonnés – 17 octobre 2014

Le 17 octobre 2014, les compagnons Carlos López, Mario González, Fernando Barcenas et Abraham Cortés ont mis un terme à leur grève de la faim qu’ils ont commencé le 1er octobre.

Les compagnons vont bien, sans complications ou dommages physiques. Ils donneront bientôt les raisons et motifs visant à mettre fin à cette grève.

Pour l’instant c’est la seule information que nous avons pour le moment.

Liberté pour tous ! A bas les murs des prisons !

Croix Noire Anarchiste Mexico

****************************************************************************

hungerDepuis le 1er octobre 2014, quatre prisonniers anarchistes dans différentes prisons de la ville de Mexico sont en grève de la faim illimitée: Carlos López Marín (« El Chivo« , qui est détenu dans la prison de l’Est), Mario González (dans la Tour médicale Tepepan) et Fernando Bárcenas et Abraham Cortés Ávila (dans la prison du Nord).

Ci-dessous un rapport sur leur état de santé après 15 jours de grève de la faim:

Carlos López a perdu près de 7 kilos. Le compagnon est toujours séparé de la population carcérale générale, il est détenu dans la zone des nouveaux arrivants il a été transféré depuis le début de la grève de la faim. Durant les premiers jours, il partageait une cellule avec un autre prisonnier, mais depuis le 5 octobre, il est détenu seul. Il ressent des remontées gastriques, des brûlures d’estomac, de l’affaiblissement et de légers vertiges. Ils l’ont transféré de la cellule jusqu’à 4 fois par jour pour l’emmener au service médical de la prison, surtout tôt le matin, pour prendre ses données et mesurer sa tension artérielle, étant donné que la balance ne fonctionne pas et ils n’ont pas l’équipement nécessaire pour vérifier les taux de glucose dans le sang. Le lundi 13 octobre, une infirmière de l’équipe médicale de solidarité a tenté de l’examiner, mais elle s’est vue refuser l’entrée pour ne pas avoir l’autorisation. La condamnation de Carlos López, Amélie Pelletier et Fallon Poisson, accusé-es de dommages et attaques à la paix publique dans la première affaire jugée au niveau local, devrait être prononcée dans les dix prochains jours.

Mario González est confronté à des problèmes, surtout au pancréas, ainsi que les changements observés dans les reins et le foie pendant les jours de grève de la faim. Son état est considéré comme stable par un médecin de l’équipe médicale de solidarité qui l’a examiné mardi. Il continue à présenter les mêmes symptômes qu’il avait les jours précédents (douleur abdominale, l’anxiété, irritabilité et difficultés de concentration), sauf que la douleur abdominale a augmenté. Le directeur de la Tour médicale Tepepan a entravé l’accès au dossier médical de Mario; le médecin solidaire a eu accès au dossier le 15 octobre, et demande que des essais en laboratoire soient de nouveaux faits. Le compagnon a perdu environ 10 kilos. Il est actuellement en attente de la résolution d’une requête qu’il a déposé contre la condamnation.

Fernando Bárcenas a perdu 3 kilos et 200 grammes, tandis qu’Abraham Cortés (dont la condamnation à 13 ans et 4 mois de prison a été récemment confirmé par une cour d’appel) a perdu 3 kilos et 900 grammes. Les deux camarades restent dans la zone des nouveaux arrivants où ils sont détenus depuis leurs incarcérations respectives. Ils sont sortis des cellules pour un contrôle médical à plusieurs reprises dans les premières heures de la matinée, de sorte qu’ils ne puissent pas avoir suffisamment de repos après une bonne nuit. Ils ont une restriction d’appels téléphoniques.

solidarity-with-anarchists-on-hunger-strike-Mexico

Note de Contra Info:

Mario González et Abraham Cortes ont été arrêtés le 2 octobre 2013, au cours des commémorations combatives du massacre de Tlatelolco en 1968. Mario González a été condamné à 5 ans et 9 mois de prison, accusé d’attaques contre la paix publique, tandis qu’Abraham Cortes a été condamné à 13 ans pour tentative d’homicide.

Fernando Bárcenas Castillo a été arrêté le 13 décembre 2013 au cours des protestations contre la hausse du prix des billets de métro de la ville de México. Il se trouve depuis en prison préventive, accusé d’avoir brûlé l’arbre de Noël de l’entreprise Coca-Cola.

Carlos López Marin a été arrêté avec Amelie Pelletier et Fallon Poisson le 5 janvier 2014 pour participation à l’attaque (à coups de pierres et de cocktails molotov) des installations du Secrétariat des Communications et des Transports et d’un concessionnaire Nissan dans la ville de México. Le 17 février 2014, les accusations de terrorisme sont abandonnées, mais pas les mesures de prison préventive, puisque les accusations de dégradations et d’attaques à la paix publique restaient en vigueur. Le procès à leur encontre a débuté le 3 avril 2014, mais on a appris le 16 mai 2014 que les compagnon-ne-s devraient se présenter à deux procès en pénal distincts : l’un inclus dans la juridiction locale pour l’attaque au concessionnaire NISSAN, et l’autre au niveau fédéral pour l’attaque au Secrétariat des Communications et des Transports. Selon les dernières nouvelles dont nous disposons, la dernière audience du premier procès a eu lieu le 16 juin 2014, sans que les sentences ne soient prononcées, tandis que le second procès reste ouvert.

[Mexique] Amélie et Fallon (5E3) se solidarisent avec les quatre anarchistes en grève de la faim

10712704_614127878696619_2907394898610378775_nVendredi dernier dans la nuit, un énorme graffiti est apparu sur le mur de la salle à manger du dortoir C de la prison de San Marta dans laquelle nous sommes séquestrées. Le graffiti exprime notre solidarité avec les compagnons anarchistes Abraham, Fernando, Mario et Carlos en grève de la faim indéfinie. Depuis ce vendredi, nos camarades prisonnières ne cessent de commenter l’œuvre bien visible.

Ça change des « je t’aime » peints habituellement dans les couloirs de la prison ! Il y a un caractère de confrontation, en rupture avec la passivité quotidienne.

L’objectif a été atteint ! C’est une manière de lancer le débat et ainsi créer des espaces de réflexion à l’intérieur de la prison. C’est une des façons que nous avons ici à l’intérieur pour attaquer la paix sociale et la pacification. Dans notre perspective, il y a de nombreuses manières de lutter et de prendre une position de refus de l’autorité.

L’intention n’est pas de réclamer l’innocence de qui que ce soit, mais bien de générer des contextes de conflit et de rupture avec l’ordre établi. De plus, nous savons que l’initiative des compagnons en grève de la faim a été médiatisée dans le contexte du 2 octobre dans les moyens de communication de masse, mais nous savons que ce n’est pas l’intention des compagnons, car nous refusons d’utiliser les réseaux des médias de masse, encore moins pour y exposer un discours d’innocence.

En solidarité avec les compas en grève de la faim !
Ni coupables, ni innocents

Prison pour femmes de Santa Marta

1972273_614128228696584_6860853621912053567_n 10712704_614127878696619_2907394898610378775_n

[Traduit de l’espagnol par non-fides de Instinto Salvaje, 9 oct. 2014]

P.-S.

Amélie et Fallon, avec Carlos, ont été arrêtées le 5 janvier 2014 au Mexique
Pour plus d’informations, d’autres articles ici

 

[Mexico] Solidarité explosive avec les prisonniers anarchistes

Mexico: solidarité explosive avec les prisonniers anarchistes

Dans le cadre des activités de solidarité avec les prisonniers, nous avons décidé d’attaquer ceux qui ont collaboré à la détention de plusieurs de nos camarades. Le travail d’espionnage menées par les organes de sécurité de l’université en collaboration avec le système judiciaire mexicain est trop connue.

En ce qui concerne les événements qui se sont produits dans la cité universitaire [campus principal de l’UNAM] le 30 Septembre 2014, nous voulons juste dire que nous n’allons pas arrêter de prendre les rues pour propager l’action anti-autoritaire jusqu’à ce que nos compagnons sortent à nouveau dans la rue et que nous détruisons cette société d’exploitation dans son intégralité.

Liberté pour les prisonniers anarchistes ! Liberté maintenant !

