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[Publication] “Subversions” n°4, revue anarchiste de critique sociale

Le n°4 de “Subversions” vient de sortir (octobre 2014). Cette revue anarchiste de critique sociale fait 52 pages, et tourne du côté des distros au prix de 2 euros l’exemplaire, 7 euros les 5 exemplaires et 12 euros les 10 exemplaires.

On peut écrire à la distro de la Bibliothèque libertad pour se la procurer, ou à subversions((A))riseup.net. Pour avoir une petite idée de son contenu, voilà l’édito et le sommaire. Les n°1 (septembre 2012), n°2 (avril 2013) et n°3 (septembre 2013) sont toujours disponibles.

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Sommaire :

Pot-pourri
• Pour le bouleversement du monde
• Balade souterraine : flux et reflux
• Les murs de la ville
• Sur la deuxième ligne
• Par la fenêtre
• L’âge des fossoyeurs
• Je vous souhaite à tous de beaux cancers
• C’est la guerre…
• Otvet
• Pour une désobéissance incivile
• Nous vivons des temps de guerre…

Focus
• Soyons ingouvernables
• Dix coups de poignards à la politique
• A bas la politique !
• De l’autre côté du miroir
• Nous sommes le 1 %
• Pour en finir avec le sacré
• Le palier du « voisin »

Commentaires déplacés
• Consternations
• Bonnot et les évangélistes

Fil de l’histoire
• La vengeance de Sacco et Vanzetti
• Face à face avec l’ennemi
• Mourir innocents est plus rageant
• Aux révolutionnaires… chrétiens

La fin des transports en commun

[NdCNE] Ce texte est reproduit de la revue anarchiste ‘Subversions’ #3. Il constitue une manière d’approndir la critique de l’urbanisme, du contrôle social et d’apporter des éléments subversifs contre les transports en commun, un des piliers du bon fonctionnement du capitalisme. Ceux-ci sont un peu partout réamménagés sur le territoire… A Besançon, on peut évoquer la construction en cours du réseau du tramway, s’ajoutant au réseau de bus Ginko.

Nous voulons tous aller quelque part. Ce ne serait pas une exagération de prétendre que c’est dans la nature humaine même de se déplacer. Relativement incapable d’éradiquer cette manie, le pouvoir s’emploie plutôt à déterminer à l’avance la destination de nos routes, en délimitant soigneusement les contours des champs de l’inconnu. Aller découvrir le nouveau centre commercial, goûter un substitut de la nature dans un parc naturel, se jeter dans l’expérience d’un nouvel emploi au final aussi insipide que le précédent, faire la fête dans les endroits prédestinés pour éviter tout joyeux et donc incontrôlable débordement… Voilà les destinations offertes.

Mais la question ne concerne pas uniquement les destinations. La critique de ce monde fantomatique mis en scène par le pouvoir et la marchandise s’enrayerait si elle ne captait pas que c’est le chemin même qui conditionne la destination. Vivant dans un monde basé sur l’argent, la seule destination de nos errances ne peut-être que les temples où cet argent règne. Vivant dans un monde où le travail salarié détermine le rythme de la vie, le seul but devient évidemment l’usine, l’entreprise, l’atelier, le supermarché. Même les moments où l’on ne travaille pas, où l’on est censé être libre de faire ce que l’on souhaite, sont pris dans ce temps haché, compté, dans un résidu chronométré.

Si nous laissons de côté le domaine de la logique du pouvoir et de la soumission pour nous plonger dans le concret, la question des chemins et des destinations se heurte quasi directement à l’existence des transports en commun, qui sont régulièrement perturbés, évidemment pour des raisons et avec des colères différentes, plus ou moins partageables. On pourrait citer les sabotages anonymes qui ont eu lieu récemment en solidarité avec la lutte contre le TGV Lyon-Turin, l’incendie qui avait ravagé entièrement un entrepôt de bus lors de la grève des transports lyonnais à l’automne 2009, ou encore les mouvement des retraites et du CPE, où l’une des perspectives était de tout bloquer.

