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A propos des projets et activités anarchistes en Suède

TENSION SOCIALE ET INTERVENTION ANARCHISTE EN SUÈDE

Contribution de UpprorsBladet – juillet 2014

upprorsbladetDans le grand nord de l’Europe se trouvent les paysages humbles de la Suède, quelque peu isolés, avec un sentiment d’autosatisfaction d’être ainsi. Dans des contextes internationaux, peu de choses semblent être connus à propos de cette région, et encore moins quand ces contextes concernent les activités et projets anarchistes. Nous avons pensé de changer cela en vous dressant le panorama du contexte dans lequel nous avons été socialisés.

Le «nous» dans ce cas, c’est le projet de l’UpprorsBladet (Insurrection Journal en suédois), qui a commencé comme journal anarchiste en 2011. Dès le début, le but a été de diffuser des idées insurrectionnelles, ainsi que d’autres influences qui ont forgé notre lutte et nos projets – des idées qui n’ont très peu ou pas d’espace du tout dans le milieu radical plus large en Suède. La publication voulait aussi non seulement rassembler des récits d’attaques conscientes et radicales contre l’existant, mais contribuer à rendre plus présente et dangereuse la tension générale dans la société. Le but a été et est toujours d’être un journal de rue, mais comme les gens autour du projet sont très dispersés sur le territoire, cela reste un défi.

Commençant avec l’image de la Suède comme un endroit calme et innocent, nous pouvons rapidement vous assurer que s’il est vrai qu’une grande partie de la population est pacifiée – terrifiée à l’idée de traverser un feu rouge, même si cela n’est en fait pas illégal –, cette image n’est pas correcte.

Les émeutes de Husby

Au début de l’été de 2013, la Suède se trouvait soudainement à la une des journaux télévisés internationaux, avec des images de voitures en feu et de flics anti-émeute attaqués dans les faubourgs de Stockholm. Les médias se demandaient comment cela a pu arriver dans un coin aussi pacifique du monde – renommé pour sa paix sociale. Des centaines de voitures ont été brûlées, 32 flics ont été blessés et les dégâts ont coûté un million à l’Etat.

Comme dans pleins d’autres cas, le point d’escalade de ces émeutes était quand un gars s’est fait abattre par des flics quand ils tentaient de l’arrêter à sa maison. Mais il a pris quelques jours avant que le meurtre policier devenait feu et pierres, c’étaient des jours de tension extrême, de rumeurs et d’incertitude. La nervosité frappait autant les flics que la population de Husby. Et alors, une nuit, un flic était comme d’habitude en train d’harceler des jeunes ségrégés et c’était comme s’il n’avait pas la moindre idée du haut niveau de la tension. Il s’est dit d’aller harceler un groupe de jeunes. On peut l’entendre sur un enregistrement publié de sa communication radio : pleine de confiance, il s’aventure seul dans la situation et quelques minutes plus tard, il s’enfuit la queue entre les jambes appelant des renforts. Entre temps, des gens du quartier appellent le numéro d’urgences pour signaler des incendies à différents endroits, parfois ils appellent aussi à propos du flic. Comme les autorités n’étaient toujours pas sûres de ce qui était en train de se passer, ils décident d’envoyer une petite unité de flics anti-émeute. Au début, cette unité se baladait au hasard, interpellant des jeunes afin de trouver les désordonnés. Elle était particulièrement insultante et violente. Cela a attiré plus de gens et aussi cette unité a dû se casser.

VoitureEnFeuA partir de là, les choses se sont précipitées. Quand les flics rentraient encore dans le quartier, ils le faisaient avec beaucoup de violence contre tout le monde qu’ils considéraient comme une menace. Cela n’a pas duré longtemps avant qu’ils décident qu’il n’est plus possible d’y entrer à cause du nombre croissant de gens qui les attaquent, et les pompiers, avec des pierres. En même temps, des voitures, de bâtiments et des choses sont incendiés un peu partout.

Les nouvelles à propos de ces émeutes et l’instigation des médias ont assuré la diffusion des émeutes à d’autres faubourgs et même à d’autres villes. Dans certains endroits, les émeutes ont duré quelques jours, à Husby elles ont duré plus d’une semaine.

Il y a plusieurs points qui rendent ces événements intéressants, mais encore davantage de points qui les rendent compliqués. Pour cette raison, nous n’approfondirons pas dans ce texte, mais nous comptons écrire un texte analytique spécifique par rapport à ces émeutes.

Mais ce que nous considérons comme un fait important, c’est que ces événements ont servi pour soutenir une fausse image de la tension sociale en Suède. Depuis des années, il y a des grandes tensions dans plus ou moins tous les quartiers ségrégés de la Suède. Particulièrement à Göteborg, mais aussi dans d’autres grandes villes, il y a eu une continuité d’attaques contre l’existant oppressif. Des voitures, des bâtiments et des poubelles qui crament, des attaques contre les flics et les pompiers, des grands rassemblements de jeunes fébriles se terminant avec des petites émeutes. Cela a été tellement présent et continue que personne à part les politiciens ne pouvait le nier.

Autour de 2009, il y a eu quelques interventions anarchistes et radicales dans cette tension. L’une plus réussie que l’autre, si on définit « réussi » comme le renforcement dans la tension de liens entre des compagnons et d’autres révoltés. L’intervention la moins réussie a eu lieu dans un faubourg à Malmö : il s’agissait d’un « Reclaim The Streets » et c’était un fiasco principalement pour deux raisons. La première raison, c’est que le groupe derrière cette initiative était entré en contact avec un gang qui prétendait être le gang dominant, afin de ne heurter personne. Avec le système de son mobile et des gens qui rejoignaient la fête, des membres d’un gang rival ont débarqués et ont attaqué le véhicule du son. Ensuite les gangs ont commencé à se taper dessus. L’autre raison, c’est que les gens qui ont pris l’initiative n’étaient clairement pas enracinés dans la zone. Trop de ces gens vivaient, socialisaient ou organisaient leur vie quotidienne ailleurs. La majorité des gens dans le quartier ne voulaient pas en découdre cette nuit-là, la la plupart même pas du tout, et certainement pas pour des raisons que quelqu’un qui ne vit pas là vient leur jeter à la gueule.

La deuxième intervention avait lieu à Fittja, un faubourg de Stockholm. Les compagnons vivaient là, ils avaient des idées claires et une meilleure intuition dans leur rapport avec ce qui les entourait et ils ont rejoints les tensions en tant qu’individus et groupes informels. Comme les flics intensifiaient leurs harcèlements de jeunes, avec des fouilles et des contrôles d’identité dans la rue, une nuit cela a fi ni avec des gens qui ont contre-attaqué. Les compagnons ont rejoint le nouvel espace temporairement anti-autoritaire pour faire de propositions afin de pousser les choses plus loin. Deux jours après la première contre-attaque, les jets de pierres et les dégâts occasionnels se sont transformées en émeute. La suite était dure, car le prix que les compagnons ont dû payer pour être présents dans les faubourgs, c’était le fait que les flics pouvaient assez facilement les repérer. Huit personnes ont alors été arrêtées dans l’appartement où elles vivaient et plusieurs d’entre elles ont été condamnées à des peines de prison. L’Etat décidait que ces personnes faisaient partie de l’Action Antifasciste et qu’elles étaient les responsables des émeutes, réécrivant l’histoire comme il fait toujours. Cette tension continuelle, l’arrière-scène de ces deux interventions et de toute bagnole cramée, était mise sur le tapis quand les « émeutes de Husby » sont devenues le sujet d’un tapage médiatique mondial. C’est un cliché, mais ces émeutes n’étaient que le sommet de l’iceberg…

La tension entre les fascistes et les antifascistes

Les tensions entre des groupes fascistes et les groupes antifascistes plus ou moins radicales en Suède sont grandes pour l’instant, et cela depuis le début de l’année dernière. L’augmentation de cette tension n’est pas due à un événement précis, mais à toute une série de faits. Cela a commencé l’automne dernier avec l’« Opération Eskil » avec laquelle l’Etat a ciblé un groupe d’antifascistes organisés dans le groupe communiste Revolutionära Fronten. Entre temps, le groupe nazi le plus militant et actif, le Mouvement de
Résistance Suédois, a intensifié ces activités partout dans le pays, allant de collages d’affiches et de distributions de tracts à des attaques physiques contre des gauchistes et des immigrés. En décembre, des compagnons et d’autres gens plus ou moins radicales ont organisée une manifestation contre le racisme dans un faubourg de Stockholm où ce groupe nazi avait été présent. Cette manifestation, consistant de vieilles dames et de jeunes suçant leurs tétines, a été attaquée par quelques douzaines de nazis masqués, armés de couteaux, de bouteilles et de matraques.