Mario González, Abraham Cortés, Fernando Bárcenas, Carlos López [en grève de la faim depuis le 1er Octobre], Amélie Pelletier, Fallon Poisson

Si vos lois limitent notre liberté, nos actions limiteront vos vies !

explosion explosion2

Traduit de contrainfo, 2 octobre 2014

[Mexique] Pourquoi avoir attaqué le secrétariat des communications et transports ? [ + 2 lettres du compagnon incarcéré Carlos « Chivo » Lopez (5E3) ]

Pourquoi avoir attaqué le secrétariat des communications et transports ?

5E : au sujet de nos compagnon.ne.s anarchistes prisonnièr.e.s

banda5eLe 5 janvier 2014 les compagnon.ne.s anarchistes Carlos López Martin “El Chivo”, Fallon Poisson et Amélie Pelletier ont été arrêté.e.s dans la ville de Mexico, suspecté.e.s d’être les responsables de l’attaque de l’un des bureaux du Secrétariat des Communications et Transports (SCT). Carlos se trouve dans la prison Reclusorio Oriente et Amélie et Fallon dans le Reclusorio de Santa Martha après avoir terminé une détention préventive de 40 jours et une tentative ratée de les inculper légalement de “terrorisme”. Entre autres pantomimes judiciaires les compagnon.ne.s font face en ce moment à deux procès pénaux : un par la juridiction locale pour les délits d’attaque à la paix publique et dommages aggravés (attaque sur un concessionnaire Nissan) et pour lequel ils/elles ne peuvent pas avoir de liberté sous caution et un autre plus fédéral pour le délit de dommages sur propriété privée (attaque sur le Secrétariat des Communications et Transports) [1].Qu’elles/ils soient coupables ou innocents on s’en fiche, vu que nous avons toujours maintenu une posture irréductible contre les prisons et contre toute influence psychologique et sociale que son existence peut générer. La solidarité avec ceux qui par leurs pensées et actions affrontent ce système de mort et de domination (et même contre vents et marées) c’est ce qui nous intéresse et c’est pour ça qu’on voulait qu’ils/elles sentent notre complicité et fraternité sincère avec leur cause qui est la nôtre. Nous saluons avec fierté leur fermeté pour coopérer le moins possible avec l’autorité et garder bien droite leur dignité anarchique.

Le débat par rapport à la revendication ou non des attaques et sabotages a toujours existé, et de nombreuses actions sont revendiquées à travers des communiqués expliquant les raisons de celles-ci. De nombreux/ses compagnon.ne.s ont affirmé par l’idée de la “propagande par le fait” que les actions doivent s’expliquer d’elles-mêmes et que dans le cas contraire ça devrait être le mouvement lui-même qui devrait chercher à leur attribuer cette objectivité explicative à travers la réflexion et l’analyses de ces actions. En sachant qu’il n’y a pas de communiqué sur cette action nous voulons aborder ici la raison d’un tel acte, essayant ainsi de donner une projectualité à notre lutte libertaire. Évidemment ce que nous pouvons dire à propos de ces faits n’est que notre opinion.

Pourquoi attaquer le SCT ?

Sans aucun doute aucune institution étatique ne mérite un quelconque respect, car elles font toutes partie de ce système complexe social-artificiel de domination, mais ça vaudrait la peine de s’intéresser à ce que cette institution fait pour comprendre pourquoi quelqu’un décide de passer à l’action :

D’après la loi organique de l’administration publique fédérale dans son article 36 le SCT est chargé des fonctions suivantes :

Formuler et mener les politiques et programmes pour le développement du transport et des communications selon les besoins du pays.

Réguler, superviser et surveiller les services publics de courrier, télégraphes et leurs divers services; gérer l’administration des services fédéraux des communications électriques et électroniques et leur liaison avec les services publics similaires attribués aux services privés de téléphone, télégraphes, et sans-fils et avec les services étatiques et étrangers, ainsi que le service public de traitement d’informations à distance.

Attribuer des concessions et permis au préalable de l’avis du Secrétariat de Gouvernement (Mexique), afin d’établir et exploiter les systèmes et services télégraphiques, téléphoniques et de communication sans-fil pour les télécommunications et satellites, de services publics de traitement d’informations à distance, de stations de radio expérimentales, culturelles et d’amateurs et de stations de radiodiffusion commerciales et culturelles; ainsi que surveiller l’aspect technique du fonctionnement de tels systèmes, services et stations.

Réguler et surveiller l’administration des aéroports nationaux, attribuer des permis de construction d’aéroports privés et surveiller leur opération.

Construire les voies ferroviaires, gares et terminaux de caractère fédéral pour l’établissement et l’exploitation du train, et la surveillance technique de leur fonctionnement et opération.

Attribuer des concessions et permis pour l’exploitation de services de transports sur les routes fédérales et surveiller leur fonctionnement et opération, ainsi que l’exécution des dispositions légales respectives.

Construire, reconstruire et conserver les chantier maritimes, portuaires et de dragage, installer la signalétique maritime et fournir les services d’information et sécurité pour la navigation maritime.

Construire et conserver les chemins et ponts fédéraux, y compris les internationaux;,ainsi que les stations et centrales de transport routier fédéral.

Construire des aéroports fédéraux et coopérer avec les gouvernements des États et les autorités municipales, dans la construction et conservation de chantiers de ce genre.

Réguler la construction de chantiers dans la république.

Entre autres choses.

Traduisant du langage légal au langage du pillage et de la destruction.

En prenant en compte les points antérieurs nous pouvons nous rendre compte de comment cette institution fonctionne dans l’édifice capitaliste du Mexique afin de développer le “progrès” technologique et industriel. C’est-à-dire, c’est le lien institutionnel étatique qui travaille pour que les infrastructures communicatives se développent autant dans les zones urbaines que dans les zones rurales et dans d’autres espaces naturels afin de maintenir le flux de la production et des marchandises. Ce qui veut dire qu’ils sont directement responsables de la destruction de la nature et de la consolidation de nouveaux tissus de Pouvoir et d’esclavagisme.

La coupe brutale des arbres, le déplacement et l’assassinat d’animaux et de communautés sont la conséquence de leur attitude pour la construction et le développement des routes par lesquelles se déplacent leurs sales marchandises dans l’intention de générer de juteux profits politiques et économiques. Ce qui a toujours été la raison principale de ces projets de routes, qui dans la plupart des cas sont faits dans la ferme intention de faire avancer les “méga projets” qui ne sont ni plus ni moins que des firmes industrielles – barrages, centrales hydroélectriques, thermoélectriques, mines, parcs éoliens , etc. – dont le système a besoin pour nourrir en énergie son mécanisme vaste et irrationnel de production et de consommation, qui dû aux dommages brutaux que son avancée fait à la nature a besoin de toujours plus de sources d’énergie à exploiter.

Tout en sachant que de tels faits ne se répètent pas uniquement à travers le Mexique mais partout dans le monde, nous allons illustrer certaines choses.

- À Tepoztlán, Morelos, il y a un projet d’extension de l’autoroute de La Pera-Cuautla qui a comme objectif de faciliter les travaux pour la construction du “Plan Integral Morelos” qui consiste en des centrales thermoélectriques et un gazoduc dans la communauté de Huexca, commune de Yecapixtla. Ces projets ont été attribués aux entreprises espagnoles  Abegnoa y Elencor. En mettant en place cette extension ce sont 50400 hectares et diverses sortes de flore et de faune de la région qui seront affectés, en plus de trouer les montagnes de Chalchiteptl, Cematzin, et Yohualtepetl. Ils veulent construire la centrale thermoélectrique sur 45 hectares limitrophes au peuple indigène Huexca, et on évalue qu’elle consommera 24 millions de litres d’eau par jour, et la moitié de cette eau polluée par le chlore et l’acide sulfurique sera reversée dans le fleuve Cuautla.

- Il y a aussi le cas de l’extension de l’autoroute Toluca-Naucalpan afin d’accélérer le flux de marchandises entre secteurs industriels, ce qui rasera une grande partie de la forêt de Agua Otomí-Mexica, qui va de Tequixquiac  jusqu’à Villa del Carbón, et détruira les communautés ñañhú, ñuhú, mazahua et otomí, et provoquera l’extinction et la destruction de centaines d’espèces animales, végétales et de zones humides qui sont déjà en danger de disparition. Tout cela pour permettre à l’entreprise Autoroutes Vanguardia S.A de C.V.  de fructifier.