On pourrait se limiter à une critique superficielle des transports en commun, oubliant qu’ils forment effectivement une des plus importantes artères de la ville. On pourrait se limiter à dénoncer l’augmentation des contrôles, les prix trop élevés des tickets et des abonnements, la modernisation des portiques transformant l’accès au métro en une séance de gymnastique toujours plus acrobatique, ou encore l’abondance de la vidéosurveillance, des agents de sécurité… Certes, toutes ces critiques sont nécessaires et utiles, mais en même temps elles risquent de nous amener sur le terrain glissant de la revendication d’un quelconque « droit à la mobilité« , des « transports en commun gratuits » ou encore d’une « diminution de la répression contre les fraudeurs« . Ce sont des terrains glissants, car ils risquent d’éluder la question fondammentale: pourquoi y-a-t-il des transports en commun, quels buts servent-ils?

La grande majorité des usagers des transports en commun l’utilisent pour se déplacer du domicile vers le travail, et plus occasionnellement, vers des institutions, vers des rendez-vous avec des bureaucrates, vers les lieux de consommation comme le supermarché, le stade ou la discothèque. Ceci donne une petite idée pour comprendre l’importance que le pouvoir peut accorder à un réseau de transports en commun qui fonctionne convenablement. Le déplacement, la circulation des personnes est fondammentale pour l’économie, pour l’existence du pouvoir. Les transports en commun sont une des réponses à cette nécessité économique de se déplacer, et son organisation fait tout son possible pour offrir le chemin afin de déterminer la destination. Et ce déplacement doit évidemment se dérouler de la manière la plus efficace (certainement pas synonyme de la plus agréable) et la plus sûre (certainement pas synonyme de la plus fascinante) possibles. La mobilisation totale de la population au quotidien nécessite des infrastructures adaptées. L’importance de ces infrastructures pour l’ordre social se reflète à l’envers quand elles sont paralysées (peu importe la cause): retards, chaos, désordre, rupture avec la routine. On dirait un terrain fertile pour autre chose que la reproduction quotidienne des rôles, du pouvoir, de l’économie.

Jusque-là, nous avons juste abordé les aspects concernant la logique de mobilisation économique derrière le transport de masse. Mais les transports en commun configurent profondément non seulement l’espace physique (rails de RER, de métro, tunnels, voies de bus, de tram, câbles électriques, signalisations, bruits), mais peut-être encore plus l’espace mental:  la ville devient la somme des arrêts de métro, de RER, de tramway, de bus, le territoire se voit délimité par les arrêts desservis, tout le reste n’est que passage, dont la plupart se déroule d’ailleurs, et pas par hasard, en sous-sol. Le réseau des transports en commun, lié à la militarisation qu’ils impliquent, peut être analysé comme une véritable toile qui couvre le tissu social, contribue à en déterminer les rapports, qui le contient, qui l’enferme. Dans la prison à ciel ouvert que le pouvoir est en train de construire, les transports en commun constituent les fils barbelés empêchant toute évasion. Comme dans n’importe quel camp, les enfermés sont enregistrés et fichés. En témoigne le gigantesque fichage des déplacements des usagers non-fraudeurs, réalisé à travers les cartes à puces personnalisées, et plus encore la volonté de pouvoir tracer et retrouver quiconque à cause de la présence interrompue de la vidéosurveillance.

En même temps, les transports en commun ne sont pas une forteresse imprenable. Parce que c’est réseau qui s’étend partout, il ne sera jamais à l’abri des gestes perturbateurs. Son omniprésence constitue en même temps sa vulnérabilité. Crever les pneus dans un dépôt de bus, sectionner des câbles le long des rails, détruire des signalisations qui mettent de l’ordre dans la circulation, ériger des obstacles sur les rails…, les possibilités pour des attaques simples et reproductibles sont infinies, et surtout impossibles à prévenir et à éviter. Chaque perturbation, peu importe son ampleur, peut provoquer des effets en chaîne et a des effets immédiats sur le travail et l’économie, sur le pouvoir et le contrôle. Ce qui est sûr, c’est que si l’on veut avoir l’espace de repenser collectivement le monde de nos rêves, de pouvoir se rencontrer pleinement, de façon horizontale et sans intermédiaire, si l’on ne veut pas avoir la tête engluée dans nos impératifs quotidiens, à un moment donné, il va bien falloir tout bloquer.