Après une scène horrible et violente, les nazis sont repoussés. La vague répressive qui suivait, ciblait à nouveau des gens des milieux antifascistes, plutôt que les fascistes (pour donner un exemple, récemment un antifasciste a été condamné à six ans pour tentative de meurtre après avoir donné un coup de couteau à un nazi qui l’attaquait, tandis que les nazis impliqués dans l’attaque n’ont pas eu des peines plus lourdes que huit mois). Quelques mois plus tard, le 8 mars de cette année-ci, un groupe de nazis (qui venait de retourner d’un voyage de « soutien aux troupes » en Ukraine) a envahi le quartier de gauche/branché de Malmö pour attaquer le centre social Glassfabriken. Après, ils ont continué leur chemin vers une fête du 8 mars dans le parc de Folkets. Là, ils ont attaqué un petit groupe de gens qui s’en allait de la fête. Une personne de ce groupe, connu par les nazis des milieux ultra où il était actif contre l’homophobie et les structures patriarcales, était presque morte, d’autres ont été grièvement blessées. 

Ces événements ont généré un soutien massif et des dizaines de milliers de personnes sont descendus dans la rue, de façons différentes, pour marquer leur solidarité. Aucune de ces manifestations n’ont en soi généré quoi que ce soit de potentiel insurrectionnel, mais ont ouvert quelque chose de différent : un intérêt pour des idées radicales et pour agir contre le fascisme.

L’antifascisme est un concept qui ne nous intéresse pas dans nos projets ou nos perspectives. Bien évidemment, le fascisme fait partie des structures oppressives qui nous empêchent d’être des individus libres et joyeux, mais orienter toute notre attention sur
le fascisme ne fait que nous mener vers le cul-de-sac démocratique. Par contre, ce qui nous intéresse, c’est la tension que cette dernière année a générée dans ce coin du paysage radical. L’Etat a montré ses sympathies ouverts pour les fascistes plutôt que pour les antifascistes, désenchantant beaucoup de gens dans leurs croyances, les rendant plus en colère, et plus présents dans l’ici et le maintenant. Sans savoir si c’est lié ou pas, mais parallèlement à cette tension croissante, les abonnés à l’UpprorsBladet ont massivement augmenté, tout comme les liens entre UpprorsBladet et d’autres gens et d’autres projets. Cette tension a ouvert une fissure dans laquelle nous comptons être présents avec nous-mêmes et nos idées.

Résistance à l’« Année des Super Elections »

CoeurA2014 signifie année électorale en Suède. Cette année a été promue par tous les moyens possibles comme « l’année des super élections », les élections où tout va se décider, où les tensions vont être à leur comble, voire exploser. Après bientôt une décennie de mesures d’austérité sous le gouvernement de l’Alliance, les gens ont déjà oublié les conditions misérables qui existaient sous le règne de la social-démocratie. Aussi des partis nazis se sont joints à cette danse spectaculaire. Les tensions dans les zones ségréguées sont toujours là comme une force avec laquelle il faut compter. Tout ce que tu veux, ces élections l’ont !

Ce qui nous a fait choisir de s’intéresser à ces élections, plus que de juste leur cracher à la gueule, c’est tout d’abord le fait qu’une initiative anti-autoritaire contre les élections a vu le jour. 

Le premier avril, plusieurs attaques ont été menées au nom de « Joker » (comme le joker du jeu de cartes). Cette journée d’action était appelée « Hors Service » et les actions/attaques ont été menées à beaucoup d’endroits [jets de peinture, bris de vitres, slogans,…]. La campagne s’est présentée comme le Mouvement 365 et toute action est menée par des groupes ou des personnes anonymes, pour ensuite être « revendiquée » par le Joker. Les cibles des actions ont été et continuent d’être la machinerie électorale, l’Etat et le spectacle politique, mais il y en a eu aussi contre la Coupe du Monde au Brésil.

En dehors de l’ambiance action-Joker qui revendique, il y a eu aussi des destructions anonymes et non-revendiquées de matériel électoral, ce que nous trouvons important à mentionner, peu importe leur ampleur.

En voyant d’autres qui se saisissent de la tension déjà existante pour l’impulser contre les autorités et contre le spectacle électoral, cela nous a inspiré à s’y joindre. Nous avons perçu aussi un espace à l’intérieur de cette initiative qui n’était pas utilisé : l’espace d’une critique anarchiste individualiste des élections et de la démocratie. Un espace à remplir avec notre journal et avec d’autres formes de « notre » propagande. Nous avons aussi constaté le manque de débat autour de s’organiser informellement, la «revendication» et d’autres sujets liés, un débat qui est beaucoup plus présent à un niveau international. Nous avons donc traduit en partie ce débat comme contribution à ce contexte de lutte.

En écrivant ces lignes, notre numéro contre les élections est prêt à être imprimé et envahir les rues, la construction d’une atmosphère de débat dans la résistance aux élections et plus largement dans le mouvement anarchiste va en avant et nous voyons pour le moment un grand potentiel dans le contexte suédois. Si ce n’est pas en termes d’attaques, le succès de cette année de recherche de tension sera mesuré aux nouveaux espaces qui ont été ouverts pour nos idées et pour rencontrer d’autres compagnons en lutte, quelque chose qui sinon ne se serait jamais arrivé. 

Des salutations d’un contexte rempli de tensions, réellement existantes,

/UpprorsBladet/

Tiré de la revue de correspondance anarchiste Avalanche n°2 (revu et corrigé ici-même)

[Suède] Poste de police attaqué en solidarité avec les antifascistes arrêtés lors de l’opération ‘Eskil’ – Växjö, 19 novembre 2013

Dans les premières heures de la matinée du 19 novembre, les forces spéciales de la police nationale et le SÄPO ont organisé une descente appelée opération Eskil. Les cibles étaient un groupe d’antifascistes de différentes parties du centre de la Suède. Certaines personnes ont été arrêtées, accusées d’avoir attaqué des nazis, et dans plusieurs logements perquisitionnés, les flis ont affirmé avoir trouvé de nombreuses armes et du matériel pour la construction d’engins incendiaires.

Même si nous ne partageons pas les points de vues socialistes avec les antifascistes, nous ne partageons qu’un ennemi commun et l’ennemi de note ennemi est notre ami.

En réponse à l’attaque des flics contre nos co-combattants, nous avons décidé d’attaquer les flics. Dans la soirée du 19 novembre, nous avons brisé les fenêtres d’entrée d’un poste de police à Växjö, au sud de la Suède.

Une action modeste, pas moins une promesse de ce qu’il va arriver quand ils attaquent nos camarades.

Quelques anarchistes avec une passion pour la haine du flic

Traduit de l’anglais de 325, 21 novembre à 16h37

[Bordeaux] Le consulat de Suède tagué en solidarité avec les émeutes de Stockholm – 26 mai 2013

 

Communiqué de solidarité avec les émeutes de Stockholm

AVIS PRATIQUE ANTI-INSTITUTIONNEL

Ce n’est pas l’échec du multiculturalisme, c’est le résultat du racisme cimenté par la forteresse Europe.