- La construction d’aéroports qui, comme tous projets urbanistiques, amène destruction et pillage de la terre. Le genre de projets qu’on a vu à Atenco, et qui en ce moment refont surface.

Internet, radios communautaires, courriers : la communication entre les personnes entre les mains de la répression

Si nous savons que les moyens de communication et d’information comme internet, les emails, les portables, etc. ne garantissent pas la sécurité totale à cause des flics autant au niveau national qu’à l’étranger, il faut souligner la récente acquisition de programmes d’espionnage cybernétiques de la part du Parquet Général de la République [2]. Avec l’approbation de la “Loi Telecom” le SCT se remet sur le devant de la scène en tant que responsable de la répression et de la désarticulation de mouvements par l’espionnage d’individus et de groupes gênants ou subversifs à travers internet et les entreprises téléphoniques comme Telmex, par l’écoute des communications personnelles et la surveillance par géolocalisation, ainsi que la suspension de communication et d’information dans des zones de conflit et de résistance, ce qui affectera directement les radios communautaires et pirates et les médias libres et de contre-information qui font office de nœuds de communication au sein des différentes luttes qui ont lieu dans le pays [3].

Ce ne sont pas les raisons qui manquent, le problème c’est le système

Nous n’avons décrit que quelques faits qui démasquent ce qui pour des yeux acritiques ne sont que des simples bâtiments et personnes faisant leur travail administratif. C’est évident que nous ne voulons pas lancer un appel réductionniste contre le SCT qui serait la seule institution étatique à participer à la gestion de la domination. L’intégralité de ce qui compose l’État fonctionne conjointement et coopère dans différentes spécialités pour faire avancer le système capitaliste. Ces institutions sont à leur tour inévitablement menées par un groupe de personnes en haut de la pyramide de la société de classes avides d’argent et de pouvoir. Il n’est pas inutile de mentionner la “maigre faveur” que donne une majorité de la population citoyenniste et démocrate qui vit de façon acritique, sans remettre en question de façon profonde les conséquences du système ou simplement sans un intérêt pour la nature et la liberté et qui ne cherche qu’à faire partie d’une logique de vie basée sur le cycle sans fin du pouvoir actuel : naître-obéir-travailler-consommer-mourir.

Propageons l’action directe et la solidarité pour la défense de la terre.

C’est pourquoi, comme nos compagnon.ne.s Carlos, Amélie et Fallon, nous continuons de penser que l’action directe donne des résultats. Pas seulement pour combattre l’avancée capitaliste mais aussi pour dire à nos compagnon.ne.s prisonnier.e.s que la lutte continue avec solidarité et force. Si nous pouvons nous poser des questions, s’il y a eu des erreurs sur la forme et le moment où s’est déroulée l’action des compagnon.ne.s, il est évident que la voie de la légalité est le piège de l’État pour arrêter les luttes et les dévier vers le réformisme et la passivité. Pendant que les entraves administratives et les procès foutent la trouille à tout le monde, les entreprises destructrices de la nature continuent leur avancée comme prévu.

Nous profitons à nouveau de cet espace pour envoyer un chaleureux salut fraternel libertaire à nos frères/sœurs anarchistes Carlos, Amélie et Fallon, en espérant que cela soit aussi un apport à la lutte. Nous faisons un appel à étendre la projectualité anti-autoritaire dans les communautés de résistance, à trouver des complices, à propager l’action directe et l’autogestion dans les luttes pour la défense de la terre : contre les machines, les institutions, les appareils de la répression, les prisons et toute l’infrastructure que le SCT et tout l’appareil étatique déploient sous notre nez et qui seront toujours vulnérables.

Détruisons les prisons.

Mexique, 20 juillet 2014

Traduit de Abajo los muros par Camotazo

Notes

1.- Pour plus d’infos en français sur les prisonnier-es 5E3 voir ici et la publication Face à face avec l’ennemi

2.- Le parquet s’est équipé du logiciel espion Finfisher, qui a été utilisé au Pakistan et dans les révoltes en Égypte pour désarticuler les résistances.

3.- On ne veut pas dire par là qu’avant cette loi ce genre d’actions du gouvernement ne se faisaient pas, et nous ne rejoignons pas la vision réformiste qui préfère laisser les choses comme elles étaient ou maquiller la violence étatique. Mais nous voyons les avancées de ce genre de lois comme un pas de plus vers la constitution d’un État policier-militaire dont la première étape est la mise en place dans la rue de l’armée et la militarisation de la police, ce qui bien entendu met en danger n’importe quel projet de lutte pour la libération.

_____________________________________________________________________________

Lettres de Carlos « Chivo » Lopez, un des trois compagnon-nes incarcéré-e-s:

Ce qui stagne, pourrit

Pour qui a décidé de passer de la parole à l’agir insurrectionnel et de le porter dans tous les aspects de la vie où c’est nécessaire, il est essentiel d’entrer dans des réflexions permanentes et de reconsidérer sans cesse pensées, instruments et stratégies de lutte. Cela afin de de ne pas tomber dans des dynamiques de passivité, qui se révèlent stériles et contre-productives à l’heure d’attaquer.

D’où la nécessité que nous ressentons de reprendre des sujets importants qu’il nous faut toujours remettre en débat et en discussion si nous ne les considérons pas comme quelque chose de figé.

C’est ainsi qu’à titre personnel, modestement et brièvement, je me donne pour tâche de reposer ce que j’entends par informalité et par anarchisme insurrectionnaliste, dans l’intention que cela puisse être approfondi, débattu et qu’y contribuent celles et ceux qui peuvent se sentir concerné-es, de là où ils sont. Et adresser au passage une petite critique aux courants anarchistes qui se sont acharnés à nous traiter comme « des pyromanes sans idées ».

Dans le monde entier, des compagnon-nes anarchistes continuent à générer des conflits et des tensions contre l’appareil complexe de domination. Cela remplit d’inspiration celles et ceux qui, comme nous, partagent ces luttes et cherchent ainsi à étendre et à généraliser le conflit par l’attaque décidée et destructrice. L’effort des compagnon-nes qui décident d’impulser leurs projets basés sur la cohérence entre la théorie et la pratique, entre la pratique et la théorie (en ce qu’elles se complètent l’une l’autre) doit être pris en compte, et plutôt que d’être livré à l’oubli, doit être soumis au débat et à la discussion de manière critique-constructive, en cherchant à apprendre des erreurs et des bonnes idées, pour ensuite revenir sur le champ de bataille : la guerre sociale.

Il est clair ainsi que l’affrontement avec tout Pouvoir et toute autorité n’est pas une idée de fous et de barrés, mais une manière réelle et palpable de chercher sur un mode incisif notre liberté totale et définitive.

Nous voulons dire que l’Anarchie n’est pas pour nous une idéologie (une lutte reposant sur des idées fixes qui nous dictent comment agir), mais une manière de concevoir la vie et de la vivre conformément à nos idées, nos analyses et les critiques. Celles-ci surgissent de la réflexion dans les luttes, reflétant notre réalité, toujours en quête de nouvelles méthodes, stratégies et formes d’attaques ; voilà pourquoi nous nous disons anarchistes insurrectionalistes et nous nous organisons dans une logique informelle.

Nous entendons l’insurrectionalisme comme un agir qui part de l’individualité, comme la rupture que chacun-e porte en soi, tout en transformant son environnement, en commençant par la cellule familiale, sociale et politique qui nous maintient souvent dans cette prison/société de laquelle il n’est pas si facile de sortir. C’est ainsi que nous passons au conflit. Ce qui caractérise la lutte insurrectionnaliste, c’est précisément le fait de la mener au delà de l’illusion et de la parole, de prendre l’initiative dans le conflit de classes et de rompre avec l’attitude passive de résistance pour passer à l’attaque, sans se limiter à attendre d’être réprimé-es pour qu’attaquer soit justifié, mais en le faisant déjà, ici et maintenant. Le conflit permanent, nous le portons dans notre quotidien, dans nos têtes et dans nos cœurs, en cherchant toujours à le généraliser aux quartiers, aux faubourgs, aux villages et au-delà ; pour arriver à nous organiser -dans des noyaux de base- avec des personnes qui, sans être anarchistes livrent de grosses batailles, par exemple pour freiner des projets gouvernementaux mettant en danger leur bien-être ou leur vie. Il est important de ne pas situer la lutte insurrectionnaliste dans la structure minimale d’ « organisation spécifique » car, comme je l’ai expliqué auparavant, elle ne peut être réduite à la clandestinité.