Aujourd’hui, il s’agit de concevoir ce que sont réellement les transports en commun: les artères du capitalisme, les barrières qui excluent tout ce qui sort de la routine du travail et du pouvoir, les fils barbelés de la prison à ciel ouvert en construction. Et comme l’évasion d’une personne ne signifie pas encore la destruction de la prison (et dans une certaine mesure même pas la liberté, liberté qui, comme on le dit souvent, ne peut s’étendre à l’infini qu’à travers la liberté des autres), la question revient à s’en prendre aux transports en commun comme au reste. Paralyser dans cette optique la circulation orchestrée et conditionnée des marchandises – humaines ou non – revient aussi à se battre pour la liberté de tous.

Des vagabonds en mal d’errance, mars 2012

[Tract] Ni Salut ni Armée: contre les collabos caritatifs

Quand les médias parlent d’exploitation de la misère, ils évoquent souvent des sourds-muets obligés de vendre des briquets, ou de jeunes immigrées qui, venues de leur village pour étudier, se retrouvent enfermées, privées de leur papiers et forcées de travailler toute la journée, bref, esclaves modernes. C’est bien sûr quelque chose d’inadmissible, mais les journalistes laissent croire que ce serait avant tout le fait de quelques individus sans scrupules.

Pourtant, il existe une autre exploitation de la misère, très bien vue, et même louée: celle des organisations humanitaires.

Toutes ont des pratiques identiques. Elles exercent des pressions sur ceux qui dépendent d’elles, pour des soins, de la nourriture ou un toit, exigent une soumission sans faille et n’hésitent à virer les récalcitrants et à appeler la police. Ainsi, le centre du Moulin-Joly, géré par la Croix-Rouge (dont le président Gentilini, vient d’être décoré de la légion d’honneur, preuve que l’Etat sait récompenser ses serviteurs), a viré un malade sans-papier qui avait le malheur de demander la maîtrise des traitements qu’on lui donnait. Comme celui-ci continuait à lutter, le centre a obtenu son internement de force en hôpital psychiatrique après une diffusion de tracts.

Les multinationales du charity-business sont à la pointe des techniques patronales d’exploitation et de division. Cela va d’Emmaüs, qui paye 200 F [30 euros] la semaine les personnes hébergées dans ses hôtels sociaux pour l’entretien et le ménage, à France Terre d’Asile où flexibilité, emploi précaire et discriminations syndicales sont la règle pour les salariés. Son directeur, M. Henry, a d’ailleurs l’honnêteté de reconnaître que l’humanitaire est un « secteur concurrentiel » où on se bat pour des parts de marché, tout en mettant en oeuvre la politique du gouvernement: toujours plus de précarité, d’isolement et de contrôle sur les pauvres.

Les pauvres, c’est bien le cadet des soucis des organisations humanitaires. L’Armée du Salut est un exemple révélateur. Au début de l’hiver, elle a décidé de transformer un de ses foyers (situé comme par hasard dans une zone de spéculation immobilière) donc de virer, par tous les moyens, les femmes qui y vivaient. Par contre, le commerce d’antiquités sera maintenu. On voit où sont les priorités pour l’Armée du Salut.

Et pour les miséreux récalcitrants, ceux qui osent avoir des exigences, les solutions extrêmes ne font pas peur. L’hospitalisation psy d’office est une pratique courante. Récemment, le centre de l’Armée du Salut de la rue des Frères Flavien, a chargé auprès des flics une personne qu’elle hébergeait depuis 5 ans, avec il y avait déjà des conflits, notamment par rapport à la religion. Cette personne voulait diffuser, à l’intérieur du centre, des tracts contre l’Armée du Salut, qui s’est vengée en l’accusant d’être l’auteur de nombreux tags qui ont décoré ses murs. Résultat: 3 semaines en HP, bourrée de médicaments contre son gré, pendants lesquelles l’Armée du Salut en a profité pour la mettre à la rue, tout en cachant l’endroit où elle se trouvait.

L’Armée du Salut, comme tous les collabos caritatifs, fait tout pour isoler, écraser et contrôler ceux qu’elle héberge: elle écrase sans pitié toute tentative de rébellion et surtout de solidarité de la part des résidants, car, à part elle et quelques bonnes consciences bourgeoises, qui pourrait être satisfait des solutions qu’elle propose?