Ce n’est pas de la légitime défense policière, c’est du terrorisme d’Etat.

Ce n’est pas du vandalisme prêché par des sectes, c’est une insurrection populaire.

Stockholm, Londres, Athènes, Le Caire ne sont pas des évènements isolés : c’est la matérialisation actuelle du conflit historique entre Etat et esclaves du capital ; la fin de la routine cannibale, la collision de la rage, du moment et de la volonté de s’émanciper de ce qui nous opprime.

D’ici à Stockolm, la solidarité, c’est notre feu. Insurrection dans tous les quartiers !

Consulat de Suède a Bordeaux le 26 mai 2013

Consulat de Suède a Bordeaux le 26 mai 2013

Consulat de Suède a Bordeaux le 26 mai 2013

Consulat de Suède a Bordeaux le 26 mai 2013

Source: Indymedia Nantes, 29 mai 2013

Solidarité avec les rebelles de Stockholm (mai 2013)

Solidarité avec les rebelles de Stockholm

“Nous ne voulons pas juste une part de gâteau;
 nous voulons toute la boulangerie … réduite en cendre “.

Solidarité avec les rebelles de Stockholm !

Durant cinq nuits des personnes de Stockholm et de ses alentours ont pris les rues pour exprimer leur mécontentement  face aux injustices du système, et de la société qui en résulte. Après des années d’intimidation de la police, de l’école, des garderies d’enfants et autres institutions étatiques, le meurtre d’un vieil homme par la police dans la banlieue de Husby a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Nuit après nuit, des gens en colère  reprennent les rues et se rebellent contre tout ce qui les oppriment et  anéantit leurs vies. Ainsi, au cours des 5 dernières nuits, dans Stockholm et ses alentours, 4 postes de police, des écoles maternelles et des écoles ont été attaquées avec des pierres ou par le feu. Environ 100 voitures ont été incendiées, et les flics ont été bombardés de pierres.

Pour nous, ce n’est ni désespéré, ni des émeutes gratuites. Pour nous ces attaques visent diverses formes d’autorité ! L’autorité qui, dès l’enfance, contraint les gens à n’importe quel type de productivité, de la maternelle à l’école. De l’apparence physique, au logement et au travail. L’autorité qui tente de serrer toutes les pensées rebelles dans les costumes de conformité. Cependant, à la fin, ce système de merde n’a tout simplement pas assez de place pour tout le monde, peu importe si le costume te va ou pas. Ainsi, nous n’avons pas été surpris de voir surgir des débats sur l’intégration  ratée, le faible niveau d’éducation et les mauvaises perspectives de travail des gens de la banlieue. Mais ces discussions ne sont pas les nôtres, puisqu’on se débrouille sans les “bénéfices” de l’État qui prennent la forme de l’intégration, de l’éducation et du travail, ce qui signifie rien d’autre que la pacification sociale, tout comme nous pouvons vivre sans les”bénéfices” de l’État qui prennent la forme de la surveillance et de la police.

La répression et la paix sont les deux faces d’une même médaille, celle d’une fausse liberté.

L’image propre de la Suède sociale commence à s’effriter ! Enfin ! Dans un pays pacifié comme la Suède, où même la scène DIY reçoit des fonds de l’État afin qu’ils puissent acheter des maisons squattées à la ville dans le but de préserver la «paix sociale» et d’éviter la résistance, la façade commence à s’effriter et apparait le dégoûtant racisme d’État, le harcèlement quotidien, et, en boucle pendant des jours, le discours médiatique incroyablement hypocrite sur le soi-disant «quart-monde urbain».

Nous sommes heureux pour chaque acte rebelle qui crache à la gueule du système ! Après tout, nous sommes comme emprisonnés dans une cage qui s’appelle elle-même démocratie ! Nous détestons cet État et tous ceux qui le soutiennent.

Solidarité avec tous les insurgés !
Une accolade et de la  force pour les rebelles de Suède !

Pour l’anarchie !

(Mai 2013)

Traduction Le Chat Noir Emeutier/Contra-info, 30 mai 2013

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Syndrome de Stockholm

Le 13 mai, quelque part en Europe, un homme est assassiné par la police dans un quartier pauvre. Ce n’est pas un jeune, et cela ne se passe pas dans une zone connue pour sa conflictualité. Un homme de plus est tombé sous les balles de l’Etat. Cette fois cela se passe à Husby, dans la banlieue nord de Stockholm, ce paradis de la gestion social-démocrate de la domination. On n’est ni à Paris ni à Londres, pas à Bruxelles ni à Berlin. Mais qu’est-ce que cela change ? Les riches et leurs chiens de garde sont partout, et partout aussi existent des individus prêts à s’armer de courage pour exprimer leur révolte avec détermination. Même en Suède.

Moins d’une semaine plus tard, la nuit du 19 mai, des voitures commencent à brûler dans ce même quartier de Stockholm. La police et les pompiers sont accueillis avec des pierres. Le lendemain, la rage se transforme en émeute, les vitres de boutiques, d’équipements publics et d’écoles commencent à se fendre sous le coup de projectiles. Malgré les appels au calme et « à la responsabilité citoyenne », malgré les promesses des politiciens, les années d’humiliation et le sang du vieil homme abattu par la police ne s’achètent pas si facilement. Pour la troisième nuit de suite, ce sont encore près de 30 véhicules qui partent en fumée, mais pas seulement. Deux écoles et un centre culturel les rejoignent dans un incendie qui devient contagieux. A Jakobsberg, une autre banlieue située au nord-ouest de Stockholm, les actes commencent à dialoguer directement entre eux : un commissariat est attaqué. Les mots ne sont pas nécessaires, et les destructions ciblées parlent d’elles-mêmes.

La quatrième nuit, près de 90 feux sont allumés à différents endroits de la ville. Les pompiers courent partout, protégés par la police, et harcelés par de petits groupes. A Husby, 300 collabos effectuent des rondes pour contenir les affrontements. Mais c’est quoi, quelques milliers de flics et de citoyens qui essayent d’étouffer une émeute, face à la détermination de dizaines d’émeutiers ? Faute d’oxygène dans le quartier où tout a commencé, la joie se diffuse un peu plus loin : trois commissariats de plus sont attaqués, un à Kista au nord de Stockholm, deux autres au sud de la ville. La police perd son premier véhicule de patrouille, cramé, et rencontre des lasers aveuglants en plus des pierres et des molotovs. A 700 kilomètres de là, dans la troisième plus grande ville de Suède (Malmö), d’autres incendiaires rejoignent à leur tour le grand bal de la révolte.

Le jeudi 23 mai, l’émeute dure toujours. La police de Stockholm commence à s’épuiser, et attend avec impatience les renforts annoncés. Dans toujours plus de quartiers de la capitale, les feux touchent non seulement des voitures (et hop, 70 de plus !), mais visent aussi les intérêts de l’Etat et des patrons : à Rinkeby, à Södertälje, à Norsborg, à Tensta (une école), à Kista (une école), à Älvsjö (un commissariat), à Jordbro (un centre commercial). En dehors de Stockholm, les flics sont attaqués dans les villes de Borås, Karlskrona et Malmö. Les assurances commencent à sonner l’alarme, et chiffrent les dégâts de moins d’une semaine d’émeute à « plusieurs centaines de milliers d’euros ».

On arrête là, ou on continue de compter les nuits ? Alors ok, une dernière pour la route, la sixième. Stockholm est saturée de flics, et beaucoup crient provisoirement victoire. Sauf que tout n’est pas si simple, et d’autres grandes villes de Suède se réveillent avec un goût de cendres dans la bouche : à Orebro par exemple, une école a brûlé et un commissariat fait l’objet d’une tentative identique, tandis qu’à Kista, une autre école est partie en fumée.