Certes, cette lutte n’est pas inédite et elle est allée en se renouvelant. Nous pourrions citer d’anciennes luttes de paysans et d’indigènes qui se sont soulevés avec dignité contre les latifundistes et les grands propriétaires terriens. Mais c’était dans autre contexte historique, et je les vois plus comme des points de référence de luttes passées que comme des méthodes à suivre.

Il est nécessaire de ne plus se contenter de rappeler des combats passés en oubliant que c’est ici et maintenant que nous devons les mener.

Je conçois l’informalité de la forme organisative de l’anarchisme insurrectionnaliste comme la relation plus ou moins stable de personnes, groupes ou mouvements qui maintiennent un rapprochement constant, cherchant à approfondir la connaissance acquise dans les luttes, sans structures bureaucratiques ni délégation des responsabilités et en refusant tous les organigrammes possibles pouvant donner lieu à des rapports de Pouvoir. Disons que c’est là qu’intervient ce dont nous parlons tant et que nous défendons, les « insus », à savoir le fait de repenser et de réajuster les manières et les méthodes employées pour mener l’attaque destructrice sur le champ de bataille.

L’informalité n’est pas statique, mais en constante évolution (n’oublions jamais que « ce qui stagne, pourrit »), sinon elle ne serait pas informelle.

Les groupes d’affinités inspirés de cette forme organisative sont en général petits et liés par une connaissance mutuelle. Pour créer de l’affinité, il est aussi important d’étudier et de critiquer les problématiques sociales, et pas seulement les luttes partielles, tout comme d’avoir et d’approfondir le plus possible les discussions pour comprendre à la racine ce à quoi nous nous confrontons. Surtout, c’est le fait d’avoir le même sens destructif de tout l’existant qui nous fait nous sentir en affinité. Et ainsi arriver à la complicité. L’amitié n’est pas la même chose que l’affinité, elles peuvent aller de pair ou pas, on peut être en affinité sans amitié et vice-versa. Ainsi, ces groupes se fortifient et savent sur qui compter au moment de passer à la pratique. Ces petits groupes sont destinés à disparaître une fois réalisé l’objectif pour lequel ils ont été créés, alors même que d’autres surgissent de nouveau, car pour reprendre ce qui a été dit auparavant : « ce qui stagne, pourrit ».
L’association de divers groupes d’affinité fait aussi partie de cette forme organisative informelle.

Voilà donc, cette légère contribution, dans l’idée, comme je l’ai déjà dit, qu’elle s’approfondisse.

Je voudrais maintenant faire une petite critique aux groupes, plateformes ou fédérations, ainsi qu’à quelques compagnon-nes « insus » sur des manières d’agir que je considère mériter de l’attention et que je ne partage pas. Si l’anarchisme est antagoniste à toute forme de structure et de rapports de Pouvoir -ce que nous appelons communément « système de domination »-, il existe aussi à l’intérieur du mouvement divers courants qui, avec une langue de vipère, portent le discrédit sur l’agir de celles et ceux qui vont au-delà de la simple parole et décident de sortir de la passivité routinière qui ne mène qu’à elle-même. Des courants qui s’auto-exaltent en « prônant » comment les choses devraient être ou ne pas être, tels de grands théoriciens de comptoir, sans plus. Il y a quelque temps déjà que j’éprouve une certaine réticence à accepter des doctrines anarchistes où l’on parle passionnément de « chercher » à s’émanciper de tout assujettissement, à créer des relations de fraternité et d’amour horizontales entre égaux, en partant d’un idéalisme chrétien qui prêche le mot d’ordre « éradiquer la méchanceté du monde », mais … sans jamais rien faire d’autre que de se réunir pour parler, parler et continuer à idéaliser leur perspective d’une vie en liberté !! Ce faisant, ils oublient ou laissent de côté le fait que cette vie se trouve aux mains d’un ennemi puissant qu’il est nécessaire d’attaquer de manière permanente et destructrice.

En soi, les idées-théories rageuses et ingénieuses ne servent pas à grand chose. Je considère la propagande et la contre-information comme importantes, mais pas quand on ne les utilise que pour bouger les masses ; surtout si ce « bouger » porte implicitement l’attente du « moment idéal » pour lancer l’offensive, comme on attendrait le messie en se dédiant au prosélytisme pour faire grossir ses rangs, en tombant dans des positions quantitatives.

N’étant pas d’accord avec celles et ceux qui décident de mettre en pratique l’attaque directe, sans attendre de médiation de l’Etat ou du Capital, ils décident donc, non solidaires, de passer sous silence leurs luttes et leurs conséquences, faisant « comme s’il ne se passait rien » et poursuivant leurs sermons et leurs endoctrinements populeux – comme pour attirer des moutons à leurs troupeaux.

Je pense que les marches, les meetings, les rassemblements et les discussions sur l’anarchisme, de même que les congrès, grands et pompeux récitals de la liberté -seuls- n’impressionneront pas et détruiront encore moins l’ennemi qu’ils prétendent combattre.

Je termine cet écrit, qui n’est certes qu’une foule de choses qui ont déjà été dites, mais que j’ai aussi réfléchies et vécues de près, disponible pour la critique et la mise en discussion de qui le pensera opportun.

Pour finir, je ne veux pas laisser passer l’occasion d’envoyer une accolade chaleureuse et fraternelle et toute ma solidarité aux compagnon-nes : Nikos Maziotis en prison en Grèce et Pola Roupa en cavale ; Mónica Caballero et Francisco Solar en Espagne ; Felicity Ryder en cavale ; Fredy, Juan et Marcelo au Chili ; beaucoup de force à la compagnonne Tamara Sol ; à Mario « Tripa » en cavale ; à Gianluca Lacovaca et Adriano Antonacci en Italie ; à Gabriel Pombo Da Silva et au Mexique à Mario González, Abraham, Fernando, Fallon et Amélie.

A elles et eux tou-tes, ainsi qu’à toutes celles et ceux dont je n’ai pas connaissance, mon amour, ma rage et ma solidarité.

Irréductibles et réfractaires pour toujours, parce que la lutte n’est pas destinée à obtenir des privilèges ni un avenir confortable, mais que c’est une condition en acte qui cherche à détruire toute forme de domination, afin que nous puissions ainsi resurgir des décombres et enfin être libres.

Carlos López « Chivo »
Reclusio Oriente, Mexico

Traduit de l’espagnol de ababjolosmuros par brèves du désordre, 04 September 2014

___________________________________________________________________________________

Je débute cette lettre en saluant sincèrement tous/toutes les compagnon·ne·s à l’extérieur de ces murs, en espérant que leurs cœurs battent à l’unisson au rythme de la rébellion et que cela se reflète dans leurs actions quotidiennes.

La semaine dernière j’ai reçu avec beaucoup de plaisir un petit, mais important, geste que les compagnon·ne·s m’ont fait parvenir, en me prévenant auparavant. Au milieu de la monotonie et l’ennui de la vie quotidienne de l’enfermement on attend que “quelque chose” se passe en dehors de l’ordinaire, c’est pour ça que plus ou moins à l’heure dite j’ai fixé le ciel et un salut en forme de feux d’artifice est arrivé. À chaque feux d’artifice qui explosait je pouvais sentir leurs salutations et tendresses. C’était impossible de les voir physiquement, mais je les sentais proche de moi, et j’ai pu me sentir en complicité avec leur solidarité-action, et j’ai même pu imaginer leurs visages souriants et espiègles, se moquant de possibles risques. C’est clair que lorsqu’un-e compagnon·ne est séquestré·e par l’État, la lutte s’étend des deux côtés, intérieurs et extérieurs, des murs. Et de chaque côté chacun·e avec ses moyens se débrouille pour faire des attaques qui peuvent rendre cette lutte plus fonctionnelle (parler d’attaque ne signifie pas pour moi seulement détruire quelque chose de matériel, mais c’est aussi la désobéissance iconoclaste de ce qui est imposé à l’intérieur d’un système).

Ainsi c’est clair que lorsqu’il y a une arrestation ça n’est pas seulement le/la prisonnier·e qui est affecté·e, car selon la dureté du coup reçu, cela peut s’étendre à d’autres compagnon·ne·s qui peuvent vivre la même situation, voir plus dure que le prisonnier·e même.