Pour régler le problème, il ne sert à rien d’attendre une providentielle association, qu’elle se dise contre l’esclavage moderne ou pour les droits de l’homme,, ou une intervention de l’Etat. C’est à nous, pauvres, précaires, exploités d’ici et d’ailleurs, de prendre nos affaires en main, sans tenir compte des catégories et des barrières que le pouvoir veut élever entre nous. C’est à nous de nous auto-organiser, sans spécialisation, pour lutter ensemble afin de révolutionner ce monde.

Tract parisien, été 2000

Extrait de la revue anarchiste ‘Subversions‘ n°2 (avril 2012)

[Publication] Sortie de ‘Subversions’ n°3, revue anarchiste de critique sociale – Septembre 2013

couvsubversions3Le n°3 de “Subversions” vient de sortir (septembre 2013). Cette revue anarchiste de critique sociale fait 62 pages, et tourne du côté des distros au prix de 2 euros l’exemplaire, 7 euros les 5 exemplaires et 12 euros les 10 exemplaires. 

On peut écrire à la distro de la Bibliothèque libertad pour se la procurer, ou à subversions((A))riseup.net. Pour avoir une petite idée de son contenu, voilà l’édito et le sommaire. Les n°1 (septembre 2012) et 2 (avril 2013) sont toujours disponibles.


Edito :

Encore une revue ? Pas tout à fait. D’un côté, il nous semble qu’au moment où les idées tendent toujours plus à devenir des marchandises ou de simples opinions (virtuelles qui plus est), continuer à faire circuler par écrit quelques réflexions reste plus que jamais nécessaire. D’un autre côté, si on peut toujours tenter de disséquer à l’infini la énième restructuration en cours de la domination, la question serait également d’affiner nos angles d’attaque pour mieux lui porter des coups. Théorie, agitation, analyse ou propositions se mêleront donc en un mélange que nous souhaitons subversif.

Le fait que certains textes soient publiés ici ne signifie pas nécessairement que nous en partagions l’intégralité, car il nous importe davantage de susciter des discussions qui rompent avec l’activisme mouvementiste ou avec les spéculations autoritaires. Cela pourrait être aussi une manière d’explorer quelques pistes, tout en sachant que c’est dans notre vie même, au quotidien, que s’élaborent les hypothèses révolutionnaires avec toutes les conséquences qui en découlent.

Encore une revue ? Peut-être. Mais en tout cas un instrument supplémentaire pour intervenir dans la guerre sociale, de l’intérieur d’une conflictualité qui tend aussi à échapper aux récupérateurs traditionnels en se développant dans toutes les directions. Une petite contribution pour approfondir, en quelque sorte, les mauvaises passions d’une liberté démesurée pour toutes et tous.


Sommaire :

Cette grande prison à ciel ouvert • Lille 2004, une funèbre symphonie • Merde à Vauban • Balade parisienne, Points de passage • De l’ombre des villes aux lueurs de l’insurrection • Bruxelles/Paris, La fin des transports en commun • Paris, Le tram-tram quotidien arrive (encore) • Bruxelles, Les artères de la métropole • Bruxelles, Maxi-taule et ville-prison • Zurich, Société ou prison ? • Zurich, Sans illusions…

Focus • Les pestes religieuses • Pensées iconoclastes • Dieu Patrie Famille • Si Dieu existait réellement… • Mosquées, églises et autres conneries • Nous avons mis le feu à la cathédrale des forces armées • La grande messe

Pot-pourri • Pour régler les comptes • Pacification sociale & citoyennisme • La plaie du civisme • Colères lisboètes • L’imprévu • Amnistie sociale et illusions démocratiques • Contre l’amnistie • Mierda siempre Comandante !

Commentaires déplacés • ZAD alors ! • Gendarmes et voleurs

Fil de l’histoire • Oui, le Reichstag brûle ! L’acte individuel de Marinus Van der Lubbe

Source: Les Brèves du désordre

Aux insoumis de la pacification sociale

Il y a de plus en plus d’indésirables dans le monde, d’hommes et de femmes pour qui la société n’a prévu qu’un rôle, celui de crever. La société ne nous désire qu’ainsi: morts pour le monde ou pour nous-mêmes.