Alors, ces émeutes pas si lointaines nous disent aussi quelque chose d’autre, à nous, ici ? Peu d’affrontements massifs avec les flics, et beaucoup de petits groupes mobiles. Des dizaines de voitures brûlées pour attirer les différents uniformes, puis des guet apens agiles. Et surtout, la capacité de cueillir une occasion, celle de détruire ce qui nous opprime au quotidien : une école ici, un commissariat là, ou un centre commercial encore ailleurs. En Suède, des poignées d’individus relativement isolés, mais armés de détermination et d’un peu d’imagination, ont réussi à diffuser leur rage pendant de longues nuits. Ils ont employé une langue enflammée qui a directement parlé au cœur et à l’esprit d’autres révoltés sur des centaines de kilomètres. Et si celle-ci a pu fendre en quelques jours la glace de la pacification apparente d’un grand pays nordique, qui sait si d’autres inconnus ne pourront pas à leur tour être saisis par sa beauté destructrice ? Une sorte de nouveau syndrome de Stockholm qui se gripperait à travers toute l’Europe…

Extrait du journal ‘Hors Service #37′

blog: journalhorsservice.blogspot.fr

 

[Suède] 6ème nuit d’émeute dans la banlieue de Stockholm et le feu se répand jusqu’à Oerebro (centre du pays) – 24 au 25 mai 2013

Stockholm : sixième nuit de violences, des voitures et une école incendiées

Des renforts de police étaient arrivés vendredi à Stockholm afin d’empêcher une sixième nuit d’émeutes après les violences qui ont déjà secoué cinq soirs de suite la banlieue de la capitale suédoise, sans faire de blessés. Mais plusieurs véhicules ont de nouveau été la proie des flammes dans la nuit de vendredi à samedi matin.

photo AFP

photo AFP

La tension semble cependant avoir diminué d’intensité même si à Oerebro, situé à 160 km à l’ouest de Stockholm, la police a fait état d’un incendie dans une école, en plus de quelques véhicules brûlés. Le calme semblait être revenu vers minuit.

école incendié à Oerebro, ville du centre du pays

école incendiée à Oerebro, ville du centre du pays

 Des effectifs de Göteborg et Malmö, respectivement les deuxième et troisième villes de Suède, sont venus à la rescousse. Les nombre de policiers venus en renfort n’a volontairement pas été communiqué. Jamais encore le pays n’avait connu de troubles ayant duré aussi longtemps dans une zone aussi vaste, selon un porte-parole de la police, Lars Bystroem.

Les patrouilles auxquelles ont participé des parents des jeunes de banlieue et des volontaires d’associations d’habitants ont contribué à faire baisser la tension. Plus d’une douzaine de véhicules avaient été la proie des flammes dans la nuit de jeudi à vendredi tandis que des départs d’incendies, rapidement maîtrisés, se déclaraient dans trois écoles et un commissariat de police des quartiers pauvres de la banlieue de Stockholm à forte population étrangère. Les pompiers ont fait état sur Twitter de 70 interventions dans la nuit de jeudi à vendredi pour éteindre des incendies de voitures, bennes ou bâtiments.

Un émeutier : «C’est la seule manière de se faire entendre»

Treize personnes âgées de 17 à 26 ans ont été interpellées. La police, qui s’est concentrée jusqu’à présent sur les incendies, a commencé à repérer les personnes soupçonnées d’avoir commis des actes criminels, selon l’agence de presse suédoise TT. «Même si nous n’intervenons pas, nous faisons régulièrement des enregistrements video et obtenons des informations auprès du public. Nous pouvons ainsi appréhender les personnes (repérées) deux ou trois jours plus tard», a expliqué Lars Bystroem.

Un jeune homme affirmant avoir participé aux émeutes, et identifié par la radio publique SR sous le pseudonyme de Kim, a dit avoir agi par révolte contre le chômage et le racisme touchant ces quartiers, comme celui de Husby.

«On a brûlé des voitures, jeté des pierres sur la police, sur les voitures de police. Mais c’est une bonne chose, parce que maintenant les gens savent où est Husby (…) C’est la seule manière de se faire entendre», a-t-il déclaré.

Les policiers de Södertälje, ville de la banlieue de Stockholm, ont rapporté avoir été caillassés.

Un chef de la police : «Un petit groupe de criminels professionnels»

Le chef de la police du comté de Stockholm Mats Loefving a déclaré vendredi à la radio suédoise que les émeutiers étaient des jeunes avec ou sans passé de délinquant. «Et au milieu de tout cela, il y a un petit groupe de criminels professionnels qui profitent de la situation pour commettre des crimes comme ceux-là», a-t-il expliqué. D’après SR, les trois grandes compagnies d’assurance en Suède, If, Folksam et Trygg-Hansa, ont jusqu’ici chacune reçu des demandes d’indemnisation pour 20 à 30 véhicules brûlés. Une dirigeante d’If a évoqué des «millions» de couronnes (des centaines de milliers d’euros) de primes à prévoir.

Ces violences ont provoqué un débat en Suède sur l’intégration des immigrés, qui représentent environ 15% de la population, se concentrent dans les quartiers pauvres des grandes villes du pays et connaissent un taux de chômage plus important que le reste de la population. A Husby, le taux de chômage atteignait ainsi 8,8% en 2012, contre 3,6% à Stockholm.

A l’étranger, ce troubles ont remis en cause l’image pacifique et égalitaire de la société suédoise. Le ministère britannique des Affaires étrangères et l’ambassade des Etats-Unis à Stockholm ont mis en garde leurs ressortissants et leur ont conseillé d’éviter de se rendre dans les quartiers affectés par les troubles.

Leur presse de l’ordre – LeParisien.fr (AFP), 25/05/2013 à 07h25

Sixième nuit d’émeutes à Stockholm

En Suède, des quartiers de la banlieue de Stockholm ont été le théâtre d’émeutes pour une sixième nuit consécutive. Plusieurs véhicules ont de nouveau été la proie des flammes et un incendie a été allumé dans une école du quartier Tensta.

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école de Tensta

La tension semble cependant avoir diminué d’intensité depuis l’arrivée de forces de police supplémentaires.

Les patrouilles auxquelles ont participé des parents des jeunes de banlieue et des volontaires d’associations d’habitants auraient également contribué à calmer la situation, selon les autorités.

Les troubles s’étendent au reste du pays

Si Stockholm a connu sa nuit la plus calme depuis le début des troubles, les violences touchent désormais d’autres régions du pays.

À Orebro, dans le centre de la Suède, une vingtaine de jeunes masqués ont mis le feu à trois voitures et à une école. Ils ont également tenté d’incendier un commissariat de police, alors qu’à Sodertalje, une autre ville de taille moyenne, le feu a pris dans un immeuble vide.

Ces actes de vandalisme s’ajoutent à l’incendie d’une école primaire à Kista, dans la banlieue de Stockholm, la nuit précédente. Les 94 élèves seront réinstallés lundi dans des salles de classe improvisées dans des immeubles de bureaux du voisinage.

Le premier ministre Fredrik Reinfeldt a tenu une réunion de crise vendredi.

Au total cette semaine, une centaine de voitures ont été incendiées et des écoles, des bibliothèques et des commissariats ont été vandalisés. […]

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Leur presse de l’ordre – Agences de presse (AP,AFP, Reuters), 25/05/2013 

[Suède] Les émeutes continuent pour la 5ème nuit consécutive, tandis que les citoyens travaillent à Husby – Stockholm, nuit du 23 au 24 mai 2013

Suède: nouveaux incidents dans la banlieue de Stockholm

Plus d’une douzaine de véhicules ont été la proie des flammes tandis que des départs d’incendies, rapidement maîtrisés, se sont déclarés dans trois écoles et un commissariat de police, vendredi, lors de la cinquième nuit consécutive d’incidents dans les quartiers pauvres de la banlieue de Stockholm à forte population étrangère.