Donc, alors que je voyais et écoutais les feux d’artifice exploser, je pensais que je voulais partager le bonheur que je ressentais avec d’autres compagnon·ne·s, particulièrement Bruja, Tripa, le Skin, Benja et Justine qui d’une façon ou d’une autre passent un mauvais moment pour avoir été relié·e·s avec le Caso 5E (NdT : le 5 janvier, le jour de son arrestation), affaire dans laquelle Amélie, Fallon et moi sommes accusé·e·s. Profitant de cette lettre je les embrasse à tous les cinq, et à tous/toutes celles/ceux qui au cours de l’enquête ont du supporter les perquisitions et les harcèlements. Pour vous toute ma solidarité, et je redis qu’ici on ne vous oublie pas et on pense toujours à vous ! Vous n’êtes pas seul·e·s, nous ne sommes pas seul·e·s !

En ce qui concerne l’organisation j’ai peu de choses à dire …

En tant que révolutionnaires nous avons besoin d’être toujours en conflit partout où la domination cherche à fixer sa présence dégoûtante, par seulement en prison, mais dans tous les endroits où il y a des rapports de pouvoir et d’autoritarisme. Pour ça y a pas besoin d’être une masse brûlant d’envie de changement. Je crois qu’avec des petits groupes organisés on peut voir des résultats satisfaisants, mais … Que se passe-t-il lorsqu’au lieu de se battre pour être véritablement gênants pour l’ennemi on se plonge dans des querelles personnelles, des polémiques pas constructives et des trahisons entre révolutionnaires ? Le résultat est évident, la division, pas seulement entre groupes, mais entre compagnon·ne·s en affinité, la rupture de projets, la non solidarité des uns pour les autres, on fait sortir le “juge” que certain·e·s ont en eux et on commence à chercher des coupables au sein du mouvement, confusion, etc. Ça contribue évidement à aider l’État à affaiblir quelque chose qui était en train de se développer.

Bien sûr personne ne cherche à être un petit ange et  ne pas faire d’histoires entre compagnon·ne·s, car il y en aura toujours, mais je considère qu’il faut faire ça quand c’est le moment, et s’il le faut ne plus voir la personne et c’est tout, mais pas le faire quand on est dans le pétrin et réduire en poussière les efforts des autres.

Il n’y a pas, comme je l’ai dit avant, de recette magique pour résoudre des problèmes, cependant je pense que la première phase de l’attaque c’est la conscience immédiate.

Parfois je suis assailli par une question, peut-être bête, mais qui me semble logique : pourquoi, si on se dit si contestataires et qu’on ne se tait pas face aux injustices, pourquoi est-ce qu’on le fait entre compagnon·ne·s ? Que ça reste dans la conscience de chacun, mais face à des situations de cette magnitude il y a beaucoup de choses à faire, la restructuration est toujours possible et les projets vont de nouveau de l’avant.

C’est pour ça que je parie toujours sur l’informalité comme organisation concrètement anarchiste, et c’est à travers les tensions, les débats et les approfondissements ( du personnel et des problématiques sociales) que nous nous identifions avec nos affinités, c’est à dire, avec les personnes avec qui nous obtiendrons la connaissance mutuelle et probablement avec qui nous réaliserons certains projets. Ça me semble très compliqué de faire des choses avec des personnes avec qui on n’a pas d’affinité. Une amie m’a demandé une fois comment on mesure l’affinité. Je lui ai répondu que plus on se connaît mutuellement, plus on se fait confiance, et plus on fait d’actions ensemble, et ainsi plus on a d’affinité.

J’en profite aussi pour envoyer un salut fraternel au groupe de Mexicali, pour le soutien reçu. Allez les gars/meufs !

C’est tout pour le moment, en espérant être en contact avec plusieurs d’entre vous (je souhaiterais que ce soit avec tous mais c’est pas possible) et j’envoie des bises à tous/toutes.

Guerre sociale pour toujours !
Vivons l’Anarchie !

Carlos López “Chivo”
1er juillet

Traduit de l’espagnol de contrainfo par camotazo, 21 juillet 2014

[Publication] Recueil de textes de compagnons incarcérés au Mexique ( janvier 2012 / août 2014 )

Sans Patrie distro anarchiste & internationaliste – nouvelle brochure

Recueil de textes de compagnons incarcérés au Mexique, (janvier 2012/août 2014), ed. Sans Patrie, août 2014 (64 p., A5)

Pour toute demande (en papier et pdf), écrire à : toujourssanspatrie [at] riseup.net

MexFaceAface

Quelques mots d’introduction

En 1994, l’insurrection au Chiapas a soudain propulsé le Mexique à la Une des milieux militants européens qui, manifestement en mal de libération nationale et de sujets révolutionnaires, se sont empressés d’apporter un soutien inconditionnel à l’EZLN [Armée Zapatiste de Libération Nationale] et à son chef charismatique, le Sous-Commandant Marcos, entérinant son rôle de représentant officiel du soulèvement. Celles et ceux qui tentaient de creuser les questions de l’auto-organisation et des perspectives de lutte contre tout Pouvoir, brûlantes dans tout contexte insurgé,se voyaient en général taxés de colons eurocentrés n’entendant rien aux problématiques identitaires, communautaires voire patriotiques des « peuples indigènes  ».

C’est dans cette ambiance de réductionnisme volontairement confusionniste et d’anti-impérialisme à la sauce humanitaro-démocratique que se sont développés les comités de soutien rassemblant radicaux et institutionnels, le spectacle des rencontres intergalactiques, et le commerce du café solidaire.

Progressivement, le mouvement zapatiste est entré dans une démarche de négociation, ses représentants œuvrant de concert avec les organisations gauchistes de la dite « société civile » – trotskistes, léninistes etc, elles abondent au Mexique comme ailleurs– et affirmant de plus en plus ouvertement leur proximité avec la gauche institutionnelle. Ainsi l’Autre Campagne lancée suite à la Sixième déclaration de la forêt de Lacandone en 2005, outre le fait qu’elle réclame une nouvelle Constitution, non seulement n’a pas appelé à l’abstention au cours des derniers cirques électoraux, mais certains de ses leaders se sont en plus prononcés pour le vote utile en faveur du PRD [Parti de la Révolution Démocratique] dans un grand réflexe de front commun contre le PRI [Parti Révolutionnaire Institutionnel]. Ce n’est pas rien, surtout quand on sait que ces deux partis se partagent le bout de gras depuis des décennies.

Heureusement, des luttes ont continué à se développer contre le rouleau compresseur capitaliste et les désastres qu’il engendre à tous les niveaux. En différents endroits on se bat par exemple contre l’implantation des parcs éoliens et nous retiendrons aussi la vigoureuse et victorieuse bataille des paysans d’Atenco contre la construction d’un aéroport en 2001-2002.

Les années 2000 au Mexique ont aussi été marquées par des révoltes aboutissant à de véritables soulèvements dans des villes comme San Salvador de Atenco ou Oaxaca en 2006. Partant de la réaction à un énième abus (contre les vendeurs de rue à Atenco) ou de revendications partielles (comme celles des enseignants à Oaxaca), ces révoltes se sont propagées comme une trainée de poudre touchant des milliers de personnes et se sont dirigées à la fois contre les caciques locaux et les autorités fédérales. A  Oaxaca, les barricades ont recouvert la ville, les forces de l’ordre se sont repris dans la face un peu de leur violence et de nombreux bâtiments publics ont été incendiés, des groupes s’organisant à la fois pour défendre et attaquer. Ce processus n’a certes pas été exempt de mécanismes politiques, surtout lorsqu’il a commencé à durer dans le temps (plusieurs mois) – citons par exemple le rôle joué par l’APPO et ses appels à la désobéissance civile. Mais il a indéniablement marqué celles et ceux qui y ont participé directement ou qui se sont reconnu-es dans les possibles ouverts par l’auto-organisation dans le conflit.