Parce que l’exploitation, l’enfermement, le contrôle, l’isolement ou la domination ne sont pas que des mots,  on peut se briser les os courbé sur une machine à coudre, comme derrière une chaîne de montage; on peut tourner en rond dans une cage en attendant d’être ligoté dans un charter, ou compter les jours en attendant le prochain parloir derrière l’higiaphone; on peut aller chercher des mômes à la sortie de l’école avec l’angoisse de se faire arrêter à la sortie, comme les y abandonner pour regarder tranquillement sa télé; on peut s’entasser à dix dans une cave, comme on peut se croire chanceux dans une cage à poule; on peut échapper à la rafle des flics pour retomber dans les filets de la communauté, comme on peut esquiver le contrôle de la BAC pour finir sous la coupe de ses grands frères; on peut interpeller les petits voileurs en faisant le vigile, comme on peut dénoncer les incendiaires de poubelles de derrière sa fenêtre.

Dans cette guerre sociale sans trêve, ce n’est pas notre misère commune, mais la vigueur avec laquelle nous la combattons qui nous permettra d’abattre ce système. Si nous nous sentons en l’occurrence solidaires des sans-papiers révoltés, ce n’est pas pour déverser un racket politique de souteneurs et créer un énième sujet politique qui serait vertueux de par sa condition. Et ce n’est pas non plus pour assister une victime en péril, à la façon des charognards humanitaires. Nous ne sommes pas du côté des indésirables, nous en sommes. L’entr’aide et la lutte ne peuvent ainsi se construireentre nous qu’à partir de bases de réciprocité et d’offensive.

Quand on nous vend l’image de la mère de famille élevant seule ses six enfants, de l’hônnete ouvrier qui oeuvre – pourtant – à la bonne santé de l’économie nationale, de l’enfant séparé de ses parents mais entouré de camarades de classe aimants, voire de l’universitaire reconnu jusque dans son bled, c’est la tactique du scandale qui pointe sa sale gueule de bonne soeur. S’indigner à grand renfort d’affect sur les »bons sans-papiers injustement réprimés », c’est faire comme si l’occupation policière, les rafles, les camps, les expulsions, mais aussi les marchands de sommeil et de sueur, étaient des « dérives » à oublier. C’est oublier que c’est aussi une conséquence très démocratique d’un monde qui transforme tout et tous en marchandise.

L’objectif de l’Etat n’est pas de déporter tous les sans-papiers. Les exploiter par milliers permet en effet d’abaisser le coût du travail ici (dans la restauration, le BTP, la confection, la culture saisonnière) en imposant des conditions d’exploitation généralement cantonnées un peu plus loin. L’enfermement et l’expulsion d’une partie d’entre eux est un des moyens d’apprendre la peur et la résignation à tous.

Cette terreur légale, la gauche, aussi bien que la droite, en porte la responsabilité dans une digne continuité de l’abjection. On ne peut donc pas, même inconsciemment, cautionner l’idée d’une « gauche utile » ou traîner à sa remorque. En somme, il ne s’agit pas de revendiquer une meilleure intégration ( que ce soit à travers des papiers, un boulot ou un toit), mais plutôt, en développant des liens basés sur la liberté et la réciprocité dans une lutte sans médiation, d’arracher des moyens pour reprendre sa vie en main. Aucune politique ne pourra jamais se substituer au changement réel des rapports.

Pourtant, ce système n’est pas une grande machine abstraite qui nous laisserait uniquement la possibilité d’être écrasé ou d’y participer. Il est composé de mécanismes qui s’incarnent dans des hommes et des structures qui se trouvent à tous les coins de rue: les gestionnaires de la domination quotidienne – légale (administrations, banques, proprios…) comme illégale (mafieux, négociants) – font de beaux exploiteurs comme de belles balances: les prisons sont construites par des entreprises (Bouygues, Eiffage…) qui possèdent des chantiers un peu partout; les expulsions sont effectuées grâce aux concours de compagnies (Air France, Royal Air Maroc…) et de chaînes (Accor) qui possèdent des agences; les rafles se font avec la complicité active des contrôleurs (RATP, SNCF…). Tous ont un visage, un nom, des adresses, et chacun peut à sa façon leur exprimer son dégoût.
Bien entendu, la loi n’étant qu’un instrument au service des puissants, ce n’est certainement pas en la respectant qu’on pourra avancer, pas plus qu’en se définissant contre elle : nos actes se mesurent sans code pénal, à l’aune de notre éthique et de nos perspectives enragées.