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La police a indiqué qu’elle prévoyait d’appeler des renforts, tandis que des groupes de parents ou organisations d’habitants qui patrouillaient dans les rues ont prêté assistance, a affirmé un porte-parole de la police, Kjell Lindgren.

Les pompiers ont fait état sur Twitter de 70 interventions dans la nuit, pour éteindre des incendies de voitures, bennes ou bâtiments.

Ce total est inférieur aux 90 de la nuit précédente.

M. Lindgren a annoncé 13 interpellations de personnes âgées de 17 à 26 ans. Il a précisé qu’il n’y avait pas eu de blessé.

Un jeune homme affirmant avoir participé aux incidents, et identifié par la radio publique SR sous le pseudonyme de Kim, a dit avoir agi par révolte contre le chômage et le racisme touchant ces quartiers.

« On a brûlé des voitures, jeté des pierres sur la police, les voitures de police. Mais c’est une bonne chose, parce que maintenant les gens savent où est Husby (…) C’est la seule manière de se faire entendre », a-t-il déclaré.

A Rinkeby, un quartier de Stockholm connu pour sa concentration d’immigrés pauvres, cinq voitures garées les unes à côté des autres ont entièrement brûlé, a constaté un photographe de l’AFP.

A Jordbro, dans la banlieue sud, un incendie de voiture s’est étendu à un centre commercial, l’endommageant fortement.

Trois autres véhicules ont été incendiés à Norsborg tandis que l’incendie d’un commissariat de police à Älvsjö était rapidement maîtrisé. Les pompiers ont dit avoir rapidement maîtrisé un départ d’incendie dans une école du quartier de Tensta et une maternelle de Kista.

A Kista dans la banlieue pauvre de Stockholm, une école a ete incendiée dans la nuit de jeudi a vendredi. Les sinistres ont été rapidement circonscrits

A Kista dans la banlieue pauvre de Stockholm, une école a ete incendiée dans la nuit de jeudi a vendredi. Les sinistres ont été rapidement circonscrits

Les policiers de Södertälje, ville de la banlieue de Stockholm, ont rapporté avoir été caillassés.

D’après SR, les trois grandes compagnies d’assurance en Suède, If, Folksam et Trygg-Hansa, ont jusqu’ici chacune reçu des demandes d’indemnisation pour 20 à 30 véhicules brûlés. Une dirigeante d’If a évoqué des « millions » de couronnes (des centaines de milliers d’euros) de primes à prévoir.

Ces violences ont provoqué un débat en Suède sur l’intégration des immigrés, qui représentent environ 15% de la population, se concentrent dans les quartiers pauvres des grandes villes du pays et connaissent un taux de chômage plus important que le reste de la population. A Husby, le taux de chômage atteignait ainsi 8,8% en 2012, contre 3,6% à Stockholm.

A l’étranger, elles ont remis en cause l’image pacifique et égalitaire de la société suédoise. « Les Suédois ont leur Villiers-le-Bel ou leur Clichy-sous-Bois« , deux villes de la banlieue parisienne touchées par de graves émeutes en 2007 et 2005 respectivement, a estimé le polémiste Eric Zemmour sur la radio française RTL.

Les troubles auraient pour origine la mort à Husby, un quartier défavorisé de la capitale, d’un habitant de 69 ans abattu par la police à son domicile. La police a dit avoir été incapable de raisonner cet homme armé et a plaidé la légitime défense.

En raison de sa politique d’immigration libérale, la Suède est devenue ces dernières décennies l’une des premières destinations des immigrants en Europe, dont des ressortissants d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie, des Balkans et récemment de Syrie.

De graves incidents comparables à ceux se déroulant actuellement avaient déjà eu lieu en 2010 à Rinkeby et en 2008 à Malmoe (sud) où un centre culturel islamique avait été fermé.

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photo agence Reuters

photo agence Reuters

Leur presse de l’ordre – AFP, 24/05/2013

Nouvelle nuit d’émeutes à Stockholm, questions sur la politique d’intégration

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les appels au calme et à la responsabilité citoyenne, lancés par le Premier ministre Fredrik Reinfeldt semblent avoir été entendus, du moins dans la banlieue de Husby, où tout a commencé il y a quatre nuits. Quelque 300 personnes, parents, habitants de la cité, des organisations en tous genres, se sont mobilisées toute la nuit pour empêcher la poursuite des violences. En revanche, des émeutes se sont étendues à d’autres banlieues du sud de la capitale, avec les mêmes actes de violence.

Au moins un agent a été blessé par des jets de pierres. Plusieurs véhicules ont été incendiés, dont une voiture de police. Des voitures ont également été prises pour cibles à Malmö.

Leur presse -RTBF, jeudi 23 mai 2013 à 8h49 via Brèves du désordre

[Suède] Comicos incendiés & écoles vandalisées… l’émeute est partout – Stockholm, soirées des 21 et 22 mai 2013

Incendies de voitures, bris de vitres et jets de pierre : la Suède a connu, mercredi 22 mai, une quatrième nuit de violences dans des quartiers défavorisées de la banlieue de Stockholm. Malgré l’appel au calme lancé par le premier ministre, les émeutiers sont à nouveau sortis dès la tombée de la nuit, les violences se déplaçant de Husby, au nord de Stockholm, vers le sud.

Le feu a été mis à un commissariat de police à Rågsved, dans la banlieue sud de Stockholm, a annoncé la presse locale. Il n’y a pas eu de blessé et le feu a pu être rapidement éteint.

A Hagsätra, un autre quartier du sud de Stockholm, une cinquantaine de jeunes ont lancé des pierres à la police et brisé des vitres, pour ensuite s’éparpiller dans différentes directions. Des violences ont également eu lieu dans le sud du pays. A Malmö, deux voitures ont été incendiées, a annoncé la police.

Au total en quatre nuits, des magasins, des écoles, une commissariat de police et un centre culturel ont subi des dégâts. Un policier a été blessé dans les dernières violences et cinq personnes ont été arrêtées pour tentative d’incendie.

Les émeutes ont été déclenchées par la mort d’un homme de 69 ans dans la banlieue d’Husby, tué par la police alors qu’il brandissait une machette, ce qui a déclenché des accusations de brutalité policière. Les troubles se sont ensuite étendus de Husby, où vivent de nombreux immigrés, à d’autres banlieues pauvres de Stockholm. La capitale suédoise avait déjà été touché par des troubles en 2010, avec l’attaque d’un commissariat et des incendies à Rinkeby, autre quartier défavorisé de Stockholm, par près d’une centaine de jeunes.

Leur presse – LeMonde.fr, 23/05/2013

Firefighters extinguish a burning car in the Stockholm suburb of Kista

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Educ’, prof, flic?

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Dans la nuit du mardi 21 au mercredi 22 mai 2013, les émeutes s’étaient déjà répandues à plusieurs quartiers de Stockholm: des incendies de voitures et jets de pierres sur les flics ont duré une bonne partie de la nuit.

A Jakobsberg, dans le secteur nord-ouest de Stockholm, un commissariat de police a été incendié, deux écoles ont été vandalisées, ainsi qu’un centre artistique.

Plutôt dans la journée de mardi, le premier ministre suédois avait qualifié ces émeutes de « hooliganisme ». Une trentaine de véhicules auraient brûlé durant cette 3ème nuit d’émeute.