Dans ce contexte sont aussi parvenus des échos de contributions anarchistes sous forme de textes, d’interventions dans des mouvements de rue ou d’attaques ciblées touchant les forces de l’ordre, les banques, les institutions… Ces contributions anarchistes ont ceci de particulier qu’elles critiquent en mots et en actes à la fois l’avant-gardisme des guérillas (relevant souvent du réformisme armé) et la récupération citoyenne et démocratique. Aux organisations de masse (civiles-citoyennes, maoïstes ou plateformistes) elles opposent l’activité autodéterminée des individus ou de groupes basés sur l’affinité ; à toute tentative de représentation et d’orchestration de la contestation, elles répondent par le refus du dialogue démocratique (et de toute revendication adressée au pouvoir) et l’action directe ; face à la prise de contrôle par quelques-uns, elles font le pari l’insurrection généralisée. En se mettant décidément du côté de la révolte et des révolté-es, ces contributions visent ouvertement à étendre la guerre sociale pour déborder le cadre omniprésent et oppressant que posent l’Etat et ses alliés-concurrents, dans un contexte qu’on a du mal à caractériser comme pacifié : la brutalité exacerbée (tortures, viols, assassinats…) est monnaie courante, exercée dans tous les sens par les flics, les militaires, les escadrons de la mort et les narcos mafieux, mais toujours en vue de maintenir un certain ordre, celui de l’exploitation et la domination.

La position courageuse et offensive qui rompt avec l’idée qu’il y aurait quelque chose à défendre ou à améliorer dans ce système –voire même qu’on pourrait en profiter quand clientélisme et corruption règnent à toutes les échelles–, en affirmant qu’il faut au contraire le détruire en entier a donc de quoi attirer bien des ennemis.

En 2009, suite à un grand nombre de sabotages incendiaires ou explosifs contre des banques, des grands magasins, des concessionnaires automobiles, des véhicules de police, dans le District Fédéral, comme dans d’autres régions (Guadalajara, León…) –ce que les flics ont qualifié de Septembre Noir–, plusieurs services de police ont reçu pour mission de surveiller les groupes anarchistes (leurs locaux, leurs publications, leurs activités) sur l’ensemble du territoire. Le 24 septembre 2010, Braulio Duran, qui se définit comme anarchiste végan, est arrêté, accusé d’avoir incendié deux DAB de la banque HSBC. Il sera condamné à 3 ans, 1 mois et 15 jours de prison qu’il a fini de purger.

En 2012, de fortes mobilisations se succèdent : un mouvement étudiant, le rejet de la hausse des prix des transports publics et surtout l’investiture de Peña Nieto [PRI] à la présidence, donnent lieu à des émeutes avec de gros affrontements contre les forces de l’ordre, des pillages et des attaques d’ hôtels de luxe, d’agences bancaires, de grands magasins, d’institutions etc.. Le Pouvoir relance une campagne médiatique contre l’ «anarco-terrorisme» et depuis, l’Etat et ses laquais pointent régulièrement les anarchistes comme fauteurs de troubles, notamment dans les manifestations du 1er Mai ou du 2 Octobre (date anniversaire du massacre étudiant en 1968 sur la place des Trois cultures).

En décembre 2013, une rencontre anarchiste internationale est organisée à Mexico. A son arrivée et après de longues heures d’interrogatoires à l’aéroport, le compagnon Alfredo Bonnano est refoulé et renvoyé au point de départ. Le 29 décembre, dernier jour de la rencontre, c’est Gustavo Rodríguez, résidant au Mexique, qui disparaît. Trois jours plus tard, il informe les compagnons sur place qu’il a été séquestré, interrogé et tabassé par la police fédérale, avant d’être expulsé vers les Etats-Unis.

Ces quelques exemples sont aussi des signes qui ne trompent pas sur le fait que les anarchistes se retrouvent dans la ligne de mire de l’Etat mexicain, qui travaille bien entendu en étroite collaboration avec ses homologues continentaux et européens (signalons au passage que Bonnano s’est aussi vu refuser l’entrée au Chili).

Le fait que les anarchistes qui affirment des positions absolument irréconciliables avec le Pouvoir aient les Etats contre eux n’ a en soi rien de bien étonnant ni de bien nouveau d’ailleurs. La question qui se pose plutôt est celle de la solidarité entre celles et ceux qui partagent ces désirs et ces aspirations de liberté. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’en janvier derniers trois compagnon-nes, Carlos,Amélie et Fallon ont été arrêté-es à Mexico, accusé-es de deux attaques incendiaires et que deux autres, Mario et Felicity sont dans la nature pour une affaire antérieure.

Les lettres qui constituent le corps de cette brochure ont été écrites par ces compagnons et compagnonnes en prison ou en cavale. Certains sont mexicains, d’autres pas, ce qui montre une fois de plus que la révolte n’a pas de nationalité et que l’horizon des idées anarchistes se moque des frontières. Au travers de ces lettres, ils et elles dépeignent leur situation, sans jamais cesser de la relier aux idées et perspectives qu’ils défendent et continuent d’approfondir. En cela, ils ouvrent un espace de réflexion et de dialogue sur des questionscomplexes qui nous concernent toutes et tous : Qu’est-ce que la solidarité ? Comment et sur quelles bases peut-elle s’exprimer ? Quelles peuvent être les perspectives de lutte contre la prison – particulièrement lorsqu’on n’idéalise pas les prisonnier-es comme potentiels sujets révolutionnaires et que l’on refuse le concept de « prisonnier politique » ? Comment lier ce qui se passe à l’intérieur avec le combat à l’extérieur des murs ? Ces questions sont posées dans une perspective révolutionnaire qui vise à détruire les prisons avec la société qui les produit, parce qu’elles ne disparaitront vraiment toutes que dans un monde qui n’en a plus besoin et rejette entièrement l’autorité et le Pouvoir. En ce sens, nous sommes amené-es plus largement à réfléchir en pratique aux angles d’attaque qui nous paraissent pertinents pour œuvrer à détruire ce qui nous détruit. A chacun, chacune de chercher et d’expérimenter les réponses qui peuvent être apportées, toujours dans une continuité offensive insurgée. C’est aussi à cela que nous invitent les compagnon-nes.

22 août 2014

[Mexico] Nouvelles accusations contre les anarchistes Amélie, Fallon et Carlos (5E3)

Dans la matinée du 16 mai, les compagnonnes Amélie et Fallon ont été informées qu’elles seraient emmenées à Reclusorio Sur (prison du sud de Mexico) afin de témoigner de nouvelles accusations sous ordre fédéral.

Vers 8h00, toutes les deux ont été transférées au tribunal, où elles ont rencontré le compagnon Carlos.

Après avoir attendu presque toute la matinée, tou-te-s ont été informé-e-s qu’un  mandat d’arrêt leur a été délivré pour le délit de dommages à la propriété d’autrui, sous la forme « d’incendie volontaire dans un immeuble avec une personne à l’intérieur« . Les trois compagnon-nes n’ont pas fait de déclaration et une fois l’audience terminée, il.elle.s ont été ramené-es à la prison où il.elle.s sont détenu-es depuis février 2014 (Carlos à Reclusorio Oriente, Amélie et Fallon à Santa Martha), après avoir passé 40 jours en détention fédérale dans le cadre de la procédure de mise en accusation.

Cela signifie que dorénavant les compagnon-nes font face à deux poursuites judiciaires; une sous la juridiction locale pour les délits d’attaques à la paix publique et dommages aggravés (attaque du concessionnaire Nissan) pour lesquelles ils n’ont pas droit au cautionnement, et une procédure fédérale pour l’infraction de dommages à la propriété d’autrui (attaque sur le secrétariat des communications et des transports).

Les compagnon-nes vont bien et ont été en mesure de dire qu’il.elle.s n’ont pas été frappé-es durant le transfert.

La prochaine audience de la procédure locale est fixée pour le 19 mai, alors que la date de l’audience fédérale sera déterminée ce dimanche (18/05/2014).

Une fois encore, nous appelons à la solidarité avec les compagnon-nes Amélie, Fallon et Carlos, qui sont enlevé-es par l’Etat mexicain depuis le 5 janvier (5e).

L’Etat/le capital est le seul terroriste !

Ni coupable, ni innocent-e !

Liberté pour tou-te-s !