Même si le problème des papiers ne se règlera que par l’abolition de toutes les frontières, même si les centres de rétention, comme les autres lieux d’enfermement (prisons, locaux de garde-à-vue, asiles psychiatriques, écoles, bagnes salariés…) ne seront détruits qu’avec la fin de l’autorité… n’attendons cependant rien ni personne. En chemin se rencontrent aussi des complices, parce qu’en s’attaquant à la liberté d’un individu, c’est à la liberté de tous qu’ils s’en prennent.

Pour briser les chaînes de la résignation et de la peur, peu importe l’époque, il est toujours la même heure. Il est plus que temps…

Des mutinés du vaisseau des morts, mars 2009

Reproduit en version texte de la revue anarchiste ‘Subversions’ n°1 (Septembre 2012)

contacts:

  • par mail: subversions((A))riseup.net
  • par adresse: Subversions – c/o Bibliothèque Libertad – 19 rue Burnouf – 75019 Paris.

[Publication] Sortie de la revue anarchiste « Subversions » #2 – Avril 2013

Le n°2 de “Subversions” vient de sortir (avril 2013). Cette revue anarchiste de critique sociale fait 66 pages, et tourne du côté des distros au prix de 2 euros l’exemplaire, 7 euros les 5 exemplaires et 12 euros les 10 exemplaires. 

On peut écrire à subversions((A))riseup.net pour se la procurer, ou à

  • Subversions – c/o Bibliothèque Libertad – 19 rue Burnouf – 75019 Paris.

Pour avoir une petite idée de son contenu, voilà l’édito et le sommaire (ci-dessous). Le n°1 (septembre 2012) est toujours disponible.

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« Subversions » #2 (avril 2013)

Edito :

Encore une revue ? Pas tout à fait. D’un côté, il nous semble qu’au moment où les idées tendent toujours plus à devenir des marchandises ou de simples opinions (virtuelles qui plus est), continuer à faire circuler par écrit quelques réflexions reste plus que jamais nécessaire. D’un autre côté, si on peut toujours tenter de disséquer à l’infini la énième restructuration en cours de la domination, la question serait également d’affiner nos angles d’attaque pour mieux lui porter des coups. Théorie, agitation, analyse ou propositions se mêleront donc en un mélange que nous souhaitons subversif.

Le fait que certains textes soient publiés ici ne signifie pas nécessairement que nous en partagions l’intégralité, car il nous importe davantage de susciter des discussions qui rompent avec l’activisme mouvementiste ou avec les spéculations autoritaires. Cela pourrait être aussi une manière d’explorer quelques pistes, tout en sachant que c’est dans notre vie même, au quotidien, que s’élaborent les hypothèses révolutionnaires avec toutes les conséquences qui en découlent.

Encore une revue ? Peut-être. Mais en tout cas un instrument supplémentaire pour intervenir dans la guerre sociale, de l’intérieur d’une conflictualité qui tend aussi à échapper aux récupérateurs traditionnels en se développant dans toutes les directions. Une petite contribution pour approfondir, en quelque sorte, les mauvaises passions d’une liberté démesurée pour toutes et tous.


Sommaire :

Nuisances • L’ouvriérisme comme idéologie au service des patrons • L’honnête ouvrier • Notre-Dame-des-Landes : Contre l’aéroport et son quoi ? • Res communis ou res nullius ?

Focus • L’enfer est pavé de bonnes intentions L’Humanitaire à l’aune du 3e millénaire • L’humanitaire en treillis • Ni Salut, ni Armée : contre les collabos caritatifs

Pot-pourri • Critique de la société idéale • Liberté ? • Egypte. Comme la mer • Invitation à la rencontre internationale de Zurich • Contribution barbare • De court-circuit en black-out social • Quelque chose qui manque • Dépasser les frontières

Commentaires déplacés • Sommets et lentilles • L’espace qu’on leur laisse • Charlot policeman

Fil de l’histoire • Un coup de lime : L’anarchisme autonome de G. Ciancabilla

Source: Brèves du désordre, 23 avril 2013