Reconstitution d’après leur presse

[Suède/Flics porcs assassins] La banlieue nord de Stockholm brûle pour la deuxième nuit consécutive

Mise-à-jour 21/05/2013:

SUÈDE • Les émeutes continuent dans la banlieue de Stockholm

« Les émeutes continuent », titre le quotidien après la deuxième nuit consécutive de troubles à Hosby, dans la banlieue de Stockholm.

Des voitures ont été incendiées et des jeunes masqués ont jeté des pierres sur les forces de l’ordre.

Ces évènements font suite à un incident survenu à Husby le 13 mai, quand des policiers ont abattu un homme de 69 ans qui les menaçait. Dagens Nyheter ajoute que ces troubles s’expliquent également par la ségrégation et le chômage, dans ces zones où la majorité des habitants sont des immigrés ; la police est notamment accusée de propos racistes envers les jeunes de banlieue.

« On nous a traité de ‘nègres’ et de ‘singes' », déplore Rami Al-Khamisi, porte-parole de l’organisation Megafonen [« Le mégaphone »], qui lutte pour plus de justice sociale et qui emploie des jeunes de la banlieue de Stockholm.

Leur presse – Courrier international (Dagens Nyheter), 21/05/2013

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L’agitation s’est poursuivie mardi soir à Husby dans la banlieue nord-ouest de Stockholm.

Des individus cagoulés ont attaqué les policiers et les pompiers à coups de pierres. Quatre personnes ont été arrêtés, soupçonnés d’avoir participé aux émeutes.

Entre 50 et 100 personnes ont été impliquées dans les attaques contre la police et les services d’incendie, selon la police. A quatre heures, les incendies ont été éteints et le quartier de Husby était redevenu relativement calme, selon l’attachée de presse de la police Diana Sundin.

Traduit librement de la presse, 21/05/2013

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Photos prises de aftonbladet.se, 21/05/2013

Dans la nuit du 19 au 20/05/2013:

Nuit d’émeute dans une banlieue de Stockholm

De nombreux véhicules ont été brûlés dans la nuit de dimanche à lundi à Husby, une banlieue du nord de Stockholm. Les troubles auraient comme origine la mort d’un homme abattu par la police.

Des émeutes ont éclaté dans un quartier du nord de Stockholm aux alentours de 22 heures dimanche alors que la police intervenait pour des incendies de véhicules. Selon les forces de l’ordre, des jeunes ont commencé à leur jeter des pierres à leur arrivée.

Environ 50 personnes ont dû être évacuées d’un immeuble d’habitation, incommodées par la fumée d’un garage en feu.

Des témoignages font état de plusieurs dizaines de véhicules incendiés, parmi lesquels des camions.

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Pas d’arrestations

Selon les médias suédois, l’origine des troubles serait la mort d’un homme de 69 ans, abattu lundi dernier dans le quartier par la police alors qu’il menaçait des passants avec une arme blanche.

Le calme est revenu dans le quartier tôt lundi matin. La police n’a procédé pour l’heure à aucune arrestation, mais a annoncé qu’elle allait enquêter à l’aide des images de caméras de sécurité.

Leur presse – RTS.ch, 20/05/2013 à 13h11

Dans la presse anglophone, on apprend que les vitres de deux écoles ont volé en éclats (dont un début d’incendie a été constaté dans une école à Trondheim Way), que plusieurs entreprises ont été la cible des émeutiers, que le centre commercial local a également été vandalisée, et que trois policiers ont été blessés dans la bagarre. La police estime qu’entre 50 et 60 jeunes ont participé à l’émeute et qu’une centaine de véhicules a été incendiée, dont une large partie des camions de chantiers. Les affrontements ont débuté à l’arrivée des flics et des pompiers lors des premiers feux de véhicules: une soixantaine de jeunes cagoulés a attaqué la police avec des pierres. Entre autre, un flic a été passé à tabac par la foule.

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[Suède] Attaque incendiaire contre Vinci – Malmö, 8 novembre 2012

Malmö (Suède) : Attaque incendiaire contre une entreprise de sécurité Vinci

Le 8 novembre une voiture de l’entreprise de sécurité skansk larmtjanst a été incendiée à Malmö en Suède.

Skansk larmtjanst fait partie de l’énorme entreprise de construction Vinci. L’attaque a été menée en solidarité avec la ZAD, une lutte contre le projet d’aéroport autour de Nantes, en France, où l’état français et Vinci essaient de construire un grand aéroport. Ca a aussi été fait par haine de la société et par amour de l’anarchisme

VINCI DEGAGE (NdT : en français dans le texte)

Traduit de l’anglais de 325 par Brèves du Désordre, 5 Décembre 2012

[Suède] Retour critique sur le camp No Border de Stockholm

Un camp contre les frontières et les politiques de contrôle et de répression des migrations s’est tenu du 17 au 24 juin à Akalla, dans la banlieue nord de Stockholm. Les camps no borders sont l’occasion pour des activistes des quatre coins de l’Europe (et du monde) de se retrouver pour échanger des expériences, discuter, partager des pratiques et mener des actions contre les structures du pouvoir responsables de la répression à l’égard des migrant.e.s. Le camp de Stockholm, comme la plupart des camps no borders, a réuni entre 400 et 500 personnes.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Le camp de Stockholm, construit sur un champ en périphérie de la ville, était constitué d’un certain nombre d’espaces collectifs permettant d’organiser la vie du camp et de réaliser nos principes auto-gestionnaires : tentes collectives (assemblées et workshops), tente info (accueil et information), roulotte juridique (support juridique/solidarité), tente médicale (support médical), tente trauma (support psychologique), tente cuisine (vegan) et tables repas, établi vaisselle (avec compost et évacuation des eaux), toilettes sèches, toilettes « mouillées », lavabos et douches (avec évacuation des eaux), container à outils, espace pour le feu, « local poubelles ». L’autogestion fonctionne relativement bien, avec l’expérience acquise des nombreux camps précédents, chacun étant amené à prendre part aux tâches collectives (construction, évacuation des déchets, sécurité du camp, vaisselle, modération des discussions, partage des informations…).

Entrée du camp

L’une des tentes AG & workshops

Le programme des ateliers était particulièrement riche, même si nombre d’ateliers se chevauchaient et que les actions et leurs conséquences en terme de répression ont souvent nécessité le report ou l’annulation de certains ateliers. Le contenu des réflexions s’enrichit d’année en année en fonction de l’évolution de la situation politique en Europe, prenant en compte un grand nombre de questions relatives à notre condition d’européens, majoritairement blancs de peau et de classe moyenne : les rapports de domination et les structures de pouvoir, la « blanchitude » (whiteness) et le racisme inhérent à notre société, le sexisme et les questions de genres, nos privilèges et le paradoxe d’être anarchiste en société capitaliste, les normes et le folklore anarchistes…

Le camp no borders est surtout l’occasion d’effectuer un inventaire des évolutions politiques aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, en croisant les récits et témoignages de ceux et celles qui s’y sont rendus ou qui partagent le quotidien et les luttes de migrant.e.s. A Stockholm, on a donc eu la possibilité de parler de la situation des migrant.e.s et des frontières en Grèce, en France, en Allemagne, en Espagne, au Mexique, de la situation des rroms à Helsinki et ailleurs, des camps no borders passés et à venir (Lesvos, Calais, Bruxelles, Bulgarie, Cologne), des différentes luttes et résistances de sans papiers, de la façon dont nos ennemis se renforcent, de technologies de contrôle et de surveillance, des formes et progrès des moyens répressifs déployés par l’Europe… 

La tente info

La tente de la medical-team

CRITIQUES GENERALES

Malgré la qualité des ateliers et des discussions, qui ont été particulièrement riches, le camp de Stockholm a manqué cruellement de débriefings et de retours critiques sur les actions réalisées durant le camp et leurs conséquences. Le temps du camp ayant été ponctué d’actions et de manifestations dans différents lieux de la capitale suédoise, ses participants ont subi à plusieurs reprises la répression des pouvoirs locaux, un certain nombre ayant été contrôlés et interpellés. A plusieurs moment, notamment lors des actions des 16, 17, 19, 21 et 23, des personnes ont été arrêtées, le plus souvent sans motif valable et parfois dans des circonstances de tension avec la police. Trois personnes restent actuellement en détention pour « tentative de violence sur agent », « résistance violente », « émeute avec violence », « résistance à l’arrestation ». Au regard de cette répression, qui a vu le déploiement d’unités cynophiles, d’une unité antiterroriste cagoulée (dimanche 17 juin) et la menace de la part d’un flic en civil au moyen d’une arme à feu (mardi 19 juin), il aurait été indispensable que les participants au camp prennent le temps de débriefer et qu’une véritable stratégie collective soit adoptée pour répondre proportionnellement aux différentes attaques de la police.