Anarchist Black Cross de Mexico, le 16 mai 2014

Vous pouvez écrire aux prisonnier.es aux adresses suivantes:

Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Centro Femenil de Reinserción Social Santa Martha Acatitla
Calzada Ermita, Iztapalapa No 4037, Colonia Santa Martha Acatitla
Delegación Iztapalapa, C.P. 09560, Ciudad de México, D.F.
México

Carlos López Marín
Reclusorio Preventivo Oriente
Calle Reforma #50, Col. San Lorenzo Tezonco
Delegación Iztapalapa, C.P. 09800, Ciudad de México, D.F.
México

[Mexico] Lettre de la prisonnière anarchiste Amélie depuis la prison de Santa Martha

Mexique, 5E : Lettre d’Amélie

23 février 2014, prison de Santa Martha, México, DF

banda5eLe soir du 5 janvier dernier, j’ai été arrêtée avec mes compagne.on.s Fallon et Carlos pour avoir supposément attaqué le Secrétariat Fédéral des Communications et Transports de Mexico, ainsi qu’un concessionnaire de voitures Nissan. Des vitres ont été brisées et des cocktails molotov ont été projetés à l’intérieur du ministère, (selon ce que les preuves disent) et dans les voitures neuves du concessionnaire. Les dommages se sont élevés à plus de 70 000 pesos au ministère et de plus de 100 000 pesos au Nissan.

Effectivement, je suis anarchiste et je vis à Montréal, au Canada. J’étais de passage au Mexique, et voilà que mon voyage se prolonge de quelques temps.

Après avoir été arrêtée, on nous a enfermé pendant 96 heures, pour ensuite nous transférer au Centre Fédéral des Arraigo- sans même avoir vu un juge. Nous y avons été séquestré pendant 40 jours. En cellule, 23 heures sur 24, une cigarette par jour, fumée en 10 minutes; 3 repas par jour, mais avec seulement 10 minutes pour manger à chaque fois, sans parler; pas le droit d’avoir de crayon; 9 minutes de téléphone par jour… Bref, c’était l’attente, et il ne se passait rien d’autre que la télé ouverte, du matin au soir, avec les «télé-novelas» mexicaines qui passaient. Une chance que nos ami.e.s nous ont envoyées des livres! Merci, je ne sais pas comment j’aurais survécu sinon.

Le jour 40, le Procureur Général de la République (PGR- police fédérale) transfère nos dossiers à la PGJ (police d’état) parce qu’ils n’ont pas de preuves pour nous accuser au fédéral. Ansi, depuis le 17 février, Fallon et moi sommes à la prison de «Santa Martha», prison d’État pour femmes à Mexico City, où nous avons été transférée et Carlos se trouve à «Oriente», une prison d’État pour hommes à 20 minutes de nous. Ici, c’est une micro-société entourée de béton et de barbelés, mais où on peut faire ce qu’on veut à l’intérieur des murs.

Au moment où j’écris ce texte, il est 7h30 du matin. Je suis dans la cour et je regarde le soleil se lever derrière la tour de garde qui occupe le paysage. En vrai, je me sens presque dans une cour de HLM quand je regarde le bâtiment avec les vêtements qui pendent aux fenêtres sans barreaux. Y’a plein de pigeons, de poubelles, de gazon jauni et de barbelés. Y’a aussi plein de gens avec leurs histoires.

La prison, comme la police, est un fait nécessaire au maintient de la paix sociale. C’est la domination et le contrôle qui permettent à ce monde dégueulasse de persister. La prison signifie peur, inconnu, honte, solitude, isolement. La société c’est le dressage des individus en bons citoyens. Ainsi, ma force en tant qu’individue prend racine dans le refus que la peur soit une limite dans ma vie. Bien sûr que j’ai peur, comme tout le monde, de plein de choses, mais mes désirs de liberté sont plus forts. La peur est souvent construite et se déconstruit quand on y fait face. Ce qui importe, c’est de voir plus loin, de dépasser les cadres, les frontières, au delà des murs, des montagnes, des fleuves et des océans.

Je suis ici pour je ne sais combien de temps, mais je ne m’apitoie pas sur mon sort. J’ai confiance que dehors, la lutte continue et les gens se rencontrent, s’aiment, se détestent, vivent, osti. En fait, je ne me sens pas à l’aise que des gens focussent sur notre cas sans engager leurs propres luttes dans leurs contextes. Je pense que la meilleure solidarité se construit dans le partage des forces individuelles et collectives. Le pire pour moi serait que rien ne se passe dehors, alors que nous sommes séquestrées ici, mais je sais que mes ami.e.s continuent, malgré les difficultés auxquelles nous devons faire face. Ma réalité d’anarchiste en prison n’est qu’un fait parmi d’autres avec lequel nous devons nous adapter. Le plus difficile est souvent de maintenir et protéger les liens de confiance entre compagne.on.s avec qui nous partageons des affinités pour pouvoir penser dans le long terme. Lorsque c’est possible, cela fait émerger des possibilités inimaginables.

En ce sens, mes idées et analyses restent les mêmes qu’en dehors. C’est pourquoi je n’ai pas envie de changer mon discours pour recevoir l’appui des gens. J’apprécie énormément les efforts de solidarité qui ont été fait jusqu’à maintenant, par contre, je me distancie de certaines initiatives qui ont été prises en solidarité avec nous, à Montréal : lors de la vigile qui eut lieu devant le consulat mexicain, le discours exposé dénonçait la torture et le non-respect des droits humains pratiqués par l’État mexicain. L’ONU a été mentionnée avec un ton réformiste et progressiste. Honnêtement, j’apprécie que plusieurs personnes se préoccupent de notre cas, seulement je refuse d’utiliser ces discours réformistes illusoires. Pour moi, l’injuste, la torture et le non-respect des droits humains font partis intégralement du monde tel qu’il est. Les droits sont régulés par l’État et sont suspendus à tout moment dès que besoin se fait sentir. De plus, cela favorise l’idélogie de la démocratie (des droits pour des citoyens), la plus grande des illusions qui soit. Et surtout, appuyer nos idées en faisant référence à des instances du pouvoir telle l’ONU ne peut construire une lutte anti-autoritaire forte. Ce n’est pas en tentant d’influencer l’opinion publique avec des discours réformistes que l’on pourra construire les bases solides d’une lutte irrécupérable.

Je dois dire aussi que je n’ai honnêtement rien à faire des syndicats étudiants et de travailleurs, et cela même dans l’idée du «syndicalisme de combat» très à la mode chez moi, à Montréal. Ces organisations sont formelles et bureaucratiques. Elles reproduisent la «démocratie directe». Ce sont ces mêmes structures que je veux détruire, qui imposent une distance entre les individus, dans le rapport des individus au monde et au vivant. La formalité, la bureaucratie, la loi, et l’institutionnalisation transforment les liens entre les personnes. Ils figent les possibilités de transformation constante, exactement comme le font les partis politiques. Ils tentent d’organiser et de diriger «la masse informe».

Ainsi, il y a une contradiction évidente : nous avons été appuyées par des associations étudiantes au Québec. Pour ma part, je n’ai aucun problèmes avec le fait d’accepter cet argent qui nous aidera sans doutes à sortir de prison. Mais je dois dire que selon moi, ces organisations n’ont rien de révolutionnaire. Elles sont pourries à la base. Elles sont fondées sur des structures d’organisation maoïste et sont entièrement formelles, avec leur code de procédure de politiciens. Ce langage est incompréhensible. Des orateurs charismatiques manipulent les votes des masses en exprimant ce que la majorité veut entendre plutôt qu’en parlant avec le cœur. Des foules de 100 000 personnes marchent comme des zombies, chantent et répètent les même slogans réformistes et retournent ensuite chez eux, dans leurs quotidiens.

Dans la situation dans laquelle je me trouve, en attente de ma sentence ou de ma libération, exprimer ouvertement que je suis anarchiste peut me mettre dans la précarité. J’ai choisi de le faire, de toute façon. Plusieurs fois, j’ai ressenti le besoin de communiquer avec d’autres anarchistes ayant vécu des situations semblables. Confronté.e.s à la répression de l’État , il y a plusieurs façons de réagir. Je pense qu’utiliser un discours modéré procurent des privilèges tels que sortir de prison plus rapidement, obtenir du financement ou se faire accepter socialement. Mais je pense qu’aussi longtemps que les discours et les actes seront modérés, il sera difficile de propager des pratiques insurrectionnelles et anti-autoritaires. C’est pourquoi il est important de communiquer mes idées ouvertement et en connaissance de cause.