La répression policière et judiciaire fait partie intégrante des thématiques de réflexions qui nous ont amenées à Stockholm. N’oublions pas que nous subissons actuellement les conséquences des orientations ultra-sécuritaires adoptées par le conseil européen dans le cadre du programme de Stockholm pour la période 2010-2014. C’est pourquoi, il serait indispensable d’obtenir un consensus au sein du réseau no border relatif à notre positionnement vis-à-vis des institutions qui nous oppressent et notamment de la police. Beaucoup trop de participants aux camps considèrent encore les policiers comme des « personnes à convaincre » et entretiennent avec eux des relations cordiales qui participent à nous affaiblir. Cette relation ambiguë de la part de certains avec l’ennemi doit être considérée comme une forme de collaboration vis-à-vis de laquelle nous devons nous positionner. Nous étions un certain nombre à ne pas supporter cette complicité ostentatoire avec ceux qui nous répriment et qui ont amenés certains de nos camarades en prison. Dans une lutte, il faut savoir choisir son camp, la barricade n’a que deux côtés !

La cuisine

CE QU’IMPLIQUE L’« AWARENESS »

Il a beaucoup été question lors du camp no border de Stockholm d’ « awareness ». L’awareness signifie qu’on est conscient de notre condition et qu’on agit en conscience par rapport à notre position de privilégié.e.s, qu’on garde à l’esprit en permanence le fait d’appartenir au groupe des « dominant.e.s » (en tant que blanc.he.s, en tant qu’européen.ne.s, en tant que personnes de classes moyennes, mais aussi souvent en tant que mâle). Cette prise de conscience implique un positionnement idéologique clair et respectueux à l’égard de ce.lleux avec qui on prétend lutter, pour que notre lutte ne prenne pas la forme paternaliste de la protection et de l’assistanat : on ne lutte pas « pour » mais « avec » les migrant.e.s.

Cette prise de conscience à beaucoup d’implications dans la manière dont nous devons lutter. A Stockholm, comme dans les autres camps no borders, cette prise de conscience n’était pas réellement accomplie, comme en témoignent les faits suivants :

  • La forme-camp est un microcosme, un entre-soi confortable : une même catégorie sociale (white middle class) y partage des valeurs communes, à l’écart des autres catégories sociales. Les décisions qui y sont prises n’impliquent que ceux qui en sont partie et la manière d’y vivre sont propres à la population qui y vit (exemple : les toilettes sèches sont partie intégrante de la manière de vivre occidentale. En orient on se nettoie le derrière avec de l’eau).
  • Le fait de posséder des papiers est vécu comme une sécurité et les personnes sans-papiers sont placées « sous la protection » des avec-papiers : l’action directe et la radicalité sont rejetées au motif qu’il ne faut pas « mettre en danger » les sans-papiers. Au lieu de considérer la distinction entre « action radicale » et « action modérée » au regard de la nécessaire diversité des tactiques, on donne du crédit à l’opposition « avec-papiers » et « sans-papiers », participant ainsi aux structures de domination (coloniales) que nous prétendons combattre, en niant le désir de radicalité des personnes avec (pour?) qui nous prétendons lutter.
  • Notre situation de privilégié.e.s (en tant que white middle class) nous permet de disputer certaines questions qui nous paraissent primordiales (comme la nudité, l’apparence physique et la liberté sexuelle), en dépit de leur caractère secondaire, voire futile dans le contexte actuel (s’attaquer à certaines oppressions particulières dans un contexte d’oppression généralisée est un privilège réservé à ce.lleux qui bénéficient d’un certain confort et ne subissent qu’une violence occasionnelle ou tout au moins relative).

Tente trauma et tentes AG / workshops

Aire de silence

Être conscients de notre condition en tant que white middle class ne signifie pas qu’il nous faut cesser de lutter, bien au contraire. Pour autant, il faut cesser absolument de se sentir coupable d’être ce que nous sommes et de jouer le jeu de la ségrégation au nom de la pureté idéologique. Ce n’est pas parce qu’on est blanc.he.s qu’on ne peut lutter au côté des noir.e.s, et ce n’est pas parce qu’on est né.e.s blanc.he.s qu’on doit s’en excuser et faire semblant d’être noir(e). Tout ce qui contribue à cela constitue une mystification idéologique. En tant que blanc.he.s conscientisé.e.s ou en voie de « conscientisation », nous avons d’autant plus de raisons de lutter contre les structures de domination et la société blanches (également capitalistes, bourgeoises et occidentales).

Notre awareness n’implique pas qu’on détruise ce qu’il y a de « dominant » en nous (et nos privilèges/libertés du même coup), ce qui est impossible, mais qu’on tire profit de cette prise de conscience pour déconstruire activement les structures qui sont à l’origine des rapports de domination dont nous faisons partie, afin que ces privilèges/libertés puissent bénéficier à tous et qu’il n’y ai plus de « dominé.e.s ».

Le coin toilette

Le coin vaisselle

Toilettes sèches

UN PRIVILEGE DE DOMINANTS : L’AUTO-VICTIMISATION

En cela, le camp no borders nous a apporté un magnifique exemple. Au troisième jour du camp, un groupe venu d’Allemagne, ou les débats autour de la résilience et de la responsabilité collective sont très vifs depuis la seconde guerre mondiale, a demandé à ce que les hommes du camps (ou tout au moins les corps masculinisés) n’enlèvent pas leurs tee-shirts. Cette demande faisait suite à l’offense vécue par certaines personnes à la vue de corps masculins dénudés, nudité qui constitue un privilège masculin et qui est vécue comme une agression par ce.lleux qui ne bénéficient pas de ce privilège. Durant deux jours, les débats du camp se sont focalisés autour de la demande de ce groupe, qui a adopté une posture radicale en demandant l’exclusion du camp des personnes à l’origine du conflit, à savoir les « hommes » qui avaient enlevé leur haut.

Pour faire valoir la légitimité de leur demande, ce groupe et ses soutiens ont brandi le concept du « power of definition » comme arme. Ce concept vise à assurer aux personnes qui se sentent victimes la solidarité et le soutien non négociable de la collectivité. Il consiste à donner à la victime le pouvoir qui lui est dénié du fait de sa position de dominé(e) et d’empêcher à l’agresseur.euse (dominant.e) d’exercer davantage sa domination : on donne droit et corps au ressenti de la victime par rapport aux arguments de son agresseur.euse.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Mais toute l’ambiguité de ce concept réside dans l’honnêteté supposée de la victime. Il ne peut y avoir de postulat selon lequel la victime a toujours raison. Et surtout, il ne peut pas être admis que la victime, quand bien même elle serait vraiment blessée dans son âme et dans sa chair, prenne un pouvoir sur quiconque. Le « power of definition » est utilisé dans ce contexte comme un outil pour inverser les rapports de domination, et non comme moyen d’abolir le statut de dominé(e). Se construire une identité de victime permet alors de prendre le pouvoir, recours bien souvent utilisé par les « dominant.e.s » pour légitimer leur besoin de reconnaissance et inscrire leur lutte pour le renversement du pouvoir dans la lutte, plus défendable, pour l’abolition des privilèges.