Je ne sais pas combien de temps je serai enfermée ici, mais une chose est certaine : ce ne sera pas pour toute la vie. J’ai la chance d’avoir des ami.e.s et des compagne.on.s de luttes géniaux, et je ne me sens pas seule. La force et le courage se trouvent d’abord en soi. Il y a un univers de possibles, ici comme ailleurs. Toutes formes de domination sont à combattre, autant celle qui crée les structures et les institutions que celles qui s’immiscent dans nos relations. Il n’existe pas de paradis ni de monde parfait. La liberté c’est le mouvement et le conflit permanent, en confrontation avec le monde des images, des symboles et des apparences. La liberté, c’est la destruction des structures de domination sur nos vies. Au Mexique, à Montréal, en France, à Vancouver, aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, au Chili, en Égypte, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, je salue mes ami.e.s et compagne.on.s de lutte. Pour la liberté totale, je souhaite que des liens se forgent dans la lutte.

En solidarité avec Carlos «Chivo» et Fallon.

Avec Amour, à bas les murs de toutes les prisons.

Amélie.

Pour écrire à Fallon et Amélie :

Centro Feminil de Reinsercion social Santa Martha Acatilla
Amélie Trudeau / Fallon Rouiller
Calzada Ermita
Iztapalapa No 4037
Colonia Santa Martha Acatitla
Delagation Iztalpalapa
C.P. 09560

Repris de sabotagemedia, 18 mar 2014

[International] Appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression (17-24 mars 2014)

Appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression (17-24 mars 2014)

playeraCeci est un appel à une semaine de solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression, qu’ils soient enfermés derrière les barreaux des cellules de prison ou en clandestinité pour rester à l’air libre.

L’état du Mexique concentre son attention sur le milieu anarchiste florissant qui a attaqué activement les appareils de défense de l’état, c’est-à-dire le fondement sur lequel il repose. C’est le meilleur moment pour nous inspirer de ce milieu anarchiste, et montrer notre amour pour les compagnons emprisonnés. L’histoire du Mexique est très riche, et ne peut être résumer dans un texte comme celui-ci. Ce qui peut être mentionné, cependant, ce sont les efforts qui ont été réalisé pour vivre en conflit avec l’État. Cet appel vient à un moment où le milieu anarchiste du Mexique a activement contribué à la lutte contre le pouvoir et la domination. Attaques de véhicules de polices, attaque de banques, de bâtiments gouvernementaux, et d’autres symboles du pouvoir ; ces attaques ont poussé l’état mexicain à pourchasser ceux qui ont effectivement affaibli son fondement qu’est la paix sociale.

Il y a eu récemment divers épisodes de répression ciblées contre les anarchistes au Mexique : l’arrestation de Mario Tripa en 2012 et sa récente ré-arrestation en janvier 2014, la détention en cours de Mario Gonzalez, l’enlèvement et l’incarcération de nombreux compagnons anarchistes, la déportation d’Alfredo Bonanno qui s’est vu refusé l’entrer sur le territoire mexicain, l’interrogatoire et la déportation de Gustavo Rodriguez.

Il y a eu une réponse forte à cette répression de la part des anarchistes du Mexique, qui ont célébré et montré le courage des compagnons à travers la poursuite d’attaques en solidarité active. La semaine du 17 au 24 mars, nous en appelons à la force internationale et à la solidarité avec les anarchistes du Mexique confrontés à la répression. Maintenant, à un moment où les yeux de l’état et de ses sbires sont tournés vers nos camarades, il est urgent que notre réponse soit claire.

« Néanmoins, malgré l’imminente situation de contrôle gouvernementale, il y a en a encore qui ne sont pas effrayés, ceux qui de jour ou de nuit, seuls ou en groupe, par le feu, les explosifs, les blocus ou les armes à feu, montrent que ce n’est pas la vie que nous voulons, que- du moins dans notre perspective- ce système doit être totalement détruit. Leur maudite paix sociale est un mythe qu’ils tentent de nous imposer. Seul les conflits existent. Il est clair que nous devons reprendre le contrôle de nos vies et de nos espaces ; pour cela il n’y a pas d’autres moyens que la guerre sociale. » —Mario « Tripa » Lopez

En espagnol, anglais ici.

Repris de contrainfo, 13 mars 2014

[Paris/Bagnolet] Soirée de solidarité avec les prisonniers anarchistes incarcérés à Mexico – Au squat ‘Le Transfo’, jeudi 20 mars 2014

Jeudi 20 mars 2014: Kafé Disjonc’thé en solidarité avec les prisonnier-e-s anarchistes incarcéré-e-s à Mexico

JEUDI 20 MARS 2014, À PARTIR DE 19H
(boissons et bouffe à prix libre, vidéos)
au Transfo
57, avenue de la République, Bagnolet (93)
Métro : Gallieni (L3) ou Robespierre (L9)

Le 1er décembre 2012, quand la mobilisation contre l’investiture-imposition présidentielle d’Enrique Peña Nieto a commencé, les forces de l’ordre ont réprimé de façon brutale les manifestants et manifestantes qui, avec rage et organisation, étaient sorti-e-s dans la rue pour faire entendre leur colère contre un système qui prend uniquement en compte ses propres intérêts sans se soucier du reste. Les manifestants étaient sortis pour crier haut et fort leur colère face au mépris, à tous les abus de pouvoir, à la répression étatique et à la criminalisation de tous ceux et celles qui protestent, s’organisent et ne se rendent pas !

Peu de temps après cette répression brutale, les différents réseaux sociaux ont commencé à informer sur ce qui s’était véritablement passé lors de cette manifestation. Plusieurs vidéos ont montré la brutalité policière à l’encontre de manifestant-e-s et notamment du compagnon Francisco Kuykendall, adhérent à la Sexta, qui avait été blessé à la tête par une grenade lacrymogène lancée par la Police Fédérale Préventive. Le 25 janvier 2014, Kuykendall est décédé suite à ces blessures.

Tandis que les médias de l’État et les médias commerciaux menaient un véritable lynchage médiatique contre les manifestants « violents » et les « anarchistes-casseurs », depuis 2012 à aujourd’hui, le gouvernement fédéral de Peña Nieto et celui de la ville de Mexico ont déclenché une véritable persécution contre les mouvements sociaux, en particulier contre les mouvements anarchistes. À ce jour quinze compagnons anarchistes se trouvent incarcéré-e-s pour avoir participé à des manifestations, piquets de protestation, actions, etc. Certains compagnons ont été condamné-e-s à plus de cinq ans de prison ferme, comme Mario González.

Le 18 janvier dernier, trois autres personnes ont été incarcérées accusées d’une attaque aux cocktails Molotov sur le Ministère de la Communication et des Transports et contre un concessionnaire Nissan.

En solidarité avec tou-te-s les compagnons anarchistes incarcéré-e-s à Mexico, nous organisons une soirée café-bouffe et projection des vidéos (sur le 1er décembre 2012, en hommage à notre compagnon Kuykendall assassiné par la police mexicaine et sur les arrestations du 2 octobre 2013).

L’argent recueilli lors de cette soirée sera versé à la Croix noire anarchiste de Mexico et servira à la solidarité avec les anarchistes incarcéré-e-s (mandats, etc.).

Venez nombreux et nombreuses en solidarité avec : Mario González, José Alejandro Bautista Peña, Abraham Cortez Ávila, Víctor Efrén Espinoza Calixto, José Daniel Palacios Cruz, Ilia Daniel Infante Trejo, Miguel Adrián Gutiérrez, Salvador Reyes Martínez, Iribar Ibinarriaga Ramírez, Luna Flores, Isabel de la Madrid Flores, Luis Fernando Bárcenas, Carlos López Martin, Fallon Poisson et Amélie Pelletier.

Pour tous et toutes nous exigeons la liberté !!!

Ici en bas, quand la rage inonde notre coeur, nous ne nous fatiguons pas, nous ne nous rendons pas !

À bas les murs de toutes les prisons !

Les Trois Passants (Libérons-Les !)
Pour plus d’infos

2014-03-20_Bagnolet_Transfo_KafeDisjoncThe


Le Transfo c’est quatre bâtiments squattés depuis novembre 2012 dont trois bâtiments sont dédiés à des activités collectives inscrites dans la lutte.
Le Transfo c’est aussi un lieu menacé d’expulsion et donc à défendre, car les propriétaires, EDF, en demandent l’expulsion.

Plus d’infos sur transfo.squat.net