Dans le cadre du camp de Stockholm, ce paradoxe prend toute son importance : un groupe de personnes majoritairement dominant.e.s (white middle class, ou tout au moins occidental middle class) s’est construit une identité collective de victimes (en tant que femmes), pour demander l’instauration de règles castratrices, afin d’abolir ce qui est perçu comme un privilège, alors qu’il s’agit de libertés pour laquelle chacun(e) devrait se battre. Certaines personnes féminines du camps l’ont bien compris et ont enlevé leur tee-shirts en signe de protestation : quand on veut, on peut. Sans compter que tous les hommes ne sont pas forcément à l’aise pour ôter leur tee-shirt. C’est avant tout une gêne personnelle, quand bien même cette gêne est générée par toutes sortes de rapports dominant.e.s/dominé.e.s inhérents à la société.

Manifestation devant le centre de rétention de Marsta

Les messages des détenus du centre de rétention de Marsta : « HELP » / « FREEDOM » / « DETRUISEZ TOUTES LES PRISONS »

Se construire en tant que victime fait appel au ressenti, à l’intimité, et non plus au politique. La blessure vécue est présentée comme une violence irréparable, et son auteur comme un ennemi à bânnir. Faire appel à la collectivité pour régler un problème personnel est un procédé autoritaire et automutilatoire, visant à expurger publiquement des émotions qu’on ne parvient pas à négocier en privé. L’une des dérives possibles de ce type de recours est l’imposition d’un ordre moral : si chaque personne se sentant victime fait appel à la collectivité pour résoudre des problèmes d’ordre intime, notamment en établissant des règles à tour de bras pour satisfaire les appréhensions et les angoisses de chacun, libératrices pour certains, oppressives pour une majorité, on aboutit sur une société totalitaire.

Au final, cette discussion n’aura pas abouti sur un consensus : le camp se refusant à imposer l’interdiction du torse nu et à bannir qui que ce soit pour ce motif, le groupe qui a soulevé cette question a préféré quitter le camp en affirmant qu’il n’y « avait aucune compréhension pour l’anti sexisme » dans ce camp.

Quelques destructions suite à la manifestation de solidarité devant la prison de Solletuna où sont détenus trois camarades

LE PARADOXE D’ETRE ANARCHISTE DANS LA LUTTE EN FAVEUR DES MIGRANT.E.S

Au cours de ce camp, on a également soulevé la difficulté de jongler entre nos principes anarchistes et la nécessité d’accompagner les migrant.e.s et demandeur.euses d’asile dans leurs démarches pour intégrer le système. Lorsqu’on s’engage auprès des migrant.e.s, il arrive bien souvent qu’on soit contraint de transiger avec nombre de nos valeurs : sur la question du sexisme justement, ou encore de la xénophobie, du rapport à la société marchande, aux traditions, au travail, à l’État… Les personnes qu’on soutient sont rarement anarchistes et ne comprennent pas le plus souvent nos modes de vie. Comme la majorité de la population, ils et elles cherchent à « s’intégrer », fonder une famille, trouver du travail, bénéficier d’un bon salaire, acquérir des biens et une propriété, choisir leurs représentants et faire allégeance aux lois démocratiques. Par ailleurs, ils/elles restent généralement attaché.e.s à des valeurs traditionnelles, qui sont souvent machistes et patriarcales, et entretiennent des préjugés à l’égard des autres peuples, si ce n’est un racisme ostensible.

Lorsqu’on est confronté à cela, c’est parfois nécessaire d’adopter une stratégie. Changer les mentalités n’est pas chose facile, chacun le sait. Le premier défi auquel on est confronté, c’est souvent la honte que les migrant.e.s ressentent vis-à-vis de leur condition, du fait d’être montré.e.s du doigt comme « hors-la-loi » et d’être contraints de violer la loi pour survivre. En tant qu’anarchistes, nous assumons nos pratiques illégales et même nous les revendiquons, ce qui est loin d’être le cas pour tous. Récupérer dans les poubelles, squatter, voler, frauder, vendre à la sauvette, se cacher des flics, sont des pratiques de survie que les migrant.e.s ont adopté par défaut. Ce sont des pratiques que nous adoptons par conviction politique. En tant qu’anarchistes, notre première tâche doit donc être de déconstruire le légalisme, de faire prendre conscience aux migrant.e.s qu’on soutient que l’illégalité se défend, que l’illégalisme est une forme de résistance légitime face à un système qui produit des règles injustes et destructrices. Il faut aider les migrant.e.s à se décomplexer vis-à-vis de la loi, en partageant nos pratiques illégales et en mettant l’accent sur des principes et valeurs que nous partageons tous. Le plus important est de garder à l’esprit le principe de légitimité : on peut se permettre beaucoup de choses tant qu’on reste légitime à le faire.

Une fois que cette étape est franchie et que les migrant.e.s assument le fait d’être « hors-la-loi » et qu’ils deviennent nos complices et nous les leurs, c’est que le rapport de domination instauré entre nous par la loi a été en partie aboli ou que tout au moins il ne nous empêche plus de partager nos pratiques. Une fois cette complicité établie, la confiance mutuelle suit et il devient alors possible de discuter de nos divergences idéologiques sans que cela ne nuise à nos relations. En général, le rapport de confiance aide à agir sur l’opinion d’autrui : l’affectif qui s’instaure devient plus fort que les rapports de pouvoir qui nous opposent du fait de notre condition sociale. Vulgairement : les migrant.e.s considèrent désormais qu’on est dans leur camp et leur méfiance disparaît. C’est à ce moment seulement qu’on peut entreprendre des choses ensemble : c’est la condition essentielle pour que notre action soit véritablement collective et pour qu’elle se distingue de celle menée par les humanitaires et les associatifs. On lutte en leur faveur avant tout s’ils sont d’accord qu’on le fasse.

Portraits de flics devant le centre de rétention de Marsta

Et lorsque nous sommes amenés à accompagner les migrant.e.s dans leurs démarches administratives, il devient plus facile de pointer ensemble les incohérences du système et même, s’il y a vraiment une confiance mutuelle, de construire ensemble des stratégies de résistance. A cet instant, il n’est plus seulement question pour les migrant.e.s de se faire accepter, mais de faire valoir des droits en toute légitimité, de revendiquer leur droit à réaliser leurs projets de vie au même titre que nous. Et lorsqu’on lutte ensemble avec cette vision commune, la distinction entre « eux » et « nous » disparaît : ce n’est pas l’obtention des papiers qui les fait « accéder à notre monde » mais la lutte qui leur fait prendre conscience que nous « sommes déjà du même monde » et que les frontières entre nous sont fictives. C’est plus ou moins ce qu’on appelle « autodétermination », lorsqu’une personne ou un groupe de personnes se choisit sa destinée, sans se soucier des limites préétablies par les structures de pouvoir existantes.

Défendre et promouvoir l’illégalisme, se déculpabiliser, sont donc des moyens de lutter avec les personnes migrantes contre un système qui nous criminalise tous. Il n’est donc pas paradoxal d’intégrer le système lorsqu’on est conscient(e) que ce n’est pas une issue de secours et qu’on œuvre à ce que les personnes qu’on aide à l’intégrer en sont conscient.e.s aussi.

Une fois cette conscience partagée, il ne reste qu’à faire preuve d’intégrité et lutter radicalement contre les structures de dominations, sans transiger avec l’ennemi et sans se persuader qu’on peut échapper à sa condition. En cela, l’antiracisme blanc des Weather Underground 1 2 peut servir d’exemple ou tout au moins fournir quelques pistes…

BRING THE WAR HOME !

Source: L’interstice, 28 juin 